DE LA PRÉSENTATION DU SOMMET
§ 1. — Si, à côté des quatre présentations dont nous avons parlé, nous plaçons celle du sommet, nous trouvons, d'après les auteurs mêmes , une différence immense. Cette présentation est la plus fréquente, et l'on pourrait dire déjà la plus naturelle ; mais ce n'est pas sa fréquence qui doit la faire considérer comme telle; elle a sa raison d'être dans des causes manifestes que nous devons faire valoir.
La présentation du sommet n'est d'abord que la continuation de l'attitude naturelle dans laquelle nous avons laissé le fœtus lors de son ascension dans le grand bassin , et par conséquent c'est celle qui est la plus favorable à son développement. Cette attitude est à la fois instinctive et forcée pour le fœtus. Sa tête ne gagne pas le bas-fond, parce qu'elle est la partie la plus lourde, ou pour d'autres motifs encore moins concluants, mais parce que l'attitude de tout le corps est alors la plus naturelle. Aussi le fœtus la prend-il de préférence même cbezles femmes qui sont restées liorizontalement pendant toute leur grossesse.
La tête, qui est la partie la plus résistante du fœtus et celle où la pression est la moins dangereuse, occupe la partie inférieure. Un anneau circulaire, rembourré de parties molles et élastiques, lui sert de support, et en cas de léger déplacement, les parois utéro-pelviennes, disposées en entonnoir, sont placées de manière à l'y ramener et à en empêcher le glissement. Le reste du corps, libre dans la cavité de la matrice, peut se développer tout à l'aise; aucune partie n'est comprimée, les membres peuvent exécuter leurs mouvements avec aisance ou rester dans la demi-flexion, qui est la plus naturelle. Le cou
et le tronc conservent aisément leur incurvation. La plus grande courbure de l'arc fœtal se dirigeant du côté le plus large de l'ovale utérin, le fœtus est plus à l'aise, et les membres peuvent exécuter plus facilement quelques mouvements d'extension. Lorsque l'époque de l'accouchement arrivera, c'est la tête qui, sans se déranger, fera faire le chemin au reste du tronc; son volume et sa forme s'adaptantle mieux à la conformation de la filière que le fœtus doit traverser, le col utérin sera dilaté plus promptement. Les os dont le cerveau est recouvert mettent ce viscère àTabri des pressions auxquelles il pourrait être sujet. Lorsque le passage exige, cependant, une légère diminution dans le volume de la tête, les pièces osseuses qui forment la voûte crânienne pourront chevaucher les unes sur les autres et obtenir cette diminution sans rien altérer dans la forme, et sans nuire sensiblement à l'enfant. Les sutures et les fontanelles seront les meilleurs guides pour l'accoucheur. Le mouvement de flexion, lorsqu'il sera nécessaire, rendra l'engagement plus facile. La figure qu'offre la tête se conformant à celle du bassin, la rotation sera facile et les efforts utérins pousseront cette tête jusqu'au périnée sans avoir dérangé la flexion du fœtus, qui est la plus compatible avec l'accomplissement de toutes ses fonctions. Enfin, par un mouvement d'extension, la tête franchira la première l'orifice vulvaire pour aller au-devant de l'air qu'elle doit permettre de respirer le plus tôt possible à l'enfant. Tout ce travail se fait sans accidents, les membranes sont rompues pour livrer passage au fœtus, et cependant la tête, bouchant la cavité amniotique, conserve l'utérus assez plein d'eau pour que le fœtus n'ait pas à supporter les étreintes des contractions utérines. Le cordon n'est nullement comprimé, le placenta ne se ressent presque pas du retrait de l'utérus et reste adhérent jusqu'à la sortie complète du fœtus, c'est-àdire après que celui-ci aura respiré.
§ 2. — Si, au lieu de voir ce que la présentation du sommet
a d'avanlageux pour le fœtus, nous voulons voir ce qu'elle a de favorable pour la mère, les avantages ne sont pas moins marqués.
La grossesse est ici moins pénible, la tête en bas produit pour la femme un simple poids qui ne va presque jamais jusqu'à la douleur. La masse fœtale, offrant en bas une partie arrondie, favorise la dilatation du segment inférieur et l'effacement du col. Lorsque le travail commence, la tête est la partie fœtale la plus favorable pour dilater le col et pour s'accommoder aux formes de l'enceinte osseuse; la matrice, restée à moitié pleine, malgré la décbirure de la poche, peut se contracter avec plus de fruit et rend plus efficaces les efforts volontaires de la femme. Cette tête, séjournant moins de temps dans les détroits et dans l'excavation, expose moins à l'inflammation et à une foule d'accidents. La tête est la partie fœtale dont la forme et la consistance sont le plus capables pour dilater et pour franchir le vagin, le périnée et la vulve. La présentation du sommet enfin est celle qui, permettant le travail le plus prompt, fait le moins souffrir la femme et l'enfant.
On voit, d'après ce qui précède, la différence immense qu'il y a entre la présentation du sommet et les trois autres; aussi les résultats sont des plus décisifs. Ici il ne meurt qu'un enfant sur cinquante, même en suivant les préceptes ordinaires de l'obstétrique; tandis que dans la présentation du siège, qui est la meilleure des trois autres , il en meurt un sur quinze. La présentation du sommet , enfin , est la seule qui conduise à l'accouchement physiologique.
Peut-on balancer entre ces présentations si l'on avait le choix? Doit-on hésiter à réduire à la présentation du sommet toutes les autres, si on le peut? La réponse ne peut pas être douteuse; aussi ce sera la présentation du sommet que nous tâcherons toujours d'obtenir dans les accouchements.
ARTICLE IV