‹ Essai sur l'abolition de la contrainte par corpsChapitre 15 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

En présence de tant de Codes draconiens qui, hier encore, obstinément maintenus en vigueur, n'apparaissent guère plus, aujourd'hui, qu'à l'état de spectres, on s'écrierait volontiers comme le compagnon du Dante, à l'aspect des ombres de certains personnages : ff Ils dédaignèrent la miséricorde et la « justice; ne parlons plus d'eux, mais regarde et « passe ^ . »

« Misericordia e giusiizia gli sdegna : non ragionam di lor, ma gnarda e passa. Inferno, C. m.

PREFACE. XXXllI

Néanmoins, ce serait s'abuser étrangement que de se croire autorisé à désormais passer sous silence le régime qui succombe. En effet, la légitimité de la contrainte par corps est, comme on Ta déjà dit, l'un de ces problèmes dont la solution ne peut pas être plus déBnitivement décrétée par une loi d'abolition qu'elle ne l'avait été par une loi de maintien. Cette solution ne résultera jamais que de l'acquiescement des consciences et des convictions éclairées par la discussion spéculative. Il faut dès lors que celle-ci continue avec toute liberté. Sans son secours et en l'absence de la lumière qui toujours jaillit du choc des opinions et des idées, l'autorité morale, sanction par excellence de toute loi œuvre des hommes, risquerait de faire défaut à la réforme entreprise. La lice doit donc demeurer ouverte. Les discussions qui, l'an dernier, firent échouer cette réforme en Belgique, ont d'ailleurs permis de se faire une idée de toute l'àpreté que relient à l'usage de ses manifestations orales ou écrites l'opinion conservatrice de la contrainte personnelle.

Dans l'enceinte du Corps législatif et du Sénat français, le débat ne perdit jamais un seul instant la gravité et l'élévation que comportait le sujet.

Mais il n'en avait pas été de même dans la plupart des publications qui, depuis longtemps, s'étaient succédé pour la défense du régime existant.

Ainsi, par exemple, désespérant de voir accepter sans réplique la justification de la contrainte personnelle par le délit civil, théorie importée des écrits de Pothier dans le Code Napoléon, M. Troplong, luimême, se prit à déclarer ses contradicteurs plongés

dans les ténèbres Cimmériennes.

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