‹ Essai philosphique sur le principe et les formes de la versificationChapitre 6 sur 26 · DU RHYTHME BASÉ SUR L’ACCENT · texte numérisé non relu

DU RHYTHME BASÉ SUR L’ACCENT

Quel que soit le nombre de syllabes qui le composent, chaque mot n’exprime qu’une seule idée, et l’unité de sa signi-

puisque lei Masorèlhes ont mal divisé le Psaume XXX VU; on aurait même une grave raison de rejeter toutes les traditions de la synagogue, si , comme le disent Jablonski , Biblia hebraica, prèf. , par. 94, etForkel, AUgemeine Getchichte der Mutile, t. I, p. 166, les Juifs allemands, espagnols et italiens, avaient une manière différente de psalmodier. La ponctuation n’aurait d’ailleurs conservé que l’accentuation musicale du culte, et rien ne prouverait encore qu’elle fût la

f irononciation habituelle; peut-être, en e préjugeant , s’exposerait-on aux mêmes erreurs que si l’on voulait juger de la quantité do latin par l’accentuation du chant grégorien; et le témoignage positif do saint Jéréme nous apprend que dès 398 la prononciation n’avait aucune unité : N'ec refert utrum talem aut talim nominetur, cnm vocalibusin medio iitteris perraro utantnr Hebraei, et pro voluntate lectorum , ac varietatc regionura, eadem verba diversis sonis atque accentibus proferantur ; Epitlola ad Evangelium , t. Il, p. 574, col. 9, éd. de 1699. D'ailleurs, cette ponctuation est trop compliquée et trop savante pour que l’on puisse croire y retrouver l’ancienne prononciation , sans aucune autre raison que la liaison de la poésie avec la musique , puisque cette liaison existe chez tous les peuples , et que nulle part ces deux arts n’ont été assez indissolublement unis pour ne pas s’être développés isolément. Voyez, sur la confiance que mérite cette ponctuation ,

Lowth , Praelcctionei de tacr a poeti Hebraeorum, p. 37, et Michaelis, Notas, p. 7 ;) Ewald. Die poetiichen Bûcher det allen Bundet, p. 166; Pfeiffer, Ueber die Mutik der allen Hebrder , p.

XVI ; Grave , Ultima capita libre Jobi ; Cappel, Arcanum punctuationis revelalum , et Masclef, Grammatica hebraiea a punclit aliitque inventif natorelicit libéra. Nous devons cependant reconnaître que la plupart des hébraïsants croient encore maintenant que la ponctuation exprime fidèlement l’ancienne prononciation ; nous citerons entre autres Saalschtttz, Von der Form der hebrditehen Poetie, p. 49 , et Gesenius , Getchichle der hebrditehen Spraehe un d Schrift, p. 907. Quoiqu’il en soit, il est certain que la poésie des Hébreux était mesurée, puisqu’elle se chantait, et que leur musique avait une mesure : voyez Anton , Conjectura de métro Hebraeorum antiquo, et Saalschiltx, lib. cit., p. 366. Mais, loin de prouver que le rhythine de la poésie ait existé indépendamment de la danse et de la musique , tout semble indiquer le contraire ; on sait que l'accentuation portait invariablement sur la dernière syllabe, et que l'uniformité et la pesanteur des sons vocaux rendaient toute quantité prosodique impossible (voyez Ewald, Grammatica hebraica, par. 99); sous ce rapport, l’hébreu était même inférieur à l’arabe.

(1) Les idées différentes qu’exprime l’accenl ont occasionné une confusion

licalion se retrouve nécessairement dans sa forme (1). La prononciation doit marquer la liaison de toutes les syllabes entre elles avec autant de soin qu’elle en met à distinguer un mot de ceux qui le précèdent et qui le suivent (2). Loin d’exprimer cette unité, la durée différente des syllabes scinde les mots en plusieurs parties qu’aucun lien sensible ne relie ensemble ; elles paraissent plutôt juxta-posées que réunies en un tout.

Il n’en est pas ainsi de l’augmentation du son (3). Lorsque la voix a fait effort pour marquer plus fortement une syllabe , il lui faut se reprendre avant d’appuyer de nouveau sur une autre. A côté de chaque syllabe accentuée, il y en a toujours une sans accent qui la fait ressortir et lui est subordonnée. Soit donc que la voix ménage ses forces pour accentuer d’une manière plus sensible , soit qu’épuisée de ses efforts , elle ne puisse redevenir.aussi sonore qu’après la pause qui suit chaque mot , la syllabe dominante se rattache toutes les autres par une succession de temps forts et

dont les meilleurs écrivains sur la métrique ne se sont pas garantis; il signifie l’accent des mots (tonique), l'accent du vers ( rhylhraique ) et celui de la phrase (oratoire et pathétique) ; c’est dans le premier sens que nous le prendrons toujours, lorsqu’il ne sera pas caractérisé par une épithète, et qu’une autre acception ne résultera pas clairement de la phrase où il se trouvera.

(1) En grec et en latin , Pacceut était devenu matériel et presque entièrement dépendant de la quantité; mais il avait d’abord été intellectuel, comme dans les autres langues, et Pou en trouve encore des preuves dans les Homérides et dans les poètes dramatiques latins ; voyez Bernhardy , Encyclop&die der Philologie , p. 223-224. Cicéron lui— même reconnaissait la nécessité naturelle de l’accent : Omnium longitudinum et brevilatum in sonis , sicut acutarum graviurnque vocura judicium, natura in auribus nostris collocavit ; Ve oralore , par. 51; et il avait dit auparavant, par.

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