‹ Essai Philosophique sur L'Efficacité de la PrièreChapitre 15 sur 34 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I1 y a des conditions à l'Action divine

L'expérience m'apprend ce qu'est Dieu par rapport à moi : il est la source de ma vie. C’est le propre de l’amour de se donner en communiquant la vie et tous les biens de la vie; Dieu est Amour. L'amour est libre de toute contrainte extérieure ; mais l'amour est lié par sa nature même ; ilne peut pas ne pas aimer, 1] ne peut pas ne pas se donner. Si Dieu pouvait cesser de communiquer la vie, il cesserait d’être. La volonté certaine et unique de Dieu, c'est que nous vivions, c’est que nous fassions notre ascension par tous les degrés de la vie, depuis la vie qui nous est commune avec la plante jusqu’à la vie d'union conseiente avec notre Père céleste. Cette vie supérieure, Dieu voudrait y amener l'oiseau qui gazouille, le lion qui rugit, la fleur qui forme son bouton, le brin d'herbe que la rosée humecte, le caillou que mon pied foule. Alors seulement Dieu serait tout en tous et en tout. La volonté de Dieu n'est done pas toujours faite? Pourquoi y a-t-il encore tant d'êtres privés de vie, tant d'organismes inférieurs, tant de vies sourdes et inconscientes, tant d’existences ébauchées et non achevées, tant de vies amoiïindries et blessées ? Pourquoi enfin toute vie s'achemine-t-elle vers la mort? C'est qu'il y a des conditions à l’action diyine. Dieu est tout-puissant ; il peut tout ce qu'il veut,

mais il ne veut pas ce qui est impossible. Beaucoup de choses, hélas ! sont impossibles.

Sans doute, nous pouvons concevoir un monde purepurement spirituel où rien ne viendrait faire échec à la volonté de Dieu. L'esprit engendrerait des esprits qui marcheraient, sans défaillance, de perfection en perfection, de clarté en clarté; ces esprits n'auraient entre eux et avec Dieu que des rapports harmonieux, ear les biens spirituels se communiquent sans s'amoindrir et sans se diviser, et ne peuvent être une source de conflits. Un tel monde est en dehors de notre expérience ; nous ne pouvons en rien affirmer, nous ne pouvons en rien nier. Pour nous, NOUS ne saisissons la vie, en nous et autour de nous, que dans la matière. La vie étant avec la matière dans un rapport de liaison constante, nous devons croire que la “matière et la condition sine quâ non de notre vie. Et puisque notre vie est l’œuvre de Dieu, la première condition qui rend possible l’activité divine, c’est l'existence même de la matière.

Dieu, qui est Esprit et Vie, suit la Loi de sa propre nature lorsqu'il travaille à vivifier et à spiritualiser la matière. Mais le développement de la vie est soumis à des conditions. Parmi ces conditions, les unes sont posées par Dieu, ou, si l’on veut, par la vie elle-même : les autres sont indépendantes de la volonté de Dieu et tiennent à l’imperfection native de la matière ou à ses propriétés essentielles. Mais toutes les fois que les conditions de la vie sont posées, soit par la volonté divine, soit en dehors de cette volonté, Dieu agit ; il agit aussi librement qu'il agit nécessairement. Tant que les conditions de la vie ne sont pas posées, Dieu n’agit point, parce qu'il ne le peut point ; et il ne le peut point, parce que le développement de la vie, en dehors des conditions de la vie, implique contradiction.

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On a trouvé, à côté des momies d'Egypte, des grains de blé qui remontent à plusieurs milliers d'années. On les a semés, et ils ont produit du blé. Dès l’origine, Dieu travaillait à faire sortir la vie de ces germes de vie, à transformer ces humbles grains en riches moissons ; il ne Île pouvait pas, parce que les conditions de l’évolution d'un grain de blé: la terre végétaie, l'humidité et le soleil, faisaient défaut. Croyez-vous que Dieu ait pris plaisir à décréter arbitrairement que les sables du Sahara et les terres polaires seraient stériles, que la Champagne serait couverte de vignes et que Cannes serait un parterre de roses et de jasmins ? Pour l’œuvre de Dieu comme pour la nôtre, le climat et la nature du sol sont tantôt un obstacle, tantôt une condition de succès.

Le principal obstacle à l’action divine, c’est la limitation de la matière. Dieu veut la santé, le bonheur, la vie pour ses créatures ; autant que nous et plus que nous, il a horreur pour nous de la souffrance physique, des tristesses morales et de la mort. Mais des êtres matériels, dans un monde limité, ne peuvent vivre sans se heurter les uns contre les autres ; de là viennent les accidents, les maladies, la souffrance physique. Les biens matériels ne peuvent pas être partagés de manière à donner satisfaction à tous les besoins et à tous les désirs ; de là certaines tortures physiques, comme la faim et la soif ; de là les mille combats de la vie, les jalousies, les haines , les vols, les guerres, les assassinats. L'immortalité serait possible, si la matière n'était pas limitée ; l'univers pourrait s'enrichir tous les jours de nombreux habitants sans sacrifier ses hôtes primitifs, et les générations nouvelles ne seraient pas forcées de dresser leurs tentes sur les tombeaux des générations précédentes. La mort est la condition de la vie, parce que la matière est limitée.

Le Dieu vivant qui est notre Père ne se fatigue pas

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de panser les plaies de l'humanité ; s’il ne les guérit pas toutes, c’est qu'il ne le peut pas.

Il y a des conditions à l’action divine qui sont posées par Dieu lui-même. Dans le gouvernement du monde, Dieu.observe la loi de continuité, et les dons qu’il nous fait aujourd'hui sont le point de départ des dons qu'il nous fera demain. Sur une ligne droite À B, marquons les points a, b, ce. Si je veux aller de À en B par le chemin le plus court, je ne puis éviter, de passer par à, ni par b, ni par e, et Dieu lui-même est incapable de me faire franchir cette distance sans touéher les points a, b, e. Il en est de même dans l’évolut:on de la vie. Nous croyons, avec l'Evangile, que Dieu pourrait faire d’une pierre un enfant d'Abraham. Mais une pierre est-elle susceptible de devenir subitement un homme? Dieu peut-il donner la raison à un caillou sans le doter d'un cerveau approprié aux fonctions intellectuelles ? Mais ce cerveau a besoin, pour se former, de la vie végétative, et cette vie inférieure ne peut exister sans un organisme rudimentaire. Pour faire un végétal d’une pierre, il faut déterminer dans les molécules de cette pierre toute une série dé mouvements coordonnés ensemble et subordonnés au même but. Ce n'est pas tout ; chaque progrès est irréalisable si le milieu ne s'y prête pas. Un caillou pourrait-il, couché sur le sable du désert, s’assimiler les éléments destinés au développement de son être? La géologie nous montre que l'homme, le chef-d'œuvre de la création, est arrivé très tardivement au terme de son évolution actuelle, et que, s'il est le premier en dignité, il est le dernier en date. Il a fallu vraisemblablement des millions de siècles pour créer l’homme à l’image de Dieu. Et Dieu nous donne une leçon de choses très instructive, quand il fait parcourir à l’homme moderne, mais très rapidement, le eyele “entier des évolutions antiques, depuis sa conception jusqu’à sa pleine maturité.

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La conclusion de toutes ces remarques, c’estque nous sommes les collaborateurs de Dieu, et ses collaborateurs nécessaires. S'il y a des conditions que la nécessité impose à l’action divine, si d’autres conditions sont posées par Dieu lui-même, il en est d’autres qui sont posées par nous, et qui déterminent infailliblement l’action divine. Par exemple, le progrès de l'humanité est lié en grande partie à l'éducation que reçoivent les enfants et aux enseignements que les adultes se donnent réciproquement. Pourtant, l'instituteur ne crée pas la vie ni le surcroit de vie dans l’âme de l'enfant ; l’instituteur produit des impressions dans l’âme de son élève, et ces impressions disposent l’âme à l’aétion vivifiante de Dieu. Tous les progrès ont la même origine et comportent la même explication.

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