‹ Essai sur Aeneas Sylvius PiccolominiChapitre 7 sur 15 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

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mine.t.. Avec l'aide de Merciu-e, nous nous proposons de visiter la Croatie et la Dalmatie, etc. »

Si r«sprit ingénieux et subtil de Pie II se cotnidaisait dans cette polémique, dont il faisait seul tous le* frais, n'oublions point qu'il avait voulu l'ebgager dans dta vues élevées et pratiques.

Ainsi , d'après l'étude que nous avons faite des ouvrages dn P<mti{e qui eurent an but d'utilité immédiate^ presque tous ont été inspirés |)er la même pensée , celle de servir les intérêts de l'Église et du inonde chrétien.

vni.

HISTOIBB. — ROMAN. — POÉSIES. — VERS imftlHTS, ETC.

Passons à la partie plus spéculative des œuvres de Pie 11 , aux écrits purement scientifiques et littéraires. NoDS remarquerons- encore dans les premiers, dont nous allons nous occuper d'abord, les plus nobles sentiments, un immense désir d'étudier , et de faire connaître tous les temps , tous les peuples, tout ce qui peut être utile à l'homme ou l'Intéresser.

Ses Commentaires se placent naturellement à la tête de ses compositions historiques.

Cet ouTi-age, publié cent vingt ans après la mort du Pontife, n'a pas été écrit par Gobellin, son secrétaire, comme le porte le titre, mais bien par Pie II lui même. Apostolo Zeno ' ne laisse aucun doute à cet égard. Il suffit d'indiquer la lettre où le Pape chai^ le poète Campanus de corriger le style de ses Commentaires *.

Mous les avons jugés en détail dans le cours de notre récit. Ils ne sont pas seulement le précieux mémorial d'un homme d'État, mais une véritable histoire générale de l'époque. L'auteur, toujours

' Dûseriaiiotii yostiane , 1. 1 , p, 322.

» Ep. 30 de la Correspondance du cardinal de Pavù.

ISO B8SAI

porté s étendre son sujet, rattache les principaux événements de son temps aux scènes dont ït a été témoin , où il a été acteur. Il parle même rarement d'un pays, d'une ville, sans en résumer le passé, sans ei> faire la description.

Quelquefois se rencontrent des sujets sur lesquels il s'étend avec complaisance ; ainsi la rivalité de la France et de l'Angleterre ". « Il voulait, dit Tirakoschi % faire l'histoire complète de son temps, et déjà il avait mis la main à l'œuvre; mais effrayé de la difficulté, il se restreignit à traiter seulement de l'Italie. Ses commentaires sont écrits avec une élégance qui n'est point ordinaire à cette époque , avec une force que l'on esf loin de trouver dans les froides compilations du temps et dans ces récits d'une ignorance grossière qui étaient si communs alors. Il examine les faits, remonte aux causes, observe les conséquences, décrit les mœurs, les caractères, les passions. »

Aucun historien de ce siècle ne montre plus de justesse d'esprit, plus de variété, une étude plijs profonde des hommes, des lieux, des révolutions, des gouvernements. II intéresse, amuse et instruit.

Plusieurs traités, publiés antérieurement, se rapportent au même sujet.

Lorsqu'^neas était encore secrétaire de Frédé-

■ Lib. VI, p. 148, etc. L'auteur prévient (p. 168) qu'il ne s'astreint pas toujours & une chronologie rigoureuse. ' Smria délia Lelleralurâ, lib. III , c. 1 , n" 23.

SUR MVEAS SYLViOS PICCOLOHIIVI. 12i

rie m, ce prince le pria d'ëcrire l'histoire de la {^eri'e qu'il soutint en 1452. L'ëcrivaîn, toujours entraîné par la tendance que nous avons signalée , enti-eprit de faire V Histoire de Frédéric III et de son temps '. Il recueillit tous les documents qu'il put trouver sur l'AIIeniagne et les pays voisins, j^neas fut l'un des premiers qui exploitèrent le précieux recueil des lnanusc^itsaIlemandsdeS3in^GalI^ Il remonte à l'origine des Autrichiens, s'an'éle même à discuter l'opinion qui les suppose issus des Hébreux, et récapitule l'histoire d'Italie. Il étend encore son récit par des citations ou plutôt par des suppositions de lettres et de discours. Telles sont les paroles qu'il prête au jeune Conradïn , relevant et pressant entre ses bras la tête du jeune margrave de Bade , décapité. Mais du supplice de ce malheureux prince il passe tout à coup a la onzième année du règne de Frédéric, pour s'interrompre aussi brusquement au milieu des négociations de l'Empereur avec les sujets de Ladislas.

Aussi , doit- on regarder Comme la suite de ce livre ses Commentaire^ sur lés Evénements qui se passèrent dans toute l'Europe pendant le règne de Frédéric III, jusqu'à l'année 1458^

En cette circonstance, il avait encore agrandi un

' Tilre de l'ouvrage édité par Boeder en 1685. ■ PrisTEB,!. III, c. 4, $. 2.

^Dédiés au cardinal. de Lérida; conservéïi daus Frfher, Germait, rer. Scripi., t, II.

sujet restreint qu'on lui avait proposé. On ne lui avait demandé qa'une continuation du Précis de Benevenuto d'Imola sur les Césars. Cet auteur s'était arrêté ii Vence^as. £neas résuma les quatre der- ' niers règnes, mais écrivit an ouvrage à part pour celui de Frédéric III.

Il fait plusieurs fois mention , dan» ses ouvrages, d'une histoire d'Autriche'. Conservée à Vimne et restée inédite jusqu'au xviii' siède, elle a été publiée par Kollar, savant bibliothécaire de cette ville. Mais cette histoire ne diffère point de celle de Frédéric III, seulement elle est plus développée et plus correcte. Deux opuscules y sont ajoutés : un dialogue et une lettre pour la défense du concile de Bâle. Le Pontife parle du dialogue au commencement de sa rétractation.

Les discussions qu'jSneas soutint en Bohême durent lui suggérer la pensée d'écrire l'histoire de ce pays *. Il nous apprend le but moral qu'il s'y proposa. Suivant lui, l'histoire de Bohême, plus que toutes les autres, prouve l'existence d'une vie future, où la vertu recevra la i-écompense et le vice le châtiment qu'ils n'ont pas sur la terre. » De notre temps, dit-il, des Bohémiens ont rejeté l'aulorité de rËglise et vécu sans foi ni loi. Cependant ils sont restés invincibles aux plus puissants monar-

' Dans la Géographie universelle, Europe, c. 22; daos ses Commentaires sur Frédéric llf, c. 16.

' Recueil de 1551 ; 64 p. in-foUo.

SDB iCNBAS SVLVIDS PICCOLOHINI. 123

qiies, aux généraiix les plus habiles, aux troupes les plus exercées. La plupart d'entre eux -vivent encore ausein des plaisirs, ou sont morts de vieillesse, glorieux de tant de succè», et chéris d« leurs concitoyens. Ces apparentes irr^ularités donnent la certitude d'une autre vie où l'ordre se rétablira' ».

Mïteas, par l'intérêt même qu'il prend aux moindres faits, s'arrête trop longtemps sur les fables ridicules dont les Bohôniens entourent leur origine, et dont il semble quelquefois la dupé. Car, après avoir annoncé qu'il passe a des faits authentiques, il raconte les règnes d'une longue suite de ducs fabuleux. Parmi ses contes les plus fantastiques, il faut placer celui des amazones bohémiennes, dont il cite les longs discours. Néanmoins, son ouvrage est important surtout pour l'histoire desHussites.

Mais toutes ces œuvres historiques doivent être r^rdées comme des traités partiels > si on les compare à son Traité de Géographie et d'Histoire laiiverselîes ou de Cosmographie '.. C'est dans ce Hvi'e principalement qu'il semble vouloir parcourir l'horizMi illimité de la science. De cet immense ouvrage^ quelques parties seulement ont été écrites avec soin , celles qui regardent l'Ecosse , la Norvfé^t Rhodes, Mitylène et Chypre ^

La géographie avait fait, au commencement du XV* siècle, des pas immenses, qui préparaient la dé-

■ Prëfece.

■ Reeueil de 1551.

* Gmmhu, fi^ie, etc.

13l RSSAi

couverte des deux Indes. Ils étaient dus en partie aux études de plusieurs grands hommes de l'Eglise de France, de Pierre d'Aiily et du cardinal légat Guillaume Fillastre. A cette époque, il est curieux d'obsei-ver les idées fausses ou erronées que l'on avait encore , les idées vraies et fécondes que l'on commençait à se former, et que recoeillait la science pi-odigieuse du Pape.

(fil y a des savants qui pensent, dit-il, que l'Océan entoure de deux fleuves la terre habitée. » C'était encore la géographie d'Homère. « L'un coule sous le zodiaque , l'autre de l'orient à l'occident par tes pôles; en sorte que la terre est partagée en quatre portions. La plupaï>t des auteurs anciens croient que la partie du globe comprise entre le nord et la ligne équinoxiale, élève seide sa surface au-dessus des eaux. »

Le Pontife ne donnait pas là sa propre opinion , il résumait seulement celles des anciens. Cependant il avance que la zone torride n'est pas habitée.

'( On ne sait, ajoute-t-il, s'il est possible de faire le tour de cette tie du monde. Nous avons lu dans Othon de Frisingen, que, sous les empereurs allemands, des négociants de l'Inde furent poussés par la tempête dans la mer d'Allemagne. Ils venaient de l'Orient, n

Sur cette extrémité du monde ancien , Pie II ne donne que des détails obscurs, empruntés à Nicolas Vënétus.

Mais rapprochons de ces idé«^ si vagues des

SUR £I1BAS SVI.YLUS PICCOLOHIKI. 135

notions plus vraies- et plus importantes, que 1*011 trouve dans les Commentaires sur les Événements qui se passèi-ent pendant le règne de Frédéric 111, La géographie occupe autant de place que l'histoire dans cet ouvrage. ^

« Jean II de Portugal envoya vers l'Ethiopie des galères chargées de vivres , sous le conamandement du Portugais Jacques Cano, et de l'Allemand Martin Bëhaimb. Ce dernier était citoyen de Nuremberg^ et descendait d'une bonne famille de Bohémiens. Il était très-savant en géographie et très-palient dans les explorations maritimes. Ces deux navigateurs se dirigèrent vere le midi sans s'éloigner du rivage. Ils franchirent le cercle éqninoxial et arrivèrent dans un antre monde; car s'ils se tenaient debout, tournés vers l'orient, leur ombre s'étendait au midi et à l'occident. Ils découvrirent donc un inonde qui nous était inconnu jusqu'alors , et que les Génois cherchaient en vain depuis de.longues années'. »

Les habitants de Nuremberg attribuent en effet la découverte de ce nouvel hémisphère à Martin Bëhaimb, et Christophore Wugenseil s'est proposé de le démontrer en 1682.

« Vingt-six mois après leur départ, ils revinrent en Portugal. Quelques-uns de tews compagnons avaient péri par l'excès de la chalem-; les autres i-apportaient, en témoignage de leur découverte, du poivre , des graines du paradis , etc. »

' German. rer. Script. Freheri , I- Il , p. HO.

12fi ESSAI

Ce dernier mot nous rappelle la naïve crédulité de Joinrille ' ; u Quand celuy fleuve (le Nil) entre en Egipte, il y a gens tout expers.... qui au soir jettent leur retz au fleuve;.... et au matin souvent y troavent.... les espiceries qu'on vend en les parties de pardeçà bien chièrement.... et dit on au pays que ces choses là viennent de paradis terrestre, ainsi comme le vent abat es forets de ce pays le bois sec; et ce qui chiet en le fleuve l'eau amène m

« Ce monde, une fois ouvert aux entreprises, continue ^neas, on importa en Flandre une grande quantité de poivre. 11 n'avait pas la rugosité du poivre de l'Inde; mais il lui ressemblait d'ailleurs, et il en avait les propriétés. » L'auteur nous parle, au même endroit, du débit que l'on faisait déjà dans toute l'Europe du sucre de Madère.

Pour revenir à la Cosmographie^ ce qui fait en partie le mérite de ce livre, c'est qu'il l'enferme une foule de notions recueillies solgneus^nent par Motas lui'méme, soit sur les lieux, soit d'après le rapport de témoins oculaires. L'auteur , comme Hérodote et Froissard , raconte quelquefois comment il les atM^uit '. La dédicace de l'histoire des Goths , adressée à Carvajal , nous représente encore ^neas dans ses recherches'. Asa Cosmographie, ilfautrattacher une description étendue et fort piquante de

' JoifiviLLx, pari. 11, p. 36, é<lit. de Va Cange. ' Histoire de l'ermilc de Prague. ( Géogr. univers.) ^ Histoire publiée , en 1730, dans le recueil de Raymond Dnellius.

SDR JENBAS SVLVIDS rirx:OLOHINI. fS7

Vienne. 11 y exprime des idëes réformatrices au snjet des études : « L'Université , dit-il , s'occupe d'an fetras de mots inutiles. On ne reconnaît Aristote et Platon que par des commentaires, etc. n II dédia ansstà Julien Cesarini une histoire de Bâie'. Comme dans l'immense ouvrage qu'il avait entrepris, il était obligé de n'insister que sur la géograji^ie et sur l'histoire oontempk>ralne, il abrégea dans un autre écrit les décades de Blondus Flavius*, qui embrassaient les temps écoulés depnîs la décadence de l'empire romain jusqu'au pontificat de Jean XXIII. Mais l'abrégé comprend encore cent trente-six pages infolio, et achève de nous faire connaître l'ardeur incroy^le de Pie II pour l'étude, et ses admirables efforts pour se mettre , pour mettre les autres en possession du champ infini de la science^.

Parlons «iiân de ses ouvrages littéraires, où domine aussi ordinairement une grande pensée.

Quelques écrits font cependant exception; et le plus remarquable de tous est le roman de Lucrèce et d'Eaiyale*' Cet ouvrage a été traduit plusieurs fois en français. Au c<nnmencement du xvi* siècle, Jean

■ Édilée en 1577, 100 p. io-12 environ.

' Recueil de 1551. Il Kiit l'éioge de cet auteur conleniporn in à la 'fin du XI* livre dei Commattairt* , et dans «a Géographie, p. 459.

^ Lc8 ouvrages bîtlori^aes el géographiques ont Jl^ recueillis Jt Helnisladt en 1690, elà Leipsig en 1707, 3 vol. in-4*. Ces éditions ne se trouvent pas à la Bibliothèque du Roi ; mais on a la première i la Bibliothèque de l'Arsenal.

* On le trouve 'parmi ses lettres-; ep. 114.

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