OBSERVATION IV
Maladie de Paget à forme fruste, chez une syphilitique (Personnelle).
Mme G.., âgée de 32 ans, lingère, vient consulter, le 3 juin 1912 pour une déformation de la jambe droite. Il y a un an, la malade a éprouvé en cette région quelques douleurs qu’elle a mises sur le compte de son métier fatigant. Ces temps derniers, elle s’est aperçue d’une déformation en même temps que ses douleurs sont devenues plus vives ; elles n’ont pas d’exacerbation nocturne ou diurne. Quelques douleurs vagues existent aussi dans les membres supérieurs. Il n’y a jamais eu de douleurs à la jambe gauche ; rien d’anormal au point de vue fonctionnel n’existe au niveau de la tête et du cœur.
C’est une enfant naturelle dont la mère est encore vivante.
Elle est mariée, son mari est bien portant. Elle n’a pas eu d'enfants, pas de fausses-couches.
Elle fut très malade dans son enfance ; elle eut diverses fièvres éruptives sur la nature desquelles elle ne peut se prononcer.
En 1905, la malade éprouve des palpitations, une sensa-
RARES tion de constriction cardiaque avec quelques phénomènes nerveux (tremblement, peur). Un médecin examina le cœur à ce moment et y aurait trouvé une lésion.
En 1907, la malade eut une laryngite, sa voix fut enrouée, elle toussa et s’amaigrit. Elle fut alors soignée par des
pointes de feu.
Examen. — On note une déformation très nette de la jambe droite; elle présente une courbure à concavité interne et elle est hypertrophiée.
Le tibia est gros, surtout à sa région moyenne et supérieure ; sa crête antérieure est étalée, néanmoins, on la sent, peu tranchante 1l est vrai, et assez irrégulière.
La palpation ne détermine aucun phénomène douloureux ; la marche est difficile, très fatigante.
Le pied et la cuisse ne présentent rien d’anormal.
Le membre supérieur droit est nortual.
La tête n’est pas augmentée de volume, mais on remarque une certaine asymétrie faciale : la mâchoire inférieure est légèrement portée en avant, la branche horizontale épais- Sie ; le bord supérieur, la symphyse mentonnière sont augmentés de volume. De plus, à l’angle gauche du maxillaire, au niveau inférieur de la branche montante, il y a une exostose nette à la vue et à la palpation, non douloureuse. Il n’y a pas de déformation palatine.
La colonne vertébrale est normale ; il en est de même des membres et de leurs extrémités à che.
Les réflexes oculaires et tendineux sont normaux.
L’auscultation des poumons ne révèle rien.
Au cœur, on entend, à la pointe, un souffle systolique intermittent. 5
L'appareil digestif est bon.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
On fait faire à l’Institut Pasteur une réaction de Wassermann ; elle est positive.
PLANOHE
PA aa
La radiographie du tibia droit montre avec netteté l’hypertrophie massive avec points de raréfaction osseuse, l’as- pect cotonneux, ouateux, caractéristique de la maladie de Paget. Le tibia gauche, comme l'indique la planche cijointe, semble absolument vierge de lésion. | On soumet la malade au traitement mercuriel. Les mensurations circonférencielles de la jambe à ce moment sont :
Le 8 juin :
Jambe droite :
Pourtour au-dessous du (Sr de ne 34 centimètres ;
OU tOU au-dessus des malléoles : 22 centimètres.
Jambe gauche :
Pourtour au-dessous du tubercule de Gerdy : 32 centimètres ;
Pourtour au-dessus des malléoles : 20 em. 1 12:
Les 11, 12, 13, 14, 15 juin la malade reçoit chaque jour une injection de 2 centigrammes de biiodure, sauf le 11 juin où, à la première piqûre, on injecte seulement 1 centigramme de biiodure.
Le 15 juin, un léger degré de stomatite fait suspendre le traitement et on fait traiter les dents de la malade qui sont mauvaises.
Le 2 juillet, les dents étant en bon état, un examen d’urines étant négatif pour l’albumine, on reprend le traitement. Du 2 au 11 juillet, la malade reçoit chaque jour une injection de 2 centigrammes de bodure.
Le 16 juillet, le tibia droit à légèrement diminué de volume, et le tibia gauche lui-même, qui semblait indemme, présente, à sa partie supérieure, une diminution de 1 /2 centimètre pour la circonférence de la jambe. La malade n’a pas maigri. Les mensurations sont alors les suivantes :
Jambe droite :
< : — b4r— ù < Ve
Pourtour au-dessous du tubercule de Gerdy : 33 centi-. mètres ; %
Pourtour au-dessus des malléoles : 21 centimètres.
Jambe gauche :
Pourtour au-dessous du tubercule de Gerdy : 31 em. 1 /2 ;
Pourtour au-dessus des malléoles : 20 em. 1 /2.
La malade est améliorée, les douleurs ont diminué, la marche est beaucoup moins fatigante.
La radiographie faite à ce moment montre des lésions identiques à celles constatées avant le traitement.
8 mars 1913. — La malade revient de nouveau consulter. Les déformations sont toujours identiques, mais, de nouveau, des douleurs sont survenues dans la jambe droite.
On fait de nouveau dix injections de biüodure à 2 centigrammes. À la troisième ou quatrième piqüre, les douleurs s’atténuent et disparaissent bientôt complètement.
On joint au traitement mercuriel un traitement ioduré, mais les résultats qui, la première fois, avaient semblé encourageants quant à la diminution de RUPAERS osseuse, restent négatifs.
Octobre 1913. — L’hypertrophie de l’angle gauche du maxillaire inférieur s’est accentuée. Aucun autre phéno- ‘mène osseux n’est venu se surajouter à ceux existant primitivement.
Il est fait, à l’Institut Pasteur, une nouvelle réaction de Wassermann ; elle est toujours positive.
OBSERVATION V Ostéopathie syphilitique à forme pagétique.
( Personnelle.)
Mme B..., âgée de 48 ans, papetière.
Entrée à la salle Sainte-Jeanne, lit n° 20. Service de
PP
M. le professeur Gilbert, à l'Hôtel-Dieu, le 26 juillet 4948.
Mère morte à 70 ans d’une maladie infectieuse.
Père mort à 72 ans d’une maladie de cœur.
Elle fut réglée à 14 ans, eut, à l’âge de 20 ans, un enfant qui mourut d’entérite un mois après, et, à 22 ans, une
fausse-couche de deux mois environ.
Les anamnestiques sont difficiles à préciser en raison du psychisme particulier de la malade : elle a une mémoire rebelle et le peu qu’elle se rappelle de sa jeunesse est dit d’une voix trainante et mal articulée. Son facies est triste et cependant ses réponses à notre interrogatoire sont coupées d’éclats de rire qu’elle se déclare incapable de contenir ; elle s’en affecte et se plaint d’être ainsi depuis deux ans environ. Elle est lasse, inapte au travail.
Elle se souvient d’avoir été envoyée à Berck, à l’âge de 3 ou 4'ans ; elle y resta longtemps, trois ans peut-être et eut les deux jambes dans un plâtre.
Elle ne sait exactement quand commencèrent les déformations de ses jambes, elle n’y prit réellement garde qu’à 28 ans. À ce moment, elle aurait eu, sur la face antérieure du tibia droit, quelques abcès qui en un mois furent guéris par des cataplasmes. Elle se rendit compte que-ses deux tibias étaient gros, mais étaient-1ls aussi volumineux que maintenant, elle ne sait pas.
A 30 ans, elle ressentit des douleurs violentes dans les deux jambes et particulièrement dans la région antéroexterne de la cuisse gauche. Des engourdissements survenaient dans la jambe gauche aussitôt que la malade se couchait de ce côté ; les douleurs en même temps augmentaient d'intensité. Elle éprouvait aussi une céphalée persistante et elle alla pour ces symptômes consulter à Tenon. Ellé y resta qninze jours au Cours desquels on lui fit des piqûres et on lui donna de l’iodure de potassium.
Au bout de ce temps, elle sortit, les douleurs, les maux de tête avaient disparu. Elle suivit trois ou quatre mois le
traitement à l’iodure et ne ressentit plus aucun trouble jusqu’à l’année dernière, dix-sept ans plus tard.
Au mois d’avril 1912, au cours de son travail très fatigant qui consiste à conduire aux-pieds une machine pour la fabrication des enveloppes de iettres, elle fut prise de nausées. Elle voulut repartir chez elle, mais elle eut de grandes difficultés pour marcher et dut se faire accompagner. Durant les jours précédents, elle aurait éprouvé des «battements dans la tête » qui auraient disparu subitement ce jour-là.
Dès ce moment sa marche fut troublée, elle eut de la difficulté à se servir de ses jambes et se fatigua très rapidement. Sa vue, en même temps, devint plus faible, mais elle ne se soigna pas, elle cessa seulement son travail. Et c’est seulement en juillet 1913 que, venue demander à l'hôpital Tenon un certificat pour être admise à la Salpêtrière, M: Rathery la vit et la fit entrer à l'Hôtel-Dieu, où il devait, durant un mois, assurer le service de M. le professeur Gilbert.
C’est une malade dont l’état général paraît bon, mais dont l’état mental, comme nous l’avons indiqué, est particulier. Elle ne paraît porter aucun stigmate classique de syphilis héréditaire ; l'examen de son pa'ais, de sa bouche ne fait rien constater d’anormal. Il existe à la région sousmaxillaire droite quelques cicatrices d’anciens abcès froids.
On est immédiatement attiré par la déformation symé- “trique de ses deux tibias qui sont épaissis dans tous leurs diamètres et présentent une convexité antérieure très marquée, et marquée surtout au niveau d’union du tiers supérieur et du tiers moyen. Leur crête antérieure a disparu et la palpation qui n’est pas douloureuse fait sentir à cette place une véritable face venant se confondre sans aspérités avec la face interne. L’épaisseur du tibia dans cette région antéro-interne est de 7 centimètres et demi à sa partie supérieure, 7 centimètres à sa partie moyenne, 5 centimètres à sa partie inférieure. C’est surtout la partie supérieure de
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