‹ Essai monographique sur le préténdu cancroïde labialChapitre 6 sur 16 · C. Cancroïde à éléments cytoblastions · texte numérisé non relu

C. Cancroïde à éléments cytoblastions

Ainsi que nous l’avons déjà dit, le cancroïde à cytoblastions, par sa structure anatomique, diffère notablement des autres variétés qui peuvent affecter les lèvres.

Les tumeurs de cette nature sont rarement primitives , sauf celles qui atteignent la lèvre supérieure (1). Quand on les trouve à la lèvre inférieure, elles sont presque toujours le résultat d’une récidive survenant après l’ablation d’un cancroïde ordinaire. Au début , qui souvent peut être voilé en partie par des cicatrices dues à une première opération, on trouve une petite tumeur avec une induration circulaire f le derme se désorganise dans toute son épaisseur, et l’épiderme, décollé peu à peu des parties sous-jacentes, finit par tomber, et laisse après sa chute une ulcération plus ou moins large.

Quand la tumeur se développe sur une place occupée primitivement par un cancroïde, quand, en d’autres termes, elle constitue une récidive, on remarque souvent une induration occupant un espace considérable, tandis que l’ulcération peut être très-petite ou même faire totalement défaut. Celte ulcération, qui souvent ne se montre que très-tardivement, offre, quand elle existe, une coloration rougeâtre très-marquée; elle est fongueuse à sa surface. Quoique ces fongosités présentent une consistance assez grande et résistent aux frottements, elles saignent néanmoins avec facilité; une sécrétion liquide et puriforme assez abondante s’écoule de la plaie, dont aucune croûte ne recouvre la surface.

Si avec l’ongle on racle la tumeur, on n’obtient pas ces détritus et ces débris épithéliaux qu’on retrouve toujours dans les autres variétés.

(1) Ceci estime circonstance bien singulière à noter : tous les cancroïdes de la lèvre supérieure que nous avons pu examiner étaient des cancroïdes à cytoblastions. — /

La peau et la muqueuse qui environnent la tumeur se comportent comme dans les cas précédents; le plus souvent on trouve tout autour une induration très-étendue faisant corps avec le derme.

Le retentissement général est très-variable : quelquefois l’engorgement ganglionnaire se fait avec une grande rapidité, d’autres fois au contraire il est très-long à se manifester, et peut même dans certains cas faire totalement défaut.

Les tissus intermédiaires forment, comme dans les autres variétés, une zone jaunâtre, sur laquelle nous ne reviendrons pas.

La peau ou un tissu cicatriciel sont ordinairement le point de départ de la tumeur, rarement on la voit se développer d’emblée sur la muqueuse labiale. Dans une certaine étendue, la peau présente les caractères dont nous avons déjà parlé, l’épiderme seul reste plus ou moins intact et vient former le rebord aminci de l’ulcération.

Lorsque la muqueuse a été le point de départ de la lésion, elle présente absolument les mêmes caractères pathologiques que la peau; quand la muqueuse est envahie secondairement, elle subit la même altération que lorsquelle est atteinte par un cancroïde ordinaire.

Si l’on pratique au néoplasme une section verticale, on trouve un aspect rougeâtre assez uniformément répandu; cette coloration ne change pas quand on abandonne la tumeur à elle-même. Une forte trame conjonctive en forme la charpente ; nous ne trouverons ici ni cylindres, ni papilles, ni aspect lobulé , mais un état granuleux caractéristique, analogue à celui des tissus formés par les myéloplaxes, sauf la coloration vineuse, qu’elle n’offre pas ainsi que ces derniers.

Ces granulations agglomérées, qui constituent la masse du néoplasme, présentent un diamètre qui varie de 1 demi-millimètre à 1 millimètre ; elles n’ont pas des limites parfaitement déterminées comme celles qui sont dues à des culs-de-sac glandulaires, elles se laissent facilement arracher, et entraînent toujours avec elles des lambeaux de la trame conjonctive.

1861. — Lortet.

La coloration de la néoplasie se perd insensiblement dans la zone jaunâtre intermédiaire, au niveau de laquelle les granulations se fusionnent entre elles.

La vascularisation est éparse dans la trame , et , suivant les cas , présente un réseau plus ou moins serré. Ce caractère est important à étudier; car, pour les cancroïdes des lèvres, comme pour beaucoup d’autres tumeurs, on peut dire que la vascularisation est en quelque sorte le critérium de leur malignité; plus la vascularisation est grande, plus la néoplasie aura de tendances à l’envahissement et à la récidive. Le suc est toujours en rapport avec la vascularisation : si celle-ci est peu marquée, on aura peu de suc; si les vaisseaux sont nombreux , la pression fera sourdre un suc abondant, regardé jusqu’à ces derniers temps comme un des signes caractéristiques des tumeurs de mauvaise nature.

La trame conjonctive est plus ou moins dense ; elle est quelquefois très-peu serrée, d’autres fois elle l’est au contraire beaucoup, et dans ce dernier cas la tumeur offre une tendance moins grande à l’envahissement et aux récidives (1).

Le microscope laisse apercevoir dans cette tumeur un élément particulier, le cytoblastion. Dans le Dictionnaire de Nysten, M. Ch. Robin a défini ce qu’on doit entendre par ce mot , et nous ne sau-

(1) A propos des cancroïdes de la lèvre supérieure, notre excellent maître, M. Charles Robin, nous communique la note suivante :

«Structure de la base de plusieurs ulcérations superficielles du bord de la lèvre enlevées sous le nom de cancroïde, de tumeur papillaire du bord de la lèvre supérieure.

«Sur quelques-unes , l’ulcération offre, à un examen attentif, une surface chargée de très-petites saillies papillaires; elles sont rougeâtres et bien plus petites que celle des tumeurs épithéliales. Un engorgement induré, ayant parfois l’épaisseur du petit doigt et une longueur de 3 centimètres, sert de base à ces ulcérations. La base de l’ulcère et l’engorgement sont composés : 1° à la surface même, par de rares cellules épithéliales pâles, grandes, finement granuleuses, avec ou sans noyeâu; quelques-unes présentent des excavations remplies d’un liquide clair ou de granulations; 2° par des globules de pus , dont

rions mieux faire que de rapporter ici les paroles du maître: «Espèce d’éléments anatomiques offrant deux variétés coexistantes, caractérisées, l’une, par sa forme de noyaux libres, sphériques, rarement un peu ovoïdes (0m,005 à 0m,006, rarement plus; quelquefois 0m,004),à fines granulations de teinte obscure à l’intérieur, mais sans nucléole proprement dit; l’autre variété, toujours bien moins abondante, offre la forme de cellule sphérique, nullement ou peu granuleuse, entourant de près un noyau semblable aux noyaux libres. » Ces éléments particuliers jouent un rôle qui n’est pas encore trèsconnu ; ils siègent à peu près exclusivement dans la peau et les muqueuses, où ils forment des tumeurs très-diverses par leur nature et leur état clinique ; on les trouve en outre surtout dans les tumeurs des paupières, les tumeurs fibreuses de la peau, les névromes souscutanés, etc.

Ces éléments contiennent dans leur intérieur des granulations azotées, mais on n’y voit jamais de granulations graisseuses réfringentes; bien loin de pâlir, comme d’autres éléments, quand on les traite par l’acide acétique, leurs parois s’obscurcissent au contraire et prennent une coloration bien plus foncée.

•Dans les cancroïdes des lèvres, les cytoblastions peuvent présenter deux états différents : 1° ou bien iis sont libres, 2° ou bien

on retrouve un certain nombre non-seulement à la surface, mais dans l’épaisseur du tissu sous-jacent. Ce tissu induré est composé principalement; 1° de cytoblastions, dont la quantité va en diminuant à mesure qu’on s’éloigne de la surface ulcérée; 2° de matière amorphe finement granuleuse, d’autant plus molle qu’on approche davantage des tissus sains; elle est interposée tant aux cytoblastions qu’aux éléments du tissu cellulaire et musculaire de la lèvre; 3° de qnelques rares noyaux embryo-plastiques (fibro-plas tiques), dont quelques-uns ont un nucléole assez gros; 4° de corps fusiformes fibro-plas tiques peu nombreux. Ce ne sont pas là des tumeurs épithéliales ; ce sont manifestement ou des chancres méconnus, ou plutôt des ulcérations syphilitiques secondaires, analogues, à la lèvre supérieure, à celles qui existent souvent sur la muqueuse des joues, des côtés de la langue et de l’arrière-gorge, dans les cas d affection syphilitique.»

ils jouent le rôle de noyaux. Dans ce dernier cas, le microscope fait voir des cellules de forme variable, à contours granulo-graisseux, très-graisseux à la fin de l’évolution de la cellule, qui contiennent ordinairement de 1 à 4 noyaux.

Ces éléments sont agglomérés à l’aide d’une substance granuleuse amorphe, et le tout est supporté par une trame conjonctive contenant le plus souvent un grand nombre de fibres élastiques. Cette trame est, suivant les cas, plus ou moins serrée, elle est lâche dans les tumeurs malignes, et paraît beaucoup plus dense dans celles qui ont une moins grande tendance à la récidive.

Quand on examine les tissus qui avoisinent un cancroïde à cytobîastions, on les trouve plus ou moins envahis par ces éléments, qui sont entrés en prolifération.

Cette propagation a lieu par nucléation pour les tumeurs à cytoblastions simples, par nucléation et cellulation ensuite dans les tumeurs avec cytoblastions à cellules.

Le suc de ces tumeurs est formé de granulations , de différents débris de la trame, et surtout de cystoblastions et de cellules nageant dans un liquide plus ou moins épais, suivant l’état plus ou moins avancé de l’altération.

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