Le peintre de Salzhourg
LA GRISE SENTIMENTALE l43
péré M » — (( Mort! Nina, dans les bras d'un autre ! Tout me repousse du monde et m'avertit de le quitter; Nina! elle n'est plus, ne sera plus à moi! L'infortune m'entoure, pèse sur moi. Je regarde le ciel et la terre; rien ne me console, tout me rappelle mon malheurs. » Vous pouvez puiser, au hasard, dans le tas, ce sera toujours la même chose.
II revient à Wi?r/Aer l'incontestable mérite d'être le premier de cette lignée, comme l'indiquent quelquefois les titres des ouvrages, les noms des personnages, leurs diminutifs, leur nationalité, et toujours leur caractère et leur pathos. Il en est aussi le meilleur : car si Gœthe ne fut pas « sincère », en ce sens qu'il demeura étranger aux sentiments qu'il décrit,il fut du moins assez bon artiste pour donner à ses contemporains l'illusion de sa sincérité. Cette illusion a duré longtemps, aussi longtemps qu'ont subsisté les modes, les habitudes d'esprit et de langage qui constituent, pour ainsi dire, l'aspect extérieur de son œuvre. On a pu croire Werther humain tant qu'on aparlé comme lui; on a été dupe de sa simplicité tant qu'on s'est fait de la simplicité une idée aussi artificielle que celle qu'il s'en faisait; on a goûté son intelligence delà nature tant qu'on a compris la nature à samanière,et,sur ce dernierpoint,il est encore assez près de nous, le « sentiment de la nature » ayant peu changé depuis Rousseau. Encore ce sentiment même prend-il toujours chez lui un ton déclamatoire qui déjà commence à nous froisser un peu : « ... Je me sentais comme un