‹ Essai sur Ives de ChartresChapitre 15 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

RELATIONS PERSONNELLES D'IVES AVEC LES PAPES; SA DOCTRINE SUR LE POUVOIR PONTIFICAL.

On n'a pas oublié avec quel empressement le pape Urbain II avait désigné le prieur de Saint-Qiientin aux suffrages du Chapitre de Chartres, avec quelle persévérance il avait soutenu les droits de l'élu contre un indigne compétiteur, avec quelle tendresse il avait béni le nouvel évêque en le congédiant, après lui avoir conféré lui-même la consécration épiscopale (i). Ives de Chartres en garda toujours la plus filiale reconnaissance. Que de fois, à travers les tempêtes qu'il eut à essuyer, il aurait voulu déposer dans le cœur du souverain Pontife ses amertumes et ses angoisses. Il lui semblait qu'il aurait trouvé auprès de ce père bien-aimé un courage nouveau pour affronter de nouveaux orages. C'était surtout à ces heures de découragement, où l'on voit le torrent du mal prêt à tout envahir, sans que l'on puisse y opposer une digue, qu'il tournait ses yeux et son cœur vers Rome, désolé de ne pouvoir en prendre le chemin. Ses diocésains répondaient quelquefois si peu à l'ardeur de son zèle, le fardeau de l'épiscopat lui paraissait si lourd, à certains moments, qu'il regrettait d'avoir accepté une si redoutable mission. Il prenait alors la plume , et il écrivait à Urbain II : « La seule chose » qui m'empêche de renoncer à l'épiscopat, c^est ma tendresse

(i) Voir dans la Patrol, MignCy parmi les lettres d'Ives, les deux premières, qui sont d'Urbain II.

» pour vous, car je ne saurais dire tout ce que je vous dois. Et » pourtant si je ne craignais de paraître blasphémer, je n'aurais » pas assez de reproches à l'adresse de celui qui m'a vu travailler » sept ans pour obtenir la main de Rachel et qui m'a perfidement » jeté dans les bras de Lia (2). Si du moins celle-ci me donnait » des enfants, et me faisait oublier par sa fécondité la beauté de » la bien- aimée, je me résignerais, quoique avec peine, à sept » autres années de labeur, pour jouir enfin des embrassements » de Kachel. Mais, hélas ! l'Église que vous m'avez donnée pour » épouse est stérile et dépourvue- de charmes : aussi je suis le » plus malheureux des hommes , et je ne puis me résoudre à » souffrir plus longtemps. Si pourtant votre sainteté veut que je » reste à la peine, changez du moins ma houlette en une verge

» de fer pour briser tous ces vases de boue (i) »

Mais, s'il épanchait ses tristesses personnelles dans le sein du pape, il désirait également savoir où en étaient les affaires du Pontife. « Quel que soit l'état de vos affaires, écrivait-il à Urbain, » n'oubliez pas de le mander à votre fils de prédilection, afin » que je puisse prier Dieu, ou d'affermir votre prospérité, ou » de faire cesser vos infortunes (2). » Le pape, en effet, était abreuvé d'amertumes : en France, une autre Jézabel faisait mettre en prison les prophètes du Seigneur ; en Italie, un nouvel Achab déchaînait ses fureurs. Enfin un rayon d'espérance avait brillé à l'horizon. Les cités lombardes s'étaient soulevées contre la tyrannie d'Henri IV, dont le fils, Conrad, avait été proclamé roi d'Italie (3). Conrad vint à Crémone au-devant d'Urbain II : il se prosterna aux pieds du pape pour lui jurer fidélité, s'engagea à lui conserver la vie sauve et lui assura la tranquille possession du souverain Pontificat. En retour, le pape promit sa bienveillance au prince , après avoir obtenu qu'il renonçât aux investitures laïques. Ives témoigna au pape toute la joie qu'il ressentait d'un si heureux événement. « Enfin, s'écriait-il, l'Église

(i) Ep. 25.

(2) Ep. 12, à la fin,

(3) Vita Urbani, P. M. t. CLI, col. 146.

» romaine, après tant de naufrages, arrive au port sous votre » conduite, et le royaume d'Italie, si longtemps agité, a pres- » que retrouvé la paix à votre approche ! J'apprends que le nou- » veau roi, consolant le cœur de Dieu et le vôtre , est venu » faire sa soumission entre vos mains. Je m'en réjouis dans le » Seigneur, et mon allégresse est si grande que je ne trouve » pas de termes pour l'exprimer. Chaque jour, je multiplie mes » prières devant le Seigneur, pour qu'il vous conserve la santé » et la paix , pour que la parole de Dieu prenne l'essor , et que » grâce à vous, elle fasse tous les jours de nouvelles conquêtes. » Puisse le bien commencé par vos soins arriver à bonne fin ! » Puisse le Seigneur briser Satan sous vos pieds (i). »

Un seul nuage s'éleva entre Urbain II et Ives de Chartres. L'attitude de l'évêque contre le légat Hugues de Lyon (2) avait mécontenté le pape. Ives reçut de Rome un blâme sévère, qui le jeta dans un profond chagrin. Il offrit sa démission, et demanda, après sept années de luttes, le repos de Tannée sabbatique (3). Le pape refusa d'accepter la démission : quant au repos réclamé par Ives , c'était à Urbain II que Dieu le réservait. En effet, en l'année 1099, TiUustre Pontife s'endormait du sommeil des saints, dans cette ville de Rome qu'il avait reconquise au prix de tant d'efforts , et au moment même où Jérusalem tombait aux mains des croisés. (29 juillet 1099).

A peine Pascal II était-il monté sur le trône de saint Pierre , qu'Ives de Chartres s'empressait d'offrir au nouveau pape l'hommage de sa filiale obéissance. Voici en quels termes il lui écrivait, dès les premiers jours de l'année 11 00 :

« A Pascal, souverain Pontife, Ives, humble serviteur de » l'Église de Chartres, légitime obéissance et fidèle secours de » ses prières. »

» J'apprends que vous avez monté les degrés du Siège apos-

(i) Ep. 43. C'est évidemment l'antipape Wibert (Clément III) qu'Ives désigne sous le nom de Satan.

(2) Voyez cette affaire au chapitre suivant.

(3) Ep. 67.

» tolique et succédé au pape Urbain, de pieuse mémoire : » j'adresse mes humbles félicitations à votre Paternité, et je » rends grâces à la divine Providence, priant Dieu (i) chaque » jour d'accorder à de si heureux commencements des suites » encore plus heureuses. Je sais que votre piété a toujours fait » preuve du plus grand zèle et a témoigné pour la maison de » Dieu Tamour le plus sincère. Aussi , en apprenant l'élévation » de votre Paternité aux honneurs du Siège apostolique, j'ai » senti naître en moi le plus vif désir de vous visiter en persomie. » Ce qui me retient, ce sont les dangers de ce voyage : je ne » puis l'entreprendre sans exposer mon corps à toutes sortes de » mauvais traitements (2), si je témoigne mes vrais sentiments » à votre égard, et mon âme à la perdition, si je les dissimule. y> En effet, la négation de Pierre n'a pas consisté à nier la divi- » nité de Jésus-Christ, mais à déclarer qu'il n'était pas de ses » disciples. En attendant qu'il me soit possible de vous visiter, je » vous prie de faire au porteur de cette lettre l'accueil que vous » me feriez à moi-même, et d'écouter de sa bouche, comme de » la mienne, les renseignements qu'il est chargé de transmettre, » avec autant de zèle que de respect, à votre Révérence. » Adieu. (3). »

Le dévouement d'Ives à la personne de Pascal II ne se démentit jamais. Il lui témoigna la même confiance qu'à Urbain II, et se plut à épancher, dans sa correspondance avec le pontife, un cœur, toujours avide du bien à réaliser, toujours blessé par la persistance du mal (4). Il ne fut pas moins sensible aux épreuves de Pascal , et quand il apprenait tout ce que le Père commun avait à souffrir de ses ennemis, véritables enfants de Babylone, il criait vers le ciel pour implorer le secours de la main puis-

(i) Pro modulo mec, dit-il avec une louchante humilité.

(2) Les chemins étaient gardés par des émissaires de Bertrade pour empêcher nos évêques de se rendre à Rome. L*abbé Geoffroy de Vendôme, qui passa douze fois les Alpes, tomba trois fois aux mains de ses adversaire j. Gallia christiana^ t. VII L

(3) Ep. 81.

(4) Ep. iio.

santé, qui a soutenu Pierre sur les flots et tiré Paul des profondeurs de Tabîme (i). Lorsque Pascal, dans un naoment de lassitude, lâchera pied devant l'empereur d'Allemagne et abandonnera la ligne de conduite adoptée par ses prédécesseurs, Ives de Chartres se fera le défenseur du pontife et plaidera sa cause avec toute l'éloquence , qu'inspire la plus tendre et la plus respectueuse affection (2). Cependant il se permit quelquefois de donner au pape, d'une manière assez vive, des conseils qu'il croyait dictés par la sagesse , et qui l'étaient assurément par la bonté de son cœur (3). On l'a vu même se plaindre ou s'indigner, lorsque ses intentions étaient méconnues ou mal appréciées (4).

De son côté, Pascal II rendait à l'évêque de Chartres affection pour affection , et les diverses négociations, dont Ives fut chargé par le roi de France , prouvent bien qu'aucun choix ne pouvait être plus agréable au pape. Le Souverain Pontife donna même au plus dévoué de ses fils un gage de sa paternelle bienveillance , en venant célébrer à Chartres les fêtes de Pâques (5). Les détails nous manquent sur le séjour de Pascal dans notre vieille cité Chartraine : ce que nous savons, c'est que Tempressement d'Ives auprès du pape , le zèle qu'il déploya pour le bien recevoir, les courses qu'il fut obligé d'entreprendre pour l'accompagner, lui firent négliger certaines précautions nécessaires à sa santé. Aussi lorsque, vers la fête de l'Ascension, dans cette même année 11 07 (6), le pape ouvrit un concile à Troyes, ses yeux ne rencontrèrent pas dans les rangs des évêques présents la sympathique figure d'Ives de Chartres. Celui-ci s'était excusé, regrettant d'être retenu chez lui parla maladie (7). Non seule-

(i) Ep. 227.

(2) Voyez plus loin, au chapitre des Investitures.

(3) Ep. 109.

(4) Ep. 219.

(5) Avril 1107.

(6) Au mois de mai.

(7) Ep. 175. Quia frequentia curiae vestrae, eâ tempestate quâ solitus eram, purgatorium accipere me non permisit, tota conflùentia humorum repente in caput ascendit, etc.

ment Ives rie put rejoindre Pascal II à Troyes, mais il n'eut même plus la consolation de le revoir sur la terre. Le poids des années se faisait sentir de plus en plus, et d'ailleurs les difficultés du voyage l'obligèrent à ne plus visiter que par lettres celui dont il eût souhaité de contempler une dernière fois le visage bienaimé (i).

Mais, si l'on ne peut mettre en doute le dévouement d'Ives de Chartres à la personne des Pontifes, s'est-il montré aussi ardent, quand il s'est agi de proclamer ou de défendre les prérogatives du souverain Pontificat ? Ives admet l'infaillibilité du pape , en matière de foi et de morale, il reconnaît la primauté d'honneur et de juridiction qui appartient à l'évèque de Rome. Il suffit pour s'en convaincre de se reporter au Décret^ où nous lisons ce qui suit : « Si quelqu'un méprise les définitions, sanctions, in- » terdits ou décrets concernant la foi catholique, la discipline » ecclésiastique, l'amendement des fidèles, la correction des » coupables et la réforme des abus présents ou futurs, après que » la promulgation en a été faite par le Pontife assis sur le Siège » apostolique, qu'il soit anathème (2). » La même doarine, reproduite dans plusieurs autres chapitres du Décret j avait déjà été consignée dans la Panormie (3). La correspondance de l'illustre canoniste ne nous offrira pas un seul mot qui contredise cet enseignement : cependant, comme ses lettres ont trait à peu près exclusivement à des questions de discipline, on conçoit qu'il ne trouve pas souvent l'occasion d'affirmer expressément la doctrine de l'infaillibilité pontificale, en matière de définition dogmatique. Nous n'avons pas à le regretter, car l'orthodoxie de l'évèque de Chartres sur ce point n'a jamais été mise en doute.

En revanche, la plupart de ses épîtres contiennent, tantôt sous forme d'allusion, tantôt d'une façon explicite (4), l'affirmation de la suprématie pontificale, au profit de l'Église romaine, « dont

(i) Ep. 254.

(2) Décret, Ve partie, no 35.

(3) Panormie, liv. IV.

(4) Ep. 3, 75, 159, 241.

les jugements souverains embrassent toutes les causes et atteignent toutes les personnes, sans être jamais soumis à discussion ou à révision. » Ainsi, c^est au Siège apostolique qu'il appartient, principaliter et généralissime (i), de confirmer et d'infirmer les constitutions, et de revoir les sentences des évêques ou métropolitains; tandis que les jugements du pape sont irréformables , et ne peuvent être révisés ou corrigés par aucun tribunal, n suffira de parcourir les lettres d'Ives de Chartres , pour rencontrer à chaque page les mêmes aflîïmations, soit qu'il parle en son nom, soit qu'il appuie ses dires par des témoignages, empruntés aux organes les plus autorisés de la tradition catholique.

En ce qui concerne l'institution des évêques, car tel est le sujet qui revient le plus souvent dans ses lettres, Ives enseigne, sans se démentir jamais, qu'il appartient au pape de confirmer l'élection, de procéder à la consécration, de prononcer la déposition des évêques (2). La translation des évêques d'un siège à un autre siège, la création d'un siège nouveau, même aux dépens d'un siège ancien, sont encore des prérogatives incontestables du souverain Pontife (3).

S'agit-il d'excommunication ? le pape a le droit d'autoriser un évêque à fulminer contre le diocésain d'un autre évêque (4). S'agit-il d'immunités ecclésiastiques ? Ives ne peut refiiser au pape le droit d'exemption, même quand il en critique Tusage (5).

Le droit d'appel au pape, consigné dans le Décret (6), est affirmé à nouveau dans plusieurs lettres, soit que l'évêque de Chartres y ait lui-même recours, soit qu'il donne à ses amis le

(i) Ep. 8.

(2) Ibidem.

(3) Ep. 144, 146, et spécialement ep. 238, relativement à la création de l'évêché de Tournay. Ce siège, formé aux dépens du diocèse de Noyon, ne fut érigé qu'en 1 146 par le pape Eugène III, à la prière de saint Bernard.

(4) Ep. 75.

(5) Ep. I, addenda,

(6) Partie V", n© 3.

conseil d'y recourir. Mais ce droit d'appel, dont il proclame la légitimité, devenait quelquefois un véritable abus. Ce n'était souvent qu'un moyen commode pour se soustraire, du moins provisoirement, à une condamnation trop bien méritée, non sans espoir d'obtenir, par des moyens plus ou moins avouables, une sentence d'acquittement en cour de Rome. Tantôt, c'est un clerc de Chartres , faux monnayeur et simoniaque , de l'aveu de tous, qui essaie de refaire auprès du pape sa réputation fortement endommagée (i); tantôt, c'est un chanoine mécontent, qui s'efforce d'égarer la religion de Pascal II et de perdre le vieil évêque dans l'esprit du souverain Pontife (2). Ives, sans méconnaître le droit strict des appelants, laisse pourtant échapper une plainte respectueuse sur l'abus manifeste de certains appels : il demande qu'on ferme cette porte aux coupables, quand elle n'est qu'une échappatoire indigne (3). De plus l'intervention du pape doit toujours être, à son avis, sage et discrète, indulgente pour le repentir, jamais dure pour la vertu (4), en sorte que le souverain Pontife doit chanter tour à tour l'hymne de la justice et de la miséricorde, sans oublier pourtant que, si la justice ne fait pas acception de personnes, la miséricorde se règle sur les circonstances (5).

Plein de respect pour les décisions du Saint Siège, Ives les transmettait à ses collègues avec empressement, quand le pape daignait emprunter son entremise (6), et il prêchait la soumission aux prélats qui hésitaient à faire acte d'obéissance (7); sa délicatesse est si grande que, s'il soupçonne quelques pièges tendus à sa fidélité dans un concile provincial, il ne veut pas s'y rendre sans avoir obtenu l'agrément du pape , tant il craint qu'il ne s'y trame quelques complots contre le Siège apostolique (8). Il s'abstient également de procéder au sacre d'un évêque, non par suite d'empêchements sérieux, (il le croit du moins), mais par déférence pour le légat ou plutôt pour le pontife lui-même (9). Pour

(i) Ep. 25. — (2) Ep. 219. — (3) Ep. 180. — (4) Ep. 210. — (5) Ep. 23i, 25o. — |6) Ep. 25. — (7) Ep. 3o. — (8) Ep, 46. — (9) Ep. 65.

faire aimer le pape, il lui ménage l'occasion d'appliquer une mesure de clémence, et pour cela il renvoie à son tribunal un pécheur, frappé d'une condamnation sévère , mais dont il recommande les bonnes dispositions à la miséricordieuse tendresse du Père commun (i).

L'honneur de l'Église romaine est un patrimoine qu'il défend contre toute attaque , comme un fils défend l'honneur de sa mère (2). Peu disposé à prêter l'oreille à des insinuations malveillantes, il s'indigne encore contre les perfides interprétations, données aux lettres pontificales par des commentateurs intéressés (3). Dans le successeur de Pierre , Ives sait distinguer l'homme du pape : les faiblesses de l'un ne peuvent infirmer les sentences de l'autre (4). Ce que les ennemis du pontife appellent lâcheté, il le regarde comme une sage tolérance, et au lieu de prendre position dans les rangs des accusateurs, il ne peut refuser son approbation à des mesures , justifiées d'avance par la mansuétude de Jésus- Christ (5). Qui donc oserait fixer au pape les bornes de la justice et lui tracer la limite où doit s'arrêter l'indulgence , quand l'intégrité de la foi et la pureté de la morale ne sont pas en danger (6) ?

Mais , d'un autre côté , quelle vigilance pour donner au pape tous les avis qui peuvent éclairer sa concience et lui épargner des décisions , qu'il serait le premier à regretter ! Ives renseigne le souverain Pontife sur les personnages qui se rendent à Rome pour plaider leur cause ou défendre les intérêts de leurs commettants: il recommande à la bienveillance du pape ceux qu'il en croit dignes (7) et il le met en garde contre l'hypocrisie des autres (8). Il veut enfin que le juge suprême connaisse toujours à fond les hommes et les choses, pour que la calomnie soit confondue, pour que la sagesse des décisions rendues ne permette jamais à la malveillance de dénigrer les intentions ou les actes du Saint Siège (9).

Irréprochable au point de vue doctrinal , Ives de Chartres a eu

(i) Ep. i35. — (2) Ep. 89. — (3) Ep. 75. — (4) Ep. 233. - (5) Ep. 236. - (6) Ep. 214. — (7) Ep. 254. — (8) Ep. 46. — (9) Ep. 54.

dans la pratique quelques moments de défaillance. A quel homme, si vertueux et si éclairé qu'il puisse être , n'est-il pas arrivé de se laisser aveugler, dans une question où l'intérêt personnel est en jeu, ou de prendre pour les conseils de la modération, à l'égard d'un coupable chéri, les suggestions d'une amitié trop indulgente ? Ainsi s'expliquent certaines expressions d'Ives de Chartres, parfois assez mordantes à l'adresse du pape (i), parfois aussi plus que complaisantes pour les projets d'un candidat ambitieux, repoussé parla cour de Rome (2). Ainsi encore doit s'expliquer la regrettable lettre, où le roi de France, Philippe P% est engagé à prendre, vis-à-vis du légat des Gaules, une attitude qui n'est pas précisément celle de la docilité (3). Ce n'est là du reste qu'un incident de la lutte mémorable, qui mit aux prises l'auteur du Décret et Hugues de Lyon. Nous allons faire connaître ce conflit retentissant, en traitant des rapports d'Ives de Chartres avec les représentants du pouvoir pontifical.

Page 1