C. ÀLLOTRIOREXIE. - c'. ALLOTRIODIPSIE
' L’appétit est le désir de prendre des aliments solides ou liquides, en tant que ces aliments sont assimilables et ordinaires à l’homme ; mais lorsque ce désir pousse à introduire dans l’estomac des aliments insolites ou des matières inorganiques, et surtout immondes et répugnantes, alors il y a maladie , et c’est elle que nous appelons allotriorexie ou allotriodipsie .
Ces maladies sont presque toujours liées à des changements proprement dits, essentiels ou sympathiques, apportés dans l’innervation de l’estomac; aussi devrions-nous plutôt renvoyer leur étude à celle que nous ferons des névroses gastriques ; mais comme des exemples, rares il est vrai, ont prouvé que ces désordres pouvaient être idiopathiques, nous en dirons ici quelques mots.
La faim dépravée peut revêtir diverses formes. Quelquefois on éprouve un sentiment de faim , sans qu’il y ait besoin réel de prendre des aliments ; c’est là ce qu’on a appelé pseudorexie. Dans d’autres cas, les malades désirent des substances nullement alimentaires; c’est ce que l’on désigne généralement sous le nom de pica , de picaceus appetitus (de 7 uaaa, qui signifie pie , parce que ces oiseaux mangent souvent des matières terreuses ). Enfin , on a appelé malade ou malacia le désir de manger des matières qu’on ne mange pas d’habitude , mais qui cependant peuvent être nutritives. On a encore établi beaucoup d’autres espèces de dépravations de la faim ou de la soif; mais c’est, je crois, le plaisir de faire des mots nouveaux qui poussait leurs inventeurs à les fabriquer et à leur donner une place méritée ou non dans la science : c’est une manie , du reste , encore assez commune de nos jours.
Le désir de boissons contraires au goût ordinaire du malade et à la nature de sa maladie . offre une bizarrerie fâcheuse et qui présage le délire. Double, dans son Traité de séméiologie générale , fait mention, à ce sujet, d’un malade atteint d’une affection vésanique tendant à l’état chronique, et qui montrait l’appétence la plus vive pour les liqueurs fortes, quoiqu’il n’en fit jamais usage dans son état de bonne santé. Les bizarreries du goût
pour les boissons se montrent encore dans la chlorose , l’hystérie, les névroses gastriques proprement dites, mais sont beaucoup plus rares que celles qui tiennent, dans les mêmes affections, aux dépravations du goût en matière d’aliments.
Il serait difficile d’établir des données thérapeutiques positives pour les maladies que nous venons d’esquisser rapidement : c’est le bon sens du praticien qui doit seul le guider. Si la maladie est symptomatique, il traitera la maladie essentielle , et il ne permettra de satisfaire les appétits bizarres que s’il ne doit en résulter aucun accident.