PREMIÈRE PARTIE
ARTICLE PREMIER
DU BUT DE l'obstétrique ET DES MEILLEURS MOYENS DE
l'atteindre.
§ 1. — L'obstétrique est cette branche des sciences médicales qui a pour but d'étudier l'être humain depuis le moment de la fécondation jusqu'à la fin de l'allaitement, c'est-à-dire pendant la période la plus imparfaite et la plus délicate de la vie^ aussi ne doit-on pas s'étonner de voir la nature entourer son produit de tant de précautions.
Sans chercher la supériorité de la génération de l'homme sur celle de tous les êtres organisés , nous la voyons se faire dans notre espèce par des œufs fécondés , comme celle des êtres les plus parfaits de l'échelle organique , mais des œufs qui ne sont pas abandonnés à la merci des vents, comme les graines des plantes, ni à la merci des flots, comme ceux des pois-
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sons, ni à l'intempérie des vicissitudes atmosphériques , comme ceux des oiseaux. L'œuf humain , à peine fécondé , est reçu dans un organe préparé pour le recevoir et pour lui offrir aussitôt les matériaux nécessaires à son développement. Reposant on ne peut plus mollement au sein d'un liquide, l'embryon peut se mouvoir tout à l'aise. Plusieurs enveloppes de parties molles et une enceinte osseuse le protègent dans son développement et le mettent à l'abri des causes extérieures. 11 tire sa nutrition presque toute prête du sang de la mère, et se développant dans le plus grand calme , il prépare les organes qui lui seront nécessaires pour la vie extra- utérine. C'est seulement après le développement suffisant de ces organes qu'il vient à la lumière. La mère, de son côté , porte au physique et au moral le cachet de la fonction de mère (1) qu'elle est appelée à remplir, et offre les meilleures conditions possibles pour le développement et la sortie du produit. La structure de son squelette, la disposition de ses organes, tout est préparé dans ce sens Elle n'a pas seulement des mamelles pour lui donner du lait, elle a un cœur on ne peut mieux fait pour veiller aux besoins de son enfant jusqu'à ce qu'il puisse vivre sans ses secours.
§2.— Tout cependant, dans la grossesse et l'accouchement, n'est pas disposé pour favoriser exclusivement le produit. Le sexe féminin eût été trop mal partagé, si la reproduction devait se faire à son préjudice ; aussi la nature a-t-elle réuni dans cette fonction une infinité de conditions favorables à la mère.
La grossesse n'a lieu ordinairement qu'entre seize et quarante-cinq ans, c'est-à-dire pendant toute cette période de la vie où la femme, ayant un surcroît de forces, peut accomplir la fonction avec le moins d'atteinte à sa propre conservation. Cette conservation est tellement dans les vues de la nature ,
(1) Nous avons développé cette idée dans le discours d'ouverture de notre cours.
DU BUT DE l'obstétrique. Il
que la grossesse ne dure que neuf mois , tandis que l'aptitude à la grossesse peut durer plus de vingt ans, et il reste encore souvent à la femme autant d'années d'existence.
La nature habitue la femme à des pertes fréquentes de sang, sans doute pour qu'elle se ressente le moins possible de celles qu'elle fera pour nourrir le fœtus et pour suppléer aux éventualités de l'accouchement et de l'allaitement. Elle lui a fait une cavité abdominale où l'utérus , chargé du produit , pourra se développer sans gêner les principaux organes qui sont nécessaires à l'entretien de sa santé ; elle lui a fait un bassin qui est proportionné aux dimensions du fœtus, lorsqu'il doit le franchir; elle lui a fait un canal de parties molles faciles à distendre sans se déchirer. A mesure que la grossesse s'avance, la partie inférieure de l'utérus et le col s'amincissent , de sorte qu'au terme que la nature a fixé à la grossesse , tout est prêt pour la sortie du fœtus. Les parties molles, humectées par des mucosités et par les eaux amniotiques, se relâchent et se laissent dilater, l'utérus entre en contraction, et si la femme est avertie de la fonction qu'elle va accomplir par des douleurs, lorsque l'accouchement est tout à fait naturel, ces douleurs, pour la fatiguer le moins possible, sont courtes et espacées. Le fœtus, en sortant du sein delà mère, offre des saillies arrondies et enduites d'une substance glissante qui les rend plus inofPensives ; enfin , par un mécanisme admirable , on voit un enfant volumineux passer par une filière qu'on croirait impossible de franchir, si on ne le voyait pas s'effectuer sous ses yeux.
11 nous serait facile de trouver d'autres conditions favorables à la mère et à l'enfant , et ce volume en fournira un assez grand nombre , mais nous en avons assez dit pour prouver que la nature , dans la grossesse et l'accouchement , a deux buts bien marqués. Ce sont le développement du produit et la conservation de la mère, et ce sont là précisément les deux buts qui doivent faire l'objet de l'obstétrique. Plus dans les résultats on se
rapprochera de ce double but, plus on se rapprochera du vœu de la nature.
§ 3. — Quels sont maintenant les moyens que doit employer l'obstétrique pour atteindre ce résultat? Ces moyens sont les mêmes que ceux qu'on emploie dans toutes les sciences: c'est l'analyse et la synthèse dans la recherche des lois de la nature, qui président à l'accomphssement de cette fonction, c'est l'analogie et l'induction dans l'application de ces lois. Mais il faudrait prouver d'abord que l'obstétrique est une science, tandis que, d'un avis général, elle n'est qu'un art. Bien plus, c'est que quelquefois on a voulu nier le titre de science à la médecine elle-même , et , comme on le comprend bien , ce n'est pas ici le lieu de combattre cette erreur; nous nous contenterons de dire que le monde inorganique, comme le monde vital et le monde moral , ont tous des lois qui, par des circonstances fortuites, il est vrai, peuvent être modifiées dans leur résultat, mais qui , dégagées de ces conditions , tendent à reprendre leurs attributs ; et partout où il y a des lois vraies, on peut former une science.
Nous voyons dans l'homme des lois régir non-seulement son état physiologique , mais même l'état de maladie , et c'est l'étude de ces lois qui constitue la science médicale. La médecine, il est vrai, a commencé par une sorte d'empirisme, comme toutes les connaissances humaines , mais elle est la première qui s'est élevée à l'état de science. C'est Hippocrate qui , le premier , a mis en pratique la méthode analytique et expérimentale , c'est dans les aphorismes cosiens qu'on observe les lois les plus générales , c'est depuis le père de la médecine que sont venues toutes les sciences physiques et les sciences naturelles. Le titre de science , pour tout homme qui pense bien , ne peut être contesté ta la médecine; mais peut-on en dire autant de chacune de ses branches? L'obstétrique, par exemple, devrait-elle être privée de ce titre? Doit-on laisser croire qu'elle