‹ Essai philosophique [microform]. Quel est le point de vue le plus complet du monde? et Quels sont les principes de la raison universelle?Chapitre 8 sur 14 · IV. - PRINCIPES DE RAISON MORALE · texte numérisé non relu

IV. - PRINCIPES DE RAISON MORALE

FINALOGIQUE

Si les principes de causalité qui viennent d'être émis, reposant sur le concept irréductible de cause,, sont des critères, qui établissent que telle raison est véritable et que telle autre est fausse, les principes

qui ont spécialement en vue la fin, ne se prononçant pas seulement sur des actions et sur des idées, mais sur des actes, reposant sur l'intuition du bien, seront des critères encore plus graves, engageront la moralité, et n'en feront que davantage ressortir le vrai, parce que la raison morale domine la raison pure — en vertu des principes reconnus de finalité — comme celle-ci domine la raison scientifique, et surtout parce que la raison morale domine avec une complète priorité la raison pratique que les deux autres ne font que seconder et que développer.

Jusqu'ici on croyait avoir assez dit en invoquant le sentiment moral, le sens moral ; nos animaux domestiques doivent se borner k de si simples notions ; pour l'homme, entre toutes les raisons, il y a la raison morale.

Il s'agit d'abord de savoir pour une intelligence ce qu'il est bon de faire, et ensuite comment il faudra le faire. Le but se pose pour l'être libre avant le moyen ; l'idée de bien subordonne l'idée de raison causale dans le ressort de la volonté responsable et règle l'idée de cause.

Le sentiment, ou plutôt V intuition pure de bien, qui est la pierre fondamentale de la morale, de même que le concept pur de cause est la pierre fon-

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damentale de la métaphysique neutre (si on peut dire qu'elle est neutre), est plus qu'un sentiment, c'est une raison synthétique à priori — la raison morale universelle - qui est simplement donnée k tout homme, constamment donnée en l'intuitive raison actuelle d'un bien possible.

L'affirmation morale de la raison universelle devient alors le premier principe fmalogique : 1® Le bien existe.

Dire que le bien n'existe pas, ce serait dire que la raison d'agir n'existe pas; or, nier quelque chose, c'est un acte ; nier le bien, c'est donc — chose contradictoire — nier la possibilité de l'acte, alors que cette négation est déjà un acte, nier l'acte qu'en faisant on affirme.

Le mal, la privation du bien, apparaît dans le monde avec la liberté. Le bien ne se réalise que par la liberté ; nier aussi la liberté, c'est nier la réalité de l'acte ; c'est faire un acte de volonté libre et c'est à la fois nier la volonté libre ; ce n'est pas moins que nier le bien, une négation contradictoire, une négation qui se contredit en fait.

Le deuxième principe est donc :

2° La liberté morale existe, ou bien :

Le libre arbitre existe,

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qui ont pour expression corollaire :

3° Le pouvoir spontané d'orientation de l'être est nécessaire.

Il est resté sous-entendu — pour Vacte. Faisons maintenant intervenir explicitement l'acte dans une expression en spécifiant que sa fin est quelque bien ; le mal est un bien inférieur, qui n'est pas proportionné k l'acte, qui est en dessous du devoir de l'être, en dessous de Tefiort qu'il requiert, conséquence de la passivité, tendance au non-être.

Nous aurons l'expression suivante :

4° Tout acte libre a pour fin quelque bien.

En réalité, on doit concevoir que tout acte est libre dans son principe, émanant d'une volonté réelle ; seulement l'acte est passif quand ce pouvoir choisit un effort nul, choisit le laisser-faire.

Mettant en évidence la volonté, on a:

5° Tout acte veut un bien.

Ainsi, avant toute expérience sensible, quels que puissent être les nouveaux enseignements de l'expérience à venir, pour toute conscience libre, se pose au début la question du bien et du non-bien, qui s'offre comme une entrée de l'action à son libre pouvoir d'orientation. Presque aussitôt, une autre question se présente à l'origine du mouvement, celle de la résistance à vaincre qui réclame un effort, le-

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quel est chez l'être simple un effort moral, si petit

qu'il soit.

6° Tout acte positif exige un effort.

L'être raisonnable a par hypothèse, sine qud non

— postulat de raison, — l'intuition de la cause concomitante de l'effet, et parce qu'il est déjà actif en tant qu'être raisonnable, il a l'intuition du bien dont le mal est une suppression. Dans d'autres termes, tout esprit raisonnable possède trois concepts sijnthélitjues \\ priori, le concept de raison pure, la came — j'ai reçu l'existence de quelque cause

— et le concept de raison morale, le bien — j'existe pour (vouloir) quelque bien — ces deux concepts étant reliés par un troisième, la liberté, ou se fondant en un dans ce troisième : l intuition de pouvoir affir on de pouvoir être effectivement, vouloir étant le principe de l'effort — j'ai reçu l'existence de quelque cause pour pouvoir quelque bien que je veux, que je dois vouloir.

On le voit, il n'est peut-être pas besoin d'être métaphvsicien pour reconnaître cette évidence de la raison universelle, laquelle est toute naturelle pour les esprits qui n'ont pas de motifs de la contester.

Quelleque soit leur nature, quelles que soient leurs facultés, les êtres raisonnables peuvent avoir en vue plusieurs espèces de biens ; la détermination de ces

biens donnera plusieurs autres formules qui seront déduites de : tout acte a pour fin quelque bien.

Il y a — bien dans l'ordre matériel; il y a — bien dans l'ordre spirituel; il y a — bien urgent :1a. conservation de l'être ; il y a — biens immédiats etpassagerSy tels que le plaisir, la satisfaction, le progrès. Enfin il y a le bien stable, définitif, /e bien en soi. Ce bien ne saurait être moins qu'un accroissement de valeur absolue d'une existence absolue, d'un être simple existant, d'une àme; car tout ce qui est externe, est relations qui ne durent pas. Ce bien est l'accroissement de valeur de l'àme.

Ici on rencontre une apparente contradiction entre la raison pure (un être ne peut par lui-même devenir plus), et entre la raison morale (l'être devient plus par l'acte moral), contradiction que nous avons déjà fait pressentir, et qui serait un mystère si elle n'était pas résolue.

Le bien en soi, la capacité de bien faire, qui est voulue et obtenue au prix de l'effort, qui vient s'ajouter a la valeur de l'être moral, et qui vient élever sa valeur qualitative absolue, est bien l'effet de son acte libre, est bien l'effet dont l'être est la cause personnelle.

La cause-existence, qu'est l'être, s'augmenteraitelle donc k volonté? Sans doute, mais en tenant

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compte de Vintuition d'un bien qui lui est communiquée, mais grâce k un prêt, que lui fait la Cause suprême, qui met k sa disposition la raison universelle, particulièrement la raison morale, qui pour cela peut se qualifier de divine.

L'intuition nécessaire et appropriée est mise k la disposition de l'être, qui ne saurait réaliser un bien, un acte positif, sans avoir reçu l'idée d'orientation qu'il comporte, indépendamment de ses idées acquises et des impressions sensibles.

Pour atteindre le bien vérit|ible, ou pour atteindre un bien effectif quelconque, qui concerne le vivant, il y a aussi des biens intermédiaires, qui sont relatifs k la fin qu'est ce bien ; ces biens ne sont dès lors que des termes moyens, que des étapes, et ils pourraient être en eux-mêmes des privations.

De cette analyse sommaire des biens, on déduit d'abord deux principes psycho-biologiques :

7° L'acte urgent et immédiat du vivant doit avoir pour but sa conservation.

8° L'acte non urgent ou l'acte de prévoyance du vivant doit avoir pour but l'existence de l'avenir.

Ces principes ne différent guère des formes les plus générales de l'instinct qui sont des actions,

c'est-k-dire qui sont des actes vus du dehors, dans lesquels la part du libre-vouloir relativement aux influences ne peut être estimée.

Dans ces formules, on peut k — du vivant — substituer k — d'une société — , et on obtient alors deux formules sociologiques :

9° L'acte urgent et immédiat d'une société doit avoir pour but sa conservation, son entretien.

10° L'acte général d'une société doit avoir pour but l'existence de l'avenir.

Les recherches de la raison ont elles-mêmes leur finalité :

11° L'acte de la raison a pour but la vérité.

12° La raison de l'être veut la certitude.

13° La raison pure a pour but l'absolu (la cause véritable).

14° La raison morale a pour but le progrès spirituel.

15° La raison scientifique a pour but le progrès humain.

16° La raison pratique a pour but le profit.

Encore, ce profit, qui est le but de la raison pratique, peut être d'ordres divers ; ce peut être un

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proflt matériel, ou un profit affectif, ou un profit intellectuel, ou un profit moral.

Les recherches, soit de raison pure, soit de raison scientifique, soit de raison morale, constituent des actes intellectuels, des actes intermédiaires, des actes de transition, des actes de prévoyance, des chemins préparés par l'intelligence pour conduire la volonté Immaine au but qu'elle se propose : le progrès du bien général.

Mais les principes, qui vont suivre, sont les plus élevés, et s'offrent comme préceptes métaphysiques de morale.

Le concept fondamental de finalogique : tout acte a pour but un bien, qui a encore pour équivalent :

17° La volonté a pour but un bien, étant mis sous la forme impérative, dans laquelle le bien doit être compris comme le meilleur choix de l'être raisonnable entre les divers buts possibles, on a :

18° Ce qui est le bien doit être le but de

l'être.

19° La volonté doit avoir pour but le bien.

De la notion du bien en soi, qui possède sa valeur absolue, il faut maintenant passer à la conception de la valeur de l'être spirituel, qui est indé-

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pendante des choses changeantes, qui est une valeur morale : la qualité essentielle de Vcîme. L'acte moral, et même l'effort moral, qui ont pour but un bien spirituel, viennent accroître, l'un plus, l'autre moins, la valeur de cet être qui s'en est rendu capable.

Par suite, on a en des variantes, ces expressions, qui ne manquent pas de beauté métaphysique :

20° Tout acte moral élève la valeur de l'être.

21° Tout eifort moral accroît la valeur de

l'être.

22° L'acte moral fait l'être.

23° L'être devient par l'effort moral.

L'être, on le comprend, ne se réalise par luimême que par ses propres efforts positifs, ne s'affirme de lui-même que par son acte positif.

La création divine consiste essentiellement a avoir donné la liberté morale k des éléments de sa force ou de son énergie, qui sont ainsi devenus êtres personnels, capables de devenir ; a son tour, l'acte moral de l'être est un acte créateur. L'acte qui est parfait, doit être un effort pur de son auteur directement vers le souverain bien ; d'où ce principe :

24° L'acte parfait doit avoir pour fin la perfection.

La perfection morale absolue ou achevée, c'est

le privilège de l'Être parfait, et comme la volonté de Dieu — la Raison qui est l'Être, le Bien qui est réalisé en personne — comme cette volonté, c'est nécessairement la perfection des êtres, parce qu'ils sont son œuvre — à part l'usage de leur liberté, grâce à laquelle ils doivent devenir eux-mêmes — qui des êtres veut avec les moyens la perfection, doit donc identifier sa propre volonté avec la Volonté parfaite ou divine. D'où :

25° L'acte parfait doit être de faire la volonté parfaite ou divine.

Sans doute, les efforts parfois considérables que réclament cette conformation à la volonté parfaite, exigent alors la plus grande abnégation, le sacrifice volontaire de la vie humaine, pareils actes qu'on admire, même lorsqu'on ne les comprend pas, chez les saints, chez les héros, chez les martyrs, et, ce sont ces actes qui relèvent le plus l'humanité et l'homme.

Une expression Analogique qui, dans la relation de l'acte avec le but, ou avec le bien, représente soit l'effet, soit la cause, détermine logiquement l'acte, et donne ces deux formules :

26° L'effet d'un acte moral doit être le bien qu'il a pris pour but.

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27° La cause d'un bien est l'acte qui l'a voulu suivant les moyens rationnels.

En réalité, un être simple ne suffît pas à mener k bonne fin l'action effective que son acte commence et prévoit, sans le concours de beaucoup d'êtres, et il s'assure particulièrement le concours des êtres distincts ou indistincts qu'il subordonne ; un être vivant tel que l'homme se conçoit comme un être composé d'unités déjà fort complexes et fort différenciées, qui a a sa tête un être simple, l'àme monadique. Seul, l'Être suprême, subordonnant tous les ressorts, fixe une limite à tous les actes, et les fait servir tous k la fin divine.

Au delà des choses, les moyens sont fournis k l'être raisonnable par des idées directrices, qui sont pour lui des termes entre le commencement et la fin de l'acte, s'enchaînant de cause k effet jusqu'à l'effet final, qui est le but de l'acte. De cet enchaînement rationnel des idées et de cet enchaînement psychique des volontés élémentaires, du conflit des efforts k divers ordres, résultera, et une évolution plus ou moins continue du vivant, et un enchaînement plus ou moins clair de ses états de conscience. Le représentant du vivant, l'auteur principal de l'acte intégral, qui est l'âme, la tête de l'esprit, devant compter avec d'autres volontés, devant agir sur

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nUELS SONT LES PRINCIPES

des volontés inférieures au dedans, sur des volontés de son rang au dehors, rencontre de ce fait des résistances, de telle sorte (ju'il n'a encore dans le phénomène résultant qu'une certaine responsabilité.

Quoique l'acte perpétré puisse paraître le produit unique d'une volonté simple, il ne l'est donc pas absolument, il y a donc a faire la part du libre arbitre afférent à l'àme.

Ces formules par suite donneraient naissance k des expressions beaucoup plus complexes en faisant intervenir des séries de pouvoirs psychiques d'ordres différents dans l'action intégrale du vivant, qui est le produit d'un fonctionnisme.

En gros, ces pouvoirs correspondent aux facultés de l'entendement, de l'imagination, au tempérament, au caractère, au milieu social, au milieu naturel, et aux influences occultes sur ces pouvoirs mêmes.

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