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CHAPITRE IV

Les alternatives d'expansion psychique et de dépression, nous ont paru devoir être rapportées à la cyclothymie. Mais avant de comimencer la description des périodes succéssives qui ont occupé la vie politique de Danton, il nous à semblé nécessaire de définir ce que nous entendons exactement par

Cyclothymie.

Déjà, dans une thèse inspirée par MM. Laignel- Lavastine et Vinchon, au début d’un « Essai sur le

rôle des éléments paranoïaques dans la genèse des

idées révolutionnaires ». J.Duhamel écrivait: « Aussi, prévoyôns-nous d'emblée une critique grave qui vise l’ensemble de ce travail. N’est-il pas prématuré d’aller rechercher au milieu d'événements, chez des personnages historiques, les traces d’une tare encore mal délimitée ? En semañt un doute sur l'intégrité psychique de certains pérsonnäges que d’aucuns révèrent énicoré, ne risquons-nous pas d’être accusé de légèreté P »

Tel n’est pas tout à fait notre cas.

Cependant, ici comme ailleurs, avant de défendre une thèse ou une opinion, il est indispensable de

convenir d’une définition et de son sens, de préciser ét limiter les aspects possibles du type envisagé.

La cyclothymie n’est pas une psychose, et sous ce terme, il faut toujours entendre : tempérament cyclothymique. ;

« Ce n’est pas non plus un caractère normal de la vie psychique », et « aucune fonction de l'esprit n’est atteinte, l'humeur est simplement troublée » (P. Kahn. Thèse. Paris 1909).

La cyclothymie est caractérisée par deux états très différents qui apparaissent sans motif, et qui, en se suivant, s'opposent : un état de dépression mélancolique, de gravité et de durée variées, et un état d’excitation, de gravité et de durée également variées, et ces deux états alternent, se reproduisent, Ÿ l’un suivant immédiatement l’autre, ou, au contraire séparés par des intervalles libres de durée variable. Chez certains encore, seuls seront remarquables les accès d’excitation, tranchant sur un fond habituel de mélancolie — au contraire chez d’autres, ce seront les accès de mélancolie qui paraîtront extraordinaires.

Ce tempérament morbide est généralement hé-

réditaire, et ne paraît pas être particulier à un sexe. Les premières manifestatoins apparaîtraient à la

puberté, quelquefois plus tôt. Ce sont généralement

des accès frustes qui passent inaperçus, et le début

apparent se situe alors entre vingt et trente-cinq ans. Ces deux sortes d'accès débutent brusquement,

sans cause notable, ou coïncident quelquefois avec

un événement quelconque — et on ne peut préten-

dre que la période de dépression doit être considérée

comme la conséquence de la fatigue occasionnée par la période d’excitation qui a précédé. Tout au plus, peut-on dire que si un événement quelconque coïncide avec un changement d'humeur, celui-ci sera plus intense, plus remarquable. -

— Au cours de la période d’hyperactivité, lindividu se montre plein d’entrain, va, vient, s’agite, ne tient plus en place, s'exprime abondamment avec aisance, les images sont fréquentes, les intonations variées, et parallèlement, pour mieux se faire comprendre encore, tout en discourant il précise sa pensée par de nombreux gestes expressifs, persuasifs. Il s’enflamme ou bien s’exaspère, s’irrite, se révolte. Sa démarche aisée, rapide, souple, traduit encore toute l’exaltation qui le possède.

Si on l’observe attentivement on remarque que tout l’intéresse, les différents spectacles, les diverses activités, tout retient son attention, les rapports des choses sont pour lui très clairs — il est infatigable, il prend part à tout. L’imagination est débordante, le figures se pressent, sa mémoire est plus fidèle, plus prompte. S'il s'intéresse à tout, il raisonne de tout, juge, condamne, absout.

Cette activité participe du bonheur de vivre, de son optimisme, qu'il essaie de faire partager tout autour de lui. Il s’'abandonne sans réserve, confiant en chacun, recherche la société des parents, des amis, même d’inconnus, parce qu’il veut se faire approuver, applaudir. « Ils sentent davantage et mieux. Il y a hyperesthésie affective. »

Il se laisse aller à ses passiocs ses instincts sont

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libérés. Î1 se sent fort, entreprenant, ardent, audacieux, et même capable de persévérance. Mais il devient indiscret présomplueux, Org oueilleux, prodigue, vantard, téméraire.

— Bien différente est la ane de dépression

mélancolique. Lé même individu paraît alors fatigué, il marche courbé, voûté, ou plus souvent il est assis, inactif, le regard morne, perdu au loin. Sa mise est négligée, et souvent même sa propreté est douteuse. Les travaux professionnels ou habituels sont abandonnés, ou accomplis négligemment et mal. |

Il ne s'intéresse à rien, tout semble glisser sur lui, sans l'émouvoir ou l'intérésser. Ïl paraît mal comprendre ou lentement, et seulement après un effort qui lle laisse plus abattu. La mémoire se voile, l'imagination diminue. Il ne raisonne plus, il rumine continuellement quelques pensées qu'il n’approfondit pas même. Tout l’indiffère, les reproches et les encouragements.

« Dysesthésie morale, indifférence émotive, indifférence affective proprement dite, voilà les symptômes que présentent ces malades dans la sphère de l’affectivité. »

Il semble en proie à une douleur qu'on ne peut comprendre car elle est, ou sans motif, ou la cause en est ridicule — à un pessimisme intense : il se reitre du bruit, de ses travaux, du monde, s’isole, devient presque insociable — les amis et même les proches sont à peine tolérés. La vie semble lui étre à charge. Il est indécis, et s'il faut absolument agir,

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