‹ Essai Philosophique sur L'Efficacité de la PrièreChapitre 16 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Prière est une des conditions de l'Action divine

Je ne puis résister au plaisir de citer ici une page admirable de M. Ad. Bolliger.

« Le grand soleil, dit-il, répand ses chauds rayons avec prodigalité dans toutes les directions. Dira-t-on pour cela que chacun participe à sa lumière et à sa chaleur? Il arrivera accidentellement que, malgré tout, ce raisonnement sera faux. Si je m'enferme dans la cave, si je tiens fermés mes volets, si seulement j'ai les paupières closes, cette lumière du soleil qui réjouit le cœur n'arrive pas jusqu'à moi ; ce fait, que le soleil brille pour moi, est lié à certaines conditions que je dois remplir. Conformément à cet exemple, tout ce qui arrive en général dans le monde qui nous est connu est conditionné à la fois du côté des deux êtres qui sont en relation réciproque.

« Appliquons cette règle à la prière. Dieu est le soleil de l'Amour. Assurément il fait briller son Amour partout avec prodigalité ; il offre ses dons dans tous les sens, il veut venir vers tous avec ses bienfaits; mais il ne le peut pas. 1) Il veut certes donner à chacun ce qui lui est

(1) C'est l’auteur qui souligne. Commert M. Pécaut a-t-il pu écrire ceci? « Nous ne sommes jamais autorises à prononcer au sujet d'un événement, soit extériear. soit spirituel, qu'i, ne serait point arrivé si notre prière ne jût intervenue. » En effet, s’il est question d'un événement exterieur ; s'il s'agit d'un événement spirituel, c'est tout différent. M. Pécaut ajoute immédiatement (De l'Avenir du théisme chrétien) : « Qu'est donc la prière ? une forme vivante, et si j'ose ainsi dire, filiale de l'acte de foi par lequel nous ouvrons notre

âme à l'assistance toujours prête de Dieu, à l'influence toujours présente de son esprit. »

Fort bien ; mais si je n'ouvre pas mon âme, l'influence de Dieu aura beau être présente, elle ne sera pas agissante.

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utile, à celui qui ne prie pas aussi bien qu'à eelui qui prie. Mais celui qui prie-est-un autre homme que celui qui ne prie pas ; d’après l’ordre naturel des choses, ce qui est accessible à l’un demeure fermé pour l’autre. Oui, chaque sorte de don qui doit nous être communiqué dépend de notre réeeptivité. Où est done le scandale de l'esprit, si, d'après l'ordre établi par Dieu, la disposition du cœur de celui qui prie constitue précisément la réceptivité qui est indispensable à celui qui doit recevoir les meilleurs dons de Dieu ? L'homme qui prie, c’est celui qui, dans un sens spirituel, écarte les volets de sa fenêtre et tient ses yeux ouverts, tandis que l’homme qui ne prie pas tient tout cela fermé. Celui qui prie sent son indigence, il la reconnait dans sa prière: il crie comme un affamé, ccmme un homme altéré : Donne, Ô Père, donne ; ces dons que tu m'offres depuis longtemps, je les veux aujourd'hui. » (1)

Par ma prière, je n'exerce point une action quelconque sur Dieu pour l’instruire de mes besoins ou pour modifier sa volonté. M'attribuer un tel pouvoir sur Dieu est une supposition aussi impie qu'irrationnelle. Quand je veux jouir de la lumière et de la chaleur du soleil, je n'allume point le soleil, je ne le tourne point à ma guise,

je ne dirige point ses rayons ; je me mets dans l'attitude

qu'il faut avoir pour subir son influence. De même, quand je parle à Dieu dans la prière, je ne lui apprends rien, Car il connaît d'avance tous mes besoins ; je n'ai pas. à l’attendrir et à transformer son indifférence en sympathie et sa rigueur en miséricorde, ear ilest d'avance gagné à ma cause et désire plus que moi-même me communiquer ses dons ; par ma prière, je mets mon âme dans l'attitude qu'elle doit avoir pour recevoir les eom-

(1) Dietheoretischen Voraussetzunge : des Gebets, p. 34 et 35.

munieations divines. (4) I y a harmonie préétablie entre la prière.et son exaucement, mais lharmonie préétablie ne suffit point à expliquer l'efficacité de la prière. IT y a en plus relation causale, non de moi à Dieu, mais de moi à moi-même. Voilà pourquoi la prière bien faite est exaucée infailliblement£.

La prière efficace est attentive. Je ne parle pas de l'attention qui se porte sur les phrases dun livre

ou sur les formules qui sortent de la bouche. La prière attentive, c'est le sentiment de la présence du Dieu intérieur au plus profond de l’âme de celui qui prie. Certes, il ne faut rien exagérer, et ce serait une erreur grave de s'imaginer que Dieu n'accorde ses dons qu’à ceux qui prient et que eeux qui ne prient point ne sont en aueune manière sous l'action bienfaisante de Dieu. La prière n’est pas la condition unique, elle est seulement l’une des conditions de l’action divine. Mais entre l’union inconsciente et l'union consciente avec Dieu, il y a une différence de vie incommensurable. Un enfant qui se croirait orphelin, qui ne connaitrait pas son père et sa mère, el qui trouverait au moment opportun, la nourriture, le vètement et les agréments de la vie préparés par des mains invisibles, cet enfant serait relativement heureux et armé pour Îles luttes de la vie ; mais quelle n’est pas la supériorité de l'enfant qui se sent enveloppé d'affection, qui sail qu'il peut puiser à pleines mains dans les trésors de la tendresse paternelle et maternelle ! Se sentir aimé et protégé, par le Tout-Puissant, quelle force invincible cela donne au chrétien ! |

La prière efficace est humble. IT y a des hommes qui se croient parfaits, qui ne sentent pas leur indigence : pourquoi prieraient-ils? S'ils priaient, ils diraient comme

(1) Jamblique, cité par Jules Simon (Religion naturelle), avait enseigné cet:e doctrine au &=e siècle de notre ère : « La grâce de Dieu. agissant suivant les lois générales et par une action et une puissance inficie, tend toujours à se manifester. partout où elle ne rencontre pas d'obstcle, et se manifeste en nous immédiatement, dés que, par la prière, nous sommes cn état de la recevoir. »

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le pharisien : « Seigneur, je suis content de moi. » L'humilité ouvre l'âme, et la plénitude des dons célestes peut combler le vide de notre pauvreté. L'humilité est sifacile en présence de Dieu! Quelque grands que nous soyons, nous sommes si petits en face de l'Eternel !

La prière efficace est confiante. Le découragement oppose une résistance opiniâtre à l’action divine, une opposition d'autant plus insurmontable qu'elle est passive. Par la confiance, nous. nous abandonnons à l’action divine ; à mesure que la crainte disparait, les défaillances et les chutes deviennent plus rares. Regardez l'enfant qui apprend à marcher en regardant les bras tout grands ouverts de sa mère, et vous comprendrez le rôle de la . confiance dans la prière efficace.

La prière efficace est persévérante. La persévérance est l'expression du désir ardent ; elle est l’effort continué. Cet effort est déjà un don de Dieu, mais il est la condition d’un don plus parfait, puis d’un effort plus noble, qui sera à son tour récompensé par un degré supérieur de vie. « Celui qui a, dit l'Evangile, on lui donnera encore, et il sera dans l'abondance. »

La prière efficace monte au ciel au nom de Jésus- Christ. Pour moi, prier au nom de Jésus, c’est prier avec les sentiments de Jésus, c’est parler à Dieu comme un fils parle à son père. Lorsque le désir inspiré par l'amour filial se rencontre avec la toute-puissance au service de l’amour paternel, comment ce désir ne serait-il pas efficace? Quand nous voulons filialement ce que Dieu veut paternellement, nous sommes les maitres absolus du ciel et de la terre.

Je puis et je dois accorder aux incrédules que la prière implique une auto-suggestion, puisqu'elle n'agit pas-sur Dieu lui-même, mais sur celui qui prie. Il y a même des prières qui sont de pures auto-suggestions. Parfois nous

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