‹ Essai Psycho-Pathologique sur DantonChapitre 11 sur 25 · PP AA · texte numérisé non relu

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il ne s'y résout qu’au dérnier moment, pressé par la nécessité ou le danger. Ses actes traduisent surtout « l'impossibilité de conclure » (Kraepelin).

Tel est le schéma des deux aspects extrêmes.

Remarquons tout de suite, que ce sont les mêmes territoires psychiques qui sont troublés par l’excita-

tion et la dépression cyclothymiques, et insistons en-

core sur ce que la conscience est intacte, et qu'il n'y a ni délire, ni hallucinations. Pour être complet, nous devons signaler que quelquefois l'excitation se manifeste exclusivement dans un domaine spécial.

Ainsi, la vie de tels individus va être remplie par de semblables oscillations, de sens contraire, de. durée et d'intensité variables.

Dans certains cas, on admet qu'il y a des intervallles libres, de véritables intermittences, mais plus souvent la terminaison d’une période marque le début d’une autre de sens inverse.

« Si ces accidents sont légers, exagérant un état presque normal : ce sont des accidents cyclothymiques tels que les décrivent les auteurs précités (Kraepelin, Gilbert Ballet, Wilmanns, Lange). Si ces accidents sont gravés, atteignant le diapason d’une psychose, d’une folie : on a alors le tableau clinique dé la folie maniaque dépressive de Kraepelin.

« Mais, légères ou graves, cyclothymiques ou symptomatiques d’une psychose périodique, ces ac: cidents sont de la même famille. Les seconds ne sont que l’amplification des prémiers. Ils ont les mêmes

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caractères, la même origine, la même signification clinique. Leur limite est impossible à préciser. »

Telle nous paraît être la Cyclothymie avec ses deux séries d'accès, de caractères opposés, débutant brusquement et sans motif, et se terminant également rapidement et sans cause.

On a souvent prétendu que tout individu était normalement cyclothymique, et, à ce propos, Gilbert Ballet écrivait : « Je me suis même demandé parfois, si la circularité n’était pas une loi du fonctionnement de notre système nerveux, et si nous n'étions pas tous, à quelque degré, des circulaires, et si l’état pathologique qui constitue la folie périodique, dans sa forme la plus carcatéristique, n’était pas simplement le grossissement et l'énorme amplification d’une manière d’être qui nous est habituelle. » |

Nous rappellerons aussi que ce rythme pério--

dique est le grand rythme de l'univers.

La lune passe par des phases successives. La Terre s'éloigne et se rapproche alternativement du soleil. Il existe dans le ciel beaucoup d'étoiles dont l'éclat est variable et périodique. Les saisons qui se suivent sont caractérisées par des températures différentes. La nuit succède au jour, et le jour à la nuit. Les marées se reproduisent régulièrement, les vagues de la mer sont précédées et suivies de dépressions. Citons encore le rythme des moussons et des alizés, les variations périodiques annuelles et séculaires du magnétisme terrestre, les courants élec-

triques alternatifs, les décharges oscillantes, les vibrations, les différentes ondes et radiations.

En physiologie, rappelons lle rythme de la menstruation, les variations diurnes et nocturnes de la température centrale.

En morale, les grands courants apparaissent, disparaissent et reviennent, comme s'ils étaient portés par un vaisseau bercé au rythme des vagues.

Enfin, si nous nous bornons à constater, il faut bien remarquer que les mouvements littéraires comme les mouvements politiques sont oscillatoires.

Peut-être pourrait-on encore imaginer que l’homme garde aussi la trace du rythme qui l’a longtemps bercé, alors qu'il n’était que cellule isolée baignant dans le milieu marin !

— Mais tout différent est le rythme de la vie du cyclothymique, qui ne présente aucune régularité, ni dans le temps, ni dans l'espace.

Chez l'individu généralement considéré comme normal, équilibré, ces deux variables ne s’écartent jamais d’une moyenne commune. Au contraire, chez celui que nous appelons cyclothymique, les variations de l’humeur sont extraordinaires. Et, de même qu'on étudie isolément le mélancolique pur et l’excité, de même doit-on étudier cette constitution qui apparaît comme une combinaison particulière de ces deux variables.

Ce tempérament, dans ses manifestations atté-

nuées, est fréquent, et les individus qui en sont doués forment une partie de ceux qu'on entend souvent

appeler les « originaux », les « lunatiques », les

« types. extraordinaires ».

On groupe ainsi tous ceux qui sont sujets à d’invraisemblables sautes d'humeur, qui sont « trop » ou « pas assez », sans raison ni cause, qui n’ont en

rien Île sens de la mesure, et qui sont en un seul

individu deux personnages différents.

«Le public ne voit jamais chez de tels malades la tare mentale perturbatrice : il parle d’immoralité, de mauvais instinct, mais non de folie. »

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