‹ Essai sur l'accouchement physiologiqueChapitre 76 sur 84 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

DE LA MAIWIÈRE D'OBISERVER.

§ 1. — Notre manière d'observer est sans doute celle de tous les accoucheurs, et tout paraît être dit dans le mot observer. On voit cependant un élève de première année et comme le maître le plus habile recueillir des observations ; mais il y a une grande différence entre les deux observateurs : l'un voit, et écrit ce qu'il voit, c'est presque une machine; l'autre observe, rien ne lui échappe, il inscrit et raisonne. La lecture d'une seule observation, pour un connaisseur, suffit le plus souvent pour indiquer le mérite intrinsèque de son rédacteur, et s'il y avait eu beaucoup plus de bons observateurs parmi les accoucheurs, l'obstétrique et l'humanité s'en trouveraient mieux.

L'art de bien observer est à faire, non qu'il n'existe pas , mais il est si varié, que presque tous les praticiens ont le leur, et un travail qui réunirait ce qu'il y a de bon dans toutes ces méthodes rendrait un grand service à la médecine.

Notre intention, comme on le pense, n'est pas de tracer ici les préceptes de cet art, c'est à peine si nous en indiquons quelques points, dans le but de compléter notre sujet et pour faire voir quelles sont les maximes que nous professons et qui nous ont dirigé dans ce travail.

L'art d'observer embrasse l'observateur, la personne observée et le but de l'observation.

§ 2. — On ne devient bon obsci valeur qu'à mesure qu'on devient bon accoucheur, el, pour l'un comme pour l'autre,

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il faut avoir des qualités physiques, morales et intellectuelles. L'homme qui est souffrant ou maladif est peu disposé à bien observer, il s'exagère ce qu'il voit ou il reçoit des sensations imparfaites. La santé générale, et surtout l'état physiologique des sens qu'il doit mettre en usage , lui sont indispensables. Outre cet état, il faut encore l'éducation des sens; aussi l'accoucheur ne saurait trop les exercer et s'habituer à manier les instruments qui augmentent leur action. Toutes les opérations obstétricales, depuis le plus simple attouchement jusqu'à l'opération césarienne, rentrent pour une grande partie dans l'éducation physique de l'accoucheur. Il s'exercera beaucoup sur le cadavre et le mannequin avant de le faire sur la femme vivante.

Les qualités morales de l'observateur ne sont pas indifférentes. Ainsi la bonne foi, le désir sincère de chercher la vérité et l'exactitude dans la description de tout ce qu'il voit, l'abnégation de soi-même, le sentiment de la justice, le respect pour l'opinion d'autrui , quand même il ne pourrait la partager, voilà autant de qualités morales de l'observateur qui sont indispensables pour l'observation elle-même ; mais il ne faut pas oublier les égards envers la personne observée : ainsi le respect des mœurs, la discrétion, la délicatesse, la patience, la bonté, l'indulgence et autres qualités destinées à établir les rapports entre l'observateur et la personne soumise à son examen. Les qualités intellectuelles sont les plus nécessaires pour l'observateur. De ces qualités , les unes sont naturelles, les autres acquises. Parmi les premières il faut ranger un degré suffisant d'intelhgence et une aptitude intellectuelle à laquelle on peut joindre la vocation. On naît accoucheur comme on naît poëte, artiste ou orateur. Cependant, avec de l'intelligence, la lecture des bons auteurs, l'exemple des bons maîtres, une bonne méthode et une ferme volonté, on parvient toujours à un degré assez élevé.

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Les qualités que doit posséder la personne qu'on observe sont très importantes, non -seulement pour tous les renseignements qu'elle-même peut nous donner, mais pour les conditions dans lesquelles elle se trouve. Il faut qu'elle ait un degré suffisant d'intelligence pour répondre catégoriquement aux questions qu'on lui adresse. La mémoire quelquefois peut suffire.

Comme la grossesse et Taccouchement touchent à ce qu'il y a de plus sensible chez la femjne , il faut faire la part de la timidité, de la pudeur, mais aussi de la réserve , voire même du mauvais vouloir, de la malice et de la ruse. Si l'habileté personnelle de l'accoucheur ne suffit pas, il emploie des personnes intermédiaires, les moyens détournés, et au besoin la menace d'un danger simulé ou d'une prétendue nécessité. Il ne néglige de prendre un renseignement que lorsqu'il est tout à fait inutile ou nuisible.

§ 3. — Le but qu'on se propose d'atteindre en observant est d'abord de soulager ses semblables. Ce but renferme tous les autres, et en même temps qu'il ennoblit l'homme de l'art, il est sa plus grande récompense, parce qu'elle satisfait le cœur.

Le but qu'on se propose dans l'observation, peut cependant offrir des différences, selon qu'on observe pour faire uniquement de la pratique ou qu'on observe dans l'intérêt de la science.

Le véritable praticien n'est pas celui qui a vu le plus de malades, mais celui qui les a le mieux observés : voilà pourquoi on peut être praticien quoique jeune, et ne pas l'être même à un âge assez avancé. En observant une femme, on ne s'occupe pas seulement de son état de grossesse ou d'accouchement, maison s'instruit. L'accoucheur qui ne cherche pas à s'instruire toutes les fois qu'il observe, et qui se contente de quelques signes décrits dans les Uvres pour appliquer une formule préparée d'avance, éprouvera souvent des déceptions auprès des malades dont il n'aura pas approfondi l'examen, et il sera toujours un pauvre praticien.

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Il faut être doué de beaucoup de mémoire et de beaucoup d'intelligence pour conserver le souvenir des cas qu'on observe, pour les juger chacun séparément et en former des règles générales qui constituent le véritable savoir. Aussi le praticien lui-même aurait besoin de prendre au moins des notes sur tout ce qu'il voit de bien saillant. Ce ne sont pas seulement les cas tout à fait exceptionnels et qu'on voit une ou deux fois dans la vie qu'il faut enregistrer, ces cas précisément ne s'oublient pas ; mais on oublie ceux qui , sans être vulgaires, sont pourtant assez fréquents pour qu'on doive conserver les enseignements que chacun d'eux nous offre. Le praticien qui n'écrit jamais ce qu'il voit sera rarement d'un grand mérite.

Le bon accoucheur doit se tenir au courant de la science par la lecture des publications nouvelles.

Lorsqu'en faisant de la pratique et tout en s'instruisant, il trouve des faits qui ne sont pas d'accord avec les principes admis, ou que ces faits lui suggèrent des idées nouvelles, c'est un devoir pour lui d'approfondir ces faits pour s'assurer de leur valeur. Dès qu'il est véritablement convaincu de leur vérité, il doit les faire connaître hardiment sans se préoccuper du sort qui les attend. C'est quand on écrit dans un esprit personnel qu'il faut craindre la publicité. Le médecin consciencieux qui écrit dans le pur esprit scientifique peut être malheureux quelquefois dans son entreprise, car on ne comprend pas toujours ou l'on ne veut pas comprendre la vérité; mais tôt ou tard elle finit par trouver justice.

Comme l'observateur pourrait cependant se tromper luimême et induire les autres en erreur, il faut qu'il soit sur de ce qu'il fait, et ici surtout il doit employer une bonne méthode dans la manière d'observer.

Comme on est naturellement trop confiant envers soi-même, il ne faut pas s'arrêter à une seule preuve pour établir une vérité; il faut qu'elle soit confirmée par d'autres preuves de

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