‹ Essai philosophique [microform]. Quel est le point de vue le plus complet du monde? et Quels sont les principes de la raison universelle?Chapitre 13 sur 14 · THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIQUE

Démontrer l'existence de Dieu revient à démontrer l'existence d'une cause, unique, intelligible et intelligente, du monde.

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En effet, une cause ainsi définie exprime l'idée irréductible de Dieu, l'exprime en tant qu'Être immuable et personnel, et contient implicitement tous les attributs de Dieu. Cette cause primordiale consciente est éminemment une raison supérieure h toutes les raisons, qui doivent se fonder sur elle, cette raison ne peut avoir pour but que sa perfection, et elle peut la réaliser par une suprématie illimitée.

Le but divin est une autre question que l'existence de Dieu : c'est, en deux mots, le devenir des êtres, qui doivent s'achever en s'identifîant avec lui, par une îiscension infinie vers la perfection unique.

Démontrer une telle cause, c'est donner une preuve synthétique de l'existence de Dieu; car en posant la Raison immuable, de laquelle rayonne la raison universelle, on pose — cela sera compris dans la suite — toutes les raisons possibles.

Cause unique, elle renfermera en elle toutes les bases des causes physiques et elle se rapportera au point de vue des preuves physiques.

Cause intelligible, elle renfermera en elle les causes logiques et elle fera l'objet des preuves métaphysiques.

Cause intelligente, elle renfermera en elle d'autres causes métaphysiques et morales, qui donnent lieu aux preuves psychologiques et morales. Dans la

Perfection, dans le Bien absolu, s'identifient l'intelligence, la moralité et l'amour.

La démonstration de l'existence d'une cause, unique, intelligible et intelligente, repose sur l'affirmation dans ses termes de l'existence de la raison universelle. L'appareil de la preuve, pour des métaphysiciens, est-il même bien nécessaire ? On peut se le demander. Dire que la Raison qui s'appelle le Bien, que la Raison, nécessairement vivante puisqu'elle donne valeur aux vies, que la Raison qui est l'Être immuable, répond au nom de Dieu, c'est déjà affirmer que la raison universelle et Dieu sont soli. daires, c'est déjà reconnaître que la force intelligente doit trouver sa source inépuisable dans l'Esprit immanent.

Mais, posséder la raison et la communiquer, sont peut-être choses distinctes. Après tout, il n'est pas encore compris par de bons esprits que la procession rationnelle du supérieur à l'inférieur rend superflue la preuve d'un de ses termes et dispense de faire l'argumentation isolée d'une proposition intermédiaire, cette déduction étant en abrégé semblable à la marche de la raison créatrice, il n'est pas encore admis que le principal, c'est de concevoir le supérieur, lequel, une fois conçu, s'impose nécessairement avec ses conséquences, il n'est pas encore

bien vu qu'aucun terme inférieur n'est établi si le terme supérieur ne l'est pas en principe, de même qu aucun nombre n'a de signification sans l'unité.

De la solidarité de la raison universelle et de la Raison qui est l'Être, voici ce qu'il résulte : ceux qui ment cette existence de la raison universelle perdent tout droit de discuter sur l'existence de Dieu ; et d'ailleurs, sur quoi que ce soit : leur négation s'il faut le répéter, n'est pas même valable en ellemême ; car ce n'est qu'au nom de cette raison universelle qu'ils prétendraient démontrer qu'^ellen'existe pas, puisque une autre raison, leur raison individuelle, comme différente^ par distraction et par defimtion, n'est pas communicable, et qu'elle n'est pas recevable comme argument logique. Leurnéqalion ne serait donc qu'un aveu de leur contradiction logique. Si nous insistons de nouveau sur un postulat initial qui est le droit à la discussion philosophique, c'est pour éviter toute méprise.

Leibnitz avait déjà dit: « Si par- la raison -on entendait en général la faculté de raisonner bien ou

nial,j'avoue qu'elle nous pourrait tromper et nous trompe en effet, et que les apparences de notre entendement sont souvent aussi trompeuses que celles des sens : mais il s'agit ici de l'enchaînement des ventés et des objections en bonne forme, et, dans

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DE IJL RAISON UNIVERSELLE V

ce sens, il est impossible que — la raison — nous trompe. »

{Théodicée, conformité de la foi avec la raison.)

I. — De par le fondement de laraison la plus élémentaire, il est certain qu'il y a quelques causes dans le monde, il y en a au moins une qui est au-dessus des autres, il y a k priori au moins une cause du monde.

II- — Considérant la cause qui est supérieure aux autres, s'il y en a d'autres, en premier lieu, il faut commencer par démontrer que cette cause est intelligible. En effet, la raison universelle doit se fonder sur cette cause; c'est son intelligibilité qui rend possible la raison universelle — laquelle existe par hypothèse — et c'est son intelligibilité qui de cette cause fait une cause réelle, une cause non imaginaire entre toutes. Dire que cette cause n'est pas intelligible, revient k déclarer que la raison universelle demeure impossible en principe ; nier son intelligibilité, c'est renoncer k la raison, c'est discuter hors la loi des intelligences.

Donc cette cause est intelligible.

LAGRESILLE

m. - Je dis ,Iu reste que c'est la seule cause i,reducfble du ,„o„de, que toutes les autres causes en émanent, qu'elle est unique.

Si cette cause n'était pas unique comme cause première, il y aurait dans le monde des effets nui auraient une autre cause première, il , aurait des effets ou des causes secondes qu'elle ne pourrait expliquer, et qui se mêlant h ses effets les rendraient totalement inintelligibles. Si encore, le monde avait plusieurs causes prenuéres, c'est-à-dire irréductibles de nature, incompatibles. af,so/ume„l autres, il sera.t conformément au.v principes établis) normale-

ment inintel loiblp nar^P «.,„

iJ'Die, paice que cette cause multiple

se^.unmtelligib,e par essence, par Hétérogène

Or, cette cau.se est intelligible d'après (H) „ui précède; pour qu'elle soit intelligible, il faut donc qu elle soit unique au fond.

Ainsi, il y a une cause inlelligible et une seule. et intelligible est intelligente. Moins ne peut siZirT ": "' ''"'''"^^'°" '""' ' ''' '-^^ par

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^« cause des êtres intelligents en vertu de ces prmcpes est donc non moins intelligente que ces

effets, que ces intelligences, et elle est la limite supérieure de l'intelligence; ce qui veut aussi bien dire qu'elle possède toutes les perfections, toutes les vertus, qui ne sont chez les êtres que des reflets plus ou moins afTaiblis.

Donc, en résumé, // ij a une cause — unique, intelligible et intelligente — du monde.

La priorité de cette force consciente, de cette personne, lui assure toutes les perfections et tous les caractères — absolus, immuables et universels, qui sont dans l'unité parfaite et stable.

La raison universelle en son principe ayant été le fondement radical de la preuve, il s'en suit que la condition nécessaire et suffisante pour reconnaître l'existence de Dieu, c'est de mettre la raison en question et c'est de vouloir en faire usage, c'est de faire acte d'être raisonnable et c'est de faire acte en même temps d'être libre ; car l'usage de la raison est une liberté, la première des libertés.

Cette raison lîniverselle, qui est la raison commune aux intelligences de toutes les sphères, qui est indépendante des constitutions organiques, que forment des monades, embrasse une sphère d'autant plus grande qu'elle s'exerce entre des unités et entre des intelligences plus élevées et plus morales.

Dira-t-on c'est un postulat; oui, mais un postulat

i3a QUELS soîrr les principes

singulier, un postulat obligatoire, sous peine de dé raison, qu'on est forcé d admettre dès qu'on le pose. Si on refuse ce postulat, on ôte sa condition de possibilité à la raison pure, on la supprime ; mais avant d'en avoir supprimé comme la première lettre, on a perdu le droit de rien affirmer et de rien nier.

De sorte que toute négation de la raison universelle dans ce qui en exprime le principe essentiel, est illusoire et imaginaire.

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