‹ Essai sur l'accouchement physiologiqueChapitre 9 sur 84 · DES RÉSULTATS QU'ON A OBTENUS EN OBSTÉTRIQUE · texte numérisé non relu

DES RÉSULTATS QU'ON A OBTENUS EN OBSTÉTRIQUE

sont-elles conciliables avec une fonction physiologique? Voilà ce qu'il s'agit de démontrer.

Il y a entre la santé et la maladie des nuances quelquefois si peu tranchées, qu'il est difficile d'indiquerla ligne qui les sépare ; cela arrive non-seulement pour la diversité des individus, mais même pour la diversité des états du même individu. Cependant il y a des états si tranchés pour la santé comme pour la maladie, que tout le monde est d'accord pour dire si c'est un état physiologique ou un état pathologique. C'est de ces cas seulement que nous devons parler pour éviter toute erreur et toute discussion.

La douleur, par exemple, peut être considérée comme une indisposition à un degré léger , tandis qu'à un haut degré d'intensité elle est considérée comme un véritable état pathologique. Pour éviter l'erreur du plus au moins, nous pourrions même dire que là où il y a douleur, il y a état pathologique.

Le véritable état normal, en effet, est celui où toutes les fonctions de, l'économie se font avec un sentiment de bien-être ou sans que nous en ayons la conscience. La douleur est précisément un des signes qui prouvent que ces fonctions ne se font pas tout à fait bien , ou qu'une cause quelconque porte atteinte à la conservation de la santé. Peut-on alors comprendre que la nature veuille faire une si grande exception en attachant des douleurs manifestement pathologiques à l'accouchement, qui est la fonction par excellence , puisqu'elle sert à la conservation de l'espèce, tandis que les autres ne servent qu'à la conservation de l'individu? Nous voyons, tout au contraire , la nature faire pour celle-ci bien plus qu'elle ne fait pour aucune autre fonction. Elle la prépare de longue main sur l'homme ainsi que sur la femme, et ne se contentant pas de la réahté , elle y a ajouté l'illusion : ainsi elle a fait précéder la reproduction par l'amour, qui est un ensemble d'illusions et de charmes; elle a attaché à la copulation le plaisir le plus vif qu'on puisse éprouver

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dans raccomplissement d'une fonction. Comment aurait-elle si mal achevé son œuvre en attachant à l'accouchement les douleurs les plus violentes ! elle qui a mis dans la femme le sexe le plus sensible pour qu'elle eût plus d'aptitudes aux épanchements affectueux d'épouse et de mère , lui aurait-elle réservé les douleurs les plus fortes que puisse endurer la nature humaine!

Mais la douleur de l'enfantement est si grande , que la femme abattue se soucie fort peu d'exposer aux regards des assistants les organes que la pudeur lui ferait cacher dans toute autre circonstance. Elle pousse très souvent des cris de désespoir et demande même quelquefois la mort. Il n'y a peut-être pas de femme qui , dans le moment du travail , ne repousserait la maternité qu'elle aura pourtant désirée avec ardeur.

La douleur est l'hémorrhagie du système nerveux, elle épuise autant les forces de la femme que l'hémorrhagie du système sanguin ; et dans quelques accouchements on a vu la mort même arriver sans autre cause connue que l'épuisement occasionné par les douleurs.

Ainsi la douleur portée au point d'être pathologique ne peut pas entrer dans les vues de la nature : trop conséquente avec elle-même , celle-ci ne saurait faire de pareils errements ; et si tant est que la femme doive éprouver une sensation comme on réprouve dans toutes les excrétions , au milieu desquelles on a placé l'accouchement, cette sensation n'aura pour but que d'avertir la femme de la fonction qu'elle va accomplir, et ne devrait jamais prendre l'intensité d'une douleur pathologi(pie.

L'obstétrique , qui est censée être la fidèle interprète de la nature, a-t-elle jamais établi l'indication de parer à la douleur de l'accouchement, aussi intense qu'elle fut? Tout au contraire, elle veut que l'accoucheur reste impassible devant les douleurs les plus Corles de la femme, et le porte même à exciter

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