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Bouchet l'imiti en prose mêlée de vers; mait il TOulut en iàire un roman moral , et le fit ennuyeux. Celui d'j^neas est plein de feu et d'esprit; il charme . par l'observation délicate des sentiments, «t par la description des costumes. Mais ces qualités mêmes en augmentent le danger; l'érudition y sert aussi à la parure du vice, ^iieas s'excuse par la moralité que l'on tirera du triste dénoôment de cette intrigue, la séparation des deux amants, et la mort de Luci-èce, minée par le chagrin. « Que ceux, dit-il, qui liront cette histoire, sachent en profiter, et qu'ils ne boivent point à la coupe de l'amour : elle renferme plus d'abaïnthe que de miel. » L'auteur ignore ou veut ignorer que l'impression de ce malheur sera beaucoup plus faible que les séductions de ses peintures. Ce qu'il faut seulement dire en sa faveur , c'est qu'il rétracta cet ouvrage, en regretta amèrement la publication, et s'efforça de réparer le mal qu'il avait lait.
Ce roman parait le souvenir d'une aventure galante du chancelier Gaspard Schlick. Ëuryale est forcé de quitter Lucrèce pour suivre l'empereur Sigismond, à son départ de Sienne; et il se console en obtenant la main d'une princesse de sang ducal. Or, le chancelier de Frédéric III avait occupé la même place sous Sigismond et Albert II, et avait épousé la fille 'du duc de Silésie. ^neas dit d'ailleurs son secret à mots couverts '.
SUR XHKAS SYLVIUS PICCOLOHINI. 139
Quelques auteurs ont^par anachronisme, attribué ce livre au temps de son pootiScat. Mais il a été composé avant son entrée dans les ordres'. £neas se demande, il est vrai , s'il est permis à un homme de quarante ans, d'envoyer un pareil ouvrage à un autre de cinquante, Marianns Sozzinus '. Mais cette parole place la date de la publication à l'année 144Ô. Or, Eugène IV ne conféra le sous-diaconat à Mneas qu'en 1 447 , lorsque ce Pontife gisait déjà sur son lit de mort; et nous avons montré ailleurs que le secrétaire impérial était éloigné auparavant de songer à l'état ecclésiastique.
On peut s'étonner, il est vrai, de voir Pie U ranger ce roman parmi ses lettres, qu'il a classées lui-même pendant son pontificat. Mais cette contradiction apparente ou fort légère s'explique par la publicité qu'avait d^à sans doute un ouvrage aussi intéressant. Le Pontife a vivement condamné cet ouvrage dans sa 345* lettre.
Gaillard , dans son Histoire de François /", l'appelle l'Ovide de la Rome moderne. « On a de lui , ajoute-t-il, un traité de l'amour, un du remède contre l'amour, et une histoire de deux amants. » L«s deux premiers opuscules cités appartiennent, il est vrai, au ponUfîcat d'^neas; mais ce sont des écrits sévères composés dans un but sérieux de répa-
■ Compùnimenlù giùvaniU [kToeiohoZ^HQ, DUserlationi FoalioM, t.I, p. 518].
' ^. 113. C'est le célèbre légiste dont les roluminenx ov.- *mge% efiajaient £neag. Ep. 89.