Est autem in dicendo elium quidam eau lus obscurior
(2) On s’est aussi quelquefois servi de l’accent pour marquer la signification des mots ; nous citerons en français jeune et jeûne, tache et tdche ; en italien âneora et ancôra, bdlia et balia ; cela avait lieu même en latin, d’après la témoignage de Priscianus : Quando , quum gravi voce pronuntiatur , signifient quod , guoniam , et est conjunctio ; quando aculo accentu est temporis adverbium ; voyez aussi Sanctius, Miner t>a, De vocibus homonymie. Eu chinois, le même mot monosyllabique peut recevoir de sa prononciation jusqu’à onze acceptions différentes.
(3; C’est à tort que plusieurs écrivains ont vu dans l’accent une élévation du ton , puisqu'il est également marqué lorsqu'on parle bas , et que dans les mots anglais terminés en lion et en tous le son de Pl ne se fait point sentir quand il n’est nas accentué. L’élévation du ton résulte du raccourcissement des cordes de la glotte, et l'augmentation du son, de la force de leurs vibrations.
de temps faibles , dont elle est le centre (t). A cette raison , pour ainsi dire mécanique, il s’enjoint une intellectuelle , qui rend l’accent encore plus essentiel. Dans chaque mot , avons-nous dit, il y aune syllabe, plus significative que les autres, qui excite davantage le sentiment, ou parait plus importante à la pensée , et involontairement , par une conséquence du rapport entre les idées et les sons qui sert de base au langage , elle est prononcée avec plus de force ; on l’accentue (2). Sans doute cette accentuation n’est pas uni-
(1) Voilà pourquoi, en anglais, l’E sans accent est toujours muet dans le corps des mots et à la fin, quand il est précédé d'une voyelle accentuée ; gracefut , tide , nature.
(4) Plusieurs critiques n’ont vu dans les accents grecs que les conséquences, ou mémo les marques de la quaulité :
Cura vocem quantitate meliamur, et syllabe iu voce sit ut in subjecla raalena , et quaulitas triplici diineusione constituatur , longa , lata , alla ; Scaliger, De causis linguae latinae , 1. II, ch. 54.
Grammaticis suis usibus accoinmodatos (accentus) ad declarandatempora ot syl- Jabarum quantitatem ; Vossius, De poematum cantu , p. 140. D’autres n'y ont vu qu’une invention rhytbraique : Acccntus non quaulilalis indicandac causa adpositos , sed ad pronuuciationcm et rhythrnum regeudum reor ; d’Orville , Criticus vannus , p. 353 ; et Hennins dit en termes encore plus explicites: Accentus graeconicosessereceplos priraum pro re uielrica, EMijvta/xos op^ui^oç, p.
148. Dans son Arcanum accentuum Graecorum , Hermann Yanderhardt est allé jusqu’à n’y voir que des marques oratoires et non syllabiques: ce qui est une erreur évidente, puisqu’ils sont toujours les mêmes, excepté dans un petit nombre de cas , que l’on explique par des règles grammaticales. Les savants qui ont condamné les accents grecs ( nous citerons entre autres Isaac Vossius , Gardincr , Hennins , par. 38-58 ; Ganter, Rat io emendandi auctores graecos y ch. 6, ap. Gruter, Thésaurus , t.
III ; Politianus , Miscellanea , ch. 58 et 60 ; d’Anse de Villoison, etc. ) auraient dû distinguer entre l’accentuation elle-même et scs marques. La plus
ancienne mention des accents grecs se trouve dans le Philèbe de Platon (t. II, p. 17, éd. de Henri Esticnne), environ 390 ans avant Père chrétienne; un passage d’Aristote (Rtpt cofioruatv &r/x<jtv fttéïtovy ch. IV, par. 8, éd. de Buhle) confirme ce témoignage, et Plutarque est encore plus positif: d/xvue * ou rov /fox>q- Ktdv, KpOKXpoÇvV'jiV XorxàlÇfflOV, X«t *Upt- (fetxvuev x-jrov ipQ'jj$ ir/ovr*’ ccvocc yup rov Oeov x«cov • x*t iict Toyrw vtoXXxxtç idopv- €r,$ï ) ; De decem oratoribuSy t. 11. p.845.
Mais les signes ne furent inventés que dans la CXLV* olympiade, par Aristopbanes de Byzance, suivant Arcadtus (n tpi tovwv, p. 186; voyez Villoîson, Oprtpoçy prolégomènes, p. XI), et Apollonius, d’après Vossius , De poematum cantu y p. 18 : voyez aussi Montfaucon, Palaeographia graeca , p. 35, et Villoison, Anecdota graeca y t. II, p. 130.
Mais cette invention devait avoir une base réelle, quoique la prononciation des Grecs modernes ne l’ait point conservée (elle nejdistingue même plus l’accent aigu du circonflexe, et l’influence que ce dernier exerçait sur la quaulité ne permet pas de croire à une complète assimilation ) : au moins l’adoption en fut-elle générale et fort rapide ; il y a déjà des acceuts dans une inscription qui semble du temps d’Auguste, et dans une autre dont la date n’est pas contestable, puisqu’on l’a trouvée à Hcrculanum ; voyez Noris , Cenotaphia Ptsana Caji et Lucxi Caesarum , p. 488, et Pitture antiche d’Ercolano , t. II, p.
528. Au reste , le silence absolu des anciens écrivains ne prouverait point quo le grec n’était pas acceutué ; il est impossible de douter de l’accentuation du chinois, puisqu’elle y détermine fort
forme dans toutes les langues (1) ; légère et rapide dans quelques unes, elle porte sur la désinence et sépare nettement les mots (2); son but principal est de donner plus de clarté à la phrase. Dans d’autres, au contraire, elle est ferme, grave, et appuie sur la première syllabe (5); elle cherche , avant tout , à rendre plus sensible la signification des mots, en mettant leur radical en saillie (4). Quelquefois même les lois qui la règlent n’ont rien de systématique (S) ;
souvent la signification des mots , et cependant ni les anciens commentateurs du Chi King ni ceux de la dynastie de Tang n’en ont jamais parlé.
(1) De graves différences existaient dans les idiomes qui avaient le plus d affinité : ainsi, par exemple, dans les mots de trois syllabes, les Grecs accentuaient la première lorsque la dernière était brève, quelle que fût la quantité de la seconde: àvOpu»xoç y yiyxv- «î ; et les Romains n'accentuaient la rernière que lorsque la seconde était rêve ; ils disaient : docére , Jiomdnus.
Ces différences avaient lieu même dans les dialectes de la même langue; Ëp%- H-oi « qui dans les poésies homériques a l'accent circonflexe sur la seconde syllabe, a vait l'accent aigu sur la première dans le dialecte atlique (ap. Etymologxcum ma gnum, s. v° ipy/jot , et d’après Moeris Atticista, p. 109, éd. de Pierson: ri-
iotov ^X^UTOVWî, ÀTTiyMÇ. Fe>0f0V KfiOXt-
pi9Ku*pev<jjç % EXXqvtxutç. Voyez plusieurs autres exemples , ap. Stephanus , De diulecto attico , ch. 15. D’ailleurs, quelle que soit l’origine de la langue, les habitudes de l’esprit influent beaucoup sur l'accent; ainsi, une foule de mots anglais u’en ont point , ou l’éloigueut autant que possible de la désinence { ils conservent, à la vérité, quelques radicaux de l’ancieune langue germanique, mais ils en ont beaucoup de romans ; voyez uue brochure fort savante de M.
Tliomrnerel , Recherches sur la fusion du franco-normand et de l' anglo-saxon, dont nous sommes cependant loin d’adopter toutes les idées), parce que le peuple est flegmatique ; tandis que les Français, dont l’esprit est vif et enjoué, accentuent la dernière syllabe, excepté lorsqu’elle Unit par uy E muet , et les
Provençaux, dont la vivacité est encore plus grande , l’accentuent aussi.
(3) Daus l’hébreu, par exemple, et dans le français.
(5) Dans les langues germaniques, et dans l’éolien, d’où elle est passée dans le latin. En gallique, tous les mots de plus d’une syllabe sont accentués sur la pénultième, excepté les verbes finissant en au et en oi , et les dérivés par contraction qui ont l’accent circonflexe sur la dernière syllabe.
(4) La même raison faisait accentuer la plupart des dérivés grecs sur la syllabe finale, qui marquait la nouvelle acception de leur racine.
(5) L’accentuation du grec reposait sur trois principes; la signification du mot, l’harraonio (voilà pourquoi l’accent pouvait s’y mettre sur une des trois dernières syllabes, afin qu’il se trouvât à peu près au milieu) et la clarté (voyez la note précédente). La multiplicité des dialectes, l’influence de la société et du rhythme des poésies populaires , firent de la prononciation un véritable empirisme que les grammairiens cherchèrent à fixer par des accents et des esprits.
Relativement à l’accent, il y avait jusqu’à six espèces de mots; barytons, pe— rispomènes, properispomènes, oxytons, paroxytons et proparoxytons. Quoique nien plus systématique , l’accentuation du latin était soumise à de nombreuses irrégularités; en principe, l’accent portait sur la pénultième, à moins qu’ello ne fût brève; alors seulement il passait sur l’antépénultième sans pouvoir s’éloigner davantage de la fin du mot , et cependant miseria , familiam, teti geris , qui ont quatre syllabes, étaient accentués sur la première ; dans Mercuri , Domiti , Ooidi, l’accent sc met-
elle change d’esprit et de place jusque dans les formes d’un même mot (1); mais, quelles que soient ces irrégularités , chaque idiome n’en a pas moins un mode d’accentuation dont les tendances sont impossibles à méconnaître (2).
tait sur la seconde syllabe , quoiqu’elle fût brève, et dans Philippe » , sur la première , quoique la seconde fût longue. On sait d’ailleurs que l’accentuation a subi des changements assez fréquents ; ainsi r pfaxiov, rotgvtftç, se prononçaient d’abord rpoKxiov , ngvrK; les mots en otos, otov, et auelques uns en «tov, suivant le Sc/w/iaifea Aristophanes, eurent d'abord dans le dialecte attique un accent circonflexe sur la pénultième, et ils finirent par en prendre un aigu sur l’antépénultième. Les mêmes variations eurent lieu eu latin ; voyez Gellius , Noctes atticae , 1. XIII , en. 25. En allemand, les règles elles-mêmes ont été changées; autrefois, quand la première syllabe d’un mot était longue , la seconde était plus accentuée que la troisième , et c’est le contraire maintenant.
L’accent anglais est assez souvent irrégulier et contraire même à l'analogie.
(1) optatif; pttipM, impératif; infinitif; féoor , favôris.
Quant aux composés, on n’y retrouve
souvent aucune trace de l’accent pri-
mitif : ic dfo/ios, Kolipioç t icoXt/iùtiÇ, *o).epuxûif,
(2; Le français est peut-être le seul qui semble n’en pas avoir, et cette apparence est trompeuse, puisquo la prononciation des noms propres indigènes n’a pas le même mouvement que dans le reste de la langue ( voilà pourquoi les noms propres masculins finissent souvent par une syllabe muette Antoine, Charte» , Pierre, etc. ). D’ailleurs, il est dérivé d’une langue accentuée, et dans le 13 e siècle, lorsqu’il était le plus près de sa source, l’accent y était assez marqué pour que les étrangers eux-mêmes le reconnussent , comme nous l'apprend Dante, qui , après avoir cité ce vers du Roi de Navarre :
De fin amor si vient seu e bonté, ajoute : Ubi si consideretur acccntus et ejus causa, cndecasillabum esse constabit (Do vulgari eloquio , 1. Il, p. 42) , parce qu’en italien les endécasyllabes ont une syllabe de moins quand Tac-
cent porte sur la dixième. Il est même fort probable que l’accent aigu, qui marque les désinences, est un reste de cette ancienne accentuation ; si elle n’est plug sensible dans la plupart des mots , c’est qu’elle y est associée avec un autre
f »rincipe plus énergique qui empêche de a sentir. Gomme le français contractait presque tous les mots latins, l’accent s’y trouva naturellement sur la dernière syllabe sonore et se confoudit avec l’augmentation de la voix qui précède toutes les pauses que l’on veut marquer plus fortement. Ce dernier principe, qui devint dominant, parce ue la clarté est la première nécessité u français, soumit l’accent à ses règles et a ses exceptions : ainsi, quand un verbe terminé par un E muet est suivi de je , le pronom est un véritable enclitique, et le verbe s’accentue sur la dernière syllabe : aimé-je , puiisé-je . L’E muet est aussi accentué lorsque le sens l’exige, comme dans ce vers de Rotrou :
Eh bien ! achéve-le : Yoilà ce cou tout prêt} ou même lorsque la déclamation rhyth— mique modifie la prononciation: aiusi, malgré l’appesantissement habituel de la voix sur la secondo syllabe de Florence , Boileau a pu dire :
Dans Florence jadis vivait un médecin.
Dans les langues véritablement accentuées, la voix varie plusieurs fois büs intonations dans les mots qui ont plus de trois syllabes, et cela ne peut avoir lieu en français; c’est la cause du peu d'harmonie des vers où se trouvent de trop longs mots, comme dans celui de Roucher, par exemple :
Les biches attendaient silencieusement.
Au contraire , Dante a fort bien pu dire :
Cou tre bocche caninaménte latra.
Il n’y a d’exception que pour les mots qui ont une véritable quantité prosodique, comme dans ce vers de Racine :
Avec Britânnicus, je me réconcilie.
L’accent fut donc souvent la base de la versification (1); par l’alternative des temps forts et des temps faibles qu’il introduisait dans la prononciation il lui servait naturellement de mesure (2). Peut-être même , chez les peuples qui n’imitaient point une poésie étrangère encore aux premières pha-
La tendance de tontes les langues à devenir de plus en plus expressives devait d’ailleurs affaiblir l’accent tonique, sans jamais parvenir à le faire entièrement disparaître.
(1) La versificationdepresqae tous les peuples de l’Europe moderne peut servir d’exemple; mais cette influence de l’accent n’est nulle part plus sensible • que dans la poésie des nations slaves :
les pieds y sont une réunion de plusieurs syllabes dont une est marquée de l’accent tonique. Les anciens Grecs avaient aussi sans doute, comme nous l’avons déjà dit, un rhylhme basé sur l’accent; nous possédons encore dans les Chœurs un certain nombre de vers qui nous semblent ne pouvoir se ramener à aucun autre système de versification, et un passage d’Euslathios confirme cette coujecture : oi i^poxixot oi ro nxïaicv psv t poyrxlxojç «oeTïÇo^evcK, xxOx y«t Ai*x u ^°S ev nepsociç o%Xof, âpxt cTfc «oitrcxoe bvopxÇoptvo i ; Ad lliadem , p. 11. À la vérité, dans son Dialogue sur la grammaire , Maximos Planudes a voulu expliquer celte ressemblance :
Tof$ ctf ro ico>trtxov àpxi /xeravxrrx«v èvopx ex i%otç xxi xpocyixot «x'jxts xoct b K èextv où xpniotfxevot fxtvovxxL * oix ditrrpoti pevrot , ot /*ev xpoxxloiç
b K.W/UXOÇ C h XXt LxpcOli ’ èxxrtpoi fJLSVTOt Ttc pXfJLtrpOV X3tT«).l|XT£XOV «J-
xoiç bpov iarqvxvro. Mais il tourne dans un cercle vicieux, puisque les vers politiques étaient des tetrarnètres cataiectiques où la quantité était remplacée par l’accent. Il y a dans le recueil de poésies connues sous le nom d’Anacréon une sur
res et la 10 e ap. Melhorn) ; mais c’est une véritable anthologie qui contient des reprises et des variations des poésies d’Anacréon par des auteurs Dieu postérieurs, Basilios, Julianos Aegyptios, et même sans doute Theodoros Prodroraos, qui vivait dans le 12° siècle. Quant aux Latins, leurs vers saturnins étaient certainement accentués,
pièce dont la versification est basée l'accent Cia 18* des éditions ordinai-
malgré l’opinion de plusieurs critique!
distingués (entre autres Gotthold, ap.
Seebode et Jahn, Archiv für Philologie und Pddagogiky t. II, p. 298), et les oracles eu faisaient eucoro du temps de Cicéron :
Ludos minus diligenter fectos pollutosque.
Le peuple semble môme les avoir toujours préférés aux autres ; voyez Berslein , Venus ludicri in Caesares .
Loeber est allé jusqu’à dire , De modo quo veteres Graeci Romanique versus suos ipsi recitaverint , p. 34 ; Versus quantitativi versus siinplici — ter ( vcl etiain sacri ) ; versus accentuâtes autein versus politici ( weltliche verse) nominali suât. Le rôle des accents est surtout fort remarquable dans la versification des Chinois. Ils ont une intonation naturelle qu’ils appellent ping,e t une accentuée, nommée tsëe ; et, quelle que soit l’intonation des deuxième, quatrième et sixième mots de chaque vers , ceux du vers correspondant doivent en avoir une différente ; Davis, On the Poe- Iry of the Chinese , ap. Transactions of the Royal Asiatic Society of Great-Bri tain , t. II, p. 398.
(2) On pourrait cépcndant croire , d’après la aèfinitiou que quelques écrivains ont donnée du rhythme, que la versification anciénne ne pouvait être basée sur l’accént; ainsi , Aristeides Coïntilianos définit le rhythme : ïuothpx ix xpovotv xxxx rtvx rxÇtv avyxttpevuv , et Aristoxenes dit en termes encore plus positifs : Tov pvOpov
yivvs&xts bx' àv’ ij rwv ^ovwv J'ixipsati tx|iv tivk >«€>) à<?MpiapW»'f Fragmenta , p. 273. Mais un passage de Marius Victorinus prouve que ces deux auteurs pensaient plutôt le contraire : Ivpttov autem veteres x/ 30V0V » est tempus, non absurde dixerunt, ex eo quod signa quaedam acceuluum, quae Graeci icpoxoKÏixi vocaut, syllabis ad declarauda teinporum spatia superponuntur , unde tempora, signa Graeci dixerunt ; ap* Putsch, col. 2435.
ses de son histoire , la versification eut-elle toujours l’accent pour principe. Car l’oreille en était frappée avant qu’une prosodie factice eût élaboré ses ingénieuses fictions, et, en le marquant plus fortement que dans la prose, le sentiment qui inspire les poésies primitives l’indiquait comme la base essentielle du vers (1). C’est une sorte de chant naturel (2) dont les modulations sont nécessaires à tout rhythme musical (3) > et la versification ne fut d’abord qu’une mélodie (4).
A l’origine de presque toutes les littératures , la poésie ne se distinguait donc de la prose que par une accentuation plus fortement prononcée ; mais lorsque la musique et la danse eurent cessé d’en marquer la mesure , et que les imaginations , moins passionnées , ne donnèrent plus le même relief aux accents, la versification devint à peu près insensible. Beaucoup de monosyllabes n’avaient aucun accent (8) , et quoique les mots empruntés aux idiomes étrangers perdissent leur ancienne accentuation, leur prononciation nouvelle n’était pas d’abord assez marquée pour les empêcher d’introduire dans la mesure des vers , sinon de la perturbation , au moins quelque relâchement (6). Souvent ,
(1) Voilà pourquoi dans toutes les langues les poètes se van lent de chanter.
(2) L'étymologie d'accent ne permet pas d’en douter ; l’expression hébraïque (f\WÜ) est encore plus positive; elle signiüc a la fois accent et note de mutique.
(3) Dans la versification qui se mesurait par la quantité, l’accent existait encore dans i’arsis et le thésis; c’est eu ce sens qu’Acron, restitue par le scholiaste de Cruqui , enteudait le vers 274 de I ’Àn poctica :
Legitimumque sonum digitis qui callet et
aure,
et, cette interprétation fùt-elle hasardée, un passage d’Ausonc ne prouverait pas moins la justesse de notre opinion :
Tu flexu et acumine voris Innumeros numéros doclis accentibus effer.
Idyl. , L IV, v. 47.
(4) C’est la succession des modulations,
Pair, qui fait la prosodie et le rhythme.
L’accent convient bien mieux que la uantilè au principe musical ; loiu de le oininer commè elle le fait par une régularité mathématique, il se subordonne entièrement à l’expression de la musique, et d’ailleurs les rapports sensibles entre la force des sons peuvent être bieu plus variés que ceux qui existent entre leur durée.
(5) Aussi réunissait-on quelquefois les enclitiques au mot précédent; c’était une manière de les subordonner à son accent.
(6) Les langues cherchent d’abord à conserver le son des mots qu’elles empruntent , car leur signification no résulte plus de leur essence; elle est traditionnelle et tient à l’accentuation qui les fait reconnaître ; ce n’est que plus tard et insensiblement que leur prononciation s’assimile à celle du reste du vocabulaire.
en s’éloignant de leur source , les langues oubliaient le principe qui avait présidé à leur formation;- au lieu de marquer les radicaux par l’appesantissement de la voix , l’accent devenait un son particulier, une véritable émission de voix n’appartenant pas au même diapason que les autres , et cette variété d’intonations en rendait les rapports si peu distincts , que l’oreille n’en’était plus frappée. Lors même que l’accentuation était uniforme , les mots n’en étaient pas moins irrégulièrement accentués. Quel que fût le nombre des syllabes , l’accent ne portait que sur une seule ; dans la prononciation des autres , les modifications de voix qu’exigeait l’euphonie ne pouvaient avoir la même intensité , et , avec cette multiplicité de tons , la mesure était encore presque impossible à reconnaître. D’ailleurs, le rhythme uniquement appuyé sur la succession des temps forts et des temps faibles se confondait avec le rhythme de la respiration , qui comme lui s’élève et s’abaisse naturellement ; son principe se retrouvait donc aussi dans la prose , et , pour en rester distincte , la poésie fut obligée de rechercher des différences plus caractéristiques (1).