‹ Essai monographique sur les cysticerquesChapitre 6 sur 18 · DESCRIPTION DE QUELQUES CYSTICERQUES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE QUELQUES CYSTICERQUES

Les observations de Leuckart sur le développement des cysticerques avaient principalement porté sur le Cysticercus pisiformis , mais les stades isolés de développement qu’il avait observés chez les autres espèces et l'examen des animaux complètement développés, lui avaient fait admettre que les traits généraux du développement de toutes ces formes larvaires s’accordaient avec ce qu’il avait cru observer chez le cysticerque du Tænia serrata. Pour lui, d’abord, les echinocoques seulement faisaient exception.

Nos observations ont porté sur un plus grand nombre d’espèces et nous avons figuré des coupes de chacune d’elles. Tous les cysticerques adultes nous ont fait voir par la disposition de leurs organes, que leur développement suivait les processus reconnus pour le Cysticercus pisiformis , et les stades jeunes observés chez les Cysticercus talpœvX C. fasciolaris auraient confirmé notre manière de voir si elle n’était établie par des preuves surabondantes.

CYSTICERQUE du TÆI1IA. 141® A.18IÈE1 nov. sp.

J’ai trouvé cecysticerque en abondance dans des Rennes amenés en France avec les Lapons qui figurèrent à l’Exposition universelle de 1878, au jardin d'acclimatation de Paris. Ces animaux tombèrent malades après un court séjour au jardin zoologique de Lille. D’autres individus étaient déjà morts à Paris. Il est vraisemblable que ces ruminants avaient été infestés dans leur pays natal , la Laponie russe, d’après les renseignements un peu vagues que j’ai obtenus à ce sujet. Les parasites étaient surtout abondants dans les muscles spinaux, dans les intercostaux et dans les muscles des cuisses.

Ce cysticerque n’était pas connu chez le Renne. J’en ai obtenu un Tænia d’espèce nouvelle que j’ai décrit brièvement l’année dernière (1) et que je suis heureux de pouvoir dédier au docteur Krabbe, l’auteur de remarquables travaux sur les Cestodes. Je me fais un devoir de remercier le naturaliste de Copenhague de la bienveillance qu’il m’a montrée et de la complaisance avec laquelle il a bien voulu m’envoyer plusieurs types rares et intéressants. Le cysticerque du Tænia Krabbei est beaucoup plus petit que le cysticerque du Tænia solium (Cysticercus celhdosœ); sa tète est armée d’une double série de crochets, alternativement plus grands et plus petits, dont j’ai compté le nombre sur huit individus. J’ai obtenu les résultats suivants :

Nombre des crochets du Tænia Krabbei : 26, 28, 30, 30, 30, 32, 32, 34.

Le nombre moyen et le plus fréquent serait 30 ; on voit que le chiffre est assez variable.

Les coupes pratiquées dans le cysticerque du Tænia Krabbei m’ont fait voir que cette espèce présenteplusieurs particularités intéressantes. D’une manière générale , disons que la vésicule est très peu développée , relativement au

(lj R. Monikz, Note sur le Tænia Krabbei, espèce nouvelle de Tænia armé , Bulletin scientifique du Nord , 1819, p. 161.

volume du jeune Tænia qu'elle renferme. 11 ne s’est pas accumulé de liquide hydropique à son intérieur, du moins en était-il ainsi pour les individus que j’ai observés , tous complètement développés , mais toute la partie centrale de la vésicule présente ces très fines granulations que nous connaissons pour les avoir déjà rencontrées chez les jeunes cysticerques du Tænia serrata (PI. fig. 2 en a). Chez le Gysticercus pis i for mis, on se le rappelle, les granulations du centre marquent l’endroit où va s’effectuer la déchirure, sous la tension du liquide hydropique ; ici, le processus de dégénérescence de lu vésicule ne va pas plus loin et la vésicule persiste dans cet état. Le reste de cet organe est en tout semblable à ce que nous avons décrit pour le cysticerque du Tœn ia serrata t même tissu, mêmes villosités ; celles-ci cependant, sont très nettement délimitées et forment une sorte de carrelage ; de point en point, de très petits amas de granulations nous indiquent comment la masse centrale a pu se transformer. Les granulations dont nous parlons se colorent en brun par le picrocarminate d’ammoniaque.

La vésicule peut être extrêmement réduite dans cette espèce. Elle l’est déjà chez l’individu que nous représentons PL TI, fig. 5, elle l’est encore bien plus , toutes proportions gardées, chez celui de la fig. 4 de la même planche. Dans ces deux cas, l’orifice d’invagination du cysticerque se trouve à l’une des extrémités et la forme générale correspond alors parfaitement à celle du Gysticercus pisiformis , mais il est fréquent de la voir modifiée : l’ouverture peut se trouver au milieu, et il y a alors à droite et à gauche des prolongements symétriques de la vésicule, comme cela arrive souvent pour le G. cellulusæ , mais il ne s’amasse pas pour cela de liquide hydropique. Il faut considérer ces derniers cas comme dus à l'aplatissement de haut en bas du cysticerque, lorsqu’il était très jeune : la vésicule a ainsi glissé de chaque coté. On pensait que cette forme elliptique était particulière aux cysticerques enfermés dans les muscles (1), on voit par la fig. 5 de la pl. TI, que les cysticerques des muscles n’ont pas nécessairement cette forme.

Le cysticerque du Tænia Krabbei , comme la plupart des autres cysticerques probablement , peut se développer assez pour se recourber à l’intérieur de ses enveloppes : aussi n’est-on pas sur de rencontrer des coupes convenables de la tête chez tous les individus. Le plus souvent, on rencontre cet organe sous un plan oblique. On a le plus de chances pour la prendre convenablement, lorsqu’on fait passer les coupes perpendiculairement à la fente d’invagination.

UjV. Siebou», Ueber die Band und Blasemvwrmer . etc. Traduction des Ann. des Sc. nalur., 4e série, t. IV, p. Î78.

Ce procédé, qui réussit presque constamment pour les cysticerques du Tœnia serrata et du Tœnict marginata , par exemple , est moins sùr pour d’autres espèces, mais c’est toujours celui qui offre le plus de chance de réussite. Lorsque le hasard d’une coupe ou l’existence d’un pli fait passer la lame tranchante au-dessous de la surface des villosités, le oouvre-objet en écrasant ces dernières, leur donne l’aspect d’un carrelage régulier, dont je fais mention parce qu’il pourrait parfois embarrasser (1).

En résumé, à part les présomptions à tirer de l’habitat, du volume de l’animal, de la nature de la vésicule etc, on distinguera facilement ce cystieerque de celui du Tœnia serrât a, avec lequel il a quelque analogie, parla position de la tète qui, chez les adultes au moins, se trouve renversée par rapport à l’ouverture — disposition due à un grand développement du receplaculum. 11 s’éloigne nettement du cysticerque du Tœnia solium par la forme de ses plissements . L’absencë de crochets, la forme du bulbe, le peu de complication des plis du receptaculum, empêcheront toujours de le confondre avec le cysticerque du Tœnia saginata.

Le cysticerque nouveau que je viens de décrire fut administré dans des conditions convenables à un jeune Chien; cet animal . ayant fourni des anneaux mûrs au bout de 80 jours environ, fut mis à mort immédiatement. Je trouvai dans son intestin bon nombre de Tænias complètement développés.

La figure 7 de la planche II représente le Tœnia Krabbei , non de grandeur naturelle, mais fortement contracté par l’alcool; il faut donc forcer un peu toutes les dimensions données par le dessin, pour avoir la mensuration de l’animal vivant. Les caractères qui le distinguent à première vue des Tænias ordinaires des Chiens avec lesquels, d’ailleurs, je ne crois pas qu’il soit possible de le confondre, sont à tirer des anneaux. Chez les Tœnia serrata , marginata et cœnurus , les anneaux jeunes sont sensiblement plus larges que longs , sans toutefois , que la différence des deux dimensions soit bien grande, et la hauteur des anneaux croit très rapidement.. Chez le Tœnia Krabbei, au contraire,, les anneaux restent sensiblement beaucoup plus

(1) Knocii, a figuré cette espèce de carrelage de façon à donner à son dessin l'aspect le plus extraordinaire; le texte est très sobre d’indications à ce sujet. L’auteur appelle simplement ce qu’il a figuré. Dunklen , unregelmassig " rundlichen Feldern, die aus kleineren Punkten gebildet sind und àhnlich einem Pflaster erscheinen " (!) Knoch Der Nachweis des Cysliccrcus Tœniœ mediocaneUatœ in den quergestreiften Musfcclv der fonder, etc., Bull, de l'Acad imp.de St-Pétersbonrg , t. XII , 1868, p. 351

larges que hauts, à tel point que, sans la partie terminale de la chaîne, ou le prendrait presque pour un Tænia inerme de Ruminant. C’est seulement à l’extrémité de la chaîne que les anneaux changent brusquement de forme et s’allongent. Les derniers articles, s’ils restaient isolés, pourraient être confondus alors avec ceux du Tænia cænurus.

Le Tænia Krabbei est beaucoup plus large que les trois espèces ordinaires du Chien, surtout que les Tænia serr ata et cænurus; il est beaucoup plus court que les Tænia serr ata et marginata et un peu plus long que le Tænia cænurus. L’aspect extérieur de la tète est aussi différent ; cet organe se continue insensiblement avec le cou chez le Tænia Krabbei comme chez le Tænia cænurus , mais le renflement qu’elle forme est plus marqué que chez ce dernier; elle est beaucoup moins volumineuse que chez le Tænia Marginata et que chez le Tænia serr ata.

L’on sait, à la vérité, combien les rapports de proportion entre la tète et le cou varient avec le degré de contraction de l’animal. Mais, toutes proportions, gardées la tète du Tænia Krabbei est beaucoup plus petite que celle des deux dernières espèces.

Une autre particularité extérieure du Tænia Krabbei nous est fournie par les cloaques génitaux qui forment une papille saillante sur le bord des anneaux. Cette papille est très-dé veloppée sur les anneaux larges et son diamètre peut même surpasser leur hauteur ; elle est un peu moins volumineuse sur les derniers articles et ses dimensions ne paraissent plus aussi exagérées par suite de la grande croissance qu’ont subie ces anneaux ; elle est alors pourvue d’un rebord saillant très net. L’ouverture génitale est très irrégulièrement alterne; en général, un certain nombre d'anneaux se suivent ayant les cloaques situés sur le même côté (1).

J’ai négligé d’étudier la tète du Tænia Krabbei sur l’animal vivant. Si

;i) Lo Tænia Krabbei se rapproche assez , par les caractères du pore génital, d’une espèce que j’ai recueillie chez une Panthère morte en captivité et qui est probablement identique au Tænia felis pardi , décrit par Rudolphi ^aj, d’après un individu incomplet, sans tète, que Cuvier lui avait envoyé du Muséum de Paris. Classé alors parmi es espèces douteuses , le Tænia felis pardi n’avait pas été retrouvé, et même, l’excellent catalogue de von LlNSTOW (b) n'en faisait plus mention. Cette espèce , voisine des Taenias ordinaires du Chien par les caractères tirés des anneaux, s’éloigne , par conséquent , du Tænia Krabbei. L’aspect extérieur de la tête est d'ailleurs complètement différent et probablement caractéristique pour Tænia felis pardi. Par tousses autres caractères, principalement par la disposition des muscles , la nature des œufs , la Sonne des crochets, il se rapproche des Tænias du Chien. Le Tænia felis pardi a à peu près la taille et les anneaux du Tænia serrala, mais il est plus épais . On ne connaît pas son eysticerque.

(a) Rudolphi, E ntozoorum sive vermium intestinalium historia naturalis, t. III, p. 193, et Entozoorum synopsis, p. 169

(b) Von Linstow. Compendium der Helmintkologie, Hannover, 1878.

l’on examine la coupe de cet organe, telle que je l’ai donnée PI. I fig. 12, on remarque à la partie centrale (en b) une sorte de mamelon d’aspect particulier que j’ai retrouvé sur une trentaine d’individus tués par l’alcool, mais que je n’ai jamais vu sur une dizaine de cysticerques soumis aux coupes. Cette production est en rapport avec l’état de contraction de l’animal, puisque ious les individus plongés dans l’alcool ont rétracté leurs crochets au lieu de les laisser étalés en couronne, tandis que les cysticerques, chez lesquels les crochets n’étaient pas rétractés , ne présentaient pas ce mamelon, le sommet de la tête étant à peu près plat. On ne voit pas bien pour quelle raison le même phénomène ne se reproduit pas chez les autres espèces (1) lorsqu’elles rétractent leurs crochets ; c’est peutêtre une formation analogue que nous avons représentée PL I, fig. 8, entre les crochets du Gysticercus talpœ. portant le conduit qui s’ouvre à l’extérieur. Notons aussi que nous avons rencontré une fois ou deux un mamelon semblable sur un cvsticerque du Lapin qui, d’ailleurs, ne présentait aucune autre anomalie.

La coupe de la tête du Tœnia Krabbei avec les crochets étalés, est trèssemblable à celle des Tænias du type du Tœnia serrata que nous allons bientôt étudier. 11 y a peut-être de légères différences pour le nombre et l’épaisseur des couches musculaires dont les plans se croisent , mais ce sont là des modifications sans importance. Les vaisseaux latéraux vont s’ouvrir dans la tête dans un large anneau circulaire situé au-dessous des ventouses ; il y a peut-être deux canaux circulaires, la commissure des deux cordons nerveux se trouve entre les ventouses.

Les muscles longitudinaux du Tœnia Krabbei se présentent en deux groupes, dont le plus externe prend naissance au point où l’on observe la première indication des anneaux. Cette particularité intéressante n’avait pas encore été signalée ; elle n’est pas spéciale au Tœnia Krabbei.

• Nous avons donné la coupe d’un anneau du Tœnia Krabbei Pl. II fig. 6. La poche péniale n’est pas très développée, le tube qui continue le vagin est souvent pigmenté, le vagin s’ouvre nettement en arrière et non pas sur le côté ; les œufs sont relativement petits et ont tous les caractères des œufs du Tœnia serrata, les crochets de l’embryon hexacanthe sont très-minces; nous avons indiqué leur longueur par un trait (Pl. I fig. 14).

(I) Cf. les figures que nous donnons d'individus de diverses espèces avec les croche's rétractés. Pl I, fig. 11; Pl. Il, fig. 3 et 5 ; Pl. III, fig. 2.

Je n’ai pas étudié le développement de ces œufs, mais les stades isolées que j’ai pu observer m'ont fait voir que tout se passait comme chez les espèces voisines ; on peut remarquer la présence des mailles qui entourent les œufs. J’ai donné sur l’embryogénie des Tænias une série de renseignements préliminaires, en attendant le travail complet que je compte publier bientôt (1).

Les muscles longitudinaux ont très sensiblement la même disposition dans les anneaux jeunes et dans les anneaux vieux, contrairement à ce qui a lieu chez beaucoup d’espèces.

Par la plupart de ses caractères, le Tænia Krabbei se rapproche du groupe naturel dont le type est le Tænia serrât a et qui renferme les Tænia marginata, cœnurus , saginata (mediocanellata Küch .), solium f felis pardi, crassicollis , et probablement le Tænia du Cysticercus macrocystis , pour ne parler que des espèces bien connues. Il diffère des autres espèces du groupe par la disposition de ses muscles et principalement par la forme spéciale de ses anneaux.

Quel est, dans le pays des Rennes, l’hôte habituel du Tænia Krabbei. Est-ce l’Homme, le Chien, ou quelqu’autre animal carnassier? Je regrette bien n’avoir pas songé à essayer sur moi-même le cysticerque que j’avais vivant entre les mains. Il ne s’ensuit pas, parce qu’il s’est développé chez le Chien, que celui-ci soit l’hôte exclusif de ce Tænia; il n’y a pour cela qu'une probabilité. Les Rennes ne sont pas mangés par l’Homme seulement et la manière dont on les élève chez les peuples du Nord , l'état de demiliberté dans lequel on les laisse souvent , doivent beaucoup faciliter l’infestation par les animaux sauvages.

Ne trouvant nulle part dans la littérature de renseignements sur la ladrerie Julienne, je me suis adressé à l’helminthologiste distingué d’Ostersund, M. Peter Olsson. J’extrais le passage suivant de la lettre qu’il a bien voulu m’écrire à ce sujet ;

18 novembre 1879.... « Le cysticerque du Cervus tarandus dont vous » parlez m’est inconnu. Je me suis informé auprès d’un vétérinaire qui habite » Œstersund et qui traite les Rennes de ce gouvernement — car, en

(1 R. Moniez Note sur l’embryogénie des Cestodes. Comptes - rendue de l'Academie des Sciences, 19 Novembre 1877.

ld. Contribution à l'étude ana fornique et embryogénique des Tænias. Bulletin scientifique du Nord. 1878 , p. 220.

» Jemtland et Herjeadalen, il y a des Lapons nomades avec des troupeaux de » Rennes — mais il n’avait jamais vu, chez ces animaux, de maladie pro- » duite par les cysticerques. On trouvera sans doute le Tœnia Krabbei , » chez les Chiens des Lapons , dans les contrées où se trouvent les cystiques » des Rennes, mais je n’ai pas eu occasion de disséquer de tels Chiens. On » doit aussi le chercher dans le Loup et dans Gulo borealis. . . »

Il y a un moyen ce me semble, d’expliquer pourquoi la ladrerie du Renne n’a pas encore été observée. On sait que cet animal n’a pas de plus cruels ennemis que les Diptères du 'groupe des Œstrides : ce sont ces Mouches qui déterminent son émigration sur les montagnes ou au bord de la mer (1). Le Cejphenomy a trompe, Modeer, pond ses œufs dans les naseaux, et les larves, en se développant dans les cavités de la face, occasionnent parfois, d'après Brehm, des accidents analogues au tournis des Moutons. YJ Œdemagena tarandi , Clark, dépose sa progéniture sur la peau du Renne : les larves perforent cette peau et vont se loger dans le tissu cellulaire sous-cutané ; elles atteignent leur parfait développement en avril ou mai. Aussitôt, les Rennes tombent malades et le début de l’affection est marqué par la difficulté de respirer; assez souvent la mort est la conséquence du trouble apporte par les parasites (2). Les Rennes que nous avons disséqués à l’Institut zoologique de Lille étaient couverts de larves d’Œstres hypodermés que le professeur Giard rapporte à 1 'Œdemagena. N’est-il pas possible que l’on n’ait pas suffisamment examiné, jusqu’ici , les tissus des Rennes malades? et n’a-t-on pas attribué dans tous les cas aux larves d’Œstrides, des accidents qui devraient être mis en partie sur le compte des cysticerques ? La symptomatologie de la ladrerie et de l’affection causée par les Œstres sous la peau, doivent avoir beaucoup de points communs, et nous ne serions pas surpris qu’un examen plus attentif ne fasse distinguer ces deux causes de maladie (3).

J’ai donné des anneaux du Tœnia Krabbei à des Lapins , à des Souris , et à des Cochons d’Inde; l’expérience n’a pas eu de résultats.

(1) Œstros ita timent, dit Pallas, ut audito eorutn susurra, furtbundi fugianl et sejactent. Zoographia Rosso- Asiatica , t. 1.

(2) Brehm’s Thierleben, Die Saügethiere, B<* 3, p. 128.

(3) La présence chez les Rennes morts à Lille de larves d 'Œdemagena nous paraît de nature à confirmer notre opinion que ces animaux avaient pris dans leur patrie avec les germes de diptères ceux de Tœnia Krabbei.

Cysticerque du TÆÜIA ÜIARdinfATA Leuck (1).

(Cysticercus tenu icolliS), Oies

Cette espèce est commune dans le péritoine des Bœufs qu’on amène aux abattoirs de Lille, mais son l'ænia est beaucoup moins fréquent que celui du Cysticercus jpisiformis . Nous ne l’avons étudiée qu’à son état de développement complet, mais son passage dans le foie, à la manière du Cysticercus yisiformis , est tout-à-fait démontré.

Le cysticerque du Tænia mary mat a est remarquable par le développement de la vésicule, grosse d’ordinaire comme un fort œuf de poule et qui peut atteindre les dimensions du poing. Diesing parle même d’une vésicule d’un pied de longueur. On sait que cette vésicule se prolonge en un long col terminé par le corps du jeune Tænia, entouré de son réceptaculum : d’ordinaire, le rudiment du jeune ver avec son réceptaculum, s’invagine dans le col de la vésicule et le col lui-mème rentre dans cette dernière où il Hotte. Le réceptaculum se prolonge à l’intérieur de la cavité de la vésicule , par un appendice assez long , connu depuis fort longtemps , que l’on a généralement appelé la queue du cysticerque et qui est particulier à cette espèce (pl. I, fig. 16 ap.)

Leuckart avait d’abord admis que cette queue du cysticerque n’était qu’un reste de l’ancien parenchyme de la vésicule , détruit par l’accumulation du liquide hydropique. Plus tard (2), il changea complètement sa manière de voir à ce sujet et interpréta tout différemment cette particularité. Gomme tous les autres , le Cysticercus tenuicollis peut s’observer plus ou moins complètement dévaginé , quand la pression exercée sur un point de la vésicule a été suffisamment forte, et le réceptaculum lui-mème peut être renversé. Un examen des figures que nous donnons montre que le réceptaculum doit se trouver en continuité par ses deux extrémités , d’une part avec le corps du jeune Tænia , d’autre part avec la vésicule; les trois parties peuvent se placer dans la dévagination sur une même ligne. Par la parfaite identité de structure des tissus du réceptaculum avec

(1) Tænia e cysticerco Cenuicolli, Küchemu.

(2) Die menschlichen Parasiten, t. T, p. 324.

ceux du jeuue Tænia, en raison delà continuité même de ces tissus, il semble que ce qui était autrefois le receptaculum , se soit ajouté au corps du jeune Tænia et ne fasse plus qu’un avec lui (1). — Or, comme je m’en suis assuré par l’expérience directe, ni cet appendice que le receptaculum forme au corps du jeune Tænia, ni la vésicule, ni la queue, ne prennent part à la formation du Tænia sexué; toutes ces parties se flétrissent et tombent et jamais la solution de continuité que le receptaculum renversé offre à son intérieur, ne peut se combler. Ces faits nous paraissent évidents, a priori , grâce à ce que nous savons sur le développement du Cysticercus pis for mis , et l’examen des tissus suffirait seul pour enlever tous les doutes à cet égard, mais Leuckart, conduit par des idées dont nous < royons avoir démontré ci-dessus l’inexactitude, donne une tout autre interprétation des faits et dit :

« Si ma manière de voir est juste, le receptaculum est tiré à l'intérieur » du mamelon céphalique creux lorsque se fait la dévagination. Il entre alors » en connexion avec les parois de ce mamelon creux, et la solidification du » tube s’achève, par le développement de la partie moyenne qui faisait » encore défaut. La queue serait, pour ainsi dire, une excroissance de cette » partie centrale nouvellement formée, par laquelle l’accroissement du » corps se continuerait en arrière, alors que les parties périphériques du » corps seraient arrêtées dans leur développement. »

Inutile de faire voir combien ces processus supposés seraient compliqués et quelles modifications profondes ils exigeraient de la part des éléments, modifications qui devraient s’accomplir en un temps aussi court. Il suffit d’opposer à ce que nous venons de rapporter les faits donnés par l’expérience et les observations. Gomme nous l’avons déjà dit (2), si l’on infeste des Chiens avec un assez grand nombre de cysticerques , on peut obtenir les résultats en apparence les plus variables, en sacrifiant ces animaux au bout de peu de temps. Les jeunes Tænias se montrent alors comme formés d’anneaux mal indiqués, boursouflés et creusés au centre d’une solution de continuité, ou bien ils sont représentés par des individus beaucoup plus courts, privés de de cette partie boursouflée, et terminés en pointe. Parfois aussi, on voit des anneaux assez nets , un peu plus étroits à l’extrémité du jeune Tænia , plus

(1) On conçoit que tout ceci puisse arriver pour tous les cysticerques possible.

(2) R Moniez, Sur les Cysticerques, Bulletin scientifique du Nord, W8, p. 284.

larges à sa partie moyenne. D’autres fois encore, des Tænias qui se trouvent dans l’intestin depuis plus de temps, paraissent moins développés que d’autres arrivés récemment. Il n’y a pas là de différences individuelles, comme on l’a dit, et l’explication de ces divergences apparentes est facile à donner. Le receptaculum se dévagine , mais, le plus souvent, il ne se sépare pas de la tête du jeune Tænia, avec laquelle il est en parfaite continuité, et il reste plus ou moins longtemps avant de disparaître. C’est, sa présence qui donne l’aspect boursouflé à la partie terminale de certains jeunes Tænias, c’est, lui qui , se flétrissant plus ou moins tard , peut ainsi induire en erreur sur l’àge du cysticerque. La rétraction des fibres musculaires qui courent sur ses parois peut encore le modifier en le rétractant à divers degrés. Mais, quoiqu’il en soit et sous quelle apparence qu’il se présente , le receptaculum est destiné à tomber, il suit le sort delà vésicule et ne comble jamais la solution de continuité de sa partie centrale pour faire partie du corps du jeune Tænia. Nous croyons même que ia partie terminale du corps de ce dernier, celle qui est près du receptaculum, partage le même sort, et c’est l’aspect, de son tissu qui nous conduit à cette supposition.

En réalité, le développement du Cysticercus t ermicollis est le même que celui des autres cysticerques et la queue, qu’il présente souvent, n’est autre chose qu’un reste de l’ancienne vésicule , comme l’avait indiqué autrefois Leuckart. Si Ton ne veut s’en rapporter aux expériences directes de l’infestation pour juger du rôle de cette partie, il suffirait de l’examiner au point de vue histologique pour se convaincre de sa vraie nature.

Il n’est pas dans mon intention de décrire le Tænia marginata , pas plus que je n ai décrit le Tænia serrât a , les caractères différentiels de ces espèces ont été suffisamment bien donnés par les auteurs et je n’ai pas à y revenir à présent. Nous renvoyons à l’appendice de la p. 128 la description de la tète du Tænia marginata représentée pl. II, fîg. 1 ; elle pourra servir de type pour la structure de la tète de toutes les espèces de ce groupe , chez lesquelles il n’y a pas à cet égard de différences sensibles.

Le cysticerque du Tænia marginata nous a paru plus sujet que tout autre aux modifications tératologiques. Un individu que nous avons observé , montrait indirectement , la signification de la « queue ; » la vésicule était fort étroite, ayant à peine un centimètre et demi de diamètre sur une longueur de 6 à 7 centimètres , la queue se prolongeait sur presque tout un côté de la vésicule et lui était intimement adhérente , de sorte que le développement de cette dernière en avait été gêné et elle se courbait assez fortement en cercle.

Une autre fois , la vésicule , sur un espace de forme irrégulière que l’on peut évaluer à un demi-centimètre , était fortement épaissie , privée de villosités et avait tous les caractères histologiques d’une portion d’anneau, sur une épaisseur de trois millimètres environ. Ce point modifié de la vésicule était situé à quelques centimètres de la tète.

Une autre déformation était celle d'une tète qui présentait 32 crochets disposés sur deux rangs , mais de forme variable et de taille tout-à-fait irrégulière ; tous les grands crochets étaient bossus et la dent des petits crochets était constamment bifurquée, tandis que celle des grands ne l’était pas. J’ai représenté les principales formes des crochets de cette tète anormale (PL III, fig. 5 et 5 bis).

Il n’est pas rare non plus que la « queue » soit absente. (1)

Le cysticerque du Tœnia marginata ne se présente pas toujours sous la forme que nous avons représentée PI. I , fig. 16 et où un grand \AipV qui vient recouvrir la tète forme le trait caractéristique. On le voit plus souvent avec la disposition que nous avons donnée PI. III, fig. 6. On s’explique bien ces modifications secondaires qu’il est bon toutefois d’indiquer.

Le Cysticercus tenuicoïlis a été trouvé chez beaucoup de Ruminants, chez plusieurs Suidés, chez l’Ecureuil, d'après Rudolphi. On l’a aussi trouvé chez un certain nombre de Singes.

Les cysticerques trouvés par Cobbold dans le Phacochœrus éthiopiens ei le Potamochœrus penicülatus, décrits comme espèces distinctes par cet auteur, ont été reconnus parLEUCKART, qui a pu les étudier, comme identiques

au Cysticercus tenuicoïlis .

Cysticerque du TÆNIA SOL.1U1I L.

(Cysticercus eellulosæ auct).

Cette espèce, à l’état de cysticerque, habite le plus souvent le Cochon, et elle se rencontre principalement dans les muscles. A l’état parfait c’est l’un des deux principaux Tænias de notre espèce. Le Tœnia solium est rare à Lille, actuellement du moins , et les porcs ladres ont si peu de chance

( 1) Citons le passage suivant de J.EUCKART, écrit à propos du bourgeonnement desCœnures: « Auch der Cyst. longi- > collis erzeugt durch Abschnürungbekanntlich Tochterblasen und bei Cyst. tenuicoïlis car. ord. gehl dieser Process » soweit, dass man mitunter Exemplare findet. — Wie Ref. ein solches der Freundlichkeit des Herrn Dr A. Schmidt " % erdankt — die in ihrer Schwanzblase, eine Anzahl loser (steriler) Tochterblasen in sich einschliessen . ■> Hericht üb. » die Leist. in der Natury . dernied. Thierie. Archiv fNaturg. 1*65, t. 2, p. 259

d’entrer aux abattoirs municipaux, qu’on ne les y présente même pas. Je dois les Taenias de cette espèce aujourd’hui très rare à Lille, à l’extrême obligeance de M. le professeur Laboulbene, médecin des hôpitaux de Paris. Pour ce qui concerne les cysticerques, j’ai seulement étudié les individus très développés, conservés depuis longtemps à la Faculté des Sciences , dans la collection helminthologique que nous devons aux soins de M. le docteur L. Hallez.

Nous n’avons pas à insister sur les caractères extérieurs de ce cysticerque qui sont bien connus. Développé dans les muscles, il a d’ordinaire, la forme elliptique, mais cette forme est modifiée lorsqu’ils vivent dans le cerveau ou dans le péritoine. Leuckart a étudié le développement de cette espèce (1). Les plus jeunes cysticerques qu’il ait eus à sa disposition étaient âgés d’un mois environ. A ce moment ils sont déjà hydropiques et possèdent un riche réseau vasculaire étendu par toute la paroi de la vésicule. Lorsqu’ils sont encore très jeunes, les cysticerques du Taenia solium sont ronds , mais leur forme s’altère vite et , sous l’action des muscles probablement , ils deviennent elliptiques. D’après Leuckart, la vésicule serait formée de deux couches dont l’une, la plus externe, présenterait de très nombreuses petites cellules granuleuses et renfermerait les vaisseaux, et dont l’autre, interne, serait formée de grosses vésicules qui sécrètent peut-être , la « lymphe » enfermée dans le cysticerque. Le rudiment céphalique est indiqué par une invagination, déjà lors que la vésicule n’a guère plus d’un millimètre de diamètre : sa différenciation en recept acutum capitis et en rudiment de la tète proprement dit s’effectue très vite, et bientôt, par suite du développement inégal de ces deux parties , le rudiment de la tète cesse d’être perpendiculaire à l’ouverture d’invagination et se recourbe. Au cours du développement, cette flexion s’accentue tellement qu’elle peut décrire un tour et demi. Le rudiment est formé des mêmes cellules très petites et granuleuses que l’on observe chez le Cysticercus pisiformis ; il se plis se à la fin de son développement. Les ventouses et les crochets se forment de la même manière que chez le cysticerque du Lapin : la tête et le cou sont donc creux dans cette espèce aussi et c’est à la suite de la dévagi nation que les deux parois du rudiment de la tète se soudent pour former un corps solide.

Le dessin que nous donnons pl. 2 fig. 3 , montre ce qu’il en est réellement

(4) R Leukcart, bie menschlichen Parasiten unddie von ihnen herriihrenden Krankheiten

du développement du Cysticercus cellulosœ. La tète et le cou de cet animal ne forment pas plus un mamelon creux que chez le Cysticercus pisiformis et le receptaculum capitis , au sens de Leuckart . n’est pas différent de celui des autres espèces. Il est clair, pour nous , que le développement du Cysticercus cellulosœ est le même que celuides autres espèces, et la tig. 2 montre comment on a pu confondre la rétraction des crochets dans la partie antérieure de la tète, avec le retournement complet de cet organe. Les autres détails donnés par l’illustre helminthologiste peuvent facilement s’interpréter et sont alors en concordance avec ce que nous savons du Cysticercus pisiformis ; il est inutile d’en faire l’explication.

Le Cysticercus cellulosœ est caractérisé à première vue par l’extrême développement des plis du receptaculum, partie formée, ainsi que nous l'avons expliqué, par les parois de l’invagination primitive. Ce qui, ici , représente le receptaculum capitis , au sens de Leuckart . n’est autre chose que la portion des tissus de l’embrvon liexacanthe situés au voisinage de l’invagination céphalique, refoulés et distendus par son accroissement (1). La disposition du receptaculum parait, dans cette espèce, assez difficile à comprendre : elle est due simplement, d’après nous, au grand développement de l’invagination qui a dù céder devant la résistance des tissus de la périphérie de l’embryon hexacanthe , transformés en fibres par suite de cette poussée. La tète s’est formée au fond et obliquement comme d’habitude, et les plissements se sont accentués peu à peu, d'autant plus développés que l’étendue de l’invagination était grande. J’ai vu rarement, dans cette espèce, la tète avec les crochets exserts tandis que celte disposition semble être la règle chez le cysticerque du Tœnia serrât a.

Le cysticerque du Tœnia Krabbei . qui vit aussi dans les muscles , présente quoiqu’à un plus faible degré cet enroulement de l’invagination. Je l’ai vu dans certaines coupes beaucoup plus accentué que je ne l’ai indiqué fig. 5 pi. 2. et quelquefois même le>s petits plis étaient remplacés par de grands lobes qui s’enchevêtraient les uns dans les autres , mais jamais cette espèce ne m’a présenté ces plis exagérés que je considère comme très caractéristiques du Cysticercus cellulosœ.

Les coupes du cysticerque du Tœnia solium nous ont présenté plusieurs autres particularités intéressantes , ainsi : il persiste derrière les fibres qui correspondent au receptaculum de Leuckart. une masse importante des tissus

(I l Nous avons souvent marqué dans nos dessins la partie qui correspond au receptaculum capitis dé LEUCKART, par les lettres Eh.

d.6 1 embryon h exacanthe, 6t cstt6 masse est nièiUG plissée d’ordinaire comme il s’agissait d’anneaux. La partie de la vésicule qui lui fait suite se réfléchit et glisse sur les parois du receptaculum , et peut atteindre jusque son sommet. Notre dessin représente un cysticerque dont les deux lèvres de la paroi d’invagination ont cessé d’être intimement appliquées sur les autres parties du receptaculum et se sont dégagées de la vésicule. Cette explication était nécessaire pour montrer que la structure de ce cysticerque n’est pas différente de celle des autres espèces comme on pourrait le croire. Les fig. 8 et 10 de la pi. III donnent d’autres aspects et sont susceptibles d’explications analogues.

Les corpuscules calcaires , ou les corps réfringents qui les remplacent , n’existent pas chez le Cysticercus cellulosœ. On en trouve bien dans les tissus de la vésicule qui suivent le receptaculum, mais le receptaculum luimême en est privé : l’étirement des tissus dans cet extrême développement des plis semble empêcher le développement de la substance interréticulaire.

Les corpuscules calcaires sont représentés par des corps allongés sans grande réfringence, peu nombreux, qui se colorent fortement en rouge, même par un picrocarminate très peu chargé de carmin comme celui dont je me sers habituellement.

Ce ne sont pas seulement ces corps qui se colorent fortement en rouge ; j’ai vu très souvent, sur les individus que j’ai observés, une zone considérable de tissu située contre le receptaculum, prendre la même coloration, tandis que les parties voisines conservaient l’aspect habituel (1).

Nitsche, dans le beau travail que nous avons déjà cité, a étudié la tète du Tænia solium (2). D’après lui , elle aurait une conformation différente de celle du Tænia crassicollis. Nous ne saurions admettre ce que dit cet habile micrographe et nous trouvons son dessin très inexact. Le Cysticercus cellulosœ nous a donné de très bonnes coupes de la tète , et , que les crochets en soient rétractés ou non, elle est très semblable à celle du Tænia mary inata que nous avons figurée, et par conséquent aussi à celle du Tænia crassicollis , espèce du même groupe. L’imperfection de l’étude de Nitsche sur le Tænia solium ne vient évidemment que du mauvais état des deux individus qu’il a examinés. En effet, les tètes étaient très étalées et

• ai observé la même coloration chez un Cysticercus tenuicollis provenant d’un Cochon et aussi dans un autre individu de la même espèce pris chez un Mouton Sans cette dernière observation, j’aurais peut-être attribué ce pnenomens au milieu. r

(2) H Nitsche. Untersuchungen über den Bau der Tœnien , Zeits. f. wiss. Zool., t. XXIII, 1873 , p. 181.

privées de leurs crochets , preuve , dit Nitsche , qu’elles avaient un peu macéré avant d’ètre placées dans l’alcool. — On sait combien les tissus des Cestodes s’altèrent promptement.

Le cysticerque du Tænia solium paraît jouir d’une grande faculté d’adaptation. L’on sait qu’il se rencontre parfois chez l’Homme. On l’a trouvé à plusieurs reprises chez les Chiens , chez des Singes, chez VUrsus arctos (?) chez le Rat(?j. Krabbe a démontré que le cysticerque des muscles du Chevreuil n’était autre que le Çysticercus cellulosœ. Les individus que Leisering a rencontrés chez un Chien étaient de très grande taille. Leuckart a fait la même observation sur un Chat.

D’après Zenker , cette larve prendrait parfois dans le cerveau de l’Homme , la forme la plus insolite {Çysticercus racemosus, Zenker) : Il s’accroîtrait en formant des ramifications vésiculeuses étendues dans la cavité sous-arachnoïdienne , entre les circonvolutions , et pourrait atteindre ainsi une longueur de 25 centimètres. Il paraît que, dans ces cas de déformation , la tête se montre rarement. On a pu , néanmoins , trouver parfois les crochets caractéristiques du Çysticercus cellulosœ. Des modifications analogues, par suite d’étranglements de la vésicule caudale , étaient connues depuis longtemps .

Cysticerque du TÆMIA SA.GIMA.TA Gôze .

(Çysticercus tæniæ mediocanellatæ, Küchenm j.

Nous suivons volontiers l’exemple de Leuckart qui, dans la seconde édition de son livre, Die mcnschlichen Parasilen (2) , rend à cette espèce le nom de saginata donné par Goze et que Küchenmeister avait remplacé par le qualificatif impropre de mediocaneïlata.

Quoique ce Tænia soit de beaucoup plus fréquent à Lille que le Tænia solium , nous n’avons pu rencontrer son cysticerque. Il est vrai que nous ne l’avons pas cherché d’une façon spéciale, mais les vétérinaires et les ouvriers de l’abattoir ne l’ont jamais observé. Il faut en conclure que ce cysticerque n’est jamais bien abondant dans les animaux qu’il habite. Il importe cependant de remarquer que le cysticerque ne peut être absolument rare puisque son Tænia est fréquent; nous reviendrons plus loin sur ce sujet.

C’est à l’obligeance de mon correspondant, le professeur Perroncito , de l’École vétérinaire de Turin , que j’ai pu étudier cette espèce.

(1 ) An Çysticercus canis, Rudolphi ?

(2) Die Parasiten des Menschen , vol. T, fasc. 1., 18T9.

La figure que nous donnons de la coupe d’un de ces cysticerques , nous dispense de toute description (voyez PL 1 fig. 6). Noto s cependant le pli marqué que nous avons trouvé constant sur 6 ou 7 individus. La tête est protégée par un seul repli. La disposition générale du cysticerque est très simple.

On sait que le cysticerque du Tœnia saginata habite le Bœuf.

Certains auteurs ont considéré cette espèce comme un Taenia inerme typique , mais, cette manière de voir résulte de connaissances insuffisantes sur les Inermes vrais , qui sont d s animaux très différents à tous égards, ainsi que nous l’avons montré à plusieurs reprises (1). Nous sommes d’accord avec Leuckart- pour admettre que le Tœnia saginata , bien que dépourvu de crochets , doit être rangé parmi les Tænias armés. D’après nos observations , il appartient à la section du Tœnia serrata , par son embryogénie , par la forme de son cysticerque, les traits généraux de son anatomie et, en particulier, parla disposition musculaire qu’il présentera forme de ses œufs etc. etc. Cette manière de voir est confirmée par l’existence dans la tête d’un véritable bulbe , rudimentaire à la vérité , mais parfaitement comparable à celui des espèces du groupe précité (voyez pl. 1 fig. 7 bb). Ce bulbe, indiqué pour la première fois par Leuckart (2) a été figuré par Nitsche dans le travail remarquable que nous avons déjà cité (3), mais le dessin de ce dernier auteur est insuffisant et ne rend pas du tout l’aspect véritable : il ne montre pas l’invagination si accusée , constante chez les quatre individus que nous avons observés. Le bulbe est le témoin des crochets actuellement disparus chez cette espèce ; il est formé de couches musculaires transverses disposées alternativement de haut en bas et transversalement. Notre dessin n’indique pas cette disposition aussi nettement que nous l’avons vue depuis sur un individu plus favorable ; une partie des fibres musculaires longitudinales se perd dans le bulbe. Inutile de faire remarquer l’identité de cette formation avec le bulbe des deux Tænias que nous avons étudiés jusqu’ici.

La dépression centrale qui conduit à ce bulbe est bien remarquable. Elle correspond, pour nous, à cette cinquième ventouse observée chez certains Tænias et qui est aussi très nette dans certains scolex. Nitsche, a bien vu une

(1) R. Moniez , Sur le Tœnia Giardi et sur quelques espèces du groupe des Inermes. Comptes-rendus de l’Académie des Sciences, 26 mai 1819.

R. Moniez. Note sur deux espèces nouvelles de Tænias inermes. Bulletin scientifique du Nord, 1819, p. 161.

2) Die menschlichen Parasitai, 1. 1. p. 409. Bremser avait déjà fait allusion à cette partie , taf. 3, fig. 3.

(3) Nitsche, Untersuchungen über den Bau der Tœnien, Zeitschrift fur wissenschaftliche Zoologie, 1813.

légère dépression sur la tète de l’individu qu’il a observé , mais son dessin la marque à peine comme un très léger pli (1) et dans le texte il dit positivement « Einem nirklichen Saugnapfe ist diese kleine Vertiefung keineswegs homolog . » La raison qu’il donne de cette appréciation est que la musculature si caractéristique des ventouses lui manque. Nous répondrons à cela qu’il est très certain que le bulbe lui-même est homologue d’une ventouse et que si la ventouse centrale n’existe pas, en particulier chez les Tænias du groupe que nous étudions, c’est que le bulbe est développé. Ici la musculature de la ventouse est remplacée par la musculature du bulbe, et, dans l’érection de la tète du Tœnia saginata,\& dépression sus-jacente au bulbe disparaîtrait. La dépression et le bulbe réunis sont homologues de la ventouse .

L’homologie de ces organes nous parait résulter des observations de van Beneden sur les Tétrarhynques (2) et aussi des nôtres sur le Cysticercus pisiformis. Wagener l’admet positivement (3).

Leuckart croit avoir vu cet organe sous forme d’un diverticulum de la cavité de la tête , limité par un bourrelet sur lequel , par une plus grande analogie encore avec les Tænias armés, se trouvait une couronne de petites pointes semblables aux rudiments des crochets du Cysticercus pisiformis . Leuckart aurait vu aussi ces formations dans les poches latérales, qui, pour lui, représentent les ventouses.

Knoch dit n’avoir pu trouver la ventouse centrale et être convaincu de la non existence d’un bulbe ; les figures qu’il donne sont très mauvaises.

L’on sait que l’importante découverte du cysticerque du Tœnia saginata est due à Leuckart ; ce sont ses expérience^ qui ont établi l’histoire des migrations de cet animal.

Cysticerque du TÆMI4 CRA.SSICOIAIS Rud.

(Cysticercus fasciolaris Rud.)

Cette espèce de cysticerque a attiré de tout temps l’attention des helminthologistes, à cause du développement considérable que peut atteindre le

(1) La position latérale, quant au bulbe , qu’il lui donne, nous fait croire que sa coupe a passé par le bord seulement de c ’tte ventouse.

(2) P. J. Van Beneden, Les Vers cestoïdes ou acolytes , Bruxelles, 1850, p. TO et T7.

(3) Der Rüssel ■wird, bei vielen cestoden durch einen Stimnapf vertreten .... In der That hat Tœnia microsloma ira 'jugendlichen Zustande einen Saugnapf auf der Stirn. Bei àlteren Exemplaren dagegen fïndet sicb ein kurzer mit Haken besetzter Rüssel. Bei Tœnia osculata , bleibt der wie ein Rüssel mit Haken besetzl Stirnnapf durch das ganze Leben. G. Wagener Die Entiuickelung der cestoden , Bonn, 1855, p. 1.

scolex. Nous avons vu, dans la partie historique de ce travail, qu’elle a donné lieu aux premières suppositions d’une parenté entre les cysticerques et les Tænias.

Le Gysticercus fasciolaris n’est pas bien commun a Lille. Nous l’avons donné à des Souris et nous avons pu ainsi enrichir son histoire de quelques faits nouveaux. Les cysticerques qui, dans • nos expériences , s’étaient développés en grand nombre, occupaient le foie entier, lorsque les Souris mouraient , vers le vingtième jour après l’infestation. Les individus qui occupaient le centre du viscère, gênés dans leur développement étaient étroits, allongés , peu ou point hydropiques , ceux qui , au contraire , avoisinaient la surface, étaient très distendus déjà par le liquide accumulé Ce liquide avait gonflé la vésicule et la tenait très intimement appliquée contre la paroi du kyste (1). La différence d’aspect entre les cysticerques du Tænia serrata et les cysticerques de même âge du Tænia crassicollis est connue depuis longtemps, et c’est même une des principales raisons qu invoquait Leuckart pour ne pas prendre le Gysticercus pisiformis comme type des cysticerques.

Les données relatives à cet animal se bornaient ainsi à très peu de chose. Ayant pu voir ces cysticerques à divers âges et les ayant étudiés par la méthode des coupes , nous avons reconnu chez eux ce que nous avions observé déjà chez le Gysticercus pisiformis : le kyste du cysticerque est dû à une modification du tissu hépatique, modification que l’on peut suivre avec la plus grande facilité, plus facilement encore que sur le foie du Lapin. Mais , tandis que le cysticerque du Tænia serrata quitte le foie pour se fixer dans le péritoine, sort de son kyste et n’en reste pas revêtu, le Gysticercus fasciolaris ne quitte pas le foie , reste constamment entouré de son enveloppe et la distend considérablement en l’amincissant. A l’intérieur du kyste, on reconnaît, intimement appliquée contre sa paroi, la membrane très mince de la vésicule ave;, ses villosités très serrées. On voit, en un point de la vésicule le receptaculum qui se continue avec elle et, à l’intérieur de celui-ci, le maùielon céphalique d’abord , puis le corps si développé du jeune Tænia. A un mois ou un mois et demi, l’embryon possède déjà ses crochets mais ne présente encore aucun anneau (PI. 1 fig. 11).

(1) La vésicule à cet âge était ovoïde et avait de 3 à4 millim. dans son plus grand diamètre. On trouvait souvent à son intérieur une masse très finement grenue, produit de dégénérescence, qui se colorait en verdâtre par le picrocarminate d’ammoniaqua

Le jeune Tænia est d’abord invaginé dans sa vésicule , mais il en peut sortir et celle-ci alors diminue plus ou moins de volume , par la rétraction des muscles du Tænia , qui sont en continuité avec ceux de la vésicule. C’est la raison pour laquelle on peut trouver le cysticerque tantôt avec une vésicule très petite, tantôt avec une vésicule grosse comme une noisette. — On sait qu’il en est de même pour le Triénophore. Notons que, d’après Leuckart, tous les anneaux du cysticerque fasciolaire se détruisent lorsqu’il arrive dans l’intestin du Chat et qu’il s’en reforme de nouveaux (1). La coupe de la tête du Tænia crassicollis présente les memes dispositions que celle des autres espèces du même groupe. Nous en parlerons plus loin.

Le cysticerque du Tænia crassicollis a été trouvé chez divers Rongeurs , Rat , Souris. Bloch l’indique dans les Chauves-souris.

CYSTICERCUS MACROCYSTIS Tics.

Le cysticerque, que nous avons figuré PL III fig. 3, 4, 11 et 12, a été découvert au Brésil par Natterer chez le Lepus brasiliensis . Il a été décrit et dénommé par Diesing; personne ne l’a étudié depuis. Je dois à l’extrême obligeance de M. le docteur Emil von Marenzeller , conservateur du Musée impérial de Vienne, d’avoir pu étudier cette espèce qui n’existe qu’au Musée de Vienne , où elle est représentée par les échantillons mêmes recueillis par Natterer.

Je crois utile de reproduire les diagnoses données par Diesing qui renferment plusieurs renseignements intéressants :

Gysticercus macrocystis : « Collum nullum. Corpus brève , vesica caudali » longissima, apice ut plurimum elliptica. Long^d'''^'", antice 1-2"', postice » 2"'3 crass.

» Habitaculum Lepus brasiliensis: in hepate, regione renali, in cavo » abdominis et intra musculos dorsales , in folliculo membranaceo inclusus » v. liber , in Brasilia (2) «

Dans un travail ultérieur , Diesing compléta et modifia un peu sa description :

Gysticercus macrocystis : « Caput subglobosum , prominentia antica sub- » cylindrica, brevi uncinulorum coronula duplici cincta, acetabulis binis

(1) R. Leuckart, Archigeles Sieboldii, etc. Zeitschr f. wiss. Zool., t. 30, suppl., 1878, p. 605 (en note).

(2) Diesing, Systema helminthum , Vienne, 1851, t. I, p. 491.

» oppositis. Collum longissimum, suboequale, transverse rugosum. Blastocys- » tis longissima, utriculiformis , antrorsum depressiuscula , postice utpluri- » mum elliptica. Longit. capitis cum prominentia in adultis 2 '"2"', colli 8"', » blastocyst. ad 3'" ; latit. colli 2-3'" ; diamëter maximus blastocystidis 2-3'".

« Habitaculum. In Lejporis brasiliensis visceribus.

« In speciminibus crebro lectis caput cum collo in blastocystidem re- » tractum , in uno solummodo protractum , in individuis junioribus blas- » tocystis non raro subglobosa (lj. »

Nous avons représenté cette espèce de grandeur naturelle (PI. III, fig. 3) Sa vésicule étroite est très longue , sans liquide bvdropique ; elle est aplatie , sauf à l’extrémité postérieure qui se renfle en un ovoïde. L’extrémité antérieure a à peu près les mêmes dimensions que le reste de la vésicule : elle se distingue par son aspect ferme , opaque et par la fente d’invagination qui la termine. La vésicule ne présente pas de villosités.

Le tissu de la vésicule présente un réticulum conjonctif très lin, trèscontinu. sans lacune, admirablement bien conservé chez les individus que j’ai observés. Les corpuscules calcaires y sont assez nombreux. On sait qu’on ne peut guère en trouver dans la vésicule des autres espèces. Comme d’ordinaire, ce tissu a conservé de la vitalité à la périphérie, et, contre la cuticule , on retrouve les éléments qui doivent aider aux contractions de l’animal .

La disposition du jeune Tænia à l’intérieur du receptaculum est assez particulière et je n’ai pu m’en rendre compte d’une façon satisfaisante. L’invagination est loin d’ètre perpendiculaire : il nous paraît qu’elle décrit trois courbes gauches, rapprochées l’une de l’autre, au-dessus de la tète du Tænia. (Pour mieux faire comprendre notre pensée, nous dirons que, par exemple, l’invagination chez le Cœnure décrit seulement deux courbes, mais peu serrées, peu accentuées et qui restent dans un même plan, voyez PL III, fig. 2). C’est, du moins, la seule hypothèse que nous puissions émettre pour expliquer ce que nous ont donné les coupes parallèles à l’invagination (2). Notons que l’interprétation de la coupe perpendiculaire à la fente d’invagination donnée PL III, fig- 4,

(1) Diesing . Révision dcr Cephalocolyleen . Abtheilung : Cyclocotyleen , Vienne, 1864, p. 65.

(2) Voyez la figure schématique de la PI. III, fig. 12.

appuie cette manière de voir. C’est seulement une coupe oblique qui m’a permis de passer par la tète .

La couche musculaire dite circulaire doit être peu épaisse chez le Tænia du Cysticercus macrocystis , si on en juge par les coupes. Les corpuscules calcaires de la tête du jeune Tænia et ceux de son receptaculum sont très nettement différenciés ; leur forme est allongée , ils sont en nombre beaucoup moins grand que les éléments réfringents homologues du cysticerque du Tænia serrât a.

La couronne des crochets chez cette espèce aussi est double ; le nombre de ces appendices nous a paru osciller entre 34 et 40 sur les trois individus que nous avons examinés. Dièsing , dans sa première diagnose , avait donné le Cysticercus macrocystis comme ayant le cou nul ; dans la seconde , il le dote d’un col très long. La disposition particulière de l’animal dans le receptaculum , jointe au petit nombre d’individus dont je pouvais disposer, ne m’ont pas permis de décider laquelle des deux affirmations est vraie. Peut-être , dans le second cas , Diesing a-t-il eu affaire à un animal dévaginé, dont le receptaculum était renversé et continuait par conséquent la tête du jeune Tænia.

On ignore quel est le Tænia du Cysticercus macrocystis . On a vu, par les caractères du cysticerque qu’il appartiendra très probablement àla section du Tænia serrata.

CYCTICERCUS SPHÆROCEPHALUS Rud.

Je dois encore cette espèce à l’obligeance de M. le Dr Emil von Marenzeller , conservateur du Musée impérial de Vienne.

Rudolphi décrivit le premier le Cysticercus s'phœroce'phalus (1) d’après trois individus conservés au musée de Vienne et qui avaient été trouvés dans le péritoine du Lemur mongoz. D’après cet helminthologiste , ce cysticerque a la vésicule très développée ; elle mesurait de 2 à 4 pouces sur les individus qu’il a observés ; le corps est très court, un peu plus long que la tète ; celle-ci est très convexe; les ventouses sont plus éloignées des crochets que d’ordinaire.

(1) Rudolphi, Entozoorum synopsis, Berlin, 18“9, p. 548.

Pour Dujardin (1), le Cysticercus sphœrocephalus est une espèce peu distincte. Diesing (2) la place parmi les Specics inquirendœ et la diagnose qu’il en donne n’apporte aucun renseignement nouveau. Cet auteur la fait même suivre de cette phrase : « Capite qua a reliquis speciebus differt , dubius matisi. » Dans sa seconde publication (3) il ajoute aux caractères précédents « uncinidorum eorona duplici — collum rugosum . »

Les renseignements anatomiques sur cette espèce étaient donc jusqu’ici très vagues. Ce que nous allons ajouter à son histoire ne la fera pas connaître d’une façon complète à la vérité, mais ces nouveaux détails permettront, au moins, de fixer dès maintenant ses caractères généraux.

L'unique échantillon du Cysticercus sphœrocephalus que nous avions eu à notre disposition était enveloppé d’une membrane adventice intimement appliquée. 11 avait la forme d’un ovoïde dont le plus grand diamètre mesurait un centimètre et demi ; il était donc notablement plus petit que tous les individus décrits sous ce nom par Rudolphi. La vésicule était ridée: à sa partie postérieure on voyait une fente large et profonde qu’il faut comparer à la dépression postérieure de la vésicule du Cysticercus pisiformis et sur laquelle nous reviendrons. A la partie antérieure, se montrait la fente d’invagination du cysticerque, beaucoup plus petite que la dépression postérieure. Le jeuneTænia, dans cette espèce, est très petit relativement aux dimensions de la vésicule. — • Ce fait a déjà été constaté par Rudolphi sur le premier individu qu’il a observé au Musée de Vienne.

Notre échantillon du Cysticercus sphœrocephalus était malheureusement en assez mauvais état de conservation, aussi, les coupes ne m’ont-elles pas permis d’en étudier suffisamment la tête. Les crochets que j’ai pu reconstituer m’ont paru se rapprocher par leur forme de ceux des Tænias du type Taenia serrât a ; le bulbe m’a paru aussi fort analogue, néanmoins je ne puis en donner un dessin exact.

L’explication de la large fente que l’on remarque à la partie postérieure du Cysticercus sphœrocephalus nous paraît être la suivante : il y a eu ici perte d’une portion du cysticerque comme nous l’avons décrit pour le Taenia serrata

(1) Dujardin, Histoire naturelle des Helminthes, Paris, 1845, p. 635.

(2) Diesing, Systema helminthum , t. I, p. 492.

(3) Diesing, Révision der Cephalocotyleen, Abtheil. Cvclocotyleen, p 64.

et, par suite, dépression persistante à la partie postérieure delà vésicule. Plus tard, quand vint le développement hydropique, les brides conjonctives représentées (PL III , fig. 7) ont retenu les parois de la vésicule et l'ont empêchée de s’accroître en arrière d’une manière uniforme.

On peut voir, dans la vésicule du Cysticercus sphœrocephalus , tous les passages entre les mailles vides, les mailles qui retiennent des corpuscules calcaires ou des éléments très finement granuleux, et les grandes lacunes distribuées irrégulièrement. Ça et là on peut observer des espaces considérables remplis de fines granulations et qui représentent de futures lacunes. Cet état rappelle ce que l’on observe chez le cysticerque du Tænia Krabbei et chez le cysticerque du Tænia serrata, avant la déformation hydropique. Dans l’espèce qui nous occupe , le liquide s’accumule de préférence sur les côtés en déchirant plus ou moins les tissus , tout en laissant au centre cette espèce de crête transversale qui forme le fond de l’invagination postérieure.

Le Tænia du Cysticercus sphœrocephalus n’est pas connu ; c’est probablement une forme assez voisine du Tænia serrata (1).

cysticerque du TÆWU C1KASSSICEPS&

(Cyslicei eus Talpæ, Bendz, non Rudolphi).

Grâce à M. le Dr Krabbe, professeur à l’Ecole vétérinaire de Copenhague, j’ai pu étudier cette espèce , état larvaire d’un Tænia du Renard. Je l’avais cherchée inutilement à Lille sur une quantité de Taupes que mon ami, Théodore Barrois, licencié ès-sciences , a bien voulu faire prendre pour moi à diverses saisons , et ce résultat négatif s’explique assez par l’absence de l’hôte du Tænia crassiceps aux environs de Lille. Mon ami , le Dr Mac-Leod, de l’Université de Gand, n’a pas été plus heureux dans les recherches qu’il a bien voulu faire sur les Taupes de son pays.

La taille de cette larve est celle d’un grain de blé de dimensions moyennes ; l’ouverture d’invagination est limitée par deux grosses lèvres ; le jeune Tænia avec son receptaculum est petit," relativement à la vésicule; celle-ci

(1) La question, laissée indécise par Rvdolphi, à savoir si le Cysticercus spharocephalm constituait une espèce distincte du Cysticercus crispus, a été résolue depuis. Ces deux parasites du l.emur wtoK^oaappartiennent bien des a espèces différentes.

a les parois très minces. Les trois individus que j’ai observés étaient à des degrés divers de développement, l’un était complètement dévaginé (Pl. I, fig. 8); un autre présentait un mamelon céphalique sans traces de crochets; le troisième (Pl. 1, fig. 9) était peu développé, mais ses crochets étaient néanmoins formés ; ils étaient rétractés à l’intérieur du bulbe.

Ce cysticerque, dont les tissus sont très délicats, ne présente qu’un très petit nombre de corpuscules calcaires — encore les trouve-t-on dans le réceptacnluni seulement; de même , les corps réfringents si abondants chez le cysticerque pisiforme lui manquent. On peut voir très nettement la coupe des fibres musculaires circulaires qui ne sont pas tiraillées et difficiles à reconnaître comme dans certaines espèces. Un vaisseau dont j’ai vu la coupe transverse se trouve sous le bouquet de crochets. Une particularité intéressante de ce cysticerque est l’existence d’un tube renflé, s’ouvrant par un pore au sommet de la tète. Je n’ai pu malheureusement en suivre le trajet. Est-ce un reste de la ventouse centrale de certains Taenias ? Il sera très intéressant d’étudier cette formation chez le Tænia ou sur d’autres cysticerques de cette espèce quand on les rencontrera.

Quoique la tète soit très développée dans l’individu représenté pl. I, fig. 8, il n’y a cependant pas d’indication d’anneaux sur le corps du jeune Tænia et même , il n’y existe pas de fibres transverses indépendantes des tissus de la vésicule. — - Le Tænia qui provient de ce cysticerque peu différencié doit être moins élevé que les espèces étudiées jusqu’ici. Le point marqué b sur notre coupe est l’endroit le plus cellulaire du corps ; c’est peut-être la zone de prolifération. — Les mailles sont beaucoup plus serrées entre les ventouses. La disposition des muscles du bulbe rappelle le bulbe des Tænias du type Tænia serrata.

Il y a aussi, chez cette espèce, une double couronne de crochets ; les deux formes diffèrent peu entr’elles, la brièveté du manche est assez caractéristique; il en existait 17 paires sur l’individu que nous avons examiné. Nous les avons représentés pl. 1. fig. 10: nos observations confirment celles de Krabbe.

Je ne puis dire s’il y a ou non des villosités sur la vésicule.

Le cysticerque du Tænia crassiceps fut découvert par Haussmann, directeur de l’Ecole vétérinaire de Hanovre, sous la peau d’une Taupe. Ces parasites étaient en grand nombre ; Haussmann en donna quelques-uns au professeur Bendz pour la collection de l’Ecole vétérinaire de Copenhague.

Bendz, d’après le renseignement que veut bien me donner le professeur Krabbe, lit mention de cette espèce en 1842 dans les Kgl. Danske Vidensk. Selsk Oversigter , mais sa description était inexacte (1). C’est seulement dans un fort bon mémoire publié en 1862 par Krabbe (2) que les rapports de cet animal furent fixés. Krabbe fit voir que les crochets du cysticerque, découvert par Haussmann, étaient tout-à-fait semblables à ceux du Tænia crassiceps du Renard.

Leuckart avait indiqué le Cysticercus longicollis , trouvé au musée de Vienne, par Bremser, dans la cavité thoracique du Campagnol, comme cysticerque du Tænia crassiceps (3) ; Krabbe pense que le Cysticercus talpœ et le Cysticercus longicollis sont un même animal , et ainsi se confirmerait l’opinion de Leuckart.

Mais l’identité des deux cysticerques ne nous paraît pas démontrée. Pour Dujardin, le Cysticercus longicollis semble être un jeune exemplaire du Cysticercus fasciolaris [ 4) et Krabbe, — d’après ce qu’il a bien voulu me dire — n’a pas vu cette espèce. L’insuffisance des documents sur ce cysticerque est la cause de la divergence des opinions. La description donnée par Rudoi.phi et à laquelle on n’a rien ajouté depuis, ne fait connaître, comme toutes les autres, que les caractères extérieurs de l’animal, et ceci estbeaucoup trop insuffisant. Mais cet auteur mentionne un caractère important qui a échappé à Dujardin : le Cysticercus longicollis présente parfois à la partie postérieure de sa vésicule, des appendices dont Rudolphi ne recherche pas la nature , mais dont le rôle s’explique , si l’on fait attention que plusieurs de ces vers ont été vus soudés parleur vésicule (5). La vésicule du Cysticercus longicollis bourgeonne et ce caractère l’éloigne du Cysticercus fasciolaris. Sans doute , cette dernière espèce , quand elle est peu développée , a une

(1) Ce mémoire a été analysé par VON SlFBOLD, dans les Archives de Muller, 1845, p. 81.

(2) Krabbe Jagttagelser angaaende Blœrelfindelormene in Naturhistoriks Forenings videnskakabelige Meddelelser 1862. La planche qui accompagne ce travail donne une bonne figure des crochets.

(3) R. Leuckart, Die Blasenbandwürmer und ihre Entwickeluug , p. 61. — Die menschlichen Parasiten , t. I, p. 224.

(4) Dujxrdin. Histoire naturelle des Helminthes, p. 634.

(5) Cysticercus longicollis R. n. sp. « Caput discretum, osculis orbicularibus angularibus, rostello brevissimo « lato, uncinulorum rorona duplici armato. Collurn capite corporeque tenuius, quam hoc longius, cum capite lineam » longum, depressum Corpus rugosum, flaccidum, reliquo verme obscurius , lineam dimidiam et quod excurrit « longum, vesica caud li angustius , depressum. Vesica caudalis maxime variabilis , utplurimum ovalis aut « subglobosa, ad duastertias lineæ partes longa. Interdum vesicæ unus alterve appendix brevis posticus est, et in » Museo Viennensi spe imina etiam vidi quorum vesicæ caudalis parte postica confluant, quo vermis biceps « efficiatur. •> Rudolphi Entozoorum synopsis, p. 541.

forme assez analogue à celle du Cysticercus longicollis , telle que nous la connaissons par les magnifiques dessins de Bremser fl); le jeune Tænia . pourvu seulement de quelques anneaux, peut avoir exactement le même aspect , si on le fait sortir de sa vésicule , — et nous l’avons plusieurs fois rencontré sous cette apparence, — mais la différence de taille est trop considérable pour admettre qu’il s’agit d’une même espèce et, d’ailleurs, dimensions à part, le Cysticercus longicollis , parla forme de son réceptaculum représenté par Bremser comme une série d’anneaux, par les proportions relatives du cou, etc., ne ressemble point au Cysticercus fasciolaris. Il faut donc rejeter l’hypothèse de Dujardin.

Reste à savoir si le cysticerque du Tænia crassiceps est bien le même que le Cysticercus longicollis. Je ne le crois pas et je pense que l’on sera de mon avis si l’on veut bien comparer les dessins de Bremser avec le mien. Si la taille des deux cysticerques est à peu près la même, les rapports de dimensions du jeune Tænia avec sa vésicule sont très différents puisque, dans l’espèce que nous avons étudiée , le Tænia est très petit par rapport à la vésicule, contrairement à ce qui existe pour C. longicollis. Je doute aussi que le Cysticercus Talpœ dévaginé et avec son receptaculum renversé . puisse ressembler au Cysticercus longicollis et d’ailleurs , la diagnose de Rudolphi ne peut pas du tout s’appliquer au cysticerque de la Taupe. Il faut cependant reconnaître que, d’après Bendz (2) , les cysticerques découverts par Haussmann , bourgeonnent sur leur vésicule comme le Cysticercus longicollis.

Notre dessin du cysticerque du Tænia crassiceps permettra au moins de trancher définitivement la question aussitôt que l’on pourra avoir une bonne coupe de la tète du Cysticercus longicollis , la tête du Cysticercus Talpœ étant, en effet, très caractérisée. Je regrette de n’avoir point encore eu jusqu’ici l’occasion d’étudier la tête du Tænia crassiceps , ce qui aurait probablement permis de confirmer la découverte deKRABBE.

Les questions de synonymie sont particulièrement embrouillées chez les

(1) J. R. Bremser , Icônes helminthum , systema Rudolphii entosoologicum illustrantes Vienne, 1824, PI. XVII

fig. 12 à 17.

(2) H. Bendz, Jagtlagelse om Forplantelsen. af en Cysticercus og afCœnurus in Oversigter Kgl. Damskeselsk Forhandlgr., 1842, p. 73, et dans Isis, 1844, p. 813.

Cestodes: cela vient de ce que l’hôte a servi leplus souvent pour caractériser le parasite et que, inversement, on a généralement confondu les divers parasites d’un même hôte, par suite de l’insuffisance des données anatomiques. Nous venons de discuter la synonymie du cysticerque du Tænia crassiceps , mais elle est plus compliquée que l’on pourrait croire après ce que nous venons de dire. En effet, le nom de Cysticercus talpœ ne s’applique pas à un seul animal. Rudolphi(I) avait indiqué sous ce nom, d’après le catalogue de Bremser , un cysticerque du foie de la Taupe qu’il n’avait point vu et dont il n’a pas donné de description. Dujardin (2) rangea le Cysticercus talpœ parmi les espèces douteuses. Bendz (3) ayant décrit le cysticerque trouvé par Haussmann sous la peau de la Taupe, Diesing confondit ces deux espèces dans le Systema helminthum (4) . Plus tard Küchenmeister (5) découvrit dans le foie du Campagnol un cysticerque qu’il retrouva ensuite chez la Taupe (6), Cysticercus innominatus Hypudei Leuck. Cet animal fut déterminé par Leuckart comme appartenant au Tænia tenuicollis de la Martre , eu égard à la forme caractéristique de ses crochets. Diesing ne manqua pas d’ajouter ce cysticerque aux deux précédents , aussi, sa description faite d’après les différents auteurs est elle fausse (7). La vérité, pour nous, est que le Cysticercus Talpœ de Bendz n’est point celui de Rüdolphi et appartient, comme nous l’avons vu au Tænia crassiceps et que le Cysticercus innominatus Hypudei de Leuckart — si la forme observée chez le Campagnol est bien la même que celle de la Taupe — n’est probablement autre que le Cysticercus Talpœ de Rüdolphi. En effet, les crochets du Tænia tenuicollis ont échappé à Rüdolphi comme ceux du Cysticercus Talpœ ont échappé à Diesing, l’hôte est le même et l’organe habité par les deux animaux est le même aussi. — Il faudra donc modifier dans ce sens la synonymie telle qu’elle est donnée jusqu’à ce jour. On voit à quelle confusion on est arrivé chez les cysticerques pour avoir négligé les données anatomiques.

(1) Rüdolphi, Entozoorum synopsis p. 181.

(2) Düjvrdin, Histoire naturelle des Helminthes, p. 635.

(3) Bendz, Isis, 1844, p. «13.

4) Pies no, Systema helminthum, t. 1, p. 493.

(5) Voyez Leuckart, Die Rlasenbandwiirmer und ihre Entwickelung , p. 32

(6) Küchenmeister, Amtlicher Bericht uber die Wiener Naturforscker versammlung , p. 254 Je n'ai pas vu ce travail.

(1) Diesing, Révision der Cephalocolyleen. Abtheil. Cyclocotyleen, p 43

cysticerque du TÆilA A.KIONIS. v. sieb. (1)

(Cvsticercus arionis s. limacis auct.)

Siebold, le premier, découvrit, enkysté dans le poumon de YArion empiricorum , un très petit cysticerque qu'il décrivit et figura (1). Ce parasite se trouve quelquefois en très grand nombre et se présente sous forme de petite granulation blanche très visible à l’œil nu et qui s’énuclée facilement du tissu pulmonaire. Au microscope, on voit que ces granulations représentent un kyste épais, transparent, formé de couches concentriques, déprimé en deux points opposés et qui renferme un jeune Tænia aux mouvements étendus ; le ver a la tète rétractée à l’intérieur du corps et sa trompe est aussi invaginée entre les ventouses.

Les renseignements donnés par Siebold sur le cysticerque de YArion , se bornaient à peu près à ce que nous venons de dire et que l’on voit au premier examen. Meissner, peu de temps après, découvrit les crochets de l’embryon hexacanthe sur cet animal (3). Au lieu de se trouver irrégulièrement placés sur le kyste ainsi que Stein l’avait indiqué pour le cysticerque du Ténébrion , ils étaient fixés sur le corps même, vers le quart postérieur, sur le côté et réunis deux à deux. Meissner constate à ce propos que, en général, la transformation du corps de l’embryon se fait de telle sorte que la partie antérieure, pourvue de crochets, devient la partie postérieure du Tænia. Pour Meissner, le kyste qui enferme le cysticerque n’est pas un produit de YArion, car il a une ouverture correspondant au point de dévagination de la tète du jeune Tænia et il s’énuclée facilement du tissu du poumon. Meissner va plus loin et, dans le même travail, il compare la partie postérieure du cysticerque de YArion avec la vésicule des cysticerques typiques et dit que c’est à l’extrémité de celle-ci qu’il faut chercher les cro-

(1) Siolex commutatus, D:esing.

(2) V. Siebold, Die Verhandlungen der Schweizerischen , naturforschenden Geseltschaft bel ihrer Versammlung zu Schaffausen, 1847, p. 130, et aussi Uebor den Generaltomivechsel der Cestoden, Zeitsch. für wiss. Zool., t II 1850, p. 198.

(3) G. Meissner, Zur Etiwickelungsgeschichte und Anatomie der Bandwiirmer, Zeitsch. f wiss.. Zool., 1854 t. V, p. 380.

chets de l'embryon hexacanthe. Toutefois ajoute-t-il je n’ai pu réussir à les trouver sur les espèces que j’ai étudiées (1).

Leuckart confirma la découverte principale de Meissner , celle des crochets, mais il ne tomba pas d’accord avec lui sur différents autres points de l’anatomie du cysticerque de VArion. Pour le célèbre helminthologiste, la figure du cysticerque dévaginé, telle que la donne Meissner, n’est pas complète et manque de la vésicule, partie qui se déchire avec la plus grande facilité. Siebold a commis la même erreur et ne s’est pas aperçu qu’il n'observait qu’une portion de l’animal lorsque celui-ci était dévaginé.

La vésicule du cysticerque, d’après Leuckart, est arrondie, nettement délimitée du corps, dont elle diffère surtout au point de vue histologique. L’épaisseur de son « épiderme », clair, anhiste, est dix fois plus considérable que celle de «l’épiderme » de la tète et du corps. Sous cet épiderme est une couche de cellules qui circonscrit une masse sombre, granuleuse, mêlée de grosses gouttes de graisse. Le parenchyme du corps du ver, au contraire, est formé de cellules claires, finement granuleuses, les goutelettes graisseuses y manquent , on y trouve les corpuscules calcaires qui n’existent pas sur la vésicule.

La vésicule caudale, continue Leuckart, est une formation distincte du corps du ver : on n’en peut douter en voyant avec quelle facilité elle se détache du corps ; on retrouve cependant à la partie postérieure du corps du ver les traces de ses connexions primitives avec la vésicule; Meissner les avait remarquées , mais son interprétation était erronée ; il se contente de dire , à manière d’explication , que l’évagination de l’animal ne peut se faire sans déchirure.

Pour Leuckart, les crochets de l’embryon ne sont pas situés sur la vésicule, mais sur le corps du jeune Tænia, sur cette partie dans laquelle la tète est rétractée et qui réunit cet organe à la vésicule, Meissner a bien figuré le point où se rencontrent les crochets sur l’animal dévaginé, mais il se trompe en disant que sur l’animal invaginé, ces organes s’observent au pôle postérieur, le point où on les trouve dans le premier cas correspond au pôle antérieur quand le cysticerque est invaginé (2).

(1) La difficulté de retrouver ces crochets sur les cysticerques ordinaires n’est pas seulement due à ce que ces très petits organes peuvent être cachés par les corpuscules calcaires et autres éléments du corps. La scission de la vésicule, comme nous l’avons vu, est la première cause des insuccès de cette recherche.

(2) Rud. Leuckart, Die Blasenbandivürmer, p. 115 et suiv.

Nous avons étudié nous-même le cysticerque de l 'Avion et nous avons le regret de ne pas nous trouver d’accord sur tous les points avec Leuckart au sujet de cet animal. D'abord, nous ne pouvons être de son avis s ir la vésicule. Cette partie e-t en parfaite continuité de tissu avec le corps du jeune Tænia. Elle ne possède point un épiderme anhiste, clair, mais bien une cuticule très semblable à celle des autres Cestodes, laquelle souvent n’est pas plus épaisse que celle du reste ducorps, mais qui est parfois plus épaisse demoitié(l). La couche de cellules sous-jacentes n’est pas différente de la formation homologue des autres vésicules decysticerques. Qu'elle soit détachée du corps du Tænia ou qu’elle n’en soit pas encore séparée, la vésicule du cysticerque de VArion se montre toujours avec une vaste lacune centrale et des parois formées, comme elles le sont toujours chez les cysticerques, par un réticulum de tissu conjonctif. Ce réseau enferme des granulations nombreuses groupées en masses de volume variable, ou bien, on y trouve de ces productions homologues des corpuscules calcaires, qui sont également des produits de dégénérescence. L’aspect du tissu delà vésicule est celui d’un tissu très-vieux, évidemment, sur le point de se détruire mais il ne diffère pas de celui des autres cysticerques. Le dessin qu’en donne Leuckart, est donc inexact. J’ai pu voir l’animal se dévaginer sur le p; 'de-objet de mon microscope sans déchirer sa vésicule; il n’a pas [ris la Lrme indiquée par Leuckart, mais bien celle d’un cône à sommet situé en arrière, de sorte que le jeune animal allait diminuant de volume d’avant en arr re. La lacune delà vésicule était très nette, très grande.

Je n’ai pu obtenir qu’une seule fois la vésicule intacte ; les embryons dévaginés dans l’eau tiède et enlevés au bout de peu de temps étaient souvent privés de cette annexe, où bien je la trouvais à demi-détachée, pendante comme un lambeau.

Leuckart oppose avec raison, l’aspect histologique de la vésicule avec celui du corps du jeune Tænia ; celui-ci est formé, en effet, de nombreuses cellules jeunes, qui se colorent fortement, tandis que l’autre n’offre plus qu’un réticulum pour ainsi dire privé de vie : ceci n’a rien qui doive nous surprendre ni qui soit particulier au cysticerque de VArion : tout se passe ici comme chez les autres cysticerques et les éléments de ia vésicule comprimés , distendus outre mesure par le développement du corps du jeune Tænia,

(1) Cette différence d’épaisseur entre la cuticule de la vésicule et celle du reste du corps, peut facilement s’expliquer par les mouvements de l'embryon, qui est très actif à l'intérieur de sa vésicule ; ces mouvements détachent les lames superficielles de la cuticule. C’est là un fait ordinaire chez les Cestodes.

s’atrophient nécessairement. On voit très bien, dans mes préparations, les aspects différents de ces diverses parties et comment le passage se fait de l’une à l’autre ; on peut se rendre compte aussi de l’espèce d’encoche qui persiste après la chute de la vésicule (vésicule contractile). Toute cette partie postérieure du corps doit aussi se détru.re et ne passe pas au Tænia adulte.

Les crochets de 1 embryon hexacanthe ne sont pas toujours très faciles à voir et ils peuvent échapper sur beaucoup d’ ndividus, dissimulés parles plis, par les corpuscules calcaires ou par les fibres. Il m’est arrivé souvent de ne pouvoir me prononcer sur leur présence en un point déterminé. Ceci est sim lement dû à la difficulté de l’observation et n’implique pas que les crochets soient tombés. Les différents observateurs d'ailleurs ne les ont jamais vus sur le kyste mais toujours dans les tissus, très près delà cuticule.

Qu lie est la position des crochets de l’embryon hexacanthe chez le cysti-

cerque adulte? Leuckart et Meissner les ont vus en dehors de la vésicule,

surla partie qu'ils appellent le corps dans le Tænia dévaginé et j’avoue les avoir vus quelquefois vers le même p int, mais, plus souvent je les ai trouvés sur la vésicule elle-même, rapprochés et groupés deux à deux. Je n’attache pas d’importance au point précis où l’on peut les rencontrer : en somme s ils ne s nt pas sur la vésicule, ils sont à son voisinage. La déchéance

des tissus de la vésicule et de la portion postérieure du corps du Tænia explique suffisamment, à ir on avis, ces différencesde situation. Iln’yaguère plus rien ]à q i maintienne et enchâsse ces organes et ils doivent glisser un peu au hasard. Que si 1 on demande pourquoi ils restent groupés deux par deux, je répondrai que dans certains embryons de Tænias, à la phase hexacanthe, on voit un appareil musculaire compliqué qui relie entre eux les crochets et les met en mouvement. Cet appareil musculaire n’existe p s touj urs, du moins les réactifs ne le décèlent pas partout et il arrive souvent que différentes particularités empêchent son observation, quoiqu’il en soit, il suffit que certains muscles ne se détruisent pas dans le cas actuel, pour que les crochets conservent leurs rapports entre eux (1).

Le kyste «dans lequel est enfermé le cysticerque de l 'Avion est pour

(1) On croit généralement que les embryons desCestodes ne contiennent aucun organe rt que les crochets sont m:s en mouvement par la masse protoplasmique qui forme tout le corps Celte masse protoplasmique est n ttement cellulaire et elle contient tout au moins des muscles que l’on peut observer chez certa ns types. G . Wagf.NEB paraît avoir vu le premier ces formations. Dans son important ouvrage : Die Eulwickeiung der Ccsdoden (a) il dit avoir observé chez (a) Wagbner, Enlwickelunÿ de» cestoden p. 6 et 1 .

nous, un produit du parasite lui-même et non une sécrétion de l’hôte: il y a d’abord identité parfaite avec le kyste duTélrarhynque, dont nous avons étudié la formation, et qui se présente' aussi formé de couches concentriques. D’ailleurs, la substance qui forme ces couches a tous les caractères de la cuticule et l’ouverture du kyste à la partie antérieure, en un point correspondant à l’invagination du cysticerque et où existe, par conséquent, une solution de continuité dans la cuticule de l’embryon, me parait fournir un argument décisif dans cette question. J’ai toujours rencontré cette ouverture du kyste qui /cependant, n’a pas paru constante à Leuckart (1).

Il est inutile, je pense, de donner ici les différents caractères du Cysticercits arionis , Meissner en a indiqué un certain nombre, particulièrement ceux que l’on peut tirer des crochets. Quant au bulbe, autre organe caractéristique, nous l’étudierons plus tard, comparativemeut à celui des autres Gestodes (2).

Le cysticerque de VArion est probablement une des espèces les plus répandues. Siebold l’a trouvé aux environs de Fribourg (en Brisgau) et à Breslau; Meissner l’a rencontré à Gottingue, à Hanovre, à Munich; Leuc.kart à Giessen ; Morch aux environs de Copenhague ; peu d’années après Siebold, Chaussât le trouva a Meudon et M. de Lanessan m’a dit aussi l’avoir observé aux environs de Paris; enfin, je l’ai trouvé communément à Lille dans les Arions du marais de Wavrin.

cysticerque du TEft'EBRIO M©EIT©IS. (3).

Nous avons indiqué en quelques lignes dans notre historique les résultats

le Tænia lilter ila des fibres délicates qu’ s’attachaient à la base des crochets, imis R I.EUGa \rt ne pot r trouver ces organes (b). PtGE.NSTECilEn trouva un peu plus tard, chez l’embryon du Tænia microsoma , des muscles qui s attachaient à la dent et au manche des rocheis (c). Nous avons retrouvé chez les embryons d’un Tænia encore indéterminé de la l'ie, à Wimereux, ces mêmes muscles qui s’attachent au manche et à la dent; nous avons pu nous convaincre qu’ils sont en rapport avec les mouvements des crochets.

(1) La tête du j une Tænia est loin d’être toujours placée dans l’axe de l’ouverture d’invagination ; très souvent elle tourne dans l’intérieur de l’espèce de réceptaculum que lui forme la partie postérieure du coips et, dans ce cas, l’ouverture du ltys'e ne correspond plus à la tête. C’est peut être la raison pour laquelle elle a par ois échappé à Leijckuit C est par suit’ de cette disposition qu’on ne peut faire dévaginer brusquement l’embryon par la pression du couvre ol jet, sans le déchir r.

(2) Leuckvrt reconnaît , après tous les observateurs , que le sommet de la tête est tourné vers l’ouverture de 1a vésicule ; la tête a donc déjà la forme et la position qu’elle aura après s’être dévaginéa.

(2) Celte espèce n avant pas été nommée lors de sa découverte, a été appelée par Diesing Scolex decipiens , Cf Si’zung^b richte , d. Kais. Akad , 1853 , pp. 35 et 43.

(4) R. Lbucsaht, Ou BlasinbanriwvLrmn, etc., p. 96..

(c) Paobnstrcher, Bcitrag iur henntnin (1er Qeechlechtiorgane des- Tœnien. Zeits. für wiss. Zool. ; t. IX, 1858 p, 52e.

généraux obtenus par Stein dans l’étude du cysticerque du Tenrbrio moiitor. Nous devons maintenant revenir sur ce travail et l’examiner avec plus de détail.

Du texte et des figures donnés par Stein (1), il ressort que le cysticerque du Ténébrion , lorsqu’il est complètement développé, est enfermé dans un kyste tout-à-fait clos , divisé en deux portions par une constriction très marquée. La portion antérieure du kyste renferme le corps du jeune Tænia qui est libre à son intérieur : c’est, pour Stein , le kyste proprement dit. La partie postérieure est une simple annexe, offrant au centre une petite cavité qui paraît remplie de liquide ; elle porte à sa surface six crochets épars , identiques à ceux de l’embryon hexaoanthe. Stein appelle cette portion du kyste la queue. La queue et le kyste proprement dit ont la même structure. A l’intérieur du kyste qui le renferme, le jeune Tænia se présente avec la tète complètement invaginée dans son propre corps.

Stein put observer plusieurs degrés du développement de ce cysticerque. A côté d’un embryon hexacanthe typique , il représente un autre embryon très jeune, mais enkysté , ayant perdu ses crochets qui se retrouvent encore sur le kyste. A la partie antérieure de celui-ci, on voit une aire déprimée, recouverte d’une couche de cellules beaucoup plus mince que le reste et qui montre, d’après Stein, que les cellules du kyste s’étendent progressivement en se multipliant et recouvrent peu à peu tout l’embryon. Si l’on comprime l’embryon à ce moment, on voit qu’il n’est pas encore organisé , mais que la cavité an sein de laquelle il est enfermé, est nettement délimitée. Les cellules du kyste sont maintenant très nettes, et Stein insiste sur ce point, parce qu’elles seront plus tard difficiles à reconnaître. Le kyste ayant à ce moment une structure que ne possédera jamais le jeune ver, et ressemblant d’ailleurs complètement, pour Stein, au kyste d’un autre parasite du même hôte, d’un Nématode, notre auteur conclut que ce ne peut être qu’un produit de sécrétion du Ténébrion.

Stein énonce assez brièvement la marche ultérieure du développement : d’après lui, une dépression de plus en plus profonde se ferait à la partie antérieure de l’embryon « und sich gleichzeitig im Centrum des Embryonalkorpers aus der resorbirtcn Grund-Substanz, der Kopf mit seinem Rüssel und Saugnapfcn organisirt. »

(1) F, Ste N. Beitrâge sur Entwickelungsgeschic/ite der Eingeweidewürmer, Zeitsch. f. wiss. Zoolog. , 1858

t IV, p 196.

Personne depuis Stein n’a revu le cysticerque du Ténébrion (1) aussi ceux qui ont dû. s’occuper du travail de ce naturaliste et l’interpréter, sont-ils partis de simples vues de l’esprit sans se baser sur les résultats d’une nouvelle étude.

Siebold, en partant de ce fait que les crochels se trouvent sur lu « queue » , crut pouvoir considérer le kyste avec son appendice comme le corps de l’embryon lui-mème, et ce que Stein décrit comme le ver enfermé dans son kyste ne fut plus pour lui que la tête du jeune ver (2). A ce propos, Leuckart fit observer (3) que Siebold faisait bon marché des observations de Stein en concevant de cette façon le cysticerque du Ténébrion ; en effet, si l’on étudie les dessins de ce dernier auteur, on voit que le « kyste » est représônté partout comme entièrement clos, avec le jeune Taenia tout-à-fait indépen dant et séparé de ses parois par une cavité ; l’inspection des dessins ne laisse pas de doute à cet égard.

Leuckart, au surplus, n’émet pas d’opinion sur le cysticerque du Ténébrion : il se contente de faire remarquer que, d’après la manière de voir de Siebold, le parasite se trouverait sans enveloppe dans la cavité du corps, ce qui est à peine admissible, dit-il, si l’on juge par analogie avec les autres cysticerques (4). Il ajoute toutefois que la position constante des six crochets sur la queue du kyste est assez remarquable, d’autant que Stein a vu ces crochets souvent réunis deux à deux, comme ils le sont dans l’ancien embryon hexacanthe.

J’ai été assez heureux pour retrouver à Lille, le cysticerque du Tenebrio molilor. Bien que n’ayant rencontré qu’un seul individu dans un Ténébrion adulte, je suis cependant à même, sinon d’éclairer tous les points obscurs du mémoire de Stein, du moins de donner la solution des principales difficultés que les observations de cet auteur avaient soulevées. Le professeur Giard qui a vu ma préparation , très bien conservée et actuellement très claire, a bien voulu contrôler les faits que je vais énoncer.

Stein dit d’abord que le kyste du cysticerque du Ténébrion est identique par sa structure avec celui d’un Nématode parasite du même Coléoptère : il suffitde jeter les yeuxsur ce kystedu Nématode, figuré sur la même planche

(1) Stein ne l’a trouvé qu’à Nietn^gk (district dePotsdam). Différents naturalistes l’ont recherché sans succès divers endroi s. Lille est la seconda localité signalée.

(2) V. Siebold, Ueberdie Band- u»d Blasenwürmer, 1854, p 61. La passage que nous résumons n'a pas été «produit dans la traduction française insérée dans les Annales des Sciences naturelles.

(3) R. Leuckart Die B’.asenbandwùrmer , 1856, p. 115

(4) Cette raison n’est pas suffisante a priori ; on a trouvé depuis lors, plusieurs cysticerques qui sont ainsi libre» dans la cavité du corps de leur hôte.

pour se convaincre que cette ressemblance n’existe pas, même de loin. Nous n’aurons donc plus à en tenir compte.

En second lieu , le « kyste » et la « queue » ont été fort mal dessinés par Stein. La partie figurée en a comme la paroi interne du kyste (fi g. 12 du mémoire de Stem) et qu’il appelle dans l’explication des figures « die innere k'ornerreiche Schicht der Cystenwanduny » n’existe pas en nature : elle est remplacée en ce point par un tissu conjonctif de fibres très nettes qui courent parallèlement à l’embryon. A la périphérie du kyste , sous la cuticule , il y a bien une couche qui aurait cet aspect sur un dessin fait à la meme échelle que ceux de Stein, mais un examen plus attentif montre qu’il s’agit là de cellules dont les caractères sont ceux des éléments sous-cuticulaires de la vésicule des cysticerques.

La cavité figurée par Stein entre le corps du jeune Tænia et la paroi interne du « kyste » n’existe pas dans l’individu que nous avons sous les yeux et qui se comporte , par rapport à son enveloppe immédiate, exactement de la même façon que le cysticerque de YArion par rapport à sa vésicule. Le corps du ver n’est pas délimité des tissus environnants comme le veut Stein : au contraire, on voit très nettement qu’il y a une invagination de la partie antérieu e du kyste, par laquelle la tète pourrait sortir, et que la continuité de tissus existe entre le « kyste » et le jeune Tænia. Ceci était un point important à établir; ce que Stein a pris pour le ver entier n’en est donc qu’une partie et présente avec le « kyste » les mêmes rapports que le jeune Tænia avec sa vésicule.

Reste la « queue v , qui forme un appendice à la vésicule du cysticerque. Les dessins de Stein sont aussi inexacts à ce sujet. La « queue » est revêtue d’une cuticule comme la véhicule et son tissu est formé d’éléments serrés arrondis, granuleux, très protoplasmiques qui se colorent fortement par le picrocarminate. A la surface, nous avons trouvé les crochets de l’embryon hexacanthe ; ils étaient épars comme les a vus Stein.

La « queue » ne rappelle donc pas , par sa structure histologique, la vésicule des autres cysticerques, et cependant la vésicule du cysticerque du Ténébrion est en continuité avec elle. Qu’est-ce donc que cet organe et à quoi faut-il le rapporter ? La réponse à cette question nous paraît très simple.

Pour nous , le « kyste », que nous avons reconnu être la vésicule, représente avec la « queue ». l’embryon hexacanthe très développé ; le bourgeonne-

ment de la tcte , ici comme ailleurs, se fait à l’une des extrémités; mais, tandis que, chez le Cysliccrcus pis if or mis , la tète et les parties environnantes , ont besoin pour se loger de la vésicule toute entière, qui se déchire et devienl hydropique , ici , une portion seulement de l’embryon hexacanthe est employée à ce rôle de protection. Cette portion sera tiraillée, refoulée, distendue, les éléments cellulaires s’y transformeront en fibres et elle présentera le même aspect que la partie homologue des autres cysticerques. La portion, qui n’aura pas à souffrir du développement deformations très volumineuses a son intérieur, restera à son état primitif et présentera ainsi un tissu semblable à celui de l’embryon hexacanthe; en d’autres termes, elle conservera les caractères des tissus de l’embryon hexacanthe avant le bourgeonnement de la tète. Tout au plus une légère vacuole, de cause hydropique viendra-t-elle peut- être altérer sa constitution (1).

Remarquons d’ailleurs, qu’il y a des choses analogues chez les cysticerques typiques. Le Cyslicercus pisiformis de la pl. 1 fig. 2 n’est pas bien éloigné, comme forme, des cysticerques figurés parSTEiN; la différence n’existe en réalité que dans les tissus; ici, ils sont déjà devenus un tissu conjonctif très différencié. Le cysticerque du T renia Krabbei , est plus rapproché, à cet égard, de l’état primitif que les Cysticercus pisiformis. et le Cysticercus' macrocystis l’est encore davantage : le cysticerque du Ténébrion n’en diffère qu’en ce que les tissus de la « queue » n’ont pas subi de dégénérescence conjonctive. Celte espèce rentre donc, en somme, dans le cadre des autres cysticerques (2).

Tous ces faits étant établis , il nous paraît inutile de chercher à interpréter ce stade que nous n’avons pas vu et dans lequel, d’après Stein, on verrait à la partie antérieure du kyste une aire déprimée, formée d’une couche de cellules plus mince. Nous ne pouvons pas nous rendre compte des rapports de la fig. 16 de la planche de Stein avec la fig. M ; peut-être s’agit-il là de la délamination de l’embryon (??)

On n'a pas de données certaines sur l’espèce à laquelle appartient le cysticerque du Ténébrion. On s’accorde à croire qu’elle vit chez un de nos Rongeurs domestiques, Rat ou Souris.

(lj Nous n’avons pu voir la vacuole dont parle Sti:: N sur l'individu que nous avons sous les yeux.

(21 II faut toujours ch rcher à s’expliquer les erreurs qu’ont pu commettre les hommes distinguas. L’on peut se demander comm nt Stein a été conduit à exposer d une façon aussi inexacte le développement du cvsiieerque dn Ténébrion A l’epoque où parutson travail , les connaissances précises sur le développement de ces animaux faisaient défaut et SïEiN ne pouvait être guidé par l’analogie, puisque le cysticerque qu’il découvrait était très différent des autres. Il partit, evidem lient , de l’idée première que le « kyste « et son appendice n’avaient pas de rapport avec le jeune Ceslode , que en conséquence , il y avait une cavité entre le « kyste » et l’animal et il i’iudiqna dans son dessin du kyste qui représente une coupe optique , tandis que la « queue « est dessinée de race

Cysticerque du TÆNIA 1*13 REi ATA , Gôze

Gislicercus Dithyridium , auct

Rudolphi fit connaître le premier ce parasite des Lézards ; il crut lui trouver deux ventouses seulement, et n’indiqua pas d’autre caractère, à paît la forme aplatie. Il constata que les individus trouvés chez Lacerta viridis étaient constamment de plus grande taille que ceux du Lacerta muralis (1).

En 1844, Valenciennes trouva chez le Lézard vert une larve de Cestode qui est probablement l’espèce indiquée par Rudolphi. Elle était représentée chez son hôte par un grand nombre d'individus libres dans le péritoine. Ces animaux ont 1 mill. sur 3 de longueur ; dévaginés , ils atteignaient un centimètre ; Valenciennes constata qu'ils possédaient quatre ventouses et que le corps était traversé par quatre vaisseaux. L’extrémité postérieure , dit-il, est remplie d’une masse d’apparence celluleuse plus dense, qui est probablement l’ébauche d’organes reproducteurs.

Les dessins de Valenciennes ne montrent pas de crochets sur la tète: l’aspect de la partie postérieure est tout-à-fait celui de la vésicule des Cestodes (2).

Gurlt indiqua le même parasite enkysté dans le foie, chez les Lacerta muralis , viridis et agilis (31.

Diesing le classa dans son Systema helminthum parmi les Piestocystis , sans dire sur quelle observation il s’appuyait et sans rien ajouter d’ailleurs à ce que l’on savait avant lui.

Von Linstow a enfin donné récemment une description beaucoup meilleure que celle de Valenciennes (4).

Nous en extrayons les faits nouveaux. Sur cent individus que le savant helminthologiste de Hameln rencontra chez un Lacerta agilis , deux étaient enkystés dans le foie. Un commencement de segmentation est nettement

(1) Rudolphi , Entozoorum Synopsis , p. 558.

(2) Valencienne* , Observation d’une espèce de ver de la cavité abdominale, d'un lézart vert , etc. Ann. Sc. nat , 1814 , t. II , p. 248.

(3) Gurlt, Veizeichni s der Thiere bei welchen Entosoen gefunden worden slnd. Arch. fur Naturg. 1845. t. XI , p. 223.

(4) Von Linstow, Neue Beobachtungen an Helminlhen. Archiv für Nalurg.. 1878 , t. 44 , p. 222.

indiquésur le corps qui se retire danslapartie postérieure eu se recourbant. L’animal n’a pas de crochets. On ne peut conclure d’après ces caractère, comme le dit fort bien Fauteur, et c’est d’après la forme et la grosseur des ventouses qu’il faut juger pour savoir à quelle espèce appartient ce cysticerque. On peut exclure avec certitude, dit Von Linstow, tous les Tænias de nos Oiseaux indigènes qui sont armés , à part le Tœnia megalojps dont les ventouses sont deux fois plus grandes ; les Tænias des Batraciens , des Reptiles et des Poissons peuvent aussi être écartés et pour la même raison. Restent donc les Tænias des Mammifères; parmi ceux-là, il faut songer au Tœnia inermis (1) qui possède des ventouses semblables.

, Nous ne croyons pas que le Cysticercus dithyridium puisse devenir un Tænia chez le Campagnol. Les Lézards sont dévorés par les Falconidés et c’est chez ces Oiseaux que leur cysticerque se développe. Le Tœnia perlata constitue l’état définitif du Cysticercus dithyridium comme nous avons pu nous en assurer en comparant attentivement ces deux formes (2).

Le Dr Von Linstow , de Hameln , a bien voulu m’envoyer ce cysticerque , ce qui m’a permis de le figurer et d’ajouter quelques documents à son histoire (Cf. PL I fig. 15). On pourra ainsi le comparer aux Dithyridium des autres Lézards. On peut voir par ce dessin que le Cysticercus dithyridium décrit une courbe très simple dans sa vésicule, qu’il n’y a pas chez cette espèce de véritable formation d’anneaux et qu’elle est dépourvue de bulbe , ce qui l’éloigne tout-à-fait du Milina décrit ' par Van Beneden. Il y a ici beaucoup de corpuscules t alcaires: une très minime portion du cysticerque passe à l’animal parfait. Nous nous sommes convaincu qu’il n’y avait aucune trace d’organes ni de produits génitaux ; l’extrémité du corps présente au contraire un tissu déchiré, ne renfermant presque pas d’éléments cellulaires.

J’ai observé un certain nombre d’individus , mais n’ai rien trouvé qui pût autoriser le rapprochement de cette espèce avec le groupe des Piestocystis. Cependant, il y a presque constamment, en un point opposé à l’orifice d’invagination, un pertuis très-étroit, assez profond, qui ferait croire à un bourgeonnement analogue à celui des Stajphylocystis.

(1) Le Tœnia inermis est une espèce nouvelle décritte par v. Linstow, dans l'intéressant mémoire cité ; elle vit dans l'intestin du Campagnol ; nous l’avons reconntrée une fois à Wimereus.

(2) Van Beneden croyait creonnaître dans cette espèce une laFve de Phyllobothrium. Nous nous contenterons de faire remarquer que tous les Phyllobothrium sont marins. (Mémoire sur les Fors intestinaux p. 321).

Leuckart a trouvé abondamment dans la cavité du corps du Lacerta croceo. :■ ou vivijpara un cysticerque inerme caractérisé , d’après lui , par la grosseur de ses ventouses. Il rappelle ainsi, dit-il, le Tænia Utterata du Renard. Leuckart ne décrit pas davantage cet animal dont il ne parle qu’in cidemment (1). S’agit-il encore du Cysticercus dühyridium ? Nous connaissons le Tænia Utterata et il n’a certainement pas de rapports avec ce cysticerque.

cysticerque du TÆüfl CflEMURlJS v. Sieb.

(Cœnurus cerebralis, auct.)

Il suffit de jeter un coup d’œil sur la fig. 2 de notre planche III, pour se convaincre de l’exactitude de l’idée que l’on s’était faite du Cœnure cérébral, en le considérant comme un cysticerque à plusieurs tètes. L’individu isolé aurait tous les caractères d’un cysticerque ordinaire, si, par la pensée, on rabattait de chaque côté pour l’enfermer, les portions delà vésicule que nous n’avons fait qu’indiquer.

Le cas bien observé du Cœnure aurait pu éclairer Leuckart sur la vraie nature des nodosités qui apparaissent de très bonne heure dans le foie des Lapins, infestés par les embryons du Tænia serrata. Si l’on donne à un Mouton des embryons du Tænia ccmurus , tous ne se rendent pas dans les centres nerveux poury subir leurs transformations. Une partie des embryons fait fausse route etvaaux poumons, au foie, au diaphragme, dans les plèvres, etc., mais ils ne se développent pas dars ces points. Au bout d’un certain temps, on trouve dans tous ces organes des tubercules plus ou moins nombreux, ayant l’aspect des tubercules du foie du Lapin observés dans les mêmes conditions, et qui contiennent à l’intérieur une masse caséeuse. Haubner (2), à la vérité, dit avoir trouvé quelquefois, à l’intérieur de ces tubercules, une très petite vésicule semblable à ces vésicules du Cœnure que l’on peut trouver dans le cerveau. Mais cette indication est assez vague et Leuckart dit n’avoir pu la vérifier. Tous ces tubercules, dit Haubner, dimi-

(1; R. Leuckart, Bericht üb.die Wiss. Leist in der Nalurg . nied. Thiere. Archiv fur Naturg., t.XXXX, 1874, vol. 2 , p. 437.

(2) Haubner, Gurlt's Magazin fur Thierarzneikunde , 1854 (cité par Siebold).

nuent bientôt de volume et disparaissent. Leuckart, qui les a observés, avoue n’avoir jamais vu leur transformation en galeries.

Les choses se passent autrement pour les embryons qui se rendent au cerveau où ils trouveront les conditions nécessaires à leur développement : on les voit libres à la surface du cerveau, dit Leuckart, ou bien, dans l’intérieur de cet organe, entourés seulement d’une coucbe de cellules granuleuses. Cette couche de cellules , au cours de la migration, se transforme en étroite galerie [Exsudatstreifen de Haubner) . En certains cas , dit Leuckart , la vésicule du Cœnure formait l’extrémité d’une de ces galeries (1).

Il est clair, pour nous, qu’ici comme dans le cas du Cysticercus pisiformis, les tubercules se forment autour de l’animal mort et que les « Exsudatstreifen » les galeries, contiennent les animaux vivants.

On a trouvé des Cœnures dans le cerveau des animaux suivants qui sont surtout des Ruminants: Mouton, Bœuf, Mouflon, Chamois, une Antilope, probablement Dorcas, Chevreuil, Renne, Dromadaire, Cheval. Notons que Eichler l’a trouvé dans le tissu cellulaire du Mouton et Nathusius sous la peau d’un veau. Engelmeyer a observé un Cœnure dans le foie d’un chat.

cysticerque du TÆMIA. ECHIMOCCIJS v. Sieb.

(Echinoecus veterinorum auct.)

L’échinocoque, pour rappeler ses caractères en quelques mots, se présente comme une vésicule de volume variable, formée de deux parties bien distinctes , une cuticule très épaisse , disposée en minces couches concentriques et une zone sous-j acente à cette cuticule. Cette dernière offre la plus grande analogie de structure avec les tissus de la vésicule des cysticerqnes , à cette différence près qu’elle renferme un nombre beaucoup plus grand de cellules vivantes. Cette couche interne , improprement appelée la membrane germinale, est très mince relativement au volume de la vésicule ; assez souvent, on observe entre les mailles les plus voisines du centre, ces grosses gouttelettes réfringentes dont nous avons déjà parlé. Ça et là, en groupes plus ou moins réguliers, plus ou moins serrés , sur la membrane germinale, on trouve les

(1) R. Leuckart. Die Blasenbandwürmer vnd ihre En twic Icelu ng , p.47 et 125.

vèsicules-p oligères , en continuité avec les tissus de cette membrane par un pédicule.

Les vésicules-proligères( 1) formées d’un tissu analogue à la membrane germinale, éléments serrés , sans substance interposée, contiennent 5,10, 15 et même j’ai compté jusqu’à 34 jeunes Tænias. Ces animaux sont en connexion avec la paroi interne sur laquelle ils ont pris naissance, de la même manière que la vésicule-proligère l’était avec la vésicule-mère; parfois on en trouve qui sont détachés et flottent dans la cavité de la vésicule-proligère. On peut trouver les scolex (2) à tous les degrés de développement , mais ils sont souvent complètement formés et se montrent avec leurs 30 à 40 crochets , rétractés avec les ventouses à l’intérieur du corps (3). ï.es vaisseaux existent ainsi que les corpuscules calcaires : la partie postérieure du corps présente une dépression pour l’insertion du pédicule. Le nombre desvésicules-proligères pouvant être très élevé, celui des têtes de Tænias produites par une échinocoque s’élève à un chiffre très considérable.

D’après Leuckart, le développement dé l’échinocoque se fait très lentement et , un mois après l’infestation , les kystes n’ont guère qu’un millimètre de diamètre. A un mois et demi , la jeune échinocoque atteint un millimètre et demi et est nettement hydropique au centre. A cinq mois , dans l’expérience relatée par Leuckart (4), ranimai atteignait le volume d’une noix, mais pe contenait pas encore de vésicules -proligères , soit que celles-ci n’apparaissent que plus tard , soit peut-être que , dans le cas actuel , elles ne devaient pas se former (acéphalocystes). — On ne sait pas si la formation des vésicules-proligères est en rapport avec le volume ou avec l’àge de la vésiculemère : il est certain que , parfois , les scolex ne se développent pas , bien que la vésicule atteigne de giandes dimensions, tandis que d’autres fois, on

(1) 11 importe de remarquer que ce que nous appelons vésicules proligères ne correspond pas aux Tochterblasen des auteurs allemands dont nous parlerons plus loin , mais bien à ce qu’ils appellent, après Siebold , Brulkapseln. Avec les anciens auteurs nous avons appelé vésicules - secondaires . ce que les auteurs allemands ont appelé Tochterblasen.

(2) Pour nous, le mot scolex désigne la larve lorsqu’elle a perdu sa vésicule ; les auteurs l’ont employé dans un sens different, voyes page 13 en note (4).

(3) Cette rétraction des crochets est encore une disposition qui pourrait faire croire au retournement complet de la tête Leuckart dit, en effet, que les rapports de la tête avec le corps du jeune scolex sont ici exactement ceux delà tête d i cysticerque avec sa vésicule. — LEUCKART ajoute qu’il est impossible de considérer le corps du scolex du Taenia Echinoccus comme une vésicule: cette proposition est parfaitement exacte, car ou sait que la vésicule représente l’embryon hexacanthe.

(4) R. Lecckvrt, Die menschltchen Pa-asiten , t. I, p. 346.

trouve des vésicules-proligères alors que la vésicule-mère a à peine la grosseur d’une noisette. Dans la variété d’échinocoque dite multiloculaire , on a trouvé des scolex développés à l’intérieur de vésicules qui mesuraient moins de un millimètre de diamètre.

Tous les faits relatifs à l’histoire des échinocoques étant passablement embrouillés, nous devrons, pour plus de clarté, diviser notre sujet en plusieurs chapitres. Nous nous occuperons d’abord, tant de la formation des vésiculesproligères à l’intérieur de la vésicule-mère, que du développement des scolex. Nous étudierons ensuite les autres modes de reproduction des échinocoques et nous nous occuperons en dernier lieu des différentes formes sous lesquelles ces animaux se présentent.

VÉSICULES-PROLIGÈRES (BrutkapselM

Y an Siebold , le premier, découvrit les vésicules-proligères (1). L’on supposait auparavant que les jeunes Taenias se développaient isolément sur la membrane germinale et l’on crut alors que les deux modes de formation coexistaient. On crut aussi que les capsules et les jeunes échinocoques solitaires se détachaient au bout de quelque temps pour flotter dans le liquide de la vésicule-mère.

Leuckart fit voir que tous les scolex se formaient dans les vésicules-proligères, que celles-ci ne se détachaient pas et qu’on les trouvait toujours en place sUr les échinocoques vivantes et examinées avec précaution. Naunyn , dans un mémoire important (2) , confirma les observations de Leuckart à ce sujet : R asmussen put aussi les vérifier (3) et , pour notre part, nous n’avons jamais vu les choses se passer autrement chez les très-nombreuses échinocoques que nous avons examinées.

Leuckart (4) put suivre aussi le développement des vésicules-proligères : elles

(1) V. Siebold, Ueber die Verwandlung der Echinococcus Brui in Tænien, Zeits. ï. wiss. Zool., t. IV, 1853, . p. 409.

(2) Naunyn, Eniwickelung der Echinococcus, Arch. f. Anat., Phys, uncl wiss. Medicin., 1862, p 612

(3) Rvsmussln Bidrag til Kundsleab om Echinococcernes Udwickling. Naturhist. foren. widensk Meddelelseï-, 1863, p. 293.

(4) R LeüCKAri , Die menschlichen Parasite n, t. 1., 1863, p. 359.

débutent par une prolifération locale des éléments de la membrane germinale, qui acquiert bientôt une épaisseur double. Au milieu de cette espèce de mamelon, apparaît une petite cavité sphéroïdale qui se montre très tôt tapissée d'une délicate cuticule. Le mamelon et la cavité grandissent, leur paroi s’amincit, excepté en un point opposé à l’insertion sur la vésicule-mère. Il se forme là, un épaississement origine du premier scolex. Nous allons revenir sur le mode de formation de cet organe.

Naunyn figura des formations semblables comme origine des vésicules-proligères ; nous verrons comment il tomba dans l’erreur au sujet de la formation des scolex de ces jeunes vésicules. Nos observations, répétées nombre de fois, nous ont paru confirmer celles de Leuckart : nous avons toujours vu une prolifération des éléments de la membrane germinale donner naisssnce à la vésicule-proligère, qui se tapissait bientôt de cuticule à l’intérieur, tandis qu elle restait d abord, par la base, en large continuité avec la membrane germinale. La vésicule-proligère est formée d’éléments analogues à ceux de la membrane germinale , mais l’aspect de ces éléments est plus jeune et ils ne renferment pas de globules graisseux. Elle s’amincit à mesure qu’elle produit des scolex à son intérieur. Il importe d’insister sur ce qu’elle n’est pas tapissée d’une cuticule à l’extérieur, mais bien à l’intérieur; elle plonge donc dans la cavité de la vésicule-mère à la manière de la tête du Cœnure , avec laquelle, d’ailleurs, on doit l’homologuer.

Comment se forment les jeunes Tænias à l’intérieur des vésicules-proligères? On ne s’entend pas à ce sujet.

Pour Guido Wagener, qui étudia les échinocoquesavecbeaucoupdesoin(l), les jeunes Tænias apparaissent comme des bourgeons formés de très petites cellules sur la paroi de la vésicule. D’abord ronds, ces bourgeons s’étirent, deviennent ovales et forment , vers leur extrémité , une sorte de collerette pour loger la base de la partie terminale. La collerette marque le commencement de rétraction de ce qui sera le bulbe ; les crochets apparaîtront bientôt un peu au-dessous d’elle. Le bourgeon en s’étirant et se pinçant à la base, détermine l’apparition des fibres qui formeront le pédicule.

G. Wagener, toutefois, figure des bourgeons, dont il n’a pas compris la signification et dont il ne marque pas les rapports, soit avec la vésicule-mère, soit avec les vésicules-proligères . Ces bourgeons montrent une sorte de rudi-

(1) G. Wagener, Die Entwickelung der C»' loden , Bonn., 1855 , p. 34

ment de tète au fond d’un tube élargi par le bas (1) . Wagener admet qu’ils doivent se dévaginer vers l’extérieur et non plus à l’intérieur comme les bourgeons ordinaires ; pour cela ils doivent déchirer la paroi de la vésicule (2).

Les observations de Leuckart conduisirent cet illustre helminthologiste à une conception toute différente du développement du jeune scolex. Tandis que Wagener avait vu les bourgeons se former à l’intérieur et être toujours solides , lui les vit se former à l’extérieur et, en concordance avec le développement des cysticerques , se montrer d’abord sous forme d’un mamelon creux.

Les têtes du Tænia , dit Leuckart , apparaissent sur la paroi de la vésicule-proligère exactement de la même façon que se forme le mamelon céphalique chez les cysticerques. Il se fait d’abord un épaississement en forme de disque qui s’élève rapidement à la surface de la vésicule comme un mamelon. Ce mamelon est allongé, traversé en son milieu par un canal qui continue la cavité de la vésicule-proligère et qui est tapissé par un prolongement de sa cuticule. Ce mamelon n’offre d’autre différence avec la membrane sur laquelle il a pris naissance que sa grande épaisseur. Le fond de la cavité s’élargit bientôt, comme nous l’avons vu pour l’invagination des autres cysticerques , et bientôt apparaissent sur ses parois les crochets et les ventouses caractéristiques. L’unique différence avec les cysticerques, dit Leuckart, c’est qu’il ne se forme pas de receptaculum , aussi le bourgeon pousse-t-il tout droit. Aussitôt que la formation de la tète est achevée , elle rentre à l’intérieur de le vésicule-proligère, se dévagine , se solidifie et prend la disposition bien connue (3).

Bien qu’ils soient formés de simples cellules, continue Leuckart, les rudiments de la tête montrent néanmoins une grande contractilité; ils s’allongent, se raccourcissent, s’invaginent à l’intérieur de la vésicule-fille, à un tel point même qu’il n’est pas rare de les voir entièrement rentrés : la cuticule qui tapisse normalement les parois de l’invagination est devenue extérieure au mamelon et la cavité en cul-de-sac de celui-ci plonge de cette façon dans la vésicule-proligère.

(l)G. Wagener, 1. c. PI. 4, fig. 39 , 40 , et 41.

(21 G. Wagener croit même que l’observation de ces formes appuie l’idée de Kuhn sur la formation de vésicules en dehors de la vésicule mère. On peut voir, dans le mémoire de ce dernier, qu’il s’agit ici de tout autre chose. (Voyez Kuhn , recherches sur les ace'phalocystes et sur la manière dont ces parasites peuvent donner lieu à des tubercules. Gazette médicale, décembre 1832. Reproduit in Ann. des Sc. natur., t. XXIX, 1833 , p 2T3).

(3) R. Leuckart , Die menschliclien Parasiten , 1. 1 , p. 354.

Pour Naunyn, le rudiment du jeune Tænia ne se forme pas du tout comme le dit Leuckart. Ce n’est point un mamelon creux, en continuité avec la cavité de la vésicule-proligère et proéminent à l’extérieur, cet état ne s’ob serve que si on a laissé refroidir l’échinocoque : normalement , le mamelon fait saillie à l’intérieur de la vésicule-proligère et est creusé d’une cavité en communication, non avec celle-ci, mais avec la vésicule-mère. C’est au sommet du mamelon que se forme la tête et cet organe plonge alors directement dans la vésicule-mère. Le mamelon creux peut se renverser au dehors et sa cavité, alors refoulée comme un doigt de gant, se met en communication avec celle de la vésicule-proligère , les parois de l’ancienne invagination formant maintenant les parois externes du mamelon. Ces états, dit Naunyn, ont trompé Leuckart et Siebold et ils ont été représentés comme des mamelons développés primitivement sur la vésicule-proligère et à l’intérieur desquels se formaient les crochets (1).

Leuckart réfuta faiblement les observations de Naunyn. Il n’est pas douteux , dit-il (2) , que les deux états (d’invagination dans la vésiculeproligère et d’évagination) existent en effet , et j’ai moi-même figuré des cas où presque toute la masse du bourgeon était invaginée. Néanmoins, je puis continuer d’admettre, en opposition avec Naunyn, que l’invagination primitive est une exception. Je me base tant sur l’analogie avec les autres cysticerques, que sur les dessins de Naunyn dans lesquels je ne puis rien trouver de convaincant à ce suje' .

Rasmussen , dans ses études sur les écbino coques (3) , confirma les observations de Naunyn pour ce qui concerne le développement de jeunes Tænias. Pour le naturaliste suédois, il n’v a pas de bourgeonnement à la surface de la vésicule-proligère , mais simplement une invagination , et le rudiment de la tète est d’abord solide. Leuckart, dans la courte analyse qu’il donne de ce travail, se contente de dire que le rudiment de la tête certainement n’est pas solide (4).

En somme, et pour résumer la discussion sur ce point important, Wagenek a vu des bourgeons solides à l’intérieur de la vésicule-proligère et aussi des

(1) Naunyn , Entwickeiung des Echinococcus , Archiv. f. Anat., Phys., u. wissens. Medic., 1862, p. 612

(2) R. Leuckart , Die mcnschlichen Parasiten, t. I , p. 752

(3) Rasmussen , Bidrag til Kundskab om Echinococcernes Uclwikling. Naturhist. foren. vidensk. Meddelelser, 1865 , p. 295.

(4) R. Leuckart . Die menschlichen Parasiten , i. II, 1876 , p. 861.

bourgeons formés dans une invagination au sujet de laquelle il s’est mépris comme nous le verrons, Leuckart a affirmé que les jeunes Tænias se développent à l’extérieur de la vésicule-proligère, par une invagination en rapport avec sa cavité et Naunyn veut que le jeune animal apparaisse sous forme d’un mamelon creux plongeant à l’intérieur de la vésicule-proligère , mamelon dont la cavité est ouverte dans celle de la vésicule-mère. Pour Rasmussen, le mamelon, aux dépens duquel se forme le jeune ver, naît sur la paroi de la vésicule-proligère, s’accroît et plonge à son intérieur ; il est toujours solide.

Nous avons surtout étudié des échinocoques prises dans le poumon du Mouion et du Bœuf aux abattoirs de Lille, et un plus petit nombre d’échinocoques du foie des mêmes animaux. J’ai aussi étudié quelques échinocoques provenant du foie de deux Cochons et une autre recueillie dans le foie d’un homme mort à l’hôpital St-Sauveur de Lille (1), d’une affection cardiaque consécutive. Aucune de celles que j’ai observées jusqu’ici ne contenait de vésicules secondaires libres.

Tout d’abord, je dois déclarer que j’ai vu souvent, par centaines, des bourgeons très volumineux fixes sur la membrane de la Arésicule-proligère et plongeant à son intérieur, comme le figurent Leuckart et Naunyn; mais, contrairement à l’opinion de ces savants, je n’ai pu jamais trouver de cavité à leur intérieur, d’accord en cela avec Wagener et Rasmussen, et je puis affirmer que cette cavité n’exist.e pas. Partant, il est impossible que ces mamelons fassent jamais saillie à la surface de la vésiculeproligère. C’est bien sur ces mamelons qu’apparaissent les crochets et les ventouses dont j’ai suivi] parfaitement la formation. Leur développement démontre de la façon la plus peremptoire la thèse que nous soutenons : que la tète d’un Tænia est primitivement un corps solide , un mamelon, sur lequel se développent les crochets et non. une cavité sur les parois de laquelle se formeraient ces organes et qui ne deviendrait solide que par . suite d’une dévagination. Nous avons vu, à propos du Cysticercus pisi formi s, que les crochets apparaissaient à la base du bourgeon céphalique; ici. le mamelon , qui était d’abord arrondi, s’amincit et devient ovale; comme l a vu Wagener, il se forme vem le haut une sorte de collerette qui entoure le sommet du côue, et c’est au-dessous de cette collerette qu’apparaissent les crochets , semblables, dans cet état rudimentaire, à ceux du Cysticercus

(1) Cet homme appartenait au service de M. le prof Wan>ebrch CQ. L’échinocoque qu'il portait au foie était simple et non stérile. Je crois devoir signaler ce fait ; car Leuckart nous dit qu'un cas semblable rapporté par EsCHKiCH t' « est presque le seul qui soit connu chez l’Homme. >>

•pisiformis , mais moins nombreux, disposés sur 4 à 6 rangs et irrégulièrement alternes. La partie entourée parla collerette correspond au mamelon céphalique du cysticerque de Tænia serrala: elle va s’invaginer un peu à la fois et on ne la verra plus quand les crochets seront très développés. En même temps , la partie postérieure du mamelon se pince, s’étire, les éléments arrondis qui forment tout le corps du jeune ver se modifient en ce point et , par suite de cet allongement , se transforment en fibres qui se perdent dans les tissus de la vésicule-fille. Je n’ai pu suivre la formation des ventouses, mais j’ai vu les crochets se rétracter progressivement dans l’intérieur du corps, jusqu’à ce qu’ils eussent pris la place qu’ils occupent d’ordinaire.

Comment naissent ces mamelons qui donnent naissance aux scolex. J’ai suivi leur formation pas à pas et je possède des préparations heureuses qui montrent la série de leur développement. Ces bourgeons naissent bien par un épaississement en forme de disque sur la membrane de la vésicule-proligère, mais cet épaississement ne reste pas à l’intérieur de la vésicule comme le veulent Naunyn et Rasmussen; il fait saillie à l’exté ieur en même temps que se soulève la partie centrale, tournée vers la cavité de la vésicule-proligère. Le mamelon naissant glisse entre les lèvres qui limitent la dépression et ilia force ainsi à s’accentuer d’abord, mais bientôt le disque qui le porte ne peut s’éloigner davantage et le mamelon pénètre alors dans la cavité de la vésiculeproligère où il se développe à l’aise. Il forme le bourgeon volumineux, d’abord uniformément ovale qui se différencie bientôt au sommet , se forme un pédicule èt pousse des crochets comme nous venons de le décrire. Nous ne pouvons douter que le mamelon dont nous avons suivi le développement jusque la formation des crochets, ne soit le. bourgeon invaginé dont parle Naunyn et le rudiment de la tête accidentellement rentré selon l’interprétation de Leuckart. Or, il est très certain que le mode de formation des jeunes Tænias est tel que nous venons de le donner.

A côté de ces formations, quelquefois sur la même vésicule-proligère, on en remarque d’autres, beaucoup moins fréquentes et de caractère différent qui,pournous, correspondent évidemment à ces bourgeons extérieurs dont la cavité communique avec l’intérieur delà vésicule-proligère et que Leuckart considère comme le point de départ des scolex et le type de formation des jeunes vers. Une tête de Tænia se forme bien, comme l’a dit Leuckart, au fond de cette cavité, avec la différence que les crochets n’apparaissent pas

sur les parois, mais sur un mamelon qui a bourgeonné dans le fond. Souvent, les parois de l’invagination sont ondulées et rappellent ainsi les premiers plissements des cysticerques ordinaires. Presque chaque fois que leslarves de cette espèce sont assez développées pour montrer leurs crochets, on ne , trouve plus la tète dans l’axe du bourgeon;' elle se dispose presque toujours perpendiculairement à cet axe, ce qui montre, à mon sens, qu’elle ne peut pas, facilement au moins, rentrer dans la vésicule. Pour moi, elle n’y rentre pas et reste en dehors, dans son enveloppe spéciale, en communication cepen dant avec la cavité de la vésicule-proligère.

On se rappelle que Rasmussen nie ces formations à la surface de la vésicule et que Naunyn veut les expliquer en disant qu’elles sont dues au changement de température. Selon ce dernier, l’échinocoque les fait apparaître sous l’influence du froid en dévaginant les bourgeons creux qui sont à son intérieur. Cette affirmation n’est pas exacte: les échinocoques des poumons, examinés 24 heures après avoir été extraites du corps de leur hôte, nous ont présenté un nombre beaucoup plus grand de rudiments invaginés à l’extérieur. Nous avons trouvé également ces bourgeons externes sur des poumons étudiés avant le refroidissement. — D’ailleurs les bourgeons , comme nous l’avons vu, ne sont pas creux et il est impossible qu’ils puissent se- retourner en doigt de gant.

Il est donc certain que les bourgeons exterres existent et qu’ils ne sont pas dus à la dévagination des bourgeons internes. Il nous reste à rechercher maintenant quelle peut être leur signification. Nous croyons qu’ils ont la même valeur que les autres bourgeons développés à l’intérieur et que c’est pour ainsi dire accidentellement, qu’ils restent et se développent en dehors. Nous doutons qu’ils puissent rentrer dans la vésicule -fille, nous n’avons rien vu qui nous autorise à le supposer: leur aspect, comme nous l’avons dit, nous porte à croire qu’ils restent au dehors.

Peut-être y a t-il un rapport entre ces bourgeons extérieurs et les vésiculesproligères que j’ai rencontrées parfois, soudées à d’autres vésicules-profigères et tout-à-fait indépendantes l’une de l’autre par leur cavité. Elles semblaient avoir bourgeonné sur place étaient souvent beaucoup plus petites que celles sur lesquelles elles étaient greffées. Il est possible que ces vésicules annexées proviennent d’un bourgeon extérieur: je ne vois pas trop, du moins, quelle autre origine elles pourraient avoir.

VESICULES SECONDAIRES ( Tochterblasen. )

Les échinocoques ne se reproduisent pas seulement par les vésicules-proligères, ces animaux se multiplient aussi par ce que Kuhn a appelé les vésiculesseconclaires. Les vésicules-secondaires forment un mode de reproduction moins important que les vésicules-proli gères : tantôt elles se développent à l’extérieur de la vésicule-mère , tantôt on les trouve à son intérieur. Ces vésicules-secondaires se distinguent parla couche cuticulaire épaisse qui les revêt à l’extérieur; elles bourgeonnent des vésicules-proligères à leur intérieur et ont donc tous les caractères des vésicules-mères.

On observe plus souvent les vésicules-secondaires externes chez les échinocoques non stériles des Ruminants, mais elles ne sont pas rares chez l’Homme. On a décoré leur mode de formation du nom de reproduction exogène , et Küchenmeister a considéré comme appartenant à une espèce spéciale, les échinocoques qui le présentaient : c’est, pour lui, VEchinococcus scolecip ariens. Leuckart, sans vouloir rien préjuger sur leur existence comme espèce , les appelle Echinococcus granulosus .

Les vésicules-secondaires internes ont ôté surtout rencontrées chez l’Homme, le Singe, le Cochon, le Cheval, etc. Kuhn les a appelées du nom d ''endogènes (Echinococcus endogena). Küchenmeister les a nommées Echinococcus altriciyariens , et Leuckart E chinococcus hydatidosus.

En réalité, ces deux modes de formation, qui ont la plus grande analogie, ainsi que nous allons le voir, ont été observés ensemble, sur les mêmes animaux; les caractères des crochets, employés par Küchenmeister pour caractériser ses deux espèces d’échinocoques, ont été reconnus sans valeur, et l’on s’accorde généralement à considérer les deux variétés comme appartenant à un même Tænia, au T œnia echinococcus , v. Sieb.

Les vésicules-secondaires exogènes se développent sur les échinocoques qui ne contiennent pas de vésicules-secondaires endogènes , mais qui ont bourgeonné à leur intérieur des vésicules-proligères (1). On peut les observer

(1) Je ne crois pas que les vésicules secondaires endogènes soient nécessairement absentes en ce cas; c’est simplement une règle à laquelle on ne connaît guère encore d'exception.

souvent, mais comme ces vésicules-secondaires restent ordinairement fort petites , il arrive qu’elles échappent : leur taille , toutefois , peut atteindre et même dépasser le volume d’un pois. Toutes les échinocoques simples sont loin de présenter toujours des vésicules-secondaires; ce sont souvent les individus de taille moyenne qui les produisent.

On a cherché dès longtemps à s’expliquer l’origine des vésiculessecondaires. Bremser (1) émet l’hypothèse qu’elles sont dues au développement des vésicules-proligères. Eschricht supposa qu’elles provenaient, par enkystement, des mêmes vésicules-proligères. WAGENERet Siebold croyaient qu’elles naissaient aux dépens des jeunes scolex. Kuhn, le premier, observa qu’elles se développaient dans la cuticule. Leuckart étudia avec soin cette formation chez les échinocoques à prolifération exogène des Ruminants . et Da vaine l’étudia chez les échinocoques à prolifération endogène de l’Homme.

D’après l’observation de Leuckart (2), ces vésicules secondaires naissent dans l’épaisseur de la cuticule, tout-à-fait indépendamment de la membrane germinale. Il apparaît entre deux lamelles « un amas de granules d’aspect graisseux » qui secrétent bientôt autourd’euxune couche cuticulaire : cet amas grossit, les couches cuticulaires se superposent, le contenu s’éclaircit et l’on croirait avoir affaire à une jeune vésicule-mère. La vésicule-secondaire ainsi formée, détermine bientôt une saillie de l’enveloppe de la vésicule-mère qu’elle finit par crever et devient libre : elle peut alors se détruire , ou bien . elle se développe et produit des vésicules-proligères qui donnent naissance aux scolex (3) Leuckart a remarqué que les vésicules-proligères bourgeonnent plus volontiers dans les vésicules-secondaires que dans la vésicule-mère.

C’est par le même processus que se forment les vésicules-secondaires endogènes; seulement, la vésicule, au lieu d’être rejetée à l’extérieur lorsqu’elle devient libre, comme dans le cas précédent, se détache pour tomber à l’intérieur de la vésicule-mère. Ces vésicules endogènes ont, le plus souvent , un volume beaucoup plus considérable que les vésicules exogènes, et elles produisent souvent à leur intérieur d’autres vésicules secondaires endogènes qu’on

(1) Bremser, Traité sur lesr ver s intestinaux de l'Homme (édit, de Blainville), Paris, 1828 , p 297.

(2) R. Leuckart , Die menschlichen Parasiten , t. 1 , p. 163

(3) Les vésicules secondaires, soit endogènes, soit exogènes, peuvent ne pas produire de vésicules-proligères et rester stériles ; nous avons vu ia même chose pour la vésicule-mère elle-même. On a dit que les vesic les-mères productrices

es vésicules secondaires endogènes n’avaient point de vésicules-proligères : le fait n'est pas prouvé et semble difficile à

admettre à priori.

appelle les petites-filles, (Enhelblasen). 11 va de soi que celles-ci bourgeonnent les vésicules-proligères sous la forme ordinaire. Les vésicules endogènes peuvent se trouver en nombre considérable dans la vésicule-mère.

D’après Kuhn (1), médecin à Niederbronn, et Davaine(2), les vésicules secondaires endogènes prolifèrent à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur. Il y a là un fait important que le manque de sujets nous a empêché de vérifier et qui nous montre l’unité morphologique des deux modes de bourgeonnement. On s’explique ainsi, à mon sens, sinon pourquoi, du moins comment tantôt l’un, tantôt l’autre mode prédomine, selon, probablement, que le point de départ du bourgeonnement est plus près d’une face de la cuticule que de l’autre (3). La rapidité du développement nous semble aussi avoir une grande importance. Une petite vésicule pourra être chassée lentement vers l’extérieur, son volume déterminera peu de résistance des parties solides environnantes : une grosse vésicule pourra bien difficilement gagner l’extérieur et la pression des tissus la chassera vers le point de moindre résistance qui est l’intérieur de la vésicule-mère.

Tout vraisemblable que paraisse être le développement des vésicules-secondaires tel que nous venons de le rapporter d’après Davaine et Leuckart , il a été contesté par Naunyn dans le mémoire que nous avons déjà cité (4) Pour cet auteur, les vésicules-secondaires auraient une origine toute différente et elles se formeraient, tantôt aux dépens d’un scolex, tantôt aux dépens d’une vésicule-proligère .

Dans le premier cas , dans la formation de vésicules-secondaires aux dépens d’un scolex, on trouve le jeune Tænia modifié dans sa forme, augmenté de volume, avec une cavité à son intérieur et les parois du corps fort amincies, mais l’animal n’est pas mort, dit Naunyn, car ses cils vibratiles sont encore en mouvement (5). A la face interne de la paroi du

(1) Ki hn, Mémoire sur les Acéphalocystes et sur la manière dont ces parasites peuvent donner lieu à des tubercules. Gazette médicale, 1832. — Reproduit iu Ann. des Sc. nat., lre série, t- XXIX , 1833.

(2) DavaiNE , Mémoire sur les hydatides , les échinocoques et le cœnure . Mém. de la Soc. biol. 1855 et Gaz. médicale , 1852.

(3) Peut être , dit LeüCKART , rapportant l’observation de DAVAINE, y a-t-il des cas où la même chose a lieu pour la vésicule mère ( Menschlichen Parasiten). Nous verrons plus loin que ces cas existent réellement comme le suppose LElCK\RT(Cf., p. ~1) , t. I , p. 365

(4) B. Naunyn , EntwicJcelung des Echinocoecus , Archiv f. Anat., Phys, ü. wiss. Médiein. , 1862 , p. 612.

(5) Pas plus que LEUCKART je n’ai pu découvrir les gros cils que Naunyn figure chez les échinocoques; ils paraissent avoir échappé ajssi à R VSMUSSF.N.

corps du scolex, on observe un fin réseau d’éléments réfringents dont le point de départ est l’endroit où s’insèrent les crochets ; aux anastomoses de ce réseau et sur le trajet de ses branches, on trouve des gouttelettes plus ou moins volumineuses , à l’aspect graisseux. Le scolex prend une forme arrondie et s’enveloppe de plusieurs couches cuticulaires , qui le feraient ressembler à une jeune échinocoque , n’était la présence des crochets. Ceux-ci, séparés les uns des autres, peuvent s’observer çà et là sous la cuticule. Naunyn a suivi ces scolex transformés jusque la taille d’un grain de millet, mais il n’a pu voir la formation des scolex à leur intérieur.

Les vésicules-secondaires développées aux dépens des vésicules-proligères se forment d’après Naunyn d’une manière analogue. Certaines vésiculesproligères encore fixées à la membrane germinale et contenant d’ordinaire des scolex morts , présentent une grande épaisseur de la couche cuticulaire qui les revêt à l’intérieur, et cette cuticule interne montre bientôt une stratification très nette. La membrane germinale qui revêt la vésicule-proligère à l’extérieur a persisté.

Naunyn nous dit que la vésicule ainsi formée se détache de la membrane germinale , que les scolex morts à son intérieur entrent en dégénérescence et que des amas granuleux qu’ils forment, naît un réseau semblable à celui qu’a décrit notre auteur dans la formation d’une vésicule secondaire aux dépens d’un scolex unique. Ces amas granuleux s’étendent uniformément à la face interne de la vésicule, et l’on a ainsi une hydatide très semblable, paraît-il, à une vésicule-mère. La vésicule-secondaire ainsi formée, d’après les dessins d' Naunyn, perd la couche granuleuse germinale qui la revêtait à l’extérieur, lorsqu'elle n’était encore que vésicule-proligère.

En outre, toujours d’après Naunyn, les vésicules-proligères pourraient encore former des vésicules-secondaires en se pinçant par leur milieu jusqu’à formation de deux vésicules. Et les vésicules-secondaires formées de cette manière peuvent en produire d’autres encore aux dépens de leurs scolex.

Naunyn examine avec soin le mode de formation des vésicules-secondaires dans l’épaisseur de la cuticule tel que l’avaient décrit Kuhn, Da vaine, Lôvinson et Leuckart. D’après ce que ces auteurs nous ont appris, dit-il, on ne peut s’expliquer que de deux façons l’apparition des vésicules-secondaires à l’intérieur de la cuticule, substance sécrétée, analogue à la chitine,

impropre à produire quelque chose de vivant. Ou bien, le germe de la vésicule-secondaire provient de la membrane germinale , ou bien il est apporté de l’extérieur au point où il doit prendre naissance. Les auteurs , ne se sont pas du tout occupés de cette difficulté.

Si l’on étudie les parois de l’échinocoque , continue Naunyn, on observe des choses qui semblent confirmer les faits avancés par les naturalistes que nous venons de nommer. On voit, en effet, des vésicules-secondaires dans l’épaisseur delà cuticule , seulement, les couches cuticulaires qui séparent les vésicules nouvellement formées de la cavité de la vésicule-mère , sont presque constamment percées d’un canal étroit, prolongement de la cavité de la vésicule-mère, canal tapissé d’un prolongement de la membrane germinale. Ce canal tantôt traverse aussi les parois de la vésicule-secondaire, qui communique de cette façon avec la vésicule-mère et est revêtue d’une dépendance de la membrane germinale, tantôt se termine avant d’y arriver. Quelquefois la cloison cuticulaire manque entre ces deux formations et la vésicule secondaire représente une sorte de diverticulum de la vésicule-mère. Par la pression qu’exercent les tissus de l’hôte , ou par suite de la sécrétion continue d’une manière chitineuse , le canal entre les deux vésicules se ferme le plus souvent et la vésicule secondaire reste , en apparence, enclavée dans la cuticule, et indépendante de la vésicule-mère (1). En réalité elle tire son origine de la membrane germinale.

Aux assertions de Naunyn sur la naissance de vésicules-secondaires aux dépens des scolex et des vésicules-proligères, Leuckart répondit qu’ily avait peut-être des processus différents de reproduction chez les échinocoques selon qu’elles étaient parasites de tel ou tel hôte (2) , que les observations de Naunyn avaient porté sur les échinocoques du Mouton , tandis que les siennes avaient été faites sur les bvdatides du Cochon et du Bœuf. Tout en maintenant l’exactitude de ses observations, Leuckart admet théoriquement que le rudiment des vésicules-secondaires à l’intérieur de la cuticule doit provenir de la membrane germinale, mais que leur connexion doit être très tôt rompue.

(1) Naunyn cite le cas où une éehinococjue se vide par accident, se plisse, soude ses plis et continue à proliférer à l’intérieur de ces plis qui forment alors des loges séparées. Il pense que ces cas pathologiques ont pu aussi donner lieu à l idée du développement des vésicules secondaires entre les lames de la cuticule. N'est-ce pas plutôt ce qui l’a fait croire à la formation d’une vésicule secondaire par un div- rticulum de la vésicule-mère? C’est précisément dans un cas analogue que nous avons vu, une fois, une disposition rappelant celle qu’il décrit.

(2) R. Leuckart, Die menschlichen Parasilen, t. I, p. '753.

Ce serait là l’origine des vésicales exogènes; l’origine des vésicules endogènes serait le diverticulum de la membrane germinale décrit par Naunyn. Leuckart avoue n’avoir observé aucun fait à l’appui de cette hypothèse.

Pour Rasmussen (1) les vésicules secondaires se produisent aux dépens de vésicules-proligères qui se détachent et se forment de dehors en dedans un revêtement cuticulaire épais. Rasmussen conteste cette observation de Naunyn que des scolex pourraient donnernaissaneeà des vésicules-secondaires , mais ilconfirm 'l’existence d’une multiplication à la fois exogène et endogène des vésicules-secondaires. Il figure aussi des vésicules-secondaires en voie de scission.

Il y a, comme on le voit, le plus grand désaccord entre les observateurs au sujet du développement des échinocoques : en résumé, Leuckart n’a vu se former de vésicules-secondaires qu’à l’intérieur de la cuticule. Naunyn conteste les observations de Leuckart à ce sujet ou veut les rectifier, il avance que les scolex et les vésicules-proligères produisent des vésicules-secondaires. Pour Rasmussen, les choses se passent comme l’a dit Davaine , à propos du bourgeonnement des vésicules-secondaires , les scolex ne forment pas de vésicules secondaires comme le veut Naunyn; les vésicules-proligères seules peuvent leur donner naissance .

Ces divergences doivent provenir de ce que les différents auteurs n’ont pas examiné un nombre suffisant de sujets. Certes, on est loin de pouvoir observer tous les faits sur une même échinocoque et il faut parfois chercher bien longtemps pour rencontrer certains stades. Examinons les différents points de la question, nos observations pourront y apporter quelques éclaircissements.

Des vésicules-secondaires peuvent-elles se développer aux dépens d’un scolex, comme le dit Naunyn ? Il faut remarquer que cet auteur n’a pas constaté le fait d’une manière positive. Il a bien vu le scolex se revêtir d’une épaisse cuticule, mais il ne l’a pas vu produire des bourgeons à son intérieur. Leuckart dit que cela arrive peut-être chez les échinocoques du Mouton qu’il n’a pas étudiés, mais Rasmussen le nie. Pour notre part, nous avons souvent trouvé . encore enfermés dans la vésicule-proligère où ils étaient nés , des scolex qui présentaient tous les caractères attribués par Naunyn aux individus en voie de transformation : développement

(1) Bidrag tü KundsJc a b otn Echinococcernes Udvnkling, Naturhist. foren. vidensk. Meddelelser, 1»*>5.

considérable du corps par accumulation de liquide, tissus transformés en un réticulum aux mailles très larges, (c’est ainsi qu’il faut interpréter la description de Naunyn), crochets refoulés à la périphérie, toute trace d'invagination ainsi que de pédicule disparue ; la cuticule n’étant tapissée à l’intérieur que d’une couche celluleuse très mince. Ces scolex se trouvent dans une vésicule-proligère au milieu d’autres qui n’ont subi aucun changement.

Les scolex ainsi modifiés, niés par Rasmussen et qui ont échappé à l’attention de Leuckart, existent donc, mais, pas plus que Naunyn, je n'ai constaté aucun bourgeonnement à leur intérieur, de sorte que rien ne prouve qu’elles deviennent des vésicules-secondaires. Leur pauvreté en éléments vivants , l’aspect plus délabré encore des grands individus me portent à croire que ces scolex doivent >e détruire : un heureux hasard pourra trancher définitivement la question.

Malgré mes recherches , je n’ai pu voir une seule vésicule-proligère subir les modifications rapportées par Naunyn et se transformer en vésiculesecondaire. Je suis loin de nier que le fait soit possible, mais il me parait assez difficile d’admettre que les choses se passent comme on les a décrites. Nous trouvons surtout assez peu vraisemblable que les scolex morts s’organisent pour former une membrane germinale à la jeune vésiculesecondaire .

Pour ce qui concerne les vésicules-secondaires développées dans l’épaisseur de la cuticule, nous croyons pouvoir affirmer leur existence et leur mode de formation tel que Leuckart l’a décrit. Nous les avons étudiées sur une échinocoque de petites dimensions qui se trouvait seule dans le foie d’un Cochon , et qui présentait en même temps des vésiculessecondaires exogènes, des vésicules-endogènes et des vésicules-proligères. ces dernières peu abondantes à la vérité. Les vésicules-secondaires n’étaient pas encore détachées de la cuticule, mais faisaient saillie soit en dehors , soit en dedans de la vésicule -mère. Les vésicules endogènes étaient beaucoup plus grandes que les autres, mais leur saillie était peu accentuée; elles étaient plates tandis que les vésicules exogènes étaient rondes et sur le point de se détacher. De rares vésicules exogènes avaient bourgeonné des vésiculesproligères. La cuticule de la vésicule-mère avait , en certains points , une épaisseur beaucoup plus considérable et c’était surtout là qu’avait lieu la prolifération exogène.

Sans nier la possibilité de son existence , je n’ai pu voir, dans aucun des cas que j’ai observés . le canal dont parle Naunyn et par lequel la vésicule-secondaire serait en communication avec la vésicule-mère. Même la disposition des parties, l’arrangement delà cuticule, me porterait à croire que ce canal ne peut exister (1). Quoi qu’il en soit, si l’on pratique des coupes qui intéressent à la fois ces vésicules-second aires plates et la paroi de la vésiculemère, on voit qu’elles sont formées par une accumulation de liquide sous la cuticule, que la cavité est tapissée d’un tissu dont tous les caractères sont ceux des membranes germinales (2) et que la cuticule qui revêt à l’extérieur cette membrane germinale est partout en continuité avec les couches cuticulaires de la vésicule-mère. La cavité de cette vésicule-secondaire, en un mot, ne représente à ce moment qu’une fente entre les lames cuticulaires de la vésicule-mère, lames amincies et devenues transparentes du côté qui regarde la cavité de cette dernière. La membrane germinale qui tapisse la cavité de la vésicule-secondaire ne s’arrête pas, cependant, juste au point où se termine la solution de continuité entre la portion de cuticule décollée par la formation du liquide hydropique , et celle qui forme la paroi externe de la vésicule : on la voit s’insinuer entre les couches cuticulaires qui prolongent la cuticule propre de la vésicule-secondaire et se continuer plus ou moins loin entre les lames de la cuticule de la vésicule-mère. Elle semble ainsi indiquer que la solution de continuité dans la cuticule de la vésiculemère peut s 3 prolonger encore plus loin et que la vésicule-secondaire n’a pas acquis toute sa taille.

La coupe des vésicules-secoudaires exogènes ne présentait rien de bien particulier: elles étaient de petite taille, complètement arrondies, revêtues de couches cuticulaires propres, indépendantes delà cuticule de la vésiculemère, et n’avaient conservé d’autres traces de leur origine que quelques lamelles cuticulaires partant de la vésicule-mère pour recouvrir leur cuticule propre.

En d’autres points , la coupe de cette échinocoque montrait d’autres particularités qui n’ont pas encore été signalées et qui nous paraissent importantes. Entre les couches cuticulaires, dans des points qui ne présentaient

: 1) Voyez à ce sujet la note 1 delà page 96.

(2) On peut, ce semble, appl:quer le noin de membrane germinale à ce tissu vivunt des Echinocoques qui bourgeonne les scolex , qu'il soit interne comme dans la vésicule-mère et les vesicules-secondairis, on externe comme dans les vésicules-proligères .

aucune solution de continuité, pas de trace d’hydropisie, on voyait des lignes de substance grenue, plus ou moins étendues, plus ou moins épaisses, rentlées en certains points et ,;ui étaient l’exagération de dispositions analogues que l’on peut observer sur la cuticule des vésicules-mères simples, telles qu’on les trouve chez les Ruminants. Ces couches grenues, nombreuses dans le cas dont il s’agit, se rattachaient nettement, par des intermédiaires, à cette membran ■ germinale des vésicules-secondaires naissantes, que nous venons de décrire; plusieurs en avaient les caractères histologiques.

Le processus de formation des vésicules-secondaires à l’intérieur de la cuticule nous paraît ressortir aisément de ces observations : des éléments de membrane germinale se trouvent entre les lames de la cuticule ; ils prolifèrent et l’hydropisie s’accuse; la membrane germinale suffisamment développée forme à sa périphérie des couches cuticulaires indépendantes. La jeune vésicule-secondaire se distend alors, devient naturellement arrondie, se détache de la partie de la cuticule maternelle qui l’entourait et sort au dehors ou tombe en dedans, selon les conditions sous lesquelles le développement s’est effectué, conditions auxquelles nous avons fait allusion plus haut.

On peut se demander , maintenant;, quelle est l’origine de la substance germinale que nous rencontrons dans la cuticule. Pour arriver à la solution probable de cette difficulté, il nous faut rappeler quel est le mode de formation de la cuticule chez les Cestodes. Chez ces animaux la cuticule n’est pas une sécrétion au sens propre , les couches sous- cuticulaires ; en effet, ne renferment point d’organes sécréteurs : la formation de la cuticule est due à la modification directe des éléments les plus périphériques de ces couches. Les cellules qui les forment deviennent finement grenues et les granulations semblent s’infiltrer entr’elles. Ces granulations subissent bientôt une sorte de gélification par laquelle ils se confondent et prennent les caractères de la cuticule, formation amorphe de réfringence spéciale. Nous avons figuré (PL 3 fig. 1) les phases successives de ce phénomène dans la vésicule d'un Tétrarhynque et nous rappellerons ce que nous en avons dit ailleurs (1). Nous avons fait voir que cette transformation n’était pas complète et qu’on pouvait voir des fibres traverser la cuticule et sortir au dehors sous forme de cils ; il semble parfois, dans les coupes de la vésicule-mère de l’échinocoque , que les

(1 R Monikz , Note sur l'histologie des Télrarhynques . Bulletin scientifique do Nord, 1879 , p. 393

lames cuticulaires ont repris leurs anciens caractères et que les granulations, aux dépens desquelles elles sont formées , se soit régénérées. N’avons-nous pas là l’indication de se qui ce passe dans la formation des vésicules-secondaires? Il est possible qu’il y ait régénération des éléments et il se peut aussi que la gélification atteigne des couches plus internes et réserve certains points périphériques qui sont ainsi repoussés vers l’extérieur par les lames qui continuent à se former en-dessous. Il se peut que ces éléments séquestrés continuent lentement à se reproduire jusqu’à ce qu’ils aient acquis assez d’importance pour donner naissance à une vésicule-secondaire. La transformation euticulaire que subissent facilement les scolex , l’enkystement des vésicules-proligères décrit par Rasmussen et Naunyn et par lequel la membrane germinale , après avoir formé des couches internes , en forme qui sont externes, les cas surtout observés par Rasmussen, où une partie d’une vésiculefille neprend-pas part à la cuticularisation et reste en-dehors de la nouvelle vésicule-secondaire, nous feraient paraître ce phénomène beaucoup moins en dehors des choses habituelles.

ECHINOCOQUES MULTILOCULAIRES .

Au lieu d’atteindre une taille parfois colossale sous la forme que nous venons de décrire, leséchinocoques peuvent rester fort petites, de la grosseur d’un grain de mil ou , tout au plus , d’un pois , tout en s’agglomérant pour former des masses qui peuvent atteindre et même dépasser le volume de la tète d’un enfant (1). A première vue , les échinocoques ont l'aspect de petites masses molles , gélatineuses , transparentes , fixées dans un tissu , en général très dur , formé d’éléments conjonctifs qui se propagent en tramées dans les tissus voisins : on peut énucléer ces échinocoques, et il reste un stroma formant des sortes d’alvéoles aux contours plus ou moins irréguliers , aux dimensions variables.

Cette sorte d’échinocoque n’a guère encore été observée que chez l’Homme (2), où on la trouve généralement dans le foie. Elle a été prise longtemps

(1) GriesinüKR eu a vu qui atteignaient deui fois le volume de la tête d’un homme .1 rclüv der Ueilkunde, 1860.1 1.

(2) Huber a cependant trouvé une échinocoque multiloculaire dans le foie d’un Bœuf qui contenait aussi des échinocoques sous la forme ordinaire. Jahrcsber. des naturhist . Vereins in Augsburg , 1861. — Perroncito a fait une observation analogue. DerjU echinococci nnimati domestiri . Torino., 187) . p. 11) , ainsi que Uvhms etBoLLINüER

pour un néoplasme, pour un cancer colloïde et cela, principalement à cause de l’ulcération que présente toujours la tumeur qu’elle forme (1). Zeller (2) avait bien remarqué la présence de scolex d'échino coques , mais l’on crut à une simple complication, et cette observation n’ébranla pas les idées reçues. Virchow le premier comprit la véritable nature de cette tumeur (3) et il expliqua la disposition remarquable qu’y présentent les échinocoques par le bourgeonnement exogène d’une vésicule primitive, rejetant l’hypothèse de l’immigration d’un grand nombre d’embryons dans une portion limitée du foie. Virchow et Leuckajrt ont en effet trouvé dans les vésicules-mères des prolongements exogènes sur la nature desquels on peut rester difficilement dans le doute. Les très petites vésicules devenues libres, avec leur cuticule stratifiée et leur membrane germinale interne, se creusent d’une cavité centrale qui complète leur ressemblance avec les échinocoques ordinaires. Dans les vieilles alvéoles , cette membrane peut s’encroûter de matières inorganiques, quelquefois assez abondantes pour former une sorte de coque.

Dans la forme multiloculaire des échinocoques , les scolex ne sont pas nombreux et ne se trouvent que dans un petit nombre de vésicules. Néanmoins on en trouve toujours dans chaque tumeur. La forme de ces échinocoques est irrégulière , elles sont même souvent aplaties ou très plissées avec les parois accolées, comme si, leur liquide étant disparu, elles ne pouvaient plus soutenir la pression des tissus ambiants ; leur cavité est alors effacée et les parois décrivent des figures irrégulières.

On peut se demander quelle est la nature de cette forme d’échinocoques; nous croyons avec Klebs (4) , mais seulement d’après les données que nous fournit la littérature à ce sujet , qu’il s’agit ici d’une forme pathologique de l’échinocoque ordinaire, produite par voie exogène comme le disent Virchow et Leuckart.

Il est possible que le plissement de la membrane germinale des vésicules , à la suite duquel il semble qu’il ge soit formé un corps solide , est dû à la résorption du liquide hydropique qui a permis aux tissus de l’organe envahi.

(1) Cette ulcération , est-il besoin de le dire , est due a la dégénérescence du stroma conjonctif dont les vaisseaux sont comprimés par le développement des échinocoques. La dégénérescence part du centre de la tumeur ; elle forme souvent une ou plusieurs cavernes volumineuses.

(2) Ze ler , Alveolarcolloid der Leber. Tübingen, 1854.

l3) RüD. Virchow , Verhandlungen der phys.-medic. Geselleschaft in Wtirzburg , vol. 6 , 1855 , p. 428 (4) Klebs, Handbuch der pathologischen Anatomie , 1868-1873 , t. I , p. 369.

de revenir sur eux-mêmes. On rencontre parfois des échinocoques ainsi modifiés dans le foie des Ruminants et il semble même que ce soit . chez eux, un mode de guérison.

Notons en terminant que Mégnin a décrit tout, récemment chez le Cheval un kyste multiloculaire d’échinocoque, qui ne paraît pas sans quelque analogie avec les échinocoques multiloculaires vraies ; mais les vésicules étaient très volumineuses et n’avaient pas l’aspect pathologique que les auteurs ont toujours décrit dans les cas d’échinocoques multiloculaires typiques fl)

Le Tænia echinucoccus appartient-il au groupe du Tænia serrât a'1. Nous n’avons pas encore assez de données sur cet animal pour connaître sa place exacte dans la famille des Taenias, mais nous espérons pouvoir bientôt la fixer. Quoi qu’on ait dit , la coque des œufs a la même structure que chez les Tænias du groupe précité, mais le bulbe céphalique nous a paru un peu différent. Nous avons reconnu dans les crochets du scolex comparés à ceux du Tænia adulte, les différences qui ont été indiquées par Leuckart. — L’enveloppe transparente décrite autour des œufs de ce Tænia a la même origine que chez les autres espèces. J’en ai fait connaître la nature endosmotique (2).

Je dois citer deux cas tératologiques intéressants observés dans une échino coque provenant du poumon d’un Mouton.

Le premier et le plus remarquable était une prolifération tout à fait analogue à celle que l’on remarque chez le Liant hus prolifer, par exemple. D’un scolex très bien développé, mais chez lequel le nombre des crochets était moins élevé qu’il est d’ordinaire (une vingtaine au plus), j’ai vu, partant du centre de ces crochets, à la place du bulbe céphalique, un second scolex très bien développé aussi, dont le pédicule passait par l’ouverture d’invagination du premier scolex et dont les crochets, au moment de mon observation, étaient fortement rétractés.

il) P. Megnin , Sur une nouvelle forme de ver vésiculaire Journal de l’Anatomie et de la Physiologie , l. XVI,

(2) R. Moniez, Contributions à l'élude anatomique et embryogénique des Tænias Bulletin scient du Nord ,

Une autre monstruosité résultait de la soudure de deux individus ; ce scolex était de très grande taille et présentait deux doubles couronnes de crochets un peu distantes l'une de l’autre . et qui n’avaient pour issue qu’une invagination unique. Je n’ai pu trouver que quatre ventouses.

L'Echinococcus Gi> affat , de Gervais ne parait pas différer de l’échinocoque ordinaire , du moins pour ce qu’on en sait.

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