‹ Essai monographique sur le préténdu cancroïde labialChapitre 10 sur 16 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Généralement le cancroïde labial est facile à reconnaître ; dans quelques cas cependant, on peut le confondre avec d’autres lésions chirurgicales.

1° Dans la première période du développement du cancroïde des lèvres, le diagnostic n’est souvent pas facile. Le mal ne consiste-t-il encore qu’en une petite verrue formée de papilles hypertrophiées , qui pourra affirmer que cette tumeur sera bénigne? qui pourra

dire si, par suite de quelque irritation extérieure, elle ne se changera pas en tumeur de mauvaise nature?

Les premières manifestations delà maladie se montrent-elles sous la forme d’une petite plaque cornée, ayant les caractères que nous avons décrits dans la symptomatologie, alors il reste bien peu de doutes, et l’on peut presque toujours affirmer hardiment, surtout si le sujet a dépassé 40 ans, que la chute de la lamelle cornée laissera après elle une ulcération que rien ne pourra plus arrêter.

2° Quand la maladie a passé au second degré, quand elle consiste en une tumeur dont la surface est ulcérée sur une étendue plus ou moins considérable, on peut hésiter entre un ulcère scrofuleux et un chancre de nature syphilitique. Les ulcères qui accompagnent la diathèse scrofuleuse se montrent de préférence chez les jeunes sujets; ils occupent, dans la grande majorité des cas, la lèvre supérieure, qui s’épaissit et qui donne à la physionomie un cachet tout particulier. Quelquefois on les trouve à la commissure, très-rarement à la lèvre inférieure. Ces ulcères s’accompagnent souvent de lupus, et alors la peau environnante est épaissie et offre à la vue une, coloration violacée caractéristique. Ces ulcérations présentent quelquefois une base indurée, mais la sensation que donne au toucher cette induration est autre que celle qu’on éprouve dans les cas de cancroïde. Enfin elles occasionnent peu de souffrances et ne sont jamais le siège d’élancements douloureux revenant par accès irréguliers.

L’ulcère syphilitique peut mettre souvent le chirurgien dans un grand embarras, surtout si le malade se trouve à cet âge moyen de la vie où les deux affections peuvent se présenter. Dans les deux cas : induration souvent semblable , bords taillés à pic, adénite, etc. Les plus habiles s’y sont trompés; et comme on ne peut jamais compter sur des aveux, il faut avoir recours aux commémoratifs, examiner les autres parties du corps où d’autres accidents auraient pu se montrer, et enfin essayer la véritable pierre de touche, l’usage des spécifiques. Les auteurs du Compendium de vhirurgie et M. Heurtaux racontent plusieurs cas pour lesquels ce moyen seulement a pu tirer le médecin hors du doute. Cette difficulté, quoique rare, peut ce-

pendant se présenter quelquefois, et il est bon, surtout si le sujet est jeune, de se tenir sur une prudente réserve.

Enfin, dans quelques cas qui se présentent tout à fait exceptionnellement, on peut confondre le cancroïde des lèvres avec certaines tumeurs peu étudiées jusqu’ici, et desquelles le microscope seul peut faire reconnaître la véritable nature ; en voici un exemple : Un homme de la campagne , très-vigoureux, âgé de 66 ans, était porteur, vers le milieu de la lèvre inférieure, d’une petite ulcération à base indurée, recouverte d’une épaisse croûte jaunâtre. Le mal commença, deux ans auparavant, par une verrue qui se recouvrit bientôt d’une croûte. La chute de la verrue laissa une ulcération qui ne se guérissait point. Le père du malade avait été opéré d’un cancer labial , à l’âge de 85 ans , et cette circonstance confirmait encore dans l’idée qu’on avait de la nature maligne de l’ulcération ; on l’enleva. L’examen attentif de la pièce montra seulement un dépôt de produits inflammatoires dans la peau épaissie, sans traces de cellules épithéliales, sans hypertrophie des papilles et de l’épiderme. (Paget, Lect. on sur g ica l pathology, t. 11, p. 467; London, 1853.)

ÉTIOLOGIE.

Causes p réd isposantes.

A. Sexe. Depuis longtemps on a observé que le cancroïde labial est une affection qui s’attaque surtout au sexe masculin. La femme n’en. est atteinte qu’exceptionnellement ; on pourrait presque dire ' que chez celle-ci la manifestation cancéreuse a une tendance trèsmarquée à se porter aux mamelles et à l’utérus, tandis que les lèvres paraissent surtout en être le siège chez l’homme. Cependant on ne peut prétendre que son immunité soit complète, puisque le rapport

du nombre des malades atteints dans les deux sexes paraît osciller

1861. — Lortet.

entre 1 cinquième et 1 quatorzième, suivant les différentes contrées, ainsi que le montrent les tableaux suivants:

Hommes. Femmes.

Lebert (Paris) . 15 3

Gault . 20 1

Bertin (Montpellier) . 24 3

Melzer (Laybach, Autriche), ... 127 15

Heurtaux ( Paris) . . . 69 10

De Bruns (Tübingue). ....... . 50 5

Dans les cinq années consécutives de 1850 à 1855, M. Barrier a observé 71 cas ainsi répartis:

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