DU RHYTHME BASÉ SUR LA QUANTITÉ
Quoique la quantité ne résulte point de la valeur des mots (1) et ne puisse se déduire d’aucun principe intellectuel , on ne saurait cependant , ainsi que l’ont voulu plusieurs philologues , y voir une invention arbitraire que la prose n’accueillit jamais (2). Sans doute , en appuyant sur la première syllabe de chaque pied plus que sur les autres , et en appropriant les mots aux convenances du rhythme , la versification modifia la prononciation habituelle et influa puissamment sur la prosodie , mais le principe de la quantité en était indépendant , et les innovations qu’elle amena ne furent point aussi étendues qu’on le suppose. En Grèce, comme ailleurs , la poésie (3) et la prose agirent en même temps
(1) Elle n’a rien d’intellectuel , même dans les mots où l'on eût pu la rendre expressive ; elle est longue dansoë/do?, fëtdnô , et brève dans môrd, pigër , l&bôr.
(2) Il est seulement probable que l’accent y rendait la quantité bien moins sensible; c’est en ce sens seulement que Hermann a eu raison de dire : Veterrima poesis quae nondum a communi pronunciatione recesserat ; Elementa doctrinae metricae , p. 56. Le témoignage de De-
nys d’Halicarnasse est positif: H yuiv yxp «Ç>î ovcTevoç ojtc ovo/x«toç oùrc/îijuarot /8taÇ«rotc rov$ xpovouç , oycfe ptTxrt- ÔïlJtv * à XV olaç KXfttû^pe ri ÿucru rxç ev).\x€xç , rxf rc ftxxpxs x«t t*$
TOtXVTXi f uXadCTCf.
(5) Nous pensons même, comme on on le verra plus tard , que la poésie est antérieure à la prose; mais nous n’avons voulu baser notre raisonnement que sur un fait généralement admis.
sur la formation de la langue et ne la divisèrent point en deux branches , animées chacune d’un esprit particulier. La langue eût-elle été fixée avant l’introduction de la versification métrique (t) , deux dialectes qui ne différaient que parla prononciation n’auraient pu subsister concurremment pendant des siècles sans s’attirer l’un l’autre et se fondre en un seul. Des faits positifs prouvent d’ailleurs d’une manière incontestable que le langage usuel lui-mème observait soigneusement les règles de la quantité; sans une longue habitude de la prosodie , le peuple ne se fût pas montré aussi sensible aux violations que s’en permettaient quelquefois les poètes dramatiques (2) , et les rhéteurs n’auraient pas recommandé avec tant d’insistance aux prosateurs d’éviter le rhythme poétique , si une prononciation différente eût empêché de le sentir (3).
La quantité est l’extension plus ou moins prolongée de la voix sur une syllabe; sa base ne peut être que dans Télé-
(1) Ce fait, qui nous semble plus que probable, ne put se produire que par un changement dans la forme do la poésie : d’accentuée qu’elle était d'abord , elle devint métrique. Peut-être cependant, malgré les eiigences de la quantité , l'accent resta-t-il toujours sensible dans Us poèmes lyriques. C’est en ce sens que nous entendons ce passage de Cicéron : Quos quum cantu spoliaveris, nuda paene remanet oratio ; De oralore , cb. 55.
(2) Adores coinici neque ila prorsus, ut nos vulgo loquiinur , pronunciant, quod esset sine arte; nec procul tamen a natura recedunt, quo vitio periret imita— tio; sed inorem communia hujus serraonis décoré quodam scenico exornant; Quintilicu , De instilutione uratoria , 1. II, ch. 10, par. 13. On sait aussi que l'altération du la prosodie eut lieu en môme temps que la corruption de la langue ; si cette coïncidence n’implique pas nécessairement leur unité, puisque les mômes causes auraient pu agir également sur deux ordres de choses distinctes. au moins la rend -elle fort probable.
(3) Denys d’Halicarnasse va môme
jusqu’à comparer une ligne de Démosthènes : roîç Otoîç euxu/xat ir5 vi xotl nivuiç avec ce vers :
xpwiott h pvOft of« Kxtfotftth {nlifitdx.
La comparaison porte nécessairement sur la quantité, puisque racceulualion et les pauses sont différentes. II n'y avait que deux différences essentielles entre ta prononciation de la prose et celle de la poésie. Uniquement préoccupée du sens, la première séparait tous tes mots par une pause, tandis que, pour marquer le rhythme, l’autre en faisait une après chaque pied. Voilà pourquoi des mots d une même quantité ne pouvaient se suivre en prose; l’uuiformité de leur cadence y eut été désagréable, tandis que dans les vers, où les césures changeaient le mouvement de la prononciation, leur rapprochement ne cl oquait point l’oreille. La seconde différence est dans l’accent , que la poésie avait , sinon entièrement rejeté , comme l'a prétendu Hermann ( Opuscula , t. I, p. 120), du moins subordonné à la quantité.
ment du son , dans la nature de la voyelle. D’abord les syllabes étaient de simples modifications de la voix et se composaient toutes d’une consonne suivie d’une voyelle (l)j si cet ordre eût été renversé , la consonne n’aurait été articulée qu’en sous-entendant une seconde voyelle , et le son serait devenu complexe (2). Les voyelles ne servaient qu’à la prononciation des consonnes (3) ; elles étaient nécessairement brèves , puisque , en appuyant sur leur son , on eût sans raison compliqué la syllabe (4). Lorsque les formes des mots furent moins simples et que deux voyelles se trouvèrent réunies dans la même syllabe , il fallut, pour les prononcer d’une seule émission de voix , prolonger la durée du son. La longue était ainsi réellement la réunion de deux brèves (5), et
(1) Peut-être faudrait-il faire une exception pour la langue chinoise, qui n’est pas phonique , mais idéographique , et encore les syllabes commençant par N ou NG semblent avoir été na sales, et M. Abel Rémusat pensait [Fondgrnben des Orients , t. III , p. 279 et suiv.) que celles qui commençaient par P’H, T'U, K’H, T8CH , DSCH, TSDS , étaient réellement dissyllabiques, et qu’il y avait un E sous-entendu entre P , T, K , T, I) et U , SCU , SUS. Une preuve de cette contraction se trouve dans les verbes d’ma (souffler), et mna (penser), où la voyelle retranchée reparaît dans quelques temps, dama , mana , voyez Lepsius, Paléographie , p. 9*2. En hébreu et eu chaldeen, au commencement et au milieu des mots; en arabe, au milieu et à la lin, et en sanscrit à la fin, on exprimait cette contraction par des traits particuliers; la règle générale était encore que toutes les consonnes fussent suivies d’une voyelle.
(2; Nous ne parlons que des langues primitives; il en est qui, en vieillissant, ont changé si complètement, que leur prononciation repose sur des principes entièrement opposés : ainsi, par exemple, en islandais, toutes les consonnes fc rattachent è la voyelle précédente ; il n’y a d’exception que pour le J et le V, qui sont toujours au commencement d’une syllabe, et pour le U final, qui devient une véritable voyelle et forme une syllabe à part.
(3) Dans presque toutes les anciennes langues orientales, on n’exprime que les consonnes et les voyelles qui sont toujours brèves; quand elles deviennent longues, ce sont de véritables consonnes qu’on exprime par un caractère particulier, et qu’on articule au moyen d’une voyelle sous-entendue.
(4) Dans quelques langues modernes, la règle est devenue entièrement différente; en allemand, par exemple, toutes les voyelles qui ne sont pas suivies d’une consonne dans la même syllabe sont longues ; voyez KrUger, Grundrtss der Metrik , p. 51. L’ancienne quantité était plus historique, et l’autre est
f dus philosophique; la voix appuie réeleinent davantage sur une voyelle indé—
f tendante que sur celle qui sert d'auxiiaire à une consonne.
(5) Aussi beaucoup de langues répètent-ellesla voyelle pour indiquer quelle est longue. C’est la catigc du double A dauois et hollandais, du double E allemand et anglais , et du double O anglais et hollandais. Dans la vieille longue latine, c’était une règle générale :
Usque ad Acciuin et ultra porrectas §yllabas gominis vocalibus scripserunt (Quinlilien , De inst. oral., 1. 1, ch 7); et il est difficile de 11 e pas voir un double O dans l’w des Grecs. Dans un manuscrit du 9 e siècle, où sc trouve l'Harmonie des évangiles de üeljand, la quantité des O longs est marquée par un U qui n’a aucune autre valeur phonique;
la règle qui lui attribuait une valeur double (1) ne faisait que reconnaître un fait (2). Quand, au contraire, une voyelle longue en précédait immédiatement une autre sans l’absorber dans une nouvelle contraction, la voix, pour ne pas prononcer la seconde avec une aspiration désagréable (3), glis-
fîchmeîler , Glottarium taxonicum e poemate Heliand , p. IX, col. A. En français, la voyelle est aussi allongée parla syncope d’une voyelle suivante; on en marque même quelquefois la quantité par un accent circonflexe : piqûre , dénûment. Peut-être l’irlandais estil la seule langue où la prosodie reconnaisse des principes entièrement différeuts ; les diphthongues y conservent la quantité de leur dernière voyelle. Elles n’élaient cependant pas toujours longues dans les idiomes qui avaient la [irosodie la plus systématique et la plus savante ; on lit dans Priscianus, ap. Putsch, col. 554: Illi enim (Aetoles) £ouyocnj/j dicunl pro 9vyxrw , OU corripicntes; et suivant Sylburg (ap. Deuys d'Halicarnasse , 1. 1, p.
784 ) , les premiers Romains écrivaient guu* avec un OU, tonus. En sanscrit le 5ï devient également bref au génitif pluriel des thèmes en r»; Benfey, Allyemeine Encyclopédie , II, part., t. XVII , p. 293.
(1) Ergo Graecis esse septem scimus e vocal i bus
H et o, quae bina pedibus subministrant tempora ;
E et O brèves vocari singularis tempo ris.
Teremianus Maurus , v. 354.
Ce rapport n’en était pas moins purement hypothétique ; les anciens n’avaient pas les moyens de mesurer la durée des sons avec la même exactitude que nous, et toutes les syllabes dont la quantité prosodique était ia même ne se prononçaient réellement pas dans le même temps. On appuyait plus sur les longues par nature que sur les longues par position, et on allongeait encore davantage les syllabes qui étaient longues à la fois par position et par nature. A Parsis, les syllabes étaient aussi certainement plus longues qu’au thésis; voyez Aristeides Coïnliliauos , TJe/jt /uoveixia,
p. 40, éd. deMeibom ;Denys d’Halicarnasse , Il tpi êvoaarwv , p. 15 ,
éd. d’Hudson ; le Scholiaste d’Héphaistion , p. 78 et 150, éd. de Gaisford , et Marius Victorinus, Artis Grammal . 1.
I, ap. Putsch, col. 2482. En arabe, cette différence était encore plus marquée ; JUta- et sont bien plus longs que
el (J ** f ( l uo > f l ae leur son soit à »*u près de la môme nature ; voyez reytag , Darstellung der arabise hen Verskunst , p. 45. Les règles de la prosodie sanscrite étaient elles-mêmes basées sur des conventions , puisqu’il y avait , suivant les grammairiens , des longues qui équivalaient à trois brèves; voyez Panini, I. vin , t. II, p. 82-102, et Eug. Burnouf , Commentaire sur le Yaçna, t. I , p. 412 , note.
(2) Il est surtout fort sensible dans le pracrit , où plusieurs espèces de rhythines, entre autres Poryo et le vaitaliya , admettaient indifféremment à quelques pieds une longue ou deux brèves. Peutêtre est-ce aussi la cause de l'admission du tribraque dans le mètre trochaïque, et du nom de chorée t qu’on lui donnait ainsi qu’au trochée.
(3) Elle se trouve souvent dans les Homérides : Aïytov. dW/jue, o>oo$, rew, etc.; c’est ce au’on appelle le digamma Homérique. Il y en a aussi quelques exemples en latin : füvisset dans Ennius, lüvil dans Lucilius, flüvida dans Lucrèce. Un passage de Servius est positif:
Quartae conjugationis tempus praeteritum perfeclum , vel in junctum erit , vel sublata digammo in tt pro nostro arbilrio : ut lenivi. lenii. Sane cura in vi exil , penultima longa est et ipsa accentum retinet; cum vero in tt, penultima brevis est et perdit acceoturn; ap.
Virgile, Aeneidos 1. I, v. 451; voyez aussi Varron. De lingua lalina, I. VIII, p. 122, éd. de Scaliger, et Priscianus, ap. Putsch, col. 855.
sait légèrement sur la première et lui rendait son ancienne quantité (1).
Les consonnes n’étaient pas non plus sans action sur la durée de la prononciation (2). Quelques unes surmontaient, par une explosion soudaine , la résistance qu’opposaient à la sortie de l’air les organes extérieurs de la voix (3) ; les autres, au contraire , se produisaient par un effort continu et prolongeaient leur son (4). Cette influence augmentait encore quand la consonne n’était pas initiale : il fallait, pour l’articuler, allonger réellement la voyelle dont elle dêpen- . daitet en modifier le son naturel. A celte raison essentielle , qui tient à la prononciation elle-même , l’histoire des langues en ajoute une autre : c’est que la syllabe, ainsi qu’on vient de le voir, se terminait originairement par une voyelle , et ne prit de consonne à la fin que par une contraction dont la prononciation dut garder le souvenir (5).
Cette dernière raison voulait aussi que toutes les syllabes commençant par deux consonnes fussent longues , mais le son réel neutralisa les conséquences de l’étymologie (6) ;
(1 ) Mcr/nxi, yepxiot , W/smoî, yilxf)*rtc.; voyez Gaisford , ad Héphaistion, Notas, p. 216 ; Seidler, De verti but dochtniaci», p. 32, 1 01 ; elc.
(2) Voyez Probus , Grammaticarum insiilutionum I. I, ap. Putsch, col.
1106; Beda, De metris, col. 236*2, etc.
(.“) On distingue des consonnes explosives au son faible; H, D, G, et au son dur ; P, T, K.
(4) Les consonnes continues sont nasales (M, N), dentales (S, Z, CH), labiales (F, V, \V), linguales (R, L), palatales (J français) ou gutturales (U, et plusieurs lettres orientales qui manquent aux alphabets européens, fL p, £, £, 5).
(5) Cette règle ne s’est pas mieux conservée que les autres; nous ne connaissons que l’arabe et scs dérivés où la consonne finale ou quiescente allonge constamment les voyelles précédentes.
En sanscrit, elles deviennent longues devant l'anusvara et le visarga, comme
si la consonne était exprimée; mais elles peuvent conserver leur quantité primitive devant le JJ , le >«*>**, et mime le Jcf i voyez le Bhallikavi , 1.
XIII, 50, d’après Benfey, Allgêm, Encycl., loc. cit. L'anglais suit souvent la règle contraire: la voyelle finale qui était longue y devient brève quand elle est suivie d’une consonne , bile i bit , sonie , serti ; mais il n’y a pas, à proprement parler, de quantité ; la prosodie y dépend exclusivement de l'accent.
(6) En grec cependant , le rho initial ( KH) allongeait ordinairement la voyelle suivante; voyez Gaisford, ad Uépbaistion , Voloe , p. 319, et Monk , ad Euripides, Ilippolylut , v. 461 ; mais cette règle était loin d’étre sans exception :
tov rtEv è/osv iv&iv fivoxp^v , zerr avxyocyov suivie ;
Ilittdit 1. XV, v. 29.
pendant la pause qui marquait la fin du mot précèdent , on reprenait haleine et l’on réunissait assez de force pour vaincre instantanément la résistance que les deux consonnes opposaient à la sortie de la voix (1). Dans l’intérieur des mots , les exigences de l’orthographe furent mieux respectées; soit qu’affaiblis par un effort antérieur, les organes vocaux fussent obligés de faire sentir la contraction en séparant les consonnes par une sorte d’E muet (2) , soit que les difficultés delà prononciation contraignissent de prolonger le son de la voyelle jusqu’à ce que la voix en s’abaissant eût recouvré ses forces, toute voyelle suivie de deux consonnes écrites isolément ou réunies dans un seul caractère(3) était longue (4). Cependant, quand la première était une muette et la seconde une liquide, elles s’unissaient si étroitement, que leur double articulation n’exigeait pas plus d’efforts que n’en eût demandé la prononciation d’une seule (5), et la voyelle qui les précédait pouvait conserver sa quantité (6). Lorsque les voyelles étaient suivies d’une consonne redoublée, elles restaient aussi quelquefois brèves en latin (7);
(1) Prbfugus, stylura, etc.
(2) Ictus , sceptique.
(3) Le J consonne avait la même propriété; probablement, comme le jod hébreu et le ji arabe, il était à la fois voyelle et consonne, et une contraction allongeait la voyelle précédeute.
(4) Pour allonger une syllabe, les poêles grecs y ajoutaient quelquefois une cousonne ; on trouve dans les Hoinérides vw«/*vi]/<uxe , et Pindare a écrit cft£v/Avo$ dans la troisième olympienne.
Dans le manuscrit de Heljand que nous citions tout à l’heure, toutes les voyelles longues sont suivies de deux consonnes.
(5) Les liquides sont réellement, comme on les appelle, des demi-voyelles (semi-vocales J ; et , ainsi que nous l’avons déjà dit, elles peuvent , dans quelques langues, devenir de véritables voyelles.
(6) Cette règle était loin d’élre générale ( voyez Spitzner , Aniceitung sur griechitchen Prosodie, p. 9, par. 5; Mathai , Grammatica graeca , p. 77 et 79 ;
Porson ad Knripides, Hecuba , v. 298 ; etc.); Btickh a même pensé qu'à des époques différentes, ces syllahesavaient réellement changé de quantité (De melrit Pindari , p. 93 j ; niais les exceptions ont toujours été si nombreuses, que nous penserions plutôt qu’elles étaient douteuses comme en latin , où l’on ne craignait pas de leur donner dans le mémo vers deux quantités différentes :
Est primo similis volticri , mox vera volücris.
Ovide, Melamorphoseon 1. XIII, v. 607.
(7) On en trouve plusieurs exemples dans Piaule: expaplllato ( Miles gloriosus, act. IV, sc. iv, v. 44), pâuet ( Ibidem , sc. v, v. 8), gcqua ( Ibidem , v. 16), ôccasum ( Menaechmi , act. Il , sc. m, v. 82), pëllU tum ( Captiti , act. I, sc.
il , v. 32), simVlimae (Asinarta, act. I, sc. m, v.88), àffini* (Trinummut, act.
II , sc. iv, v. 20); voyez Becker , De comicis Romanorum fabulit , p. 44, et Wase, Senariut, p. 18-20 et 24.
la voix y glissait rapidement pour appuyer sur la consonne et marquer son double son ; mais la prosodie grecque ne connaissait point cette irrégularité (1), et peut-être doit-on plutôt l’expliquer par un changement d’orthographe (2) que par une véritable exception (3). La prononciation des autres syllabes n’est point mesurée par des principes invariables ; celles qui se ressemblent le plus ont souvent une quantité différente j probablement même il n’est pas une langue (4) où des anomalies baséessur des conventions ou des hasards ne violentent les tendances des organes de la voix. Cependant la quantité, même factice , n’est point seulement l’œuvre du caprice ; elle se rattache , sinon à des raisons qui tiennent à la nature des sons, au moins à des faits que la tradition avait généralisés (5). Chaque vers forme un ensemble systématique dont
(1) Les poètes épiques doublaient mô-
me quelquefois les cousonnes pour allonger les voyelles; , Hindi t