‹ Essai Psycho-Pathologique sur DantonChapitre 13 sur 25 · C. — [Il paraît assez étrange que, mis un ins · texte numérisé non relu

C. — [Il paraît assez étrange que, mis un ins

‘tant en vedette, porté à l'Hôtel de Ville et vainqueur du Châtelet, Danton semble pendant l'été et l’automne de 1790 subitement étouffé.]

Il faut se borner à constater pendant cette période l’inactivité de Danton, et s'étonner, si on se rappelle l’ardeur qui l’anima dans les mois précédents.

A l'Hôtel de Ville, il est nommé membre de

commissions peu importantes, chargé en juin de préparer un projet d'adresse à l’Assemblée Nationale au sujet des biens du Clergé, il y tolérera de nombreuses modifications. D'un tel changement, chacun s'étonne : un modéré est plein d'indulgence, alors que Babeuf lui écrit : « Tu dors, Brutus, et Rome est dans les fers ». Au « Club des Cordeliers », puisque depuis juillet l’ancienne assemblée du district a pris ce nom, c'est le même changement. L’Etat-Major demeure, mais Danton parle peu et ne préside jamais. De plus [on est frappé de ce fait que dans les correspondances de l’été de 1790, il n’est jamais question de Danton].

Il demeure à son foyer, et au milieu du respect et de l'admiration des gens du quartier ; c’est la période de « l'excellent M. Danton ». Un fils, Antoine, est né, et on le baptise le 18 juin à Saint Sulpice.

Peut-être va-t-il aussi à Arcis, car il est accusé par certains d’avoir signalé à ses amis le passage de

Necker qui abandonne le ministère, et la France. Il ne répond même pas.

Il plaide également peu ; cest pour le prince de Montbarry, pour le chevalier de l'Hôpital, pour Antoine de Busseuil. S'il attaque « la veuve et l’orphelin », c’est que « la loi est impassible et ne connaît pas de considération » | Ainsi, pendant ces mois, il n’attaque pas, n’améliore pas sa situation, ne profite pas même des avantages conquis, il se défend à peine. Pourtant, el 11 août, il est élu au Conseil Général, mais les autres sections réunies rappellent qu'il est encore un « prévenu ». Comme on est loin de la défense de Marat, des attaques contre Baïlly, de l’activité sans mesure des Cordeliers ! Une année plus tôt, on n’était pas à une illégalité près !

À cette époque commencent à courir des bruits très graves. On l’accuse de recevoir de l'argent de Montmorin, du duc d'Orléans, de l'Angleterre. Que les soupçons soient fondés on non, il ne fait

rien pour se disculper, ni directement, ni indirecte-

ment.

FN

D. — Le 10 novembre, l’Assemblée va recevoir une délégation des 48 sections parisiennes qui vient demander le renvoi des ministres, Champion de Gicé et la Tour du Pin, anciens quatre-vingt-neuf, qui, maintenant, sont presque considérés comme des traîtres ! Bailly, après de nombreux refus, a enfin consenti à se mettre à la tête de la députation, et l'homme qui va prendre la parole : c'est Danton.

[Son discours fut d’une extrême violence. Dès l'abord, il se fit rudement interrompre par l'abbé Maury, ce qui déchaîna un indescriptible tumulte. Au milieu de bruyantes interruptions que « M. Danton a surmontées par la force de son organe », écrira-t-on le lendemain, il exigea « le renvoi prompt, le renvoi immédiat des ministres ».] La Tour du Pin n'était qu'un sot « incapable d'aucune action qui lui fût propre, mais ennemi de la Révolution, parce qu'il prenait ses parchemins et sa vanité pour une véritable noblesse ». Enfin, il espérait que « quelque grand exemple apprendrait aux ministres que la responsabilité n’était point une chimère ».

Un tel discours avait soulevé le tumulte à maintes reprises, les pétitionnaires eurent les honneurs de la séance, et Danton se retira triomphalement.

Tel était donc le réveil de Brutus ! On ne peut que s'étonner d’un tel sursaut, et d’une pareille brusquerie pour cette rentrée. Logiquement on ne voit aucun motif particulier, ni personnel, à l'origine

PR à

—#V— 7 d’une semblable manifestation. Ici encore aucune explication historique n'est fournie, on ne connaît pas de lien entre la retraite de la Cour du Commerce et ce foudroyant retour.

D'ailleurs ce n’est pas un acte isolé, car maintenant il ambitionne une place dans le Département, et pour se faire élire un des douze Administrateurs, il se cramponne, revient à l'attaque pendant les élections successives, où il est d’abord écarté, et enfin triomphe le 51 janvier 1791. Une fois élu dans cette Assemblée composée de royalistes et modérés, lhomme prudent, habitué à la procédure, à examiner et peser les situations, va fortement étonner ses collègues par sa lettre d'acceptation du 2 février aux termes si mesurés.

- Mais il siégera rarement dans cette Assemblée. « Je n'ai pas fait une recrue parmi les ânes du Département ». |

Aussi va-t-il porter toute son activité aux Jacobins, et il en occupera bien souvent la tribune. Si son ardeur se montre au elub dans ses paroles, elle est également dans ses idées. « Je vois avec douleur qu'il faut un supplément de Révolution. » Ce n'est plus l'esprit du 2 février, « ...mon attachement à la nation, à la loi et au roi, et un dévouement éternel au maintien de la Constitution. » Il attaque sans cesse Îles hommes de 89, les modérantistes, ...et dans quelques mois, ce même terme, on le lui enverra à la face comme une injure !...

Le 18 avril à la tête des Cordeliers, il s’opposera au départ du Roi pour Saint-Cloud. Il est assidu

aux séances du Club. Le soir du 20 juin, il le quitte à onze heures. Le 21 juin, Paris apprend la fuite de la famille royale. C’est une magnifique occasion pour secouer une fois de plus son vieil adversaire, La Fayette, à qui incombait la garde du Roi.

Le soir, aux Jacobins, « Messieurs, nous avons aujourd'hui les plus grands intérêts à traiter », et il va interpeller le général, « Vous avez juré que le roi ne-partirait pas. Ou vous êtes un traître qui avez livré votre patrie, ou vous êtes stupide d’avoir répondu d’une personne dont vous ne pouviez répondre. Dans le cas le plus favorable, vous vous êtes déclaré incapable de nous commander ».

Le 22, il revient à la charge.

Le 23, aux Jacobins, Chaderlos de Laclos pose « la question de savoir ce qu’on ferait à propos du roi ». Danton prend la parole et dit, entre autres : « Le roi est ou criminel ou imbécile », « L’individu royal ne peut plus être roi dès qu’il est imbécile ».

Le 15 juillet, les Jacobins veulent faire une pétition monstre, afin que l’Assemblée revienne sur sa décision, qui déclarait le roi irresponsable de sa fuite, et Danton se fait remarquer par sa violence. «Si nous avons de l'énergie, montrons-la… Que ceux qui ne se sentent pas le courage de lever le front de l’homme libre se dispensent de signer notre pétition. N'avons-nous pas besoin d’un scrutin épuratoire ? ». C'est encore Danton qui, dans les premiers, parle d’épurer !

1 fait tant et si bien que, le 17 juillet au soir, il est considéré comme un des principaux respon-

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sables du conflit sanglant qui opposa le matin, au Champ de Mars, la Garde Nationale et les Républicains. Un décret de prise de corps va être lancé.

Alors, il part pour Arcis, où tant de sympathies l'entourent, et de là, pour assister son beau-père qui veut acheter un nouveau métier à tisser, il se rendra en Angleterre.

Certains pourront trouver naturel qu’à la veille

d’être poursuivi il disparaisse, afin que l'éloignement

et le temps agissent en sa faveur. Il ne nous paraît

pas possible d’occepter une telle raison, si l’on se rappelle l’ardeur qu’il dépensa dans son propre intérêt, et dans celui des Cordeliers, alors qu'il était poursuivi par le Châtelet. L’accusation le stimulait même, et lui fit monter plus rapidement les échelons qui le conduisirent à la notoriété.

À Arcis il reprend la vie calme, et s'intéresse aux affaires de son beau-père ; le moment semblerait mal choisi pour de telles occupations, alors que sa réputation et sa liberté même, sont attaquées.

D'autre part, il est loin d’être prouvé qu'il ait profité de son séjour en Angleterre pour se rencontrer avec les chefs du Gouvernement, et du Parlement. De plus, l’Assemblée va se séparer, et on doit procéder aux élections de la Législative — il ne vient pas préparer son élection alors qu'il va être candidat — mais candidat maladroit, et malheureux comme nous l’allons voir.

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