‹ Essai philosophique [microform]. Quel est le point de vue le plus complet du monde? et Quels sont les principes de la raison universelle?Chapitre 6 sur 14 · II. - AFFIRMATION DE LA RAISON UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

II. - AFFIRMATION DE LA RAISON UNIVERSELLE

Le même absolu, qui fait effectirement le fond de l'être en général, fait aussi idéativenient le fond de la raison, et c'est pourquoi l'être en général peut être atteint en principe par la raison.

Le point de départ de la raison métaphysique est raffirmatlon de la raison universelle, affirmation telle qu'elle est sans autre alternative, que sa négation est sans valeur, n'ayant aucun droit ii être .seulement posée. On doit dire : la raison universelle e.risie en ses principes communs irréductibles, qui sont la condition de rintellitjibilité, cpii permettent la communication des intellif/ences à dirers degrés. qui permettent l'affirmation des jugements et qui donnent le droit de démontrer quelque cliose en lui donnant un fondement.

Si l'existence de ces principes assure la communication subjective et interne, un mode de transmission ou un mouvement doit d'ailleurs assurer la communication objective ou externe ; le langage et le téléphone se distinguent dune manière analogue dans leur rapport usuel.

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Il faut choisir : on la raison existe au moins dans ses expressions irréductibles, qui la rendent commune, universelle, jusqu'entre les plus élémentaires intelligences, — ou elle n existe pas même dans ces substrats, elle n existe pas hors de la soidisant raison arbitraire et caractéristique de Vindinidu, qui est la raison du bon plaisir.

Voilà, en second lieu, ce qu'on n'a aucun droit de soutenir. Si l'on veut soutenir — car c'est ici une question de vouloir, non de pouvoir — avec plus ou moins de détours, peu importe, ce dernier cas, quelle autorité a-t-on pour discuter contre la raison universelle, contre la raison qui se communique (comme raison, non seulement comme mots), puisqu'on la récuse, puisqu'on nie que la communirativité, que sa propriété nécessaire, lui donne sa réalité et qu'on se sert en même temps de cette propriété niée ?

Des paroles n'ayant hors de la raison aucune valeur démonstrative, toute croyance à part (et nous avons eu dans les défmitions préliminaires la précaution de montrer comment la croyance, oomment la foi, se justifiaient comme étant l'adhésion légitime à une raison renfermée au cœur de l'être, qu'on ne peut atteindre complètement par suite d'une infériorité naturelle de l'esprit, conçu tel qu'une mul-

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titude), de semblables paroles donc ne sauraient être que des ritournelles d'idées qui sont propres à leur auteur, a peu près comme le chant du coucou, ritournelle de sons, est propre a cet oiseau.

Cette raison universelle doit tout k la fois être entièrement indépendante des formes d'entendement des êtres raisonnal)les, (quelle que soit du reste l'étendue de la raison universelle qu'ils découvrent, et quels que soient les moyens de représentation par lesquels ils l'expriment. Il y aurait autrement autant de raisons universelles dissemblables qu'il y aurait de formes d'entendement, qu'il y aurait d'êtres, c'est-à-dire qu'il n'y en aurait pas, c'est-à-dire qu'il n'y aurait que des raisons individuelles, que des raisons entre elles irrelatives, tous les principes d'une de ces raisons devant être un, que des raisons qui n'en sont pas, ainsi qu'il vient d'être établi auparavant.

PUIX<:iPES CONCEPTIQUES PRELIMINAIRES

Le premier principe de la raison universelle est donc le suivant :

1° La raison universelle existe.

La réalité immuable est la Raison même, la rai-

son en pleine possession d'elle-même, l'Être ; les réalités dans le devenir — les êtres — ont leurs raisons, et les apparences qui en procèdent — les phénomènes — ont leurs raisons, quoique réalités et apparences puissent être de divers degrés.

Ainsi, tout a une raison qui se rattache à la raison universelle, qui est enveloppé dans la raison universelle.

Le second principe de la raison universelle est par suite :

2<* Tout a une raison.

Une cause n'est pas nécessairement une raison, mais une raison est toujours une cause de quelque manière. La raison est au-dessus de la cause, parce qu'elle est intelligible et parce qu'elle produit la cause.

Il ne nous est pas permis de quitter encore la généralité la plus haute ne devant tirer qu'en descendant le particulier du général, il ne nous est pas encore permis d'invoquer des exemples.

La conception logique des concepts — raison et cause — exige :

Z° Toute raison est cause.

On ne peut pas dire que toute raison est cause effective, cfir il faut tenir compte de la volonté dans l'acte ; mais toute raison — voulue causante — peut

être considérée pourtant comme raison effective, une volonté ne pouvant agir que suivant une raison, parce qu'elle ne peut être volonté indéterminée.

Toute cause est en surplus une force au sens métaphysique, et si on laisse de côté tous les sens étrangers contradictoires. La raison est donc encore comme puissance génératrice au-dessus de la force, laquelle est engendrée par la cause. Par conséquent :

4° Toute raison est force.

La raison universelle contient à la fois le commencement, la suite et la fin des choses, parce qu'elle contient, tout en dehors des limites d'une intelligence, en tant que participant tout entière de — la Raison qui est l'Être — et qui s'identifie avec la Volonté suprême.

Elle contient comme raisons les êtres mêmes, qui sont — êtres simples : des monades ou des âmes, qui sont — êtres composés : des vivants, des systèmes naturels.

A ce point de vue, on a :

5° Toute raison primitive est un être.

Les lois physiques sont des causes seulement, tandis que les lois voulues sont des causes et des raisons, causes correspondantes au fond, mais qui sont vues à des distances différentes de leurs sour-

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OIKLS SONT LES PBLNCIPES

ces ; les premières, qui sont des moyennes d'application passées à l'état de régimes et d'habitudes, deviennent pour nous des raisons intermédiaires; les secondes, qui sont des actes dirigeants, en vertu d'un mandat impératif moral et naturel, qui déterminent le travail des masses, sont les manifestations des raisons primitives.

Pour que le décret d'une volonté directrice devienne à nos yeux une loi naturelle, il faut supposer une hiérarchie de monades extrêmement complexe, dont les dernières, très obscures, font fonction d'atomes.

La raison de l'homme ne peut pas encore déduire directement que la loi morale aboutit dans l'application k la loi physique.

Ces principes préliminaires ne sont jusqu'ici que des affirmations et que des définitions, qui doivent précéder renonciation des principes proprement dits de la raison universelle.

L'acte est impliqué dans foute production ejec^ five, rpii est le fait d êtres, et il restera sous^ntendu dans les principes qui n exprimeront pas un acte, mais la loi d'an acte passive.

Comment les raisons doivenl^lles rendre les actes pos.sibles?

C'est en les faisant apparaître comme des mani-

feslations intelligibles des êtres et intelligibles pour

les êtres.

Une raison doit pouvoir servir k une fin. Associée par la volonté k une fin, une raison est conçue comme raison finale, une raison disponible devient l'idée d'un acte, et en tant que raison finale elle se propose un bien. De raison pure, avant que l'acte se pose pour le libre arbitre, l'acte se posant, elle devient raison morale.

Un bien est le but de tout être, par exemple une conservation de son être, par exemple un accroissement de son être, tels buts qu'il poursuit par les moyens que lui fournissent les causes intermédiaires, k lui connues par des idées, qui peuvent être des raisons pratiques et des raisons scientifiques.

La tendance par laquelle l'être, cause primitive aussi, veut, non sans résistances, non sans eflbrt, accomplir, grâce k des causes intermédiaires, un bien qui est le but et qui devient la raison finale et morale, c'est l'acte, qui au dehors aura pour suite le mouvement, c'est l'exercice du pouvoir d'orientation, qui est la réaction pure de l'être en face du choc, en langage objectif.

L'acte supposera une dualité ou une multiplicité de causes, d'êtres, qui entreront en relation, c'est-

à-dire qu'il supposera le mouvement des unités dans

le temps à travers l'espace.

Les principes que nous allons maintenant émettre, seront les principes actifs et générateurs ,1e la rmson universelle, qui apparaissent dès que la raison entre en activité, dès que la cause produit l'effet, dès que la liberté s'exerce, dès que le mouvement se développe.

On a vu que le .sens du mot raison est des plus étendus, mais s'il est un sens qu'on ne doit pas restreindre c'est celui-là ; car tous les tern.es idéauv "nt ce terme pour clef de voûte.

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