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CONSIDÉRÉES AU POINT DE VUE DE L'ACCOUCHEMENT PHYSIOLOGIQUE

Nous avons remarqué que l'accouchement physiologique n'est pas le résultat d'une seule condition, mais de plusieurs, et c'est le plus ou moins de ces conditions favorables qui fait que la fonction est plus ou moins naturelle. Pour l'état général, elles dépendent principalement du développement du corps, de la constitution, de la santé, de l'âge, de la manière de vivre, du

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caractère et d'autres points sur lesquels l'accoucheur n'a guère de prise, car il n'est ordinairement appelé qu'au moment du travail, (les résultats, cependant, ne sont pas irréalisables, quand surtout on s'y prend de longue main, comme le fait la nature elle-même. L'éducation de la jeune fille nous en fournit le moyen ; malheureusement, dans les villes surtout, cette éducation est peu favorable aux conditions de la maternité et surtout à celles de l'accouchement physiologique.

§ 2. — Soit que l'enfant reste à la maison, soit qu'on la place dans une pension, elle se trouve enfermée dans des appartements privés de la lumière directe du soleil ; presque toujours assise ou occupée aux travaux de l'esprit ou à ceux de l'aiguille , elle met son cerveau à la torture pour s'acquitter des devoirs qu'on lui impose ou pour ne pas rester en arrière de ses compagnes. L'étude du piano, quelques pas de danse et une ou deux promenades dans le courant du mois, sont les seuls exercices qu'on lui accorde pour favoriser le développement de son corps. A peine si, dans le jour, elle va quelquefois respirer le grand air dans une cour encaissée ou dans une locahté semblable, et par-dessus tout cela, sa poitrine est serrée par un corset qui est aussi funeste aux fonctions des organes du thorax qu'à ceux de l'abdomen.

Si quelquefois on fait prendre de Texercice aux jeunes filles des pensionnats, ce sont des promenades ou des jeux obligés et égaux pour chacune d'elles, de sorte qu il arrive souvent que ce qui est distraction pour l'une est fatigue pour l'autre. De là quelques accidents.

Nous aurions pu faire ce tableau encore plus sombre; mais c'est assez pour expliquer l'élat dans lequel sont les jeunes personnes lorsqu'elles sortent du pensionnat pour recevoir l'éducation domestique de la mère. Souvent même elles quittent la pension pour se marier aussitôt.

Parmi ces jeunes filles, il peut y en avoir de robustes;

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mais le plus souvent vous voyez chez elles une peau blanche el transparente, c'est à peine si une teinte rosée se peint sur leurs joues et sur leurs lèvres ; souvent elles ont les chairs molles, pâles et à demi bouffies ; elles sontchloro-anémiques, ou bien elles ont les membres grêles, et les traits effilés d'une femme bien plus avancée que leur âge.

Leur menstruation, quoique établie de bonne heure, languit, ou elle est accompagnée de douleurs et d'autres phénomènes nerveux, et a souvent besoin des secours delà médecine. Elles ont déjà les goûts difficiles d'une grande dame. Comme elles font peu de pertes, elles mangent peu pour leur âge ; elles ne peuvent prendre que des choses de facile digestion, et déjà leur tube digestif est malade ou paresseux.

Si l'on examine le système osseux de ces jeunes personnes, qui sont âgées de quinze à dix-sept ans, on le trouvera grêle; la poitrine est étroite et le bassin peu développé.

Il est vrai qu'elles seront fort instruites, elles auront des talents d'agrément , elles se tiendront avec honneur dans un salon ; leur présence d'esprit, la régularité de leurs traits, la finesse de leur taille, le goût de leur mise, tout sera fait pour charmer les spectateurs : mais ces jeunes femmes n'ont pas toutes les qualités pour devenir mères, et surtout pour avoir un accouchement physiologique naturel.

§ 3. — Si, avec cette lenteur dans le développement du corps, on observait une lenteur proportionnelle dans la vie de l'utérus, on pourrait attendre de l'âge un développement suffisant; mais la conversation des compagnes, la lecture des petits romans, la fréquentation des spectacles et des bals, tout cela porte tellement à l'imagination, que la vie utérine semble se développer d'autant plus que les forces générales de la vie languissent. La puberté est pour la jeune fille d'autant plus précoce, que celle-ci est plus civilisée, comme on le dit.

Passe encore si elle devait renoncer à être mère ; mais à

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qui est-il donné d'imposer silence à la voix de la nature! Aussi, cette jeune femme se marie-t-elle sans avoir la force de supporter les charges du mariage. Elle est assez souvent stérile, ou elle avorte avec facilité ; et si elle porte la grossesse à terme, elle est presque dans l'impossibilité d'avoir un accouchement physiologique naturel. L'utérus, prenant part ici à la sensibilité générale, se contracte souvent prématurément, et chasse le produit avant terme; ou bien , fatiguée par des troubles nerveux dans les premiers temps de la grossesse, la femme s'affaiblit, et écoutant ensuite l'inertie à laquelle elle est naturellement portée, elle finit souvent par passer sur un fauteuil les derniers temps de sa grossesse.

Les douleurs commencent , et son excessive sensibilité la met bientôt dans un état de crainte et de spasme qui peut aller quelquefois jusqu'à occasionner des troubles nerveux assez prononcés.

Le col utérin, restant surtout resserré par suite de la vie oisive de la femme pendant la grossesse, ne cède guère aux premières contractions utérines etprolonge le travail. L'étroitesse assez fréquente du bassin et bien d'autres causes viennent ajouter à la difficulté; de sorte qu'ici où le travail aurait besoin d'être plus court et plus facile, il est au contraire plus long et plus douloureux. De là, si on l'abandonne à la nature, comme on le fait, les conséquences fâcheuses des couches et un ébranlement général qui prend presque toujours le caractère d'une maladie.

Cette femme aura peu de lait, quoiqu'elle ait la fièvre qui accompagne la sécrétion de ce liquide. Si, ouvrant son cœur aux sentiments de la maternité, cette femme veut allaiter, elle est bientôt amaigrie , a des tiraillements de poitrine ou d'estomac, et d'autres indispositions; alors si elle ne veut pas détériorer complètement sa santé et celle de son enfant, elle est obligée de renoncer à l'allaitement. Si ses forces lui permettentde le continuer, elle aura souvent des qualités qu'on ne voudrait pas trouver dans une nourrice mercenaire. Bon

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nombre de ces qualités, il est vrai, peuvent être indépendantes de sa volonté, d'autres peuvent être même de sa part un trait de vertu ; mais, doit-on le dire à la honte de l'humanité, il y a des femmes qui ne voudraient pas allaiter dans la crainte d'altérer trop tôt leur fraîcheur, pour ne pas se priver d'aller dans le monde , ou pour ne pas avoir leur sommeil dérangé ! Elles renoncent ainsi volontairement, et quelquefois par pur esprit de vanité, à un sentiment qui est si doux, même aux animaux les plus sauvages !

Un simple accouchement ébranle plus cette frêle machine que cinq parturitions n'agissent sur une femme de la campagne chez laquelle l'accouchement sera physiologique. Heureusement pour la femme de la ville, elle perd ordinairement bientôt la faculté de concevoir : la fécondité va en raison inverse de notre civilisation. Mais tout ne s'arrête pas à l'accouchement. Les efforts qu'a dû faire la femme, et surtout ceux de l'utérus, entraînent assez souvent des accidents; ils causent des maladies de matrice aiguës ou chroniques, et laissent surtout le système nerveux dans une susceptibihté qui se réveillera ensuite à la moindre occasion.

Si, quittant la mère, nous nous arrêtons sur l'enfant, nous le voyons bien grêle, et qui sait si la mère, avec son tempérament lymphatico-nerveux, ne lui a pas communiqué le germe de la scrofule, du tubercule ou des maladies convulsives !

§ 4. — On ne doit pas s'étonner si, avec de pareilles conditions, l'accouchement devient redoutable, et si les générations nouvelles se ressentent de la faiblesse de leurs parents.

Ces femmes et ces enfants, il est vrai, peuvent vivre et vieillir même à force de soins, mais leur vie est presque une continuelle indisposition. Ils seraient incapables de supporter la moindre fatigue : ils sont comme ces beaux vases très fragiles qu'il faut garder sous verre , car le moindre usage peut les mettre en pièces.

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Est-ce là le but de la nature, elle qui, comme nous l'avons vu, a fait la femme apte à concevoir de seize à quarante-cinq ans, elle qui lui permet défaire cinq, dix, quinze accouchements physiologiques, et qui lui laisse encore plus de vingtans d'existence?

Cette grande diversité entre les résultats de notre civiHsation mal dirigée et le véritable but de la nature tient au défaut surtout de l'éducation qu'on donne aux jeunes filles , et qui est presque exclusivement destinée à stimuler leur système ner veux, déjà naturellement si développé chez elles, au détriment des autres systèmes de l'organisme.

Voyons ce qui se passe dans le sexe masculin, et ceci n'est pas perdu pour la fonction de la reproduction qui nous occupe.

Lorsque l'homme, par la naissance ou par l'éducation, a le système nerveux très développé au détriment des autres systèmes, il se fait remarquer par l'activité et l'étendue de son intelligence. S'il reste dans le vrai, il devient souvent un génie ; s'il s'en écarte, il est exagéré et va quelquefois jusqu'à la folie.

Tandis que l'homme est apte à la reproduction de seize à soixante-dix ans, celui chez lequel il y a un développement exclusif du système nerveux perd ordinairement de bonne heure la faculté de la reproduction, et s'il peut procréer, il ne donne le jour qu'à des êtres grêles, souvent malades, ou même bornés pour les facultés intellectuelles.

On dirait que la force de la vie chez ces hommes s'est épuisée dans le développement de leur système nerveux. La génération est un puits où se noient les facultés intellectuelles de l'homme, et oij l'on ne voit surnager que les forces de la santé et de la vie; nous transmettons à nos enfants plusieurs de nos maladies, notre santé, et une activité vitale qui va leur donner souvent jusqu'aux traits de notre corps ; nous ne leur transmettons pas nos connaissances ni môme notre aptitude intellectuelle, et, comme nous venons de le dire, on voit même souvent un effet contraire. Ainsi, les génies sont dignes de notre admiration;

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mais s'ils devaient se multiplier au prix de la détérioration de la génération, Tespcce humaine serait bientôt détruite. La nature a donc bien fait de leur ôter de bonne heure les désirs de la reproduction, comme elle les ôte le plus souvent aux malades, aux invalides, aux estropiés, aux vieillards, et à la plupart de ceux qui feraient dégénérer bientôt l'espèce humaine, tandis qu'elle a accru ce désir chez les personnes jeunes et robustes pour qu'elles puissent entretenir ou améliorer notre espèce. Cette amélioration est même tellement dans les vues de la nature, qu'elle a placé dans l'homme et la femme la sympathie pour la beauté des formes, et l'un et l'autre aiment de préférence les belles personnes.

Si les génies sont moins fréquents dans le sexe féminin que dans le nôtre, il n'est pas moins vrai que le développement exclusif du système nerveux pour la reproduction conduit chez ces femmes aux mêmes résultats que chez nous. Elles n'ont pas alors ad même degré que les autres les qualités nécessaires pour devenir mères. Chez l'homme comme chez la femme, il vaut donc mieux que le système nerveux etl'intelligence ne se développent pas exclusivement et au détriment des autres systèmes de l'organisme.

§ 5. — Quel est maintenant le meilleur moyen d'éviter le défaut que nous signalons ? C'est, comme nous venons de le faire entrevoir, de développer le système musculaire et le système sanguin , qui sont le véritable contre-poids du système nerveux, et par le développement de ces deux systèmes on favorise celui du squelette, qui est sj nécessaire à l'accouchement physiologique.

Le grand problème de l'hygiène n'est pas celui de faire vivre le plus longtemps possible l'homme isolé, fût-il même un génie ; mais c'est celui de veiller à la meilleure conservation del'espèce humaine sans nous priver des avantages de la civilisation.

Les divers systèmes d'organes du corps de l'homme ont une

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valeur absolue et une valeur relative. La première ne peut s'accroître dans de trop grandes proportions sans diminuer la valeur des autres et déranger l'équilibre de la santé et de la vie. Le vrai but de l'hygiène est de favoriser le développement de tous les systèmes d'organes et de veiller à l'harmonie de leurs fonctions. Lorsque cet équilibre est maintenu, la reproduction est véritablement ce puits où la vie des générations nouvelles se retrempe, tandis que, dans le cas contraire, elle est une nouvelle cause d'affaiblissement et de maladies.

§ 6. — Qu'on ne croie pas cependant que nous voulions faire des demoiselles de la ville autant de grossières paysannes ; nous aimons, au contraire, à leur voir de la grâce et de la régularité dans les traits du visage, qui est le plus souvent le miroir de l'âme. Nous aimons à les voir assez instruites pour bien diriger les affaires du ménage , et faire les délices d'un salon; mais nous leur désirons surtout les proportions et la santé de la belle femme, fussent-elles même celles d'une paysanne.

Les lois de la vie, il est vrai, ne sont pas les mêmes que les lois mécaniques, mais il n'est pas moins certain que les forces mécaniques , employées surtout pendant le développement du jeune âge et d'une manière permanente, peuvent imprimer au corps des formes qui ne sont pas celles de la nature. Nous voyons, dans certaines locahtés de la France, la constriction circulaire pratiquée sur la tête des enfants donner à leur crâne la forme d'un pain de sucre.

La constriction habituelle de la poitrine, refoulant en bas les viscères abdominaux, favorise les déplacements si fréquents de l'utérus, et, loin de fortifier la taille, l'affaiblit, car elle diminue l'énergie des muscles postérieurs du dos. Aussi une femme habituée au corset ne peut-elle se tenir longtemps droite lorsqu'elle en est privée, tandis que celle qui n'y est pas habituée se tient très bien dans cette position. Cette constriction diminue évi-

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deniment la base de la poitrine : comment alors la respiration ne serait-elle pas incomplète, lorsqu'elle est courte par l'étroitesse du thorax, courte par le repos, et incomplète le plus souvent par l'air vicié que respire la jeune fille. Or, on sait ce que peut la respiration sur la crase du sang, comme on sait ce que vaut la qualité de ce liquide pour la nutrition, les sécrétions, les excrétions, la calorification, et surtout pour la grossesse.

Nous verrons ailleurs ce que peut l'action mécanique sur le développement du bassin, si nécessaire à l'accouchement physiologique; mais, déjà nous pouvons dire que, autant l'inertie du corps contrariété développement de la charpente osseuse et fait tomber les muscles dans une espèce d'atrophie, autant l'activité favorise Tun et l'autre. Autant le petit jour des appartements donne à la peau cette blancheur presque transparente et la rend impressionnable aux vicissitudes atmosphériques , autant la lumière du soleil lui donne la couleur et le ton qui sont Temblème d'une bonne santé et facihtent ses fonctions.

Pendant que, la vie molle et oisive développe le système lymphatique et en favorise les affections, ainsi que les maladies de la charpente osseuse, la vie active donne de la prédominance au système sanguin et au système osseux lui-même.

La vie active appelle le sang à la périphérie et en opère l'égale distribution dans les diverses parties du corps, tandis que la vie oisive le fait rester de préférence dans les viscères splanchniques ; et comme l'utérus est naturellement disposé aux congestions, il est alors l'organe sur lequel se porte la plus grande quantité de ce liquide. De là les hypérémies de ce viscère, les engorgements, les déplacements, les douleurs utéro-lombaires, les pertes blanches, etc.

Autant la vie oisive et intellectuelle, enfin, favorise le développement des maladies nombreuses et bizarres du système nerveux, autant la vie active éloigne ces maladies.

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§ 7. — Qu'on laisse donc pendant le jour la jeune fille, qui est toute activité, à ses jeux, à ses sauts, à ses courses; qu'on la laisse pendant la nuit prendre tout le sommeil qu'elle veut, car c'est pendant ce repos que se font surtout la véritable réparation et le véritable accroissement ; qu'on ne se hâte pas d'occuper son esprit, ou qu'on l'occupe, du moins, d'une manière très légère. Ce sont les méthodes d'enseignement qu'il faut perfectionner, et qui, bien imaginées et bien appliquées, feraient faire plus de progrès en un an à une fille de huit à dix ans, qui est capable de bien saisir ce qu'on lui a dit, que les méthodes ordinaires n'en font faire en deux ans avant cet âge. Il est vraiment extraordinaire devoir des maîtresses de pension et des parents exiger des pauvres enfants le bon sens et le raisonnement d'une personne adulte. La plus petite étourderie, si naturelle à cet âge, est suivie de réprimandes et de punitions; on veut que cette enfant soit vieille avant d'être jeune. La vivacité, qui, à cet âge, profite autant au corps qu'à l'esprit, est ainsi étouffée pour l'un et pour l'autre.

Les autorités devraient veiller, autant que possible , à ce que les maisons d'éducation eussent des appartements bien aérés et largement éclairés , mais surtout un vaste jardin où , à diverses heures du jour, les jeunes filles pussent faire des exercices choisis avec intelhgence pour leur développer la poitrine et le bassin. Quoique moins bien partagée que l'homme quant à l'ampliation de la poitrine, la femme doit cependant tirer de là la force de sa santé et de sa constitution. Le cœur et le poumon sont les principaux instruments de la santé et de la vie. Qu'on laisse donc le corset aux femmes mal conformées ou chargées de trop d'embonpoint. La beauté de la taille ne consiste pas dans sa finesse, mais dans ses justes proportions avec le reste du corps. Le perfectionnement des corsets ne sera pas poussé assez loin, tant qu'ils renfermeront des ressorts et des baleines, et si tant est qu'on veuille des

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corsets, ils seront toujours nuisibles s'ils ne sont pas assez élastiques pour permettre la libre expansion de la poitrine. On développera, au contraire, le thorax de la jeune fille par le chant, par la déclamation à haute voix et par les exercices qui exigent des efforts successifs. On développera son bassin par l'activité des membres inférieurs, comme nous le verrons plus loin. Il faudra la nourrir, non avec des friandises, qui plaisent, il est vrai, à cet âge, mais avec des aliments toniques, et surtout des viandes rôties; on lui donnera aussi à boire un peu de vin. On l'habituera de bonne heure à Tordre et à la propreté, autant que le permet son âge. Pendant l'hiver, elle portera de la flanelle sur la peau, et surtout on ne lui fera jamais quitter ses caleçons.

L'année scolaire ne devra pas être de onze mois, mais de huit ou neuf, et pendant les chaleurs énervantes de l'été les jeunes filles demeureront autant que possible à la campagne. C'est là surtout que, jouissant d'une pleine liberté, elles se retrempent à l'air, à la lumière et à l'électricité atmosphérique; et si, pour la rentrée des classes, elles ont oubhé quelques leçons, en revanche elles auront gagné cent fois plus de forces et de santé. Les bains de mer, qui affermissent si bien la constitution, remplissent doublement l'indication que nous venons de signaler .

§ 8. — Lorsque les demoiselles ont achevé leur éducation et qu'elles rentrent pour quelques années dans la maison paternelle, il ne faut pas que les parents les mènent aux théâtres, aux bals, où tout parle à leur imagination. Rien ne forme les jeunes filles comme les visites d'étiquette et la fréquentation des personnes honnêtes et polies. Ces visites sont même préférables aux visites fréquentes d'intimité : faites sous les yeux des parents, elles apprennent aux jeunes personnes à se présenter en société avec aisance et avec grâce. Ce n'est pas l'illusion qui les éblouit alors, c'est la réalité qui parle à leur esprit; ce ne sont pas les penchants qu'elles écoutent, mais les devoirs.

On ne conduira pas les jeunes filles exclusivement dans les

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lieux fréquentés par le public; mais, quand le temps sera beau, on les mènera au moins deux fois par semaine à la promenade, soit à pied , soit à cbeval ou en voiture, dans des lieux élevés ou bien aérés ; là elles pourront se distraire par des exercices ou par la contemplation des beautés qu'offrent l'art et la nature.

La mère, loin de conserver un air impérieux et sévère devant ses filles , devra captiver leur amitié en même temps que leur estime. C'est là un des plus beaux rôles de la mère de famille, et parce moyen elle pourra également bien diriger le pbysique et le moral de ses filles.

Obtenant d'abord d'elles toute sorte de renseignements, elle veillera plus facilement à la régularité de leurs fonctions naturelles, et surtout à celle de la menstruation , pour y apporter remède, s'il le faut, en temps opportun. Mais, de plus, cette confiance la rendra maîtresse du caractère de ses filles ; caractère qui, bien ou mal dirigé, influe non-seulement sur la vie intime et les rapports sociaux, mais encore sur la santé, et plus tard sur la grossesse, l'accoucbement et l'éducation de la famille.

On a trop souvent confondu, en effet, l'éducation intellectuelle avec l'éducation morale. La première développe les connaissances et marche en raison directe du système nerveux ; l'éducation morale, au contraire, nous rend maître de notre volonté pour la soumettre au devoir, et pour qu'elle soit bonne, U n'est pas toujours nécessaire de posséder un grand savoir; la politesse elle-même n'est qu'une extension de la morale à des devoirs sociaux du meilleur goût. Une demoiselle qui n'aurait reçu qu'une éducation intellectuelle, malgré son instruction et son esprit, serait souvent capricieuse, irritable, orgueilleuse, souvent même volontaire, ou exagérée dans ses idées; et si parfois elle plaisait, ce ne serait que par boutades, souvent même elle indisposerait contre elle les personnes qui Tentourent. Elle se rendrait malheureuse même par les contrariétés qu'elle éprouverait à la moindre occasion , et si son caractère

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n'était pas modifié par l'éducation morale, elle verrait bientôt sa santé s'altérer par les maladies aussi nombreuses que bizarres du système nerveux.

Or, nous l'avons déjà dit, et nous aurons souvent occasion de le répéter, le développement outré de ce système est peu propre à favoriser les qualités physiques et morales de la maternité. Autantl'éducation intellectuelle augmente souvent les inconvénients dont nous venons de parler, autant l'éducation morale les soumet et les efface. Esclave de ses devoirs, docile sans bassesse , la femme trouve alors de la patience là où la force lui fait défaut. Toujours modeste, elle est d'un caractère uniforme, elle calme de son esprit se traduit dans son corps par la régularité de toutes les fonctions. Cette femme, qui peut n'avoir ni beaucoup d'instruction ni beaucoup d'esprit , rend néanmoins agréables tous les rapports qu'elle a avec sa famille et toutes les personnes qui la fréquentent. Cela, sans doute, ne constitue pas toutes les qualités de la maternité, mais c'est par l'éducation morale que les demoiselles des villes et des classes aisées peuvent corriger, jusqu'à un certain point, l'excessif développement de leur système nerveux.

C'est précisément après s'être rendue maîtresse de l'esprit de sa fille, que la mère pourra achever l'éducation morale que celle-ci a déjà dû recevoir dans les pensionnats. Elle trouvera alors par le seul moyen de la douceur assez de docilité dans sa fille pour n'en appeler jamais en vain à ses devoirs et à sa raison . Elle fera plus facilement le choix de ses lectures, elle la formera sans peine à la simphcité et au bon goût de la toilette, ce qui est bien différent du luxe. Elle lui apprendra à plaire plutôt par ses quahtés que par les formes extérieures; elle l'initiera aussi à la surveillance et à la direction de l'intérieur de la maison , ce qui n'est pas seulement utile à Fentretien de la santé, mais ce qui convient même à des princesses; enfin, elle lui fera faire plus aisément un bon choix pour le mariage.

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§ 9. — C'est seulement lorsque la demoiselle a acquis le développement qu'elle doit à peu près conserver pour toujours, qu'on peut lui permettre de se marier. Si le développement n'est pas complet, il est ordinairement arrêté par une grossesse, et les exceptions à cette règle sont bien rares. ïl est bien plus fréquent, au contraire, de voir la femme mariée trop jeune, après la premiière grossesse, perdre même de la force qu'elle avait déjà acquise, et s'en ressentir pour tout le reste de sa vie.

Dans nos climats tempérés, c'est ordinairement à vingt ans que le développement est achevé. Le squelette peut être bien formé avant cet âge, mais la constitution n'est pas encore affermie, et il y a des jeunes filles chez qui elle ne l'est entièrement qu'à vingt-cinq ans. La connaissance de ces hmites est de la plus grandeutihté, non-seulement pour le physique, mais même pour le moral. La jeune femme a passé alors l'âge des premières impressions où souvent tout est illusion ou exagération, elle est capable de mieux sentir ses devoirs; elle a, en un mot, les qualités physiques et morales pour devenir une bonne mère de famille, pour mettre au monde des êtres robustes et pour faire un accouchement physiologique naturel.

Sans les qualités dont nous venons de parler, le mariage est pour elle une charge pénible et même dangereuse.

Qu'on ne sacrifie donc plus l'éducation physique de la demoiselle de la ville à son éducation intellectuelle. Quand on s'y prend . avec intelligence, on peut suffisamment développer à la fois l'une et l'autre; mais s'il fallait quelques sacrifices, nous conseillerions de les imposer de préférence à l'éducation intellectuelle.

La femme, sans doute, est un des moyens les plus civilisateurs de notre société, mais ne posséderait-elle pas beaucoup d'instruclion, qu'elle aurait toujours de la finesse naturefiedans la manière de sentir et une grande délicatesse dans l'expression de ses sentiments. N'aurait-elle, du reste, que le langage de bonne épouse et de bonne mère qui parle si naturellement au fond de

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son cœur, que ce serait toujours assez pour mériter l'estime et l'attachement dont l'homme est capable.

Nous ne couvrirons pas d'opprobre ni de blâme la femme stérile, comme le font certains peuples, car elle n'a, pour cela, rien à se reprocher. Mais nous dirons qu'une femme, quelque instruite qu'elle soit, ne sera jamais plus accomplie que lorsqu'elle remphra le mieux les conditions de la maternité, qui est sa principale mission, comme le disait le grand homme à madame de Staël.

ARTICLE II

DE l'influence qu'exercent sur l'accouchement physiologique l'hygiène et l'éducation dans les classes pauvres.

§ 1. — La classe pauvre mérite une attention spéciale, selon qu'elle habite la campagne ou la ville.

Les habitants de la campagne peuvent avoir à désirer l'éducation intellectuelle que reçoivent ceux de la ville, mais, en revanche, ils ont ordinairement des mœurs plus sévères, une alimentation presque entièrement végétale, mais saine, et ils ont surtout pour eux la santé.

Les secours médicaux qu'on trouve à la campagne sont le plus souvent incomplets et tardifs ; aussi, dès l'enfance, on commence à se ressentir de ce vide.

Il arrive, pour les gens de la campagne, ce qu'on faisait autrefois chez les Spartiates : les enfants nés chétifspérissentordinairement de bonne heure, de sorte que ceux qui restent se fortifient par la suite et deviennent robustes. Les filles mènent jusqu'à l'âge de la puberté la vie active des garçons , et le bain de lumière et d'électricité qu'elles prennent tous les jours, l'air pur qu'elles respirent par tous les pores, leur permettent d'arriver à l'âge de se marier sans avoir été exposées aux accidents qui peuvent survenir aux jeunes personnes de la classe aisée. On n'a pas à craindre ordinairement chez elles l'excès de sensibilité, ni l'appauvrissement du sang. Leur charpente

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osseuse, d'ordinaire, est bien conformée, de sorte que la grossesse et l'accouchement arrivent sans beaucoup de fatigue pour elles. C'est chez ces femmes que l'accouchement est le plus souvent physiologique pour la mère et pour l'enfant»

§ 2. — Les pauvres qui habitent les villes sont moins bien partagés que ceux des campagnes. Malgré les soins médicaux qu'ils peuvent recevoir, ils trouvent ordinairement des conditions nombreuses d'affaiblissement. Ce sont des enfants nés souvent de parents entachés de maladies vénériennes mal soignées. Ces enfants respirent dès leur naissance l'air humide et vicié d'un magasin ou l'air d'une étroite mansarde, froide pendant l'hiver, excessivement chaude pendant l'été. Soit que les filles restent tout le jour dans la maison paternelle, soit qu'elles aillent dans une salle d'asile pour recevoir un peu d'instruction, elles y trouvent le plus communément les mêmes inconvénients qui affectent la santé des filles aisées; de plus, elles sont moins bien vêtues et moins bien nourries : dans un but d'économie, on leur donne même quelquefois des aliments qui ne sont pas tout à fait sains.

La jeune fille grandit, devient pubère, et ne jouit d'aucun des avantages des filles de la campagne; elle fait peu ou point d'exercice corporel ; elle embrasse tout au plus un état qui la retient toute la journée assise ou enfermée dans un magasin. Aussi a-t-elle ordinairement le teint peu coloré, les chairs molles; elle est souvent chloro-anémique et arrive presque toujours à avoir des perles blanches. Sa charpente osseuse est grêle et son bassin peu développé. Il arrive même quelquefois qu'elle aura eu le rachitisme dans son enfance, ou l'ostéomalacie depuis qu'elle a grandi; elle a un tempérament lymphatique ou elle est scrofuleuse. Mais ce n'est pas tout, cette fille, jeune encore, est initiée à bien des secrets, et ne reste pas toujours passive à ce qui l'entoure. Quand elle deviendra enceinte, elle rencontrera tous les inconvénients des femmes riches et avec des conditions plus mauvaises -, aussi quand on abandonne à la nature la grossesse et Tac-

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couchement comme on le fait, les voit-on prendre le plus souvent un caractère pathologique pour la mère et pour l'enfant.

§ 3. — Quelles améliorations est-il possible d'apporter dans les conditions des classes pauvres au point de vue de l'accouchement physiologique? On l'a déjà pressenti, il y a peu à faire pour les femmes de la campagne, à moins qu'elles ne manquent absolument du nécessaire : la nature les seconde parfaitement; et s'il y a un défaut de soins qu'on puisse leur reprocher, c'est celui de ne pas avoir la région du bassin assez couverte et de ne prendre aucune précaution pendant la durée de l'écoulement menstruel. Il n'en est pas de même chez les filles de la ville : ici tout, pour ainsi dire, est à faire. Mais doit-on espérer que ces conditions pourront être modifiées par les parents eux-mêmes? Certainement non : ces parents ont des moyens bien insuffisants pour cela. Aussi les pauvres des villes, sous ce rapport, sont dans des conditions plus fâcheuses que ceux des campagnes, et s'ils possèdent une intelligence plus développée, ils ont en revanche beaucoup moins de santé , et souvent même moins d'éducation morale. Les conditions des classes pauvres des villes , sous le point de vue de l'éducation et de l'hygiène surtout, ne pourront être améliorées que par les gouvernements ou par la formation de compagnies ou autres corporations qui se chargeront de les diriger avec zèle et intelligence. Mais quelle que soit cette direction, elle devra porter encore plus sur l'éducation physique et morale que sur l'éducation intellectuelle, ou plutôt il faut faire marcher de front ces trois éducations quand on le peut; car, bien dirigées, elles ne s'excluent pas. C'est le moins qu'on puisse faire pour le pauvre que de favoriser son développement physique et moral, lorsque lui use ses forces et sa vie pour les besoins de la société; et là où l'hygiène et l'éducation ne pourront arriver à donner un accouchement physiologique, on y suppléera par une bonne obstétrique.

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