‹ Essai sur l'accouchement physiologiqueChapitre 74 sur 84 · DES MOYENS DE SOULAGER LA DOULEUR D'U.VE FEMME EN COUCHES · texte numérisé non relu

DES MOYENS DE SOULAGER LA DOULEUR D'U.VE FEMME EN COUCHES

§ 1. — Nous avons déjà prouvé que la douleur n'est nullement nécessaire à l'accouchement, elle lui est plutôt contraire par l'épuisement des forces et par le trouble qu'elle apporte dans l'état général et dans le cours même du travail. Un des premiers devoirs de l'accoucheur est donc celui de l'atténuer et de la suspendre même tout à fait lorsqu'il pourra le faire sans inconvénients.

N'y a-t-il pas des cas cependant où l'on doit réveiller les dou-

leurs et faire usage du seigle ergoté ou d'autres moyens semblables? Ici il faut plus que jamais distinguer la douleur de la contraction. Ainsi, on peut se passer de la première, mais peut-on en dire autant de la seconde?

Nous nous sommes déjà expliqué à cet égard. Lorsque les cqntractions sont lentes dès le début, à moins qu'un danger immédiat ne menace la vie de la mère ou de l'enfant, il faut attendre, quelle que soit la cause de cette lenteur. Si les contractions se ralentissent après avoir été fortes, c'est contre les causes qui retardent le travail qu'il faut agir et non contre les contractions ; donner alors du seigle, ce serait ajouter aux complications. Si une fois ces causesc combattues, les contractions ne reviennentpas, on peut alors donnerle seigle ; mais ces cas sont excessivement rares, car la matrice reprend le plus souvent assez de force pour achever l'accouchement. Si elle ne l'achève pas, on peut presque dire que les obstacles subsistent en entier ou en partie. Dans des cas semblables, le forceps est préférable au seigle pour terminer l'accouchement.

L'indication du seigle est donc pour nous bien rare. Autant nous croyons ce moyen précieux pour corriger l'inertie utérine après un long travail qui vient de se terminer, autant il nous paraît contraire lorsque le fœtus est encore dans la matrice et qu'on ne peut pas l'extraire avec promptitude.

Passons maintenant aux moyens d'adoucir les douleurs de l'enfantement. Pour rendre ce point plus pratique, nous allons suivre le travail pendant les trois périodes de dilatation, d'engagement et de dégagement.

Un principe général est celui-ci : Lorsqu'un travail n'est pénible ni pour la mère ni pour l'enfant, on ne doit pas s'en préoccuper. Dès qu'il est douloureux, il faut le surveiller. Le premier remède est celui d'écarter les causes qui apportent la douleur-, quand on ne peut y réussir, il faut rendre cette douleur aussi courte et aussi peu intense qu'on peut le faire

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sans produire des accidents plus graves que la douleur ellemême.

§ 2. — On avait employé déjà depuis quelque temps les préparations calmantes contre les douleurs vives et irrégulières qui accompagnent quelquefois le travail de la dilatation, comme cela arrive surtout chez les primipares, mais on n'avait pas songé à soulager les douleurs ordinaires de l'accouchement. Aujourd'hui on ne cherche pas seulement à faire disparaître parles moyens anesthésiquesles douleurs irrégulières et celles qu'on cause pendant une opération obstétricale, mais toutes les douleurs de l'accouchement.

Nous avons déjà dit en commençant que ce moyen n'est pas physiologique, et que, par cela môme, il n'était pas si recommandable qu'on le croirait de prime abord ; mais que s'il offrait des résultats semblables à ceux de l'accouchement physiologique, il méritait d'être accepté. Déjà ce moyen a été employé dans des milliers d'accouchements, et les cas où il a produit des accidents sont si rares, qu'ils peuvent ne pas être attribués à l'inhalation. Malheureusement, dans les opérations chirurgicales, il y a eu quelquefois des accidents mortels, ce qui, en France surtout, a rendu son emploi en obstétrique beaucoup plus restreint.

Nous n'allons pas faire ici une énumération des avantages et des inconvénients de ce moyen ^ nous laissons à d'autres un soin qui leur est plus cher. Pour notre compte, nous dirons que l'obstétrique utilisera ce moyen pour obtenir quelquefois l'accouchement physiologique artificiel, mais si l'on peut éviter la douleur sans le secours de l'inhalation, l'obstétrique n'en sera que plus parfaite. L'inhalation ne pourra être généralisée qu'autant qu'elle sera exempte de tout accident.

§ 3. — Nous croyons que l'inhalation doit être rarement employée pendant la période de la dilatation. On doit se borner, dans cette période, à faire coucher la femme sur le côté. Si,

malgré ce moyen bien simple, la douleur devenait forte pour cette période, et qu'on ne trouvât pas d'antagonisme de la part du col, ni une des causes qui empêchent cette dilatation, alors on pourrait employer le Uniment opiacé et belladone sur le col, ou même l'opium donné à l'intérieur. L'opium a aussi l'avantage de ralentir les contractions, ce que ne fait pas l'inhalation, à moins qu'on ne la pousse à sa dernière limite, ce qui est dangereux. Si la cause paraît tenir au spasme général qui arrive surtout chez les primipares, un bain suffit ordinairement pour le calmer. Il ne faut avoir recours à l'inhalation qu'en dernier lieu, car une fois commencée, il est rare qu'on puisse la suspendre. Quelquefois le travail devenant de plus en plus douloureux, l'emploi de l'inhalation est alors indispensable ; d'autres fois c'cstlafemme qui, ayant été soulagée toutd'abord, en réclame à tout prix les bienfaits. Or, si au travail de la dilatation il faut ajouter celui de l'engagement et du dégagement, il peut se faire que l'inhalation soit trop longue, et, par conséquent, qu'elle expose à quelques accidents. C'est ici surtout qu'il faut suivre le précepte d'aller jusqu'à diminuer la douleur sans produire l'insensibilité. A ce degré, on a pu continuer l'inhalation pendant six ou sept heures sans inconvénients.

Ce résultat, quand on peut l'atteindre, est satisfaisant; mais la chose n'est pas toujours possible, et l'on produit l'insensibilité quelquefois sans qu'on veuille arriver à ce point; de même qu'il faut pousser l'inhalation trop loin quelquefois, et déterminer de l'exaltation avant d'obtenir l'anesthésie ou l'abolition d'une partie de la douleur.

Si, comme on l'a observé, il suffit d'aspirer le chloroforme au commencement de chaque contraction pour en calmer la douleur, la chose est moins dangereuse. On n'a pas, cependant, toujours réussi, et le petit nombre de cas que nous avons vus n'ont pas été suivis de succès complets parce que la douleur arrivait souvent avant Teffetanesthésique. Voici alors comment

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on peut y remédier. On détermine exactement le retour périodique des contractions, et Ton commence à faire respirer le gaz une demi-minute ou une minute avant le retour de la contraction, pour cesser lorsqu'elle commence à paraître. L'inhalation légère n'altère pas la période, et en agissant ainsi, l'action anesthésique correspond mieux au summum de la douleur; de temps à autre on suspend même le chloroforme, et une ou deux contractions peuvent arriver sans douleur bien sensible. De cette manière le succès est beaucoup plus sûr, tout en offrant moins de danger.

§ h. — Doit-on maintenant adoucir par des moyens thérapeutiques les douleurs qui accompagnent la période d'engagement? Ici nous ne craignons pas de le dire, la douleur, lorsqu'elle est très vive, est toujours causée par un obstacle qui s'oppose à la progression de la tête; elle est ici un des meilleurs signes de la marche du travail : agir contre ce symptôme seulement, c'est renfermer le loup dans la bergerie, c'est nous priver des moyens qui nous permettent de dire quand il faut agir ; aussi faut-il être réservé dans l'administration de l'inhalation, lorsqu'un obstacle mécanique arrête le travail et que cet obstacle vient surtout des parties dures. S'il vient des parties molles ou que le cas soit douteux, les bains sont alors préférables; mais ce qu'il faut faire pour calmer la douleur, c'est d'agir contre la cause qui retarde l'engagement, et c'est de terminer le travail le plus tôt possible.

L'inhalation, dans cette période, n'est guère utile que parce qu'elle atténue les douleurs d'une opération. Dans les applications ordinaires de forceps nous nous servons même rarement de ce moyen.

Ce que nous disons de la période d'engagement n'est pas applicable à celle de dégagement, et ici nous l'avouons, si la femme souffre beaucoup ou qu'elle nous en fasse la demande, nous ne craignons pas de faire usage de ce moyen. L'inhalation

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a l'avantage, comme nous l'avons dit, de modérer les efforts volontaires sans les suspendre ; elle diminue la contraction des muscles du plancher et la rénitence delà vulve. De plus, cette période étant courte , nous craignons beaucoup moins les accidents.

Le peu que nous avons dit nous dispense d'entrer dans les détails sur les précautions à prendre pendant l'application de ce moyen; détails qui, du reste, sont aujourd'hui assez connus de tous les médecins opérateurs.

Piésumant notre pensée sur les moyens de calmer la douleur pendant l'accouchement, nous dirons :

1° Pendant la période de dilatation, repos au lit et position sur le côté; au besoin liniment opiacé, bains et opium à rintérieur, rarement l'inhalation.

2° Pendant rengagement, peu de calmants, il ne faut guère employer l'inhalation que pendant les grandes opérations ; on tempère la douleur, surtout en faisant disparaître les causes qui arrêtent ia tète dans sa marche et en abrégeant le travail.

3o Le chloroforme peut être employé pendant la période de dégagement, si elle est bien douloureuse, mais jamais de manière à obtenir l'insensibilité complète.

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