CHAPITRE III
SOCIÉTÉ ECCLÉSIASTIQUE (suite).
SIMONIE ET CLÉROGAMIE.
Nous venons de signaler les deux plaies qui faisaient le plus de ravages dans l'Église : la vente au plus oflrant des bénéfices ecclésiastiques et Timmoralité de ceux qui les acquéraient à prix d'argent. Le désir d'apporter remède à ces maux était le véritable motif de l'interdiction ponée par Grégoire VII contre les investitures laïques. N'était-il pas diflScile, en effet, à un prince cupide de résister à l'appât de Tor, et à un clerc simoniaque de vivre dans la continence ?
La simonie, frappée d'une première condamnation dans la personne du malheureux qui a donné son nom à ce trafic sacrilège (4), n'avait jamais disparu complètement de TÉglise et
(i) Ep. 157.
(2) Ep. 154,
(3) Ep. 149, i53.
(4) Act. Apost.y VIII, J3-24.
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avait été condamnée par les conciles à diverses reprises (i). La situation, faite aux évêques et aux abbés par le régime social du Moyen-âge, favorisa singulièrement l'extension d'un mal, qui trouve dans le cœur humain un aliment si facile. Dans le courant du XI* siècle, le désordre était arrivé à son comble. L'avarice avait tellement aveuglé les princes, qu'ils ne songeaient plus qu'à trafiquer des choses saintes et qu'ils vendaient au poids de Tor leur consentement aux élections épiscopales ou abbatiales; de leur côté, les pasteurs étaient d'autant moins propres à remplir convenablement leur ministère qu'ils étaient entrés dans le bercail par la porte de la simonie.
« En vain , dit Raoul Glaber, la voix des saintes Écritures tonne en maint endroit contre une pareille insolence : ce désordre devient de plus en plus fréquent à tous les degrés de la hiérarchie. Les rois, qui devraient choisir avec tant de discernement les ministres de la religion, se laissent corrompre par les présents et regardent comme le plus apte aux fonctions sacerdotales et au soin des âmes celui dont ils espèrent tirer la plus grosse somme. Aussi ce sont les hommes les plus audacieux, les plus gonflés d'orgueil^ qui s'emparent de toutes les dignités ; ils redoutent peu de se montrer négligents dans l'exercice de leur charge pastorale, car ils ont plus de confiance dans les écus de leurs sacoches que dans l'assistance de la grâce de Dieu. Arrivés aux honneurs ecclésiastiques, ils ne songent plus qu'à s'enrichir, et ils vendent aux autres, ce qu'ils ont eux-mêmes acheté (2). »
Les anathèmes de Grégoire VU, renouvelés au concile de Clermont (3), arrivaient donc à temps; ils répondaient d'ailleurs aux vœux des plus saints personnages, et devaient avoir, non sans lutte, il est vrai (4), la plus heureuse influence pour la
(i) Notamment en 1049 par Léon IX, et par Grégoire VII , dans plusieurs conciles romains.
(2) Raoul Glaber. Hist, Francorum, 11^ ch. 6.
(3) Tenu par Urbain II, en 109 5.
(4) Au conciliabule de Paris, tenu en 1074, les partisans de la réforme des clercs furent indignement maltraités.
— I07 — réfonne des clercs. Le mal n'était pas toujours facile à constater. Si quelques simoniaques éhontés se vantaient publiquement d'avoir dans leur bourse de quoi tenir en échec le droit canon (i), la plupart s'enveloppaient prudemment du mystère, et le coUateur d'un bénéfice entrait lui-même dans ces vues, en ne se faisant solder le prix de la vente qu'après la consécration du nouvel évêque ou la bénédiction du nouvel abbé (2). De cette façon, les deux coupables pouvaient jurer, au moment de la collation du bénéfice, l'un n'avoir rien reçu, l'autre n'avoir rien donné. Cette grossière supercherie, reposant sur un fait matériellement vrai, suffisait à tranquilliser des consciences qui étaient loin d'être scrupuleuses. Aussi, pour arriver à saisir le délit, la jurisprudence relative au témoignage avait été modifiée. Dans tout autre cas, la déposition d'un témoin n'était pas reçue par rapport aux crimes, dont il s'était lui-même rendu coupable ; mais dans les questions de simonie, on admettait à témoigner même les simoniaques. Le clerc, convaincu de simonie, était déposé et excommunié ; mais comme l'ordination est néanmoins valide, le coupable, après avoir fait pénitence, pouvait être admis de nouveau à exercer les fonctions de son ordre (3). Quant à l'évêque prévaricateur, qui avait prêté son ministère pour conférer un ordre quelconque à un simoniaque, il perdait à tout jamais le droit de remplir un office qu'il avait si indignement profané (4).
Nous avons eu l'occasion d'admirer la vigueur déployée par Ives de Chartres pour extirper la simonie de son diocèse (5). Il n'en fut pas toujours récompensé. Son zèle lui valut même plusieurs fois la haine de ceux qui se vengent de la sainteté, à laquelle ils ne peuvent atteindre, en poursuivant les saints de leurs outrages; de ceux aussi qui devenaient les adversaires des simonia-
(i) Ep. 66.
(2) Ep. 68.
(3) Ep. 224.
(4) Ep. 27.
(5) Ep. 271, 284, 285. etc.
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ques, parce qu'ils ne pouvaient eux-mêmes pratiquer la simonie à leur profit. Quand il voulait faire disparaître de son Chapitre certaines coutumes entachées de simonie , Ives rencontrait des résistances, dont sa fermeté ne parvenait à triompher qu'au prix des plus grands efforts; et s'il fermait les yeux sur certains abus, dans la crainte que le remède ne fût pire que le mal, il se voyait dénoncé comme auteur de la simonie. H se défendit de ce reproche auprès du légat, Richard d'Albano, avec une certaine vivacité, « Si tous les abus n'avaient pas été déracinés dans l'Église de Chartres, pouvait-on raisonnablement s'en prendre à la tiédeur ou à la lâcheté de l'évêque ? Ives avait-il jamais transigé avec sa conscience dans cette question? ne s'était-il pas efforcé toujours de protéger ses clercs contre la lèpre hideuse de la simonie et de l'incontinence (i) ? »
L'Église romaine a toujours exigé le célibat de ses ministres. Si le sacerdoce catholique , aux premiers siècles de l'Église , s'est recruté en grande partie parmi les hommes engagés dans les Uens du mariage, c'était une nécessité transitoire; de plus, c'était à la condition que le nouveau ministre des autels renoncerait désormais à la vie conjugale (2). Qu'il y ait eu à certaines époques des infiractions à cette règle, nous ne songeons pas à le contester; mais il faut en chercher la raison dans le malheur des temps. En tout cas, la papauté ne peut en être rendue complice, puisqu'elle a toujours réclamé contre la violation du céUbat, toujours travaillé à maintenir et à restaurer sur ce point la pureté de la discipUne. L'Église grecque, pour s'être écartée de cette sévérité, a vu tomber dans la dégradation la plus profonde son triste sacerdoce, avili par les préoccupations de l'existence matérielle, déshonoré par les scandales des ménages presbytéraux. Dans l'Église latine, où il y eut bien des heures de faiblesse, les papes consentirent quelquefois à garder le silence, jamais à consacrer par leurs décrets le mariage des prêtres. Pour
(i) Ep. i33.
(2) Tel est renseignement de tous les Pères, soit de l'Église grecque, soit de l'Église latine. — Guyot, La somme des conciles, t. I. p. 5,
ce qui concerne la France , particulièrement à l'époque qui nous occupe, l'invasion des Normands jeta dans les rangs de la milice sacerdotale un trop grand nombre de prêtres, et même d'évêques, peu soucieux de se montrer fidèles au grand devoir de la chasteté sacerdotale. Entrant dans les saints ordres, sans quitter leurs femmes, ou même contractant mariage après leur ordination, ils voyaient croître avec orgueil leur opulente lignée. Plusieurs, non contents de fouler aux pieds la loi du célibat, prétendirent autoriser doctrinalement leur conduite, et donnèrent ainsi naissance à une hérésie , dont les soutenants portèrent le nom de Nicolaïtes ou Néophytes (i). Le concile de Reims, tenu par Léon IX en 1044, fulmina l'anathème contre ces prétentions trop peu ecclésiastiques : un des canons rappela à la pratique de la continence même les prêtres qui étaient engagés dans les liens du mariage. Cette prescription, étendue plus tard aux diacres , devint enfin obligatoire à partir du sous-diaconat (2).
La clérogamie ne pouvait échapper à l'œil et aux coups de Grégoire Vil. Il commença par renouveler (3) les décrets déjà promulgués contre l'incontinence des clercs; puis, s'adressant aux fidèles eux-mêmes, il leur défendit d'entendre la messe d'un prêtre marié, ou de recevoir les sacrements de sa main, sauf le cas d'extrême nécessité (4). Le vide ne tarda pas à se faire autour des clérogames ; il arriva même dans certaines villes, à Milan, par exemple, que le peuple témoigna par des violences sa colère et son mépris pour les réfiractaires. Mais ce qui prouve surtout combien avaient porté juste les décrets contre les clérogames et les simoniaques , c'est que l'anti-pape Wibert lui-même
(i) On lait remonter l'hérésie des Nicolaïtes à Nicolas, Tun des sept diacres de TÉglise primitive. On leur donna, au Moyen-âge, le nom de Néophytes, parce que cet abus se propagea surtout parmi les Normands nouvellement baptisés. Orderic Vital, Hist. ecclés* 1. V,
(2) Concile romain de 1049.
(3) Au concile romain de Tan 1074.
(4) Cette prohibition déjà portée par Léon IX, Nicolas II, Alexandre II, fut ensuite renouvelée par Urbain II et Pascal II.
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(Qément III) et ses adhérents, ne crurent pas pouvoir se dispenser de flétrir ces désordres, dans leur conciliabule de Rome tenu en 1089 : c'était donc à leurs yeux une réclame populaire (i).
Les évêques, vraiment dignes de ce nom, se mirent à l'œuvre pour délivrer l'Église de la gangrène qui la rongeait depuis trop longtemps. Ce n'était pas toujours une cure facile, et le médecin, assez courageux pour l'entreprendre, rencontrait souvent, de la part du malade comme aussi de son entourage, des résistances insurmontables : témoin Foulques, évêque de Beauvais, dont les déboires étaient racontés à Urbain II par saint Anselme , encore abbé du Bec. Anselme lui-même, devenu archevêque de Cantorbéry, eut à lutter contre Henri P', couvrant de sa royale protection les prêtres simoniaques et clérogames. Ives de Chartres ne se laissa intimider ni par les difficultés de la réforme , ni par l'opposition des intéressés. Autour de lui, il ramena les clercs, autant qu'il lui fut possible, à l'observation de la continence et fortifia par ses exhortations les hésitations des faibles ; au loin, il prodigua sqs avis aux coupables et soutint de ses conseils les réformateurs. Écoutons ce qu'il disait à un jeune évêque, Hugues de Soissons : « Absorbé par la multitude des affaires, je n'ai pu écrire à votre » Fraternité aussi longuement que je l'aurais voulu. Je vous » dirai plus sûrement à Toreille ce que je n'ose confier à une » lettre. En attendant, je vous conseille d'occuper votre jeunesse » à des œuvres saintes, telles que l'étude, la prière et la médi- » tation. S'il arrive que des imaginations indécentes fassent » irruption par les fenêtres des sens jusque dans le sanctuaire » de votre âme, chassez-les dès l'abord. Mais si, par suite de » votre négligence ou de de leur importunité, elles firanchissent » le seuil de votre cœur, faites en sorte que la chasteté, senti- » nelle vigilante, les oblige à une fuite honteuse. » Ce sera, continue le pieux conseiller, le moyen d'assurer à la parole du pontife Tefficacité que peut seule donner la sainteté de la vie ; et s'il faut, pour demeurer fidèle à son devoir, braver les
(i) Darras, Hist. de PÉglise, t. XXIII, p. 119.
langues médisantes, ou même souffrir la perte de ses biens temporels, Hugues n'aura qu'à marcher sur les traces de ses ancêtres dans l'épîscopat : qu'il se montre donc généreux, et s'il est tenté de faiblir, à cause du petit nombre de bons exemples qu'il a sous les yeux, qu'il n'espère pas s'en faire une excuse auprès du Souverain Juge (i). Le bruit d'une chute éclatante, d'un scandale retentissant, n'arrivait jamais à l'oreille d'Ives sans déchirer son cœur. « J'apprends, écrivait-il à l'abbé d'un » monastère, qu'après avoir passé la mer Rouge, vous êtes » rentré en Egypte ; j'apprends que vous pleurez la mort de » votre premier -né, la perte de la sainte chasteté. Votre » conduite, qui fait le sujet de mes larmes quotidiennes, est » devenue l'aliment de toutes les conversations. J'entends les » dévotes chuchoter vos tristes exploits ; les solitaires en gémis- » sent ; les monastères sont plongés dans la stupeur, et , ce » qu'il y a de plus affligeant, certains personnages s'autorisent » de votre faiblesse pour justifier leurs fautes. Que tous ces » bruits soient vrais, ou seulement vraisemblables, vous ne pouvez » rester plus longtemps sur le candélabre : profitez donc de la » première occasion pour en descendre, car ce n'est pas la » lumière, mais la fumée, que vous répandez autour de vous. » Si vous êtes coupable, votre parole ne peut plus avoir d'effi- » cacité parmi vos fi-ères : elle ne peut plus avoir d'autorité, si » votre négligence a pu fournir contre vous d'aussi tristes appa- » rences. L'orgueil, l'égoïsme vous disent peut-être qu'il suffit » d'être le premier par le rang et non par les vertus : mais » sachez que l'humble troupeau de moines confié à vos soins » ne croîtra pas sous votre conduite, qu'il décroîtra même de » jour en jour et qu'il sera bientôt réduit à néant. Sans doute, » mes conseils vous importunent, mais je vous conjure, par le » Tribunal du Juge Éternel, devant lequel il vous faudra compa- » raître, de laisser monter à votre firont une rougeur salutaire. » Évitez la compagnie des personnes suspectes, fiiyez leur fami- » liarité. Prenez garde qu'on ne vous applique cette parole du
(i) Ep. 42.
» prophète : Fous vous êtes fait un visage de courtisane : vous ne » save:^ plus rougir (i). Si je vous tiens ce langage, ce n'est pas » que je veuille vous humilier : je vous fais entendre les aver- » tissements d'un père au plus cher de ses enfants, afin que » vous preniez souci de votre propre salut, et que vous n'alliez » pas, par de mauvais exemples, mettre en péril l'innocence des » simples (2). »
Si la contagion ne respectait pas même des asiles qu'on aurait pu croire inviolables, si elle ravageait les monastères, elle épargnait encore moins le clergé séculier; et les évêques se voyaient parfois impuissants à l'arrêter, même au seuil de leur Chapitre. Tel était le cas de l'archevêque de Sens, Daimbert, dont les admonitions étaient méprisées par l'un de ses chanoines , triplement scandaleux (3). Ives engagea le prélat à ne pas reculer devant les obstacles, à poursuivre vigoureusement les coupables et à s'assurer le concours de plusieurs suffragants, pour donner à son jugement plus de solennité et plus de poids à sa décision. Galon, évêque de Paris, qui avait pris conseil d'Ives pour sortir d'une difficulté semblable, en reçut la réponse que voici : « Vous me consultez » à propos d'un chanoine de votre Église, qui vient de con- » tracter mariage, malgré votre défense. Je n'ai sur cette ques- » tion aucun document qui vous soit inconnu, si vous voulez » compulser avec soin vos archives. Voici néanmoins la décision » que je me donnerais à moi-même, s'il se trouvait, parmi les » clercs placés sous ma conduite, un prêtre embarrassé dans les » chaînes du mariage. Je regarde comme certain que le sacre- » ment de mariage est valide (4) ; mais le clerc qui , foulant
(1) Jérémie, ch, III,
(2) Ep. 29.
(3) Duo scorta sibi copulavit, et tertiam pellicem, cul matrimoniales tabulas faciat, jam sibi prseparavit. Ep. 200.
(4) C'est en 1 148 seulement que la réception des ordres majeurs fut proclamée empêchement dirimant par Eugène III, au concile de Reims. Cette doctrine fut renouvelée et sanctionnée par le concile de Trente , session XXIV, canon 9.
» aux pieds la chasteté ecclésiastique, est descendu d'un degré » supérieur à un état inférieur, doit perdre les émoluments de » la milice cléricale. Votre Dilection ne peut ignorer que, si » quelqu'un passe de l'état laïc à l'état ecclésiastique, ce n'est » pas pour se vouer aux soins du mariage, mais aux divins » combats. Aussi le prélat conséctateur dit-il aux ordinands : » Voici la race de ceux qui cherchent le Seigneur (i). Il s'agit donc » de chercher, non pas une épouse, mais le Seigneur; car, » selon la parole de l'Apôtre (2) , celui qui combat pour Dieu » ne doit pas se jeter dans la mêlée des affaires du siècle, mais ;) s'efforcer de plaire à celui qu'il sert. Élevé de l'ordre inférieur, » la vie laïque, à l'ordre supérieur, la vie cléricale, on ne peut » plus courir après les jouissances conjugales, sans devenir » indigne des honneurs et des avantages du sacerdoce, que l'on » échange, pour ainsi dire, contre de misérables voluptés. Le » ministère ecclésiastique a été institué pour offrir chaque jour » le sacrifice des lèvres, c'est-à-dire, le chant des psaumes et des » h3mines ; or, cet oflSce ne saurait être rempli par un époux, » moins désireux de plaire à Dieu qu'à son épouse, ayant d'ail- » leurs à lutter contre les séductions d'une femme et contre les » attraits des voluptés chamelles. L'Apôtre ne permet l'oflSce de la » prière aux laïcs que s'ils gardent eux-mêmes temporairement » la continence (3) ; combien ce devoir est-il plus rigoureux, à » l'égard de celui qui a mission de prier, non-seulement pour » ses péchés, mais pour les péchés d' autrui ? Si les oblations » des fidèles sont destinées à l'entretien des clercs, c'est pour » que les clercs , vivant dans la continence , effacent par leurs » saintes prières les souillures contractées par leurs bienfaiteurs, » les mérites des uns obtenant ce qui est refusé aux péchés des » autres. Dans les rangs de la milice cléricale, quiconque s'abs-
(i) Ps. 23.
(2) // ad Timoth.y ch. 3.
(3) Ives nous paraît exagérer ici la portée du texte qu'il allègue : c Nolite fraudari invicem, nisi forte ex consensu ad tempus, ut vacetis orationi. » / ad Corinth,, ch. 7.
» rient de tout ce qui est défendu reçoit justement le prix de son » service; mais quiconque enfreint la discipline, doit être privé » de la solde. On trouverait donc, pour déposer les récalcitrants, » un motif sufcant dans leur esprit d'indiscipline et dans leur » résistance aux ordres de leur évêque, à qui il appartient, selon » l'Apôtre, de réprimer toute désobéissance (i). En outre, ceux » qui n'ont pour une coutume si sainte, si utile, à laquelle » l'autorité reconnaît force de loi, qu'un mépris opiniâtre et » orgueilleux, violent manifestement les règles canoniques. User » d'indulgence envers eux, c'est exposer les autres au danger. » Aussi le concile de Nicée et le concile d'Agde ne défendent » pas seulement aux clercs tout commerce charnel avec une » femme, mais la simple cohabitation, à moins qu'il ne s'agisse » de personnes qui ne peuvent donner lieu à aucun soupçon. » Tel est aussi l'enseignement des saints Pères, de saint Au- » gustin, de saint Jérôme, et de tous les Docteurs qui ont écrit » sur la vie des clercs. Je me contente d'une simple mention, » car ce sont là des autorités que vous connaissez parfaitement. » Adieu (2). »
Nous ne voulons rien ajouter à cette page magistrale, dans laquelle Ives de Chartres, outre le point de droit, établit si bien la haute convenance du célibat ecclésiastique. Ses actes répondirent à ses paroles : il prêcha d'exemple ce qu'il avait enseigné , et il usa de toute son autorité pour faire respecter ses enseignements. Par son influence au sein de son clergé, par l'appui de ses conseils, qu'il ne refusa jamais à ses collègues, il a mérité une place d'honneur parmi les restaurateurs de la discipline canonique. Il a contribué puissamment à rendre au sacerdoce catholique cette auréole virginale, qui fait encore aujourd'hui l'admiration de ses adversaires eux-mêmes.
(i) II ad Corinth.y ch. 10.
(2) Ep. 218.