‹ Essai philosophique [microform]. Quel est le point de vue le plus complet du monde? et Quels sont les principes de la raison universelle?Chapitre 3 sur 14 · IL J---^:^ 8 · texte numérisé non relu

IL J---^:^ 8

36 ÇVEL EST LE POLXT DE VIE

Si, en quelque sorte extérieuremeol, le mécanisme se calcule, l'organisme se prévoit, le fonctionnisme ne se calcule, ni ne se prévoit, en dehors de l'esprit qui le dirige vers son avenir, qui est la volonté responsable, parce qu'elle est libre, et parce que la liberté est un facteur du fonctionnisme, tandis qu'elle est exclue des deux autres ordres de svstènie.

Étant maître de Forientation générale, cet esprit, qui dirige, impose cette orientation à tous les éléments comme une nécessité.

Sans doute, la raison intuitive, prescience rudimentaire, panient quelquefois à escompter les progrès du lendemain, dont elle possède les germes; mais elle ne (ah la tout au plus quun calcul de probabilité quand elle devine ou invente, ou bien c'est »;u'elle participe à la volonté dirigeante, c'est qu'elle e-î sugiieree par Finfluence directrice.

Une certaine fatalité et une certaine prédestination peuvent avoir alors leurs sources dans une influence assez dominante, entrf les mains de laquelle ie-< itP^s même sont romme des eiefs, et aassi '■•■rnrttf tl' ^ ■■ ' ■ < ■•^n resen^,

La notion bien développée du ffmefionnismf doit encore >e dégager par une généralisation des systèmcs naturels ou des fooctionnismes particuliers.

bien que le monde tout entier réalise seul le fonctionnisme parfait.

Le fonctionnisme universel, qu'est le monde, embrasse tous les foDctionnismes des sphères de tous les ordres, dont les plus élémentaires sont, à très peu de chose près, des organismes, mais jamais seulement des mécanismes purs et simples que par abstraction.

L'idée de l'échelonnement des svstèmes naturels eu ordres de grandeur incomparaJdement différents fait comprendre la subordination des fonctionnisme» dans l'espace.

Partout la quantité demeure subordonnée à la qualité; et c'est là le principe de tout ordre, idéalement dans l'esprit, comme effectivement dans la nature.

Le fonctionnisme universel, dont les autres dépendent, dont tous les êtres vivants et toutes les monades dépendent, a une cause absolue, qui est a plus forte raison une volonté intelligente, Volonté qui ne saurait avoir d'autre fin que la perfection de son œu\Te : la perfection d'êtres liùres par le fruit de leur liberté.

La synthèse se ramène à la loi de subordination des êtres à FÊtre, du devenir multiple à ce qui est. II s'en faut de beaucoup que les hommes aperçoi-

vent k première réflexion la réalité absolue : l'Être et les êtres, les deux termes dont le rapport — rapport nécessaire — est le monde dans sa fonction intégrale. Sur un si grand problème, l'esprit humain est obligé de se diviser. Les sciences, en effet, ne nous découvrent par l'observation que des objets, que des corps, que des phénomènes ; et de toutes ces apparences, de ces matières brutes, il faut tirer les êtres et leurs rapports, lois rationnelles et voulues, fonctionnisme au-dessus de notre vue sensible. Pour cette extraction de l'absolu, bien des échafaudages sont nécessaires, tels que des représentations, des abstractions, des distinctions, des méthodes, tels que de nouveaux concepts, tels que des hypothèses nouvelles.

Que l'astronome considère l'univers en tant que mécanisme, que le naturaliste considère l'univers eu tant qu'organisme, cela est juste; mais qu'ils érigent des systèmes scientifiques, des systèmes naturels en sytènies philosopiiiques universels, alors cela devient faux, car c'est de l'inférieur tirer le supérieur, car c'est d'un point de vue particulier ou abstrait, recevable k titre de théorie spéciale, tirer le point de vue général, point de vue qui appartient k une sphère infiniment plus élevée, où la morale et où l'absolu existent.

LE PLUS COMPLET DU MONDE C

Un organisme, perfectionné déjà, ne suppose plus un simple déterminisme, il sous-entend une adaptation trop indéfinie, une coordination trop variée pour être seulement une évolution mathématique ; bien plus, un fonctionnisme réclame une volonté continue, un esprit de suite qui ne peuvent être le fait du hasard des choses — le hasard n'est qu'un facteur inconnu ; — il réclame des manifestations originales et créatrices qui sont du strict domaine de l'esprit.

Un philosophe, M. Paulhan, a fort bien appelé notre société un organisme d'esprits ; un fonctionnisme serait bien un organisme d'esprits, mais subordonné k un esprit dirigeant.

L'image la plus achevée d'un fonctionnisme — réduit a un ordre d'unités — serait celle d'une société, les individus étant ces unités, d'une société qui aurait une solidarité réelle, c'est-k-dire qui aurait une âme pour la sentir, une àme responsable, exerçant un pouvoir effectif et connaissant tous les effets de son pouvoir, en un mot une àme maîtresse d'un corps spirituel, dont elle connaîtrait toutes les subdivisions et tous les agents, étant avec chacun en rapport intelligible comme dans une administration parfaite.

Pour que la société humaine, et même une société

humaine particulière, plus étroitement unie, puisse être un fonclionnisme réel, il lui manque une âme vivante qui lui donne cette identité: la conscience durable de son moi. Où donc est l'âme de cette humanité? Elle est en dehors d'elle, comme une inlluence mystérieuse d'au delà ; et parce que cette âme virtuelle est en dehors d'elle, elle n'est pas même son Ame.

On ne peut dire d'ailleurs sans métaphore que telle âme existe sous un crâne humain, qui serait un moment le centre de l'humanité ; mais cependant le faisceau spirituel des idées directrices de ce monde — l'humanité — paraît en une tendance se concentrer dans les meilleures âmes, dans les âmes de ses grands hommes, et sans doute qu'il donne la vie à ses grandes institutions.

La société humaine n'est tout au plus qu'un fonctionnisnie imparfait, perpétuellement en essai de formation ; car elle en est encore et toujours k chercher son âme, sa conscience, sa volonté ; et son idéal serait précisément un fonctionnisme autonome s'il était possible, si cette indépendance était compatible avec le fonctionnisme universel, dont elle est sur la terre un bourgeonnement terminal, dont elle ne peut être vraiment isolée, mais dont elle peut espérer devenir une fleur.

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Peut-être n'est-elle que la préparation des âmes à un fonctionnisme nouveau sous le ciel, k une humanité céleste, dont la mobilisation aura lieu par un changement final.

Pour prétendre k un fonctionnisme plus pur, pour réaliser présentement un progrès non illusoire, un progrès subjectif, que l'accord des volontés devienne, que la contrainte puisse être de plus en plus supprimée, que la conscience éclairée du bien soit le véritable guide, que les libres vouloirs individuels concourent par la soumission et par la persuasion au bien de la société, qui doit être le bien des individus.

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