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nous torturons vainement l'imagination et les organes
pour bien prier; il est des chrétiens qui mettent leur confiance dans des attitudes corporelles déterminées, . même dans certains mouvements rythmiques du Corps: Je ne nie pas l'influence que notre attitude et nos mouvements peuvent exercer sur notre âme ; mais que tout cela est peu de chose ! Souvent, plus nous nous agitons, plus Dieu s'éloigne de nous. Nous frappons Île rocher trois fois, dix fois, cent fois, et l'eau vive refuse de jaillir. Soudain, nous demeurons calmes sous l'œil de Dieu, et nous soumettons notre désir à la volonté du Père ; alors le miracle s'accomplit, Dieu nous répond.
Si donc la prière renferme une auto-suggestion, la prière efficace contient 11ne auto-suggestion suivie d’une action de Dieu, une auto-suggestion qui détermine l'action divine. La prière est toujours un dialogue ; quand nous parlons à Dieu, Dieu nous entend toujours. Mais Dieu ne répond pas toujours. (4) Quand Dieu répond, la prière est efficace. La réponse de Dieu, c'est le progrès, soit physiologique, soit intellectuel, soit moral, soit religieux. Le progrès, c'est le royaume de Dieu sur la: terre. Dieu est un roi qui règne et qui gouverne, et son gouvernement embrasse tous les détails.
A présent, tout est Jumineux. Tous les faits constatés dans l'introduction se trouvent exphqués.
Les hommes, en général, croient à l'efticacité de la prière. Comment n'y croiraient-ils pas ? Ils prient, et ils sont exaucés ; ils parlent à Dieu, et Dieu leur répond. Certains hommes, cependant, ne croient point à l'efficacité de la prière. Quelques-uns même ont cessé d'y croire après en avoir fait l'expérience. IT Y à là un double
(4) Dieu répond toutes les fois que notre pie monte vers lui attentive. humble, confiante, persévérante. filiale, et qu'elle demande ce qui est possible en sol. « Père, disait Jésus, si cela est possible, que ce calice s'éloigne de moi. » Jésus re doute pas de la bonté de son Père, mais il sait que l'impossible est une limite à la puissance de Dieu. Dans ce
cas, il soumet sa volonté à la volonté du Père, car il sait que Dieu ne veut pos l'impossible, alo:s que nous, par ignorance, nous le voulons follement.
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malentendu. D'une part, ils enveloppent dans le même ridicule la prière pour les biens extérieurs, et la prière pour les biens intérieurs. D'autre part, ils confondent l'auto-suggestion, très réelle, qui est la condition de l’action divine, avec l’action même de Dieu.
L'efficacité de la prière n’est pas subordonnée à une notion exacte de la divinité. Il suffit que notre concept de la divinité nous mette dans une disposition convenable pour recevoir les dons de Dieu. Dieu n’est pas un Dieu jaloux ; il répand sur nous ses bénédictions, alors même qu'il prévoit que, l'instant d’après, nous irons rendre grâces à nos idoles. La notion de Dieu n’est pas indifférente, car nous prions autrement et notre âme est affectée différemment suivant que Dieu nous apparait comme un Roi, comme un Juge, comme un Bourreau ou comme un Père. Mais les erreurs de l’entendement ne sont point, par elles-mêmes, un obstacle à l’efficacité de la prière. S'il fallait, pour être exaucé, concevoir Dieu d’une manière impeccable, qui pourrait se flatter d’avoir une seule fois bien prié ? j
Le recours à l'intercession du Christ, de la Vierge, des anges et des saints est efficace dans une certaine mesure, dans la mesure où il prédispose l'âme à recevoir les dons de Dieu. Il est moins efficace que la prière adressée directement à Dieu, parce que l'emploi d’un intermédiaire embarrasse le vol ascendant de l’âme et amoindrit la confiance. Lorsque le recours à l'intercession devient puissamment efficace, c’est qu'il s’esti transformé instinctivement en prière idolâtrique.
La prière pour les autres n’est pas efficace directement, mais indirectement. La raison en est extrémement simple. Quand nous prions pour nos frères, nous n’opérons pas dans leurs âmes, nous ne créons pas en eux l’état psychologique qui doit rendre possible l’action de Dieu. Sans
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doute, les sociétés ont des âmes collectives où les individualités sont solidaires l’une de l’autre. Il y aune âme de la famille et une âme de la patrie, comme il y a une âme de l'humanité et une âme du monde. Quand le père de famille prie, c’est l'âme de la famille qui prie. Quand le citoyen prie, c'est l'âme de la patrie qui est en prières. Qu'est-ce done qui établit le lien entre les âmes individuelles et en fait une âme sociale? Deux choses. C'est d'abord l’action simultanée de Dieu dans des individus différents. « D'où vient, dit M. Aug. Sabatier, cette parenté religieuse des âmes, cette facilité de communiquer entre elles, cette réciprocité et ces prolongements infinis d’une même inspiration, sinon de la présence, en chacune, du même Dieu intérieur? » (1) La Providence a un plan de gouvernement pour chaque famille, pour chaque peuple, pour chaque société. Dieu inspire en même temps à plusieurs membres de la même société le même désir et la même prière, ou bien il inspire aux uns d’implorer ce que les autres cherchent à conquérir par leurs efforts personnels. C’est ainsi que Dieu façonne l’âme sociale. D'autre part, l'âme collective se forme par l’action et la réaction réciproques des différents membres de la société ; mais cette action se produit du dehors, et la prière du père de famille, par exemple, n’agit sur l’âme de ses enfants que s'ils entendent sa prière, s'ils le voient prier, s'ils sont les témoins des vertus dont la prière à enrichi le cœur paternel. Ce n'est jamais qu’une efficacité indirecte.
Quand nous prions devantles autres, nous produisons chez eux une disposition religieuse et morale qui facilite l’action de Dieu. La prière publique pose à la fois du dehors et du dedans la condition de Paction divine. Voilà pourquoi elle est si puissante. (2)
(4) Philosophie de la religion, p. 55.
(2) On voit par là ce qu’il faut penser des pélerinages. Il n’y a aucun lieu sur la terre