‹ Essai Philosophique sur L'Efficacité de la PrièreChapitre 9 sur 34 · ADO RE · texte numérisé non relu

ADO RE

bile de la terre était aussi naturelle et aussi possible que sa rotation, on verrait la terre tantôt tourner, tantôt demeurer fixe. Quoi ! un rapport variable en droit serait invariable en fait, et la contingence se manifesterait avec toutes les allures de la Are ! M. Boutroux ressemble aux idolâtres qui dépouillent le vrai Dieu de ses attributs pour en parer une eréature ; ils adorent toujours le vrai Dieu, mais ils lui donnent le nom de leur idole. M. Boutroux adore la nécessité, mais il l'appelle contingence.

« À supposer, dit-il, que les phénomènes fussent indéterminés, mais dans une certaine mesure seulement, laquelle pourrait dépasser invinciblement la portée de nos grossiers moyens d’évaluation, les apparences n'en seraient pas moins exactement telles que nous les voyons. » (1) :

M. Boutroux s’illusionne s'il croit qu'on peut faire à la contingence une petite place dans la nature. Sur la arte de l'univers, il dessine des cantons mieroscopiques, avec des donjons imprenables où la contingence s’abrite contre les assauts de la nécessité, et il nous dit: « Voyez combien le domaine de la science et de la nécessité est encore immense ; la contingence leur fait si peu de tort! » Malheureusement, si nous laissons prendre un pied à la contingence dans la nature, elle n'en prendra pas quatre, elle envahira tout. M. Boutroux, ici, est encore victime de sa puissance d'abstraction. La réalité ne se laisse pas découper en tranches nettement séparées. Dans la nature comme dans l’histoire, tout est lié. Au moment où j'écris cette ligne, j'entends une pomme qui tombe dans le jardin. Elle tombe sans secousse, parce qu “elle est müre. Elle est müre aujourd’hui, et ne l'était pas complètement hier, parce que les pluies du printemps et les chaleurs de l'été l'ont amenée précisément ce matin à

(4) ch. IE, De l'être, p. 24.

Page 1