‹ Essai médical sur les huîtresChapitre 2 sur 8 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Trop jeune encore pour écrire, d’après ma propre expérience ,sur l'une des nombreuses maladies qui affigent l’'humanité, jai pensé que je pourrais payer plus utilement mon tribut aux sciences médicales en tàchant de compléter, autant que mes faibles moyens le permettront, l’histoire générale de l'huiître.

Ce mollusque , attaché au rocher qui l'a vu naître, emprisonné entre deux valves très-dures, privé en apparence des sens si délicieux de la vue , de l’ouiïe et de l’odorat, semble ne jouir que d’une vie végétative, et n'offrir au premier coup-d'œil qu’un très-faible intérêt.

Cependant, en le considérant de plus près et sans prévention, on reconnait qu'il se présente aux yeux de l’observateur attentif sous le triple point de vue de l'histoire naturelle, de l'hygiène et de la matiere médicale.

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Nous emprunterons à tous les ouvrages d'histoire naturelle ce que nous dirons des formes, du genre de vie et de reproduction de cet intéressant et utile mollusque. Nous donnerons l'analyse chimique de son enveloppe , de sa chair, et de l’eau dans laquelle il baigne. Ce travail, que nous devons en partie aux soins de M. Barruel, qui l’a entrepris à notre sollicitation, et nous a guidé dans nos recherches, nous paraît offrir d'autant plus d'intérêt, qu'il remplit une lacune de la science sur ce point important de l’histoire de l’huître.

Nous dirons comment on l’arrache à sa première demeure pour la porter dans des parcs où sa chair doit acquérir de nouvelles qualités, et ce goût exquis qui lui a valu auprès des gourmands de tous les siècles une réputation qui ne s’est pas démentie. L'éloge que nous en ferons comme aliment ne sera, pour ainsi dire, que l'écho de toutes les conversations des gourmets : car il n'est

pas un joyeux déjeuner, ni un dîner un peu splendide dont les huîtres ne fassent les honneurs. C’est par elles que préludent doucement ces convives un peu blasés, qui, ne connaissant plus les charmes d’un heureux appétit, en retrouvent au moins l'apparence, grâce à ce bienfaisant coquillage.

Pétrone a surtout varité l’heureuse propriété qu'a l'huître du lac Lucrin , d'exciter l'appétit.

A cette précieuse qualité elle joint enencore l'avantage non moins grand d’emplir l'estomac sans le charger , d’être promptement digérée, et de préparer pour ainsi dire la voie à des mets plus distingués. C’est ce qui faisait dire à Pline : Palma mensarum diu jam tribuitur ostreis. (Lib. 32, cap. vi.)

Entrant ensuite dans le domaine de la thérapeutique , nous trouverons l’huître d’une application utile, comme médicament, dans un assez grand nombre d’affections morbides. Nous verrons que,

subissant la loi commune à tous les êtres vivans, elle n'est pointelle-même exempte de maladie, et qu'elle trouve aussi des détracteurs et des ennemis : ilest si difhcile de plaire à tout le monde! L'un éprouve à sa vue une répugnance invincible ; l’autre, comparant sa figure avec ce qu'il y a de plus dégoütant, ne pourrait, sans nausées, l’approcher de ses lèvres : tel la trouve trop fade, et tel autre trop salée; enfin, il n’est pas de réunion un peu nombreuse où l’on n'entende quelque couvive troubler par une injuste dépréciation le concert de louanges qu'on lui prodigue , et qui ne ronge son pain d'impatience de voir ce hideux animal jouir d’un honneur usurpé, et retarder l’arrivée du potage. Mais, peu touchés de ces inutilesclameurs, les nombreux partisans des huîtres engloutissent jusqu'à la dernière, et les vengent par de joyeuses libations.

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