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Voici en prières la communauté des Missions étrangères. Là les soupirs les plus ardents te vers le Ciel pour les pauvres nègres, qui vivent dans l'ignorance, la superstition et l’immoralité. Tant qu'il n'y aura pas un départ de missionnaires, tant que des, hommes dévoués ne porteront pas à ces déshérités l'Evangile et la civilisation, le niveau moral, intellectuel et religieux des nègres ne s’élèvera pas d’un millième de degré, et les prières les plus parfaites et les plus pérsévérantes n'y feront rien. “C'est dans l’âme des missionnaires que ces prières sont agissantes, et non point dans l'âme des nègres.
La prière pour les autres ne peut avoir qu'une efficacité indirecte. Elle amasse dans les âmes qui prient des trésors de bonté, de patience, d’abnégation, de zèle apostolique qui profitent ensuite aux pécheurs, aux infidèles, aux malades.
Que dirons-nous de la prière en commun que nous faisons les uns pour les autres? Cette prière, prononcée à haute voix, agit sur les auditeurs à la manière d’une prédication ; même le seul fait d’être à genoux où debout à côté d’autres chrétiens qui prient silencieusement prédispose notre àme aux impressions religieuses et morales. La prière publique agit sur les assistants en tant qu’elle est perçue par l'oreille ou pressentie par les yeux ; elle agit encore après la réunion dans la mesure où les chrétiens, après avoir prié, et en vertu des grâces obtenues dans la prière, exercerontles uns sur les autres ou sur les absents une action sociale.
Mais si les hommes qui prient sont privés de toute communication avec leurs frères, leur prière n’a aucune efficacité, ni directe, ni indirecte. Leur prière leur profite à eux-mêmes, elle n’est pas utile à ceux pour qui ils prient.
Une quatrième observation, c’est que la prière pour les biens de l'âme est toujours efficace, quand nous prions
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pour nous-mêmes. Les hommes de prière l’affirment avec une triomphante unanimité. Oui, disent-ils, toutes les fois que j'ai prié pour demander, sincèrement et humblement, la connaissance de la vérité, un peu plus de lumière à lui dans mon intelligence. Toutes les fois que j'ai fait appel à la tendresse de mon Père céleste, il m'a réjoui ou consolé. Toutes les fois que, sentant ma faiblesse dans les
combats de la vie, j'ai imploré le courage et la persévé-
‘ance, je me suis senti plus fort.
Puisqu'il y a ici liaison constante entre le phénomène de la prière et le fait de l'exaucement, c’est qu'il y à un rapport de causalité entre les deux termes. Nous pouvons donc affirmer que la prière pour les biens de l'âme est efficace, quand nous prions pour nous-mêmes. Mais je dois faire ici une remarque importante, c'est que la prière efficace ne viole pas la loi de continuité. De même qu'elle ne crée pas dans l’homme des facultés nouvelles où surnaturelles, elle ne conduit pas nos facultés à un haut degré de développement sans nous faire passer par les étapes intermédiaires. Celui qui prie pour connaitre la vérité n'obtiendra pas d’un seul coup la seience infuse, mais un progrès dans la connaissance qui sera le point de départ d’un autre progrès. Celui qui demande le bonheur ne sera pas rassasié à l'instant de tous les plaisirs de l'existence, mais il aura plus de paix, plus de Joie. Celui qui demande la force ne sera pas transformé, comme par un coup de baguette magique, en saint, en héros, en grand homme, mais fera chaque fois quelques pas vers l'idéal qui le séduit. Les étapes pourront être franchies plus ou moins rapidement, il faudra toujours y passer.
Une cinquième observation se rapporte aux prières pour la santé du corps, quand le malade prie pour luimême. Il y a lieu d’être ici tout aussi affirmatif qu'en ce qui concerne les biens de l'âme. Toutes les fois qu'un
malade a demandé la santé à Dieu avec un fervent désir et une confiance filiale, il a obtenu soit Ja guérison, soit une amélioration.
Pour les faits extraordinaires, nous pouvons citer les guérisons qui s'opéraient dans les temples d'Esculape, les guérisons rapportées dans l'Ancien et le Nouveau Testament, les miracles de Lourdes, les résultats prodigieux . obtenus par des guérisseurs de profession, soit pasteurs, soit laïques, chez les Grecs orthodoxes ou chez les protestants. HS
Mais en dehors des faits exceptionnels, que de malades se trouvent guéris où améliorés dans leur état par la prière, avec ou sans le secours de la médecine ! II y a des améliorations qui ne sont guère perceptibles à l'œil * d'autrui, et que le malade ressent avec une perspicacité : infaillible, par exemple : l'état plus normal du cœur, du sang, des nerfs, l'apaisement d’une douleur anche : la force qui revient peu à peu après des jours de langueur ; le sentiment d'un bien-être général, d’une sorte de jeunesse nouvelle. Jamais un malade n'a prié sans ressentir à un certain degré quelqu'un de ces effets bienfaisants.
Pourtant il y a une différence capitale entre les biens du corps et ceux de l’âme en ce qui touche l'efficacité de la prière. Les biens spirituels sont susceptibles d'une progression indéfinie, tandis que nos organes, arrivés à un certain degré de développement, demeurent dans un état stationnaire durant quelques années, et vont en
dépérissant jusqu'à la mort. I y a done une limite
inflexible à l'eflicacité de la prière : elle ne peut rendre. un homme immortel.
Les biens extérieurs appellent une sixième et dernière observation. De même que la prière pour les autres, la prière pour un événement extérieur n’est jamais efficace
directement ; elle l'est souvent d'une manière indirecte, souvent aussi elle n’a aucune efficacité.
Vous me racontez qu'un vaisseau était sur le point de faire naufrage, que l'équipage et les passagers se sont mis en prières, et que bientôt après, la tempête s’est apaisée. Je ne conteste pas le fait, et avec vous; je rends grâce à Dieu. Mais croyez-vous sérieusement que la prière ait apaisé la tempête ? Si, toutes les fois qu'un navire est en danger, il était sauvé par les supplications des malheureux en détresse, je croirais à l'efficacité de leur prière. Avezvous compté les plaintes déchirantes qui sont étoutfées par les VALUES et changées en un silence éternel ?
Appliquez cette règle de la liaison constante à toutes les prières pour la pluie et le beau temps, pour le bon état des récoltes, pour la paix et la guerre, pour la victoire, pour le succès dans l'industrie et le commerce, vous vous convainerez aisément que la prière qui a pour objet les biens extérieurs n’est pas directement efficace.
Elle peut être efficace indirectement. Voici une armée rangée en bataille. Avant qu'on donne le signal du combat, tous les soldats, avec les chefs, sont en prières. Dieu n'enverra pas un ange exterminateur qui détruira l’armée
ennemie ; mais les soldats, après avoir prié, seront plus
confiants et plus intrépides, et ce sont ces dispositions. morales qui assureront la victoire. Je demande à Dieu le suceës dans une entreprise commerciale. Dieu ne modifiera pas en ma faveur les lois économiques ; mais sous l’action de la prière, mon intelligence, mon énergie, ma probité se développeront et seront les meilleures conditions du succès. ;
Au contraire, si notre prière a pour objet un événement qui se dérobe entièrement à notre activité personnelle, comme la conversion des Martiens (si Martiens il y a) ou le soulagement des âmes du purgatoire (s'il y a
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un purgatoire), elle n’a aucune efficacité, ni directe, ni indirecte ; elle n’est que l'expression d’un pieux désir, et à ce titre, elle ne peut être utile qu’à celui qui prie. Les messes, les neuvaines, les pélerinages, les mortifications peuvent êtres utiles à ceux qui les célèbrent ou les pratiquent. Appliqué aux autres, tout cela est aussi vain que si je prétendais nourrir les pauvres en mangeant à leur place.
A présent, dans ce chaos si confus des prières exaucées et des prières non exaucées, la lumière est faite. La prière est efficace ; c'est là un fait constaté scientitiquement. Elle est efficace, quelles que soient les erreurs de l’entendement chez ceux qui prient. Mais l’action directement efficace de la prière à un champ strictement délimité : l’âme et les organes de ceux qui prient. Quand je prie, ma prière est efficace en mot.
Le problème de la prière se trouve simplifié, mais une
difficulté redoutable se pose devant le philosophe chrétien. Les adversaires de la prière triomphent déjà et me disent : « Si votre prière n’est efficace qu’en vous-même, n'est-ce pas un indice que l'efficacité de votre prière n’est que le résultat d’une auto-suggestion ? Dans ce prétendu dialogue entre Dieu et vous, vous êtes seul à prendre la “parole, vous faites les demandes et les réponses, vous vous accordez à vous-même ce que vous implorez de Dieu. Votre prière n'est qu'un monologue, elle n’est efficace qu’en vertu d’une illusion. »
Cette difficulté, je veux l’examiner avec une entière indépendance d'esprit. Je m'approprie sans restriction ces déclarations si franches de M. Ad. Bolliger, professeur de théologie à l’Université de Bâle: « Cette question: la prière et les prémisses qu’elle suppose sont-elles rationnelles ? offre un très haut degré d'actualité. C’est la question vitale de la prière. La prière demeurera puissante
parmi nous, aussi longtemps que nous Serons fermement convaineus qu'elle est pleinement rationnelle ; elle languirait et dépérirait dans la mesure où le doute pourrait affaiblir et dissoudre sa valeur rationnelle et celle de ses prémisses. Ii n'y aurait plus de salut pour elle, et la prière serait obligée de prendre le même chemin que les sacrifices humains, les sacrifices d'animaux, les sabbats, les nouvelles lunes, le jeûne et toutes les formes de culte qui sont mortes. » (1)