SIÈGE
D’après le titre de cet essai, on pourrait croire que nous repoussons le terme de cancroïde; c’est ce que nous aurions fait s’il s’était trouvé un mot convenable pour le remplacer. Mais, ce mot n’existant pas, et ayant de la répugnance à faire du néologisme, nous conserverons, pour la facilité du discours, le nom vulgarisé par
M. Lebert , tout en avertissant que, pour nous, il n’a nullement la signification que sa structure grammaticale pourrait faire supposer.
Le cancroïde labial n’est pas une maladie propre seulement à l’espèce humaine ; les vétérinaires l’observent souvent chez les animaux domestiques, et le décrivent sous le nom de chancre malin rongeant des lèvres. Tous n’y sont pas également sujets, et ce qu’il y a de bien remarquable à cet égard, c’est que ce sont surtout, pour ne pas dire exclusivement, ceux dont l’alimentation se rapproche le plus de celle de l’homme qui en sont atteints : le chat et le chien (Lecoq, directeur de l’Ecole vétérinaire de Lyon). On ne l’a pas vu chez les autres animaux domestiques.
Depuis longtemps les pathologistes ont noté la grande fréquence de ce néoplasme à la lèvre inférieure; pour quelques-uns même, cette dernière aurait le triste privilège d’être seule affectée. Nous verrons plus loin quelles sont les causes auxquelles on peut attribuer ce phénomène, aussi bizarre qu’inexplicable.
Si la lèvre inférieure a une aptitude toute particulière à contracter la maladie, la lèvre supérieure et les commissures sont loin d’en être exemples, ainsi qu’on peut s’en assurer par le relevé statistique suivant :
Lèv. inf. Lèv. sup. Commissure.
Desaull . .
Lebert .
Bouisson .
Bruns .
Heurtaux .
Desgranges . . .
Barrier .
M. Heurtaux , dans son excellente thèse, signale un fait intéressant : sur 22 cas observés par lui, 13 fois la lésion occupait le côté gauche, 5 fois le côté droit, 4 fois la ligne médiane. Ces chiffres me 1861. — Lortet. ^
paraissent cependant trop faibles pour en tirer une conclusion de quelque valeur. Sur les 252 observations détaillées que nous avons analysées avec soin, nous avons trouvé sur ce point des différences si peu sensibles, qu’évidemment elles ne sont dues qu’au hasard.
La néoplasie de la lèvre supérieure paraît être relativement plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Ainsi , sur 32 cas de cancroïde labial chez la femme, nous en trouvons 9 pour la lèvre supérieure, ce qui donne un rapport 1:3; tandis que sur 217 cas observés chez l’homme, nous avons 9 cas également pour la lèvre supérieure, ce qui donne pour rapport 1 : 24.
Si nous avons noté ces chiffres, c’est plus pour engager les observateurs à diriger leur attention sur ce point, que pour vouloir formuler une loi générale d’après des faits encore trop peu nombreux.