CHAPITRE V
Devons-nous prier avec des formules toutes faites ®
I n'y a aucune formule de prière obligatoire, pas même le Pater. Le Christ à donné à ses disciples un modèle de prière courte , substantielle , éminemment suggestive, animée du plus pur esprit évangélique, et -qui répond à tous les besoins de l'âme et du corps. Il n’a pas commandé de réciter cette formule. Il faut laisser aux théologiens catholiques la manie de dogmatiser sur toutes choses, jusqu'à se demander combien de fois par an il faut réciter le Pater pour satisfaire au précepte.
Mais serait-il sage de laisser de côté toutes les formules, et de ne jamais faire monter vers Dieu que des prières d'inspiration ? Souvent notre âme est bien pauvre et bien vide, et nous nous trouvons, en présence de Dieu, muets et comme stupides. C’est alors qu'il faut nous tourner vers les maitres de la prière, vers le Christ et vers les saints, en leur disant : Apprenez-nous à prier.
L'efficacité de notre prière est intéressée à cette méthode. Si nous faisons passer par notre âme les magniliques prières bibliques, les élévations que les saints nous ont transmises, les supplications inscrites dans nos liturgies, les inspirations les plus pures des livres de piété modernes, nous soumettons notre âme à une sorte de culture intensive qui la prépare admirablement à l’action divine. L'inspiration religieuse, comme l’inspiration poétique, se transmet de l'écrivain au lecteur.
Pourquoi nous priverions-nous des trésors que les hommes religieux de tous les temps ont amassés pour nous ?
Sans doute, nous rencontrerons souvent, mêlées aux épanchements sublimes de l'âme, des expressions fausses, archaïques, superstitieuses, idolâtriques mème. Nous prendrons l'habitude de ne pas arrêter notre pensée sur les erreurs et de fixer notre attention sur le sentiment vrai qu'elles recrouyrent. Les àmes pieuses sävent pratiquer,, en pareil cas, la liberté illimitée d'interprétation, et avec un art merveilleux, adaptent à leurs besoins spirituels et temporels ce qui à été écrit dans des conjonctures toutes différentes. Cette adaptation est la condition sine qua non de l'efficacité de la prière, quand on se sert d’une formule toute faite. Il ne suffit pas que la formule soit comprise par l'intelligence, il faut qu'elle devienne, par une sorte de métamorphose, l'expression vivante des désirs du cœur.
Aux meilleurs moments de notre vie religieuse, nous devons renoncer à toute formule, à toute convention, à tout livre, à toute tradition. Lorsque l'Esprit d'adoption murmure au fond de nos âmes : Abba, Père, et qu'il veut prier en nous par des gémissements inarticulés, nous devons nous abandonner au souffle de l'Esprit. Nous parlons alors à Dieu notre propre langage, le langage de nos besoins et de nos aspirations, le langage de nos vertus et de nos défauts, le langage de nos soubresauts et de nos incohérences. Plus notre langage est simple et enfantin, plus il est agréable à Dieu. La forme seule en est humaine, la prière qu'elle recouvre est divine. (4) Alors ce n’est pas nous qui vivons, c’est le Christ, c’est-à-dire l'Esprit du Christ, qui vit en nous. Notre prière est infailliblement efficace, car Dieu n’a rien à se refuser à lui-même. Alors se réalise la parole de l'Evangile : « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l’accordera.
divine.
(1) Dans ce cas, la prière n'est plus une aul5-suggeslion humaine, elle est une suggestion