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CHAPITRE IL

DE l'influence QU'eXERCE LA GROSSESSE SUR LA MÈRE , ET DES SOINS QU'eLLE RÉCLAME.

§ 1. — iNous avons à considérer encore ici l'état général de la femme et l'état local.

Pour ce qui concerne l'état générai, le fœtus a une influence considérable, en ce qu'il vit comme parasite aux frais et dépens des matériaux de la mère, ensuite par les modifications qu'il apporte dans le système nerveux, par la vitalité nouvelle qu'il

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donne à l'utérus , par les sympathies qu'il réveille , et par d'autres modifications qui ont été très bien étudiées par les auteurs.

Pour ce qui concerne Fétat local, on voit la matrice et son contenu agir mécaniquement sur les organes qui l'environnent et en modifier les fonctions, ou les changer même ; et tout cela est plutôt utile que nuisible à la grossesse et à Faccouchement.

ARTICLE PREMIER

DE l'État général de la femme pendant la grossesse , et des soins

qu'elle réclame.

§ 1. — Le produit de la conception, avons-nous dit, a une grande influence sur la mère, parce qu'il vit et se développe aux dépens de ses matériaux, ensuite parce qu'il ajoute cà l'état de la grossesse des travaux organiques et vitaux qui n'existaient pas auparavant.

11 nous serait difficile de dire la part de forces vitales que la mère accorde à l'enfant. Mais ce qu'il y a de positif, c'est qu'elle lui fournit les matériaux nécessaires à son développement, et ces matériaux étaient cependant nécessaires à sa propre existence. La disproportion qu'il y a entre le sang des règles que la femme aurait perdu pendant les neuf mois et les produits de la grossesse, est trop grande pour que la femme ne doive y mettre du sien. Aussi, faut-il le dire, la grossesse est tout à l'avantage du fœtus. On ne peut pas conclure à une plus grande aplivité organisatrice chez la femme enceinte, par cela seul qu'on a trouvé chez elle des concrétions osseuses à la voûte crânienne, ou parce qu'on a cru trouver une certaine pléthore. Nous n'avons pas eu occasion d'étudier ces concrétions, mais il est désormais démontré pour nous, ainsi que pour quelques autres, que la pléthore est plutôt fausse que vraie. Tout au

contraire, nous voyons les femmes s'affaiblir pendant la grossesse, et il est bien rare qu'elles gagnent alors plus d'embonpoint et de fraîcheur qu'elles n'en avaient auparavant. La surexcitation nerveuse qui arrive souvent pendant ce temps est elle-même une exaltation plutôt qu'une augmentation de forces radicales ; mais entrons dans quelques détails , et la chose deviendra bien plus évidente.

§ 2. — Nous ne voulons pas aller scruter comment le fœtus peut s'emparer des matériaux de la mère pour les façonner ensuite à sa guise avant de se les approprier ; ce qui est évident, c'est qu'il se fait, lui aussi, un réservoir de matériaux ; il a une masse sanguine composée de globules, de fibrine, d'albumine, de sérum, et des autres principes qui sont nécessaires à son développement, et avec ces matériaux il fait une masse organique qui, à la fin de la grossesse, pèse 3 kilogrammes et plus. Il entraîne autour de lui une masse de liquide amniotique d'un et même quelquefois de plusieurs litres. Il organise des membranes et un placenta dont le poids va de 60 grammes à 500. La matrice, qui pesait 30 grammes à l'état de vacuité, a tellement grossi, qu'à la fin de la grossesse elle pèse 1 kilogramme.

Des sécrétions qui étaient peu marquées ou nulles avant cette époque sont maintenant très actives. Ainsi, il y a hypersécrétion de mucosités vaginales, il y a hypersécrétion le plus souvent des sucs salivaires, gastrique et pancréatique. Il y a augmentation de la glande mammaire, et préparation de la sécrétion du lait.

Outre ces travaux qu'on peut appeler actifs, il y en a d'autres passifs. Ainsi, la compression des veines du petit bassin et de la veine cave retient le sang dans les membres inférieurs, gorge les vaisseaux hémorrhoïdaux , et infiltre les organes contenus dans le petit bassin et les membres euxmêmes.

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A cette stase mécanique, si nous ajoutons l'énorme quantité de sang que contiennent les vaisseaux utérins, nous pouvons dire à priori que tout cela ne peut pas se faire sans influer sur la nutrition et les autres fonctions générales du corps. Quelles sont maintenant les ressources qu'offre la femme pour subvenir à tant de dépenses? Prend-elle plus d'aliments qu'à l'ordinaire? Tout au contraire, lés fonctions digestives se font souvent avec désordre ; elle mange peu ou ne mange que des choses peu nutritives, et chez quelques femmes l'alimentation pendant toute la durée de la grossesse est si faible, que le fœtus paraît se développer aux dépens de la propre substance de la mère.

A ces raisons des plus concluantes, il faut ajouter celles de l'hématose. Ainsi , la femme des villes surtout est portée à l'inertie, et fait ordinairement pendant la grossesse moins de mouvement qu'à l'état de vacuité. L'utérus, en se développant, refoule le diaphragme en haut et diminue un peu la cavité thoracique. Le sang, qui déjà n'était pas très riche, perd moins de son carbone et gagne moins d'oxygène. Pour surcroît d'affaiblissement, les reins, pendant la grossesse, ont de la tendance à séparer du sang l'albumine qui est un principe protéique si nécessaire à l'économie, et dont la diminution considérable dispose tant aux infiltrations séreuses et à l'éclampsie.

§ 3. — Nous ne nous étonnerons pas maintenant que les hématologistes aient trouvé que le sang des femmes enceintes est pauvre en globules, et s'il y a assez de fibrine pour que les saignées produisent souvent la couenne, cette couenne n'est pas forte comme elle le serait dans les maladies inflammatoires. Nous avons bien des raisons pour croire que Texcès de fibrine dans le sang et la présence de l'albumine dans les urines sont souvent ici sous la dépendance du peu d'activité de la muqueuse pulmonaire et de la peau , mais cette

question incidente nécessiterait beaucoup de développements, et ne peut être traitée dans ce travail. Il nous suffit de constater que la gêne de la respiration dans les derniers temps de la grossesse, et la vie oisive que mène ordinairement la femme , ne favorisent pas la consommation du carbone, tandis qu'elle a à brûler non-seulement son carbone , mais celui que lui renvoie le sang veineux du fœtus. Elle n'a pas seulement besoin d'absorber de l'oxygène pour sa propre consommation , mais pour oxygéner aussi le sang du produit.

Elle aurait donc besoin d'agrandir l'étendue de la respiration, tandis que l'étroitesse du thorax et la vie oisive surtout tendent à la diminuer de plus en plus. Nous nous étonnons qu'on n'ait pas pris en considération cette cause d'affaiblissement; mais ce qui nous étonne le plus, c'est de voir qu'on ait fait un si grand abus de la saignée chez la femme enceinte. On revient aujourd'hui, il est vrai, de cette pratique; mais comme ce point est capital dans l'intérêt de l'accouchement physiologique, nous avons besoin de nous y arrêter quelques instants.

§ A. — On a bien fait la différence entre la pléthore générale et la pléthore locale, mais il faut bien s'entendre sur cette distinction. Si l'on veut dire qu'il y a chez la femme enceinte une pléthore générale qui cause des accidents, nous répondrons qu'elle est excessivement rare. Ce qui le prouve, c'est que les femmes de la campagne ou celles des villes qui ont tous les signes d'un sang riche en globules et abondant, celles au tempérament sanguin le mieux prononcé, sont celles chez lesquelles la grossesse est la plus normale et l'accouchement le plus physiologique. Ainsi, nous le répétons, ce n'est presque jamais comme pléthore générale que le sang aura des inconvénients pour la femme enceinte; si cette pléthore existe avant la grossesse, elle sera profitable aux dépenses qu'exige

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cet état, comme nous l'avons vu. La pléthore générale est donc à désirer avant la grossesse.

Mais si elle n'existe pas avant ce temps, peut-on croire qu'elle se fasse après la fécondation ? La raison et l'observation prouvent qu'elle doit être bien rare, et il sera plus rare encore qu'elle soit nuisible.

Mais, nous dira-t-on, que signifient la fréquence et la plénitude du pouls, l'oppression, les éblouissements, l'anorexie, les maux de reins, etc., s'ils n'indiquent de la pléthore générale? Et ce qui vient le confirmer, c'est que la saignée calme ces symptômes.

§ 5. — Les congestions vers la tête, vers les poumons, vers l'utérus, et même vers d'autres organes, peuvent se faire sans la pléthore. Ces congestions sont quelquefois passives, d'autres fois actives; mais ce qu'il y a de positif, c'est qu'elles sont plutôt séreuses que cruoriques. Aussi nous voyons le plus souvent ces phénomènes chez des femmes au teint pâle. Dans ces cas, en diminuant la masse du sang, on diminue certainement la sérosité, et surtout on diminue la congestion. Dansl'éclampsie elle-même, on soulage la femme aux premières attaques, ou on les conjure par la saignée, et cependant il y a le plus souvent infiltration générale et exubérance de la partie séreuse du sang.

Ainsi, dans les cas même où il y a des symptômes de pléthore, la saignée peut être utile par la quantité relative de la sérosité qu'elle soustrait; mais s'il était possible de faire une saignée séreuse aussi prompte et aussi abondante, elle serait à coup sûr plus profitable pour la femme. Si la saignée sanguine soulage alors, cela ne prouve pas qu'il y ait pléthore générale proprement dite.

Quant à la pléthore locale des auteurs, lorsqu'elle a lieu surtout sans hydroémie, elle est presque entièrement sous la dépendance du système nerveux; aussi nous allons parler tout

d'abord de l'influence de la grossesse sur ce système avant de nous occuper de cette pléthore.

§ 6. — L'influence de la grossesse sur le système nerveux est quelquefois très grande, d'autres fois presque nuUe.

Il y a des femmes qui, au moment même de la fécondation, croient éprouver des symptômes qui leur font distinguer le coït fécondant de tous les autres. Ainsi, nous en avons trouvé qui disaient avoir éprouvé un spasme général , accompagné même de frissonnements , d'autres qui ont éprouvé une sorte d'extase voluptueuse qui leur aurait ôté même la parole pour quelques instants ; mais ces signes sont loin d'être communs et même d'être sûrs dans leurs résultats. Il est bien plus positif que des femmes s'aperçoivent de leur grossesse dès les premiers jours par quelques sensations spéciales qu'elles ont éprouvées à toutes les grossesses précédentes, et qui sont trop personnelles pour être notées dans ce travail.

Ces symptômes sont évidemment nerveux; mais, comme nous le disions plus haut, les symptômes appelés sympathiques, qui se manifestent le plus souvent du côté du tube digestif, commencent presque toujours vers la fin du premier mois pour se terminer au quatrième, c'est-à-dire qu'ils coïncident avec le séjour de l'utérus dans le petit bassin depuis qu'il a déjà acquis un certain volume. C'est cette coïncidence qui fait penser naturellement à une compression probable du grand sympathique, comme on explique par la compression les envies fréquentes d'uriner, les envies fréquentes d'aller du corps, ou la constipation. Cette comphcation nerveuse de la grossesse deviendrait ainsi expliquée en ce qu'elle est assez commune et qu'elle se manifeste même assez souvent chez les personnes les plus robustes, tandis que les symptômes nerveux qui précèdent la fin du premier mois, ou qui suivent la fin du cinquième, se manifestent plus spécialement chez les femmes d'un tempérament nerveux, ou qui sont chloro-anémiques. Quelques cas peuvent

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se présenter aussi chez les autres, tels que les dérangements causés par une mauvaise présentation, par une maladie de Tutérus, etc., mais alors ils sont exceptionnels.

L'état nerveux et l'état chloro-anémique, quoique pouvant exister séparément, se joignent si souvent ensemble et se confondent si bien , qu'il est quelquefois impossible de distinguer les caractères de chacun d'eux.

C'est dans ces cas qu'on observe le plus souvent les affections si variées qui accompagnent quelquefois la grossesse, telles que les vomissements incoercibles qui font souvent le désespoir de l'accoucheur, et qui, pouvant aller jusqu'à compromettre la vie de la femme, ne laissent même pas de traces organiques apparentes après la mort. C'est dans ces cas surtout qu'on observe les envies, le pica, les dyspepsies, le ptyalisme, la toux férine, la dyspnée, les palpitations, les syncopes, les névralgies de toutes sortes, l'altération des sens, et même l'altération des facultés intellectuelles.

§ 7. — Le développement du produit au sein de la matrice i;'éveille les sympathies de cet organe plus que ne le fait aucune de ses affections ; mais il y a à cela une limite qu'on peut dire normale, et qui se borne presque exclusivement au développement des mamelles, tandis que chez les femmes chloroanémiques ou nerveuses, la sensibilité utérine, souvent exaltée, réveille les sympathies pathologiques de l'utérus et produit des symptômes qui tiennent plutôt de l'hystérie.

C'est à la sensibihté nerveuse et à la mobihté de la petite masse de sang qu'il faut attribuer les congestions ou pléthores locales qui se manifestent souvent dans ces cas. De même que chez les femmes nerveuses les règles sont souvent plus abondantes que chez celles qui ont un tempérament sanguin, les congestions utérines pendant la grossesse sont plus fréquentes et plus faciles chez les premières que chez les secondes.

Il y a alors abondance exubérante de sang dans la matrice

et manque de ce liquide dans les autres centres de vie ; de là, outre les troubles généraux, des troubles utérins bien manifestes. Ce sont des maux de reins et de la pesanteur au basventre; ce sont la suspension des mouvements actifs du fœtus, les hémorrhagies utérines, les apoplexies placentaires, le réveil des contractions de la matrice ; c'est, en un mot, presque toute la symptomatologie de l'avortement. Ce qui a lieu lorsque la grossesse est assez avancée, arrive souvent assurément aux premières époques de la gestation, et l'œuf est entraîné avec le sang menstruel de la première ou deuxième menstruation qui suit la fécondation. Bien des femmes qui sont stériles ou qui n'ont qu'un ou deux enfants ont pu cependant être enceintes bien souvent sans s'en douter.

§ 8. — Tel sera l'état général de la femme dans le cours de la grossesse; mais comment se trouvera-t-elle à l'approche de l'accouchement? Si, après avoir perdu de l'albumine, et le tissu cellulaire étant infiltré, elle n'a pas d'éclampsie, elle aura au moins le sang appauvri par la perte des globules dans l'hémorrhagie presque inévitable de l'accouchement, et si elle était chloro-anémique, elle le deviendra encore plus après ces pertes. La surexcitabilité générale sera accrue avant et pendant le travail; comment pouvoir espérer alors un accouchement physiologique? Nous reviendrons sur ce sujet en temps et heu. Voyons, pourlemoment, ce qu'il y aurait à faire pour corriger cet état général de la femme pendant la grossesse.

§9. — Nous ne pouvons pas dire ici : Donnez-moi la maladie, je vous donnerai le remède. La maladie est assez connue, mais il est bien difificile d'y remédier. Ce qu'il y aurait à faire, la nature nous l'indique par ce qu'elle fait chez les femmes de la campagne et chez les femmes robustes. Ce seraitde corriger l'excessive sensibihté du système nerveux et la pauvreté de la masse du sang. Or, nous l'avons déjà dit en commençant, ce n'est pas tout à coup qu'on peut parvenir à ce résultat; car,

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pour cela, il faut changer, pour ainsi dire, tout le tempérament delà femme, ce tempérament qu'elle tient en partie de ses parents, et qui dépend de son enfance, de son éducation, de sa manière de vivre, etc. Voilà pourquoi il faut préparer, qu'on nous passe l'expression, l'accouchement de la femme avant sa naissance. Nous aurions gardé le silence, s'il s'agissait de conseiller une chose impossible à réaliser ; mais comme nous l'avons fait pressentir, il est possible de faire aux jeunes filles une bonne constitution en leur donnant une éducation meilleure.

N'y aura-t-il cependant rien à faire pour les femmes qui, pendant leur grossesse, ont le système nerveux et la masse du sang dans les conditions que nous venons d'indiquer? Ici nous arrivons sur un terrain qui a été largement cultivé par les accoucheurs, et où il reste peu de chose à faire. Ce qu'il y a de fâcheux, c'est que les femmes ne mettent guère en pratique ces conseils, et qu'elles appellent surtout l'accoucheur lorsque la complication de la grossesse est déjà devenue une maladie. Nous n'indiquerons pas successivement les moyens thérapeutiques qu'on a opposés à telle ou telle complication de la grossesse. Le point de vue général auquel nous nous sommes placé nous permet seulement de dire que la femme des villes, pendant la durée de la gestation surtout, doit chercher dans sa nourriture, dans sa manière de vivre, dans ses exercices, dans ses vêtements, et partout, en un mot, un correctif à l'état anormal dans lequel elle se trouve le plus souvent.

§ 10. — La femme de la campagne peut avoir quelques nausées dans les premiers mois, voire même des vomissements ; mais elle ne laisse pas pour cela de suivre son régime ordinaire. Les bonnes femmes de village sont si habituées à ces phénomènes, que malgré les vomissements, elles mangent encore, et souvent elles ne vomissent pas les aliments de la seconde ingestion, quoique ayant vomi ceux delà première. Aussi c'est à peine si leurs forces générales sont affaiblies dans les premiers

mois. Dans le milieu de la grossesse, elles repremient presque toujours ce qu'elles pouvaient avoir perdu tout d'abord, et le terme approche sans que leur alimentation ait changé, et surtout sans diminution de leurs forces. La femme de la ville, prenant moins de nourriture que celle de la campagne, se trouve déjà dans des conditions plus difficiles. Ses dégoûts habituels, etceux qui surviennent pendant la grossesse, font qu'elle mange ordinairement trop peu ou qu'elle prend des aliments d'une nourriture insuffisante.

Nous ne ferons pas la liste des aliments qu'elle doit prendre, mais elle doit choisir de préférence ceux qui nourrissent beaucoup sans exciter, les substances animales surtout. Ces substances, il est vrai, sont celles qui lui répugnent le plus, mais il y a moyen de les mélanger avec des substances végétales et de les préparer de manière à les rendre agréables au palais. Quelques fruits nutritifs et les farineux sont les plus aptes de tous les végétaux. Si l'estomac supporte ces substances, elles doivent être préférées à toutes les autres. Ce n'est pas que la femme enceinte doive manger pour deux, mais dût— elle faire un peu violence à ses dégoûts, il vaudrait mieux qu'elle dépassât légèrement son ordinaire plutôt que de rester au-dessous. Une pléthore générale très manifeste, avec injection de la face et des menaces de congestions viscérales multiples, pourraient seules faire changer ce régime. Les congestions locales existant surtout avec l'état chloro-anémique et une sensibilité excessive, doivent, au contraire, y faire insister davantage. Ce qu'il faut éviter alors surtout, ce sont les aliments préparés avec des épices et des sauces piquantes , ainsi que les boissons stimulantes. Si la femme buvait habituellement du vin, elle ne doit pas cependant s'en priver, et les vins secs peu capiteux sont préférables aux autres. Si cette manière de vivre rendait le tube digestif paresseux , on y remédierait par des lavements et par quelques minoratifs qui chassent les sécrétions surabon-

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dan tes des premières voies , et activent les fonctions absorbantes du tube intestinal.

Lorsque, au contraire, il n'y a pas de tolérance du côté des intestins, et qu'il y a des vomissements, des gastralgies, on les corrige par des moyens thérapeutiques. Le sous-nitrate de bismuth uni à l'opium réussit le plus souvent, et si ces dérangements sont accompagnés d'aigreurs, on y associe la magnésie. Ces dérangements du tube digestif, du reste, tiennent le plus souvent à la sensibihté générale, ou bien ils sont légers, et alors ils sont combattus avec efficacité. Les toniques ferrugineux ou amers après les calmants sont très avantageux. Le régime, quelque utile qu'il soit, n'est pourtant pas suffisant pour corriger le système nerveux et le système sanguin d'une femme de la ville pendant qu'elle est enceinte; un des moyens les plus utiles pour atteindre ce but est l'exercice du corps.

§11. — La femme de la campagne, que nous citons toujours, parce qu'elle est le modèle le plus vrai, ne laisse pas de continuer ses travaux. Ceux qui fréquentent les villages ont vu souvent les femmes grosses courir les champs avec des fardeaux sur la tête et sur les épaules, et, à part, un peu de difficulté mécanique apportée par le développement du ventre sur la respiration, elles sont alertes au neuvième mois de la grossesse, à peu près comme si elles n'étaient pas enceintes. Ces femmes ont bien moins de varices aux jambes que celles qui restent dans le repos, comme on observe moins de variceschez les danseurs que chez les cuisiniers. Chez les femmes de la campagne, il y a cet œdème utile des organes du petit bassin ; mais il reste dans des proportions suffisantes, produit moins souvent des hémorrhoïdes, et rarement l'infdtration considérable des membres inférieurs. L'exercice des membres inférieurs met le sang de ces parties en mouvement et fait éviter la stase consécutive de l'utérus lui-môme. Le peu d'eau amniotique, si utile aux bonnes présentations, comme nous l'avons vu, est ici trèsmarqué.

Chez la femme de la campagne , non-seulement on voit plus rarement les congestions utérines, qui sont si pénibles et qui entraînent si souvent des avortements, mais on n'observe pas les autres congestions viscérales; les cas d'éclampsie sont très rares. Ainsi, pendant huit ans d'exercice médical en Corse, nous n'en avons vu que deux seuls cas qu'on peut appeler symptomatiques. Un de ces cas a eu lieu chez une femme de village, primipare, enceinte de deux jumeaux, et où le premier, se présentant par l'épaule, on laissa le travail s'accomplir tout seul pendant deux jours. C'est seulementlorsque les convulsions arrivèrent qu'on eut recours à nous : la version pour le premier enfant et une apphcation de forceps pour le second délivrèrent bientôt la femme, et les convulsions cessèrent aussitôt. La femme reprit connaissance le jour même. On nous a dit cependant que les convulsions avaient recommencé deux jours après, et que la mort s'en était suivie. L'autre cas s'est présenté à nous dans la ville même de Bastia, chez une femme infiltrée et albuminurique. Les convulsions ayant éclaté pendant les efforts du travail et le col étant largement dilaté, nous avons appliqué le forceps ; les convulsions ont cessé immédiatement pour ne plus reparaître. La mère et l'enfant ont survécu.

Nous avons demandé en vain à nos confrères des communes rurales, nous l'avons demandé à nos confrères de Bastia, on ne connaît pas l'éclampsie à la campagne, et elle est excessivement rare en ville. Nous avons eu à l'hôpital quelques femmes ayant de l'albumine dans les urines sans éclampsie.

A quoi peut tenir, dans les grandes villes, la fréquence de cette maladie, comme une foule d'autres qui coïncident avec un état congestif €t nerveux, si ce n'est à la vie molle et oisive, au peu d'hématose, à Thydroémie, aux congestions viscérales du cerveau, de l'utérus, des reins, des poumons, etc., toutes complications qui peuvent être souvent corrigées par la manière de vivre et par un mouvement modéré pendant la grossesse.

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Les accoucheurs inscrivent en vain des préceptes dans les livres ; ils n'insistent pas assez pour les faire mettre à exécution, ou les femmes des grandes villes ne les observent pas. Elles qui souvent sont habituées à se faire même habiller et déshabiller, elles qui sont fatiguées après quelques pas de promenade, et que la voiture doit suivre de près pour les recevoir, comment pourraient-elles faire un exercice suffisant pour atteindre le but que nous indiquons ici? C'est donc dans Téducation , c'est dans la manière de vivre surtout, qu'est le plus grand défaut; et quand on veut le corriger autant que possible pendant la grossesse, il ne faut pas attendre au huitième ni au neuvième mois , il faut faire faire à la femme des promenades presque quotidiennes, à pied autant que possible, et de plus en plus longues , sans cependant les rendre fatigantes. Lorsqu'on habitue les femmes à se livrer ainsi au mouvement, on est étonné de voir que, quoique faibles en apparence, elles peuvent continuer à sortir quelquefois jusqu'à la veille même de l'accouchement. On engage la femme à s'occuper chez elle à des travaux physiques, et quand on veut obtenir d'elle une chose que les prières et les conseils ne peuvent faire avoir, il faut lui dire nettement que telle doit être sa manière de vivre, si elle veut une bonne grossesse et un bon accouchement.

Les heux qu'elle fréquentera pour faire cet exercice ne seront pas les grandes réunions, où elle trouvera un triple désavantage : d'abord , il faudra faire toilette et se serrer plus ou moins la poitrine; ensuite, elle y respirera de l'air vicié, qui, plus d'une fois, lui causera des défaillances ou des malaises ; enfin, elle y trouvera le plus souvent des émotions qui mettent trop en jeu sa sensibilité. Lorsque ses moyens permettent à une femme enceinte d'habiter la campagne ou d'avoir un jardin , elle les choisira de préférence à une maison de la ville, et ira là prendre tout à l'aise l'exercice dont elle aura besoin. C'est ici qu'elle apportera le plus grand soin afin

d'éviter les changenienls brusques de teaipérature etThumidité.

§ 12. — Après tout ce que nous avons dit sur la manière de s'habiller, et du reste devant revenir sur ce sujet à propos des influences locales , nous laisserons la toilette de la femme enceinte pour nous arrêter un instant sur les moyens de corriger son excès de sensibilité.

Le système nerveux est un ressort plus ou moins fort, selon le degré auquel on le monte, et cela non-seulement pour les qualités purement sensitives et morales, mais pour la force physique elle-même. Telle femme qui était fatiguée pour monter un escalier dansera toute une nuit sans fatigue : ce sera, si l'on veut, un coup de fouet donné à sa machine, et dont elle se ressentira les jours suivants; mais cela nous suffit pour voir l'influence de son système nerveux, et cette influence se trouve quelquefois encore plus exaltée par la grossesse. C'est cette sensibiUté qui, mise en jeu dans un moment, lui fera faire des prodiges dont elle ne se serait pas crue capable. L'énergie existe donc chez la femme ; le tout est de savoir la ménager à propos.

Le premier remède pour corriger cette sensibilité est d'éviter tout ce qui peut Texalter : ainsi les mouvements violents du corps, les lectures et les conversations pathétiques, les spectacles, les passions, les émotions, le coït, et autres causes semblables, doivent être éloignés des femmes enceintes. On vient ensuite en aide à la femme par les soins de propreté, les bains généraux , et au besoin avec les antispasmodiques et les opiacés.

Le but de la nature et de l'art, pour l'état général de la femme enceinte, est donc celui de favoriser le développement de l'enfant sans être nuisible à la mère, et cela s'obtient surtout par l'entretien des forces générales , le calme du système nerveux et la bonne qualité de la masse du sang, comme nous venons de le démontrer.

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