‹ Essai sur l'adaptation des bactéries aux antiseptiquesChapitre 4 sur 51 · OT SALES · texte numérisé non relu

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n'avait pas jusque-là en histoire naturelle et que l’on s'intéresse même plus aux variations fonctionnelles qu'aux variations morphologiques. La variabilité des propriétés fonctionnelles a sans doute un puissant intérêt lorsque l’on considère les microbes comme agents de maladies ou de phénomènes chimiques, et le médecin et le physiologiste ont le droit de mettre au second plan ce qui concerne la morphologie ; mais au point de vue de la biologie générale, qui ne doit voir dans les microbes qu’une catégorie d'êtres vivants, les variations morphologiques présentent un intérêt supérieur, et finalement il n’y a pas lieu de faire ici une exception au principe général d’après lequel c’est surtout dans la morphologie qu’on doit rechercher la variabilité.

« S'il n’y a pas de sérieuses raisons, — écrit le même auteur, — pour mettre les microbes en dehors des lois générales des êtres organisés conformément à ces lois, les caractères morphologiques méritent là aussi le premier rang comme attribut d'espèce. A un point de vue absolu, il en découle directement que les variations morphologiques, quant à leur valeur théorique, expriment les variations fonctionnelles ».

D’autre part, ARLOING [2] dit : «ILest impossible de déterminer l’espèce bactérienne à l’aide d’un critère unique ; on doit recourir à un ensemble de caractères parmi lesquels on établira une certaine subordination : en tête figureront la forme et les propriétés pathogènes. » « Après avoir été brillamment inaugurée par LEUWEN- HŒCK [48], O.-F. Mirre, EuRENBERG [80], DusarpiN [26], Roi [71], F. Con [21], Davaine [28);, HorrmaAnn [401, cette étude morphologique a été brusquement délaissée ou plutôt détournée vers une autre voie. En eflet, à peine les premières Bactériacées étaient-elles connues, qu’une foule de phénomènes physiques et chimiques, jusque-là inexpliqués et en relation

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« directe avec ces microorganismes ont réclamé une « solution immédiate. Les admirables travaux de PASTEUR, « de Kocu et de leurs élèves, les résultats merveilleux « auxquels sont arrivés ces habiles expérimentateurs au « point de vue du rôle des Bactériacées et autres micro- « phytes, dans les fermentations et les putréfactions, rôle « qui s’est étendu bientôt aux maladies infectieuses, ont « surexcité le zèle d’une pléiade de chercheurs plus préoc- « cupés de l’action de ces microbes, comme les a nommés « Sépizor [76 bis], que de leur morphologie » Bizer[10]

Le problème, si nettement énoncé dans les lignes qui précèdent, demeure actuellement en partie irrésolu.

Si l’on peut parler avec une assez grande sûreté des propriétés pathogènes de certaines Bactéries, si des données nombreuses et relativement précises ont été établies quant aux produits qu'elles sécrètent, on est beaucoup moins affirmatif quand il s’agit de leur assigner une place dans la série végétale, ou de délimiter avec précision les causes de leurs variations de forme.

Les auteurs qui se sont occupés des caractères morphologiques des Bactéries se sont partagés en deux camps. Les uns, avec F. Cox [20], prétendent que les genres Micrococcus, Bacterium, Bacillus, Vibrio, Spirillum Spirochæta, entre lesquels se répartissent les Bactéries, sont toujours constants dans leur forme ; ce seraient des groupes naturels et bien délimités, de sorte qu’un Bacillus ne peut se transformer en Coccus, Spirillum ou inversement. Les autres, avec Bizzrora [44] et NagGerr [57 brs], admettent «un polymorphisme presque illimité. Ces formes « pourraient se transformer les unes dans les autres, et « ne seraient autre chose que des stades d'évolution d’un « organisme pléomorphe au plus haut degré » (Mercuxi- KOFF) [53].

Ciexkowskt [19], en 1877, reprit l’étude des genres Leptothrix, Cladothrix, Crenothrix nouvellement créés

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par F. Conn [20]. Il montra que les Bactéries filiformes, peuvent produire des zooglées, dans ces zooglées 1l constata la présence de formes en Micrococcus, Streptococcus, Bactérium, et conclut, contrairement aux vues de CoHn, que ces formes ne pouvaient constituer des genres distincts.

En 1881, M. Zopr [98] confirma les données de CIEN- KowskI au sujet des Cladothrix et Crenothrix, et montra qu'il en était de même pour les Beggtiatoa.

En 1886, Huepre [41] essaya de concilier les deux écoles et réussit à faire adopter le pléomorphisme par la plus grande partie des pathologistes.

En 1887, Guicnarp et CHarriN [87] observèrent sur le Bacillus pyocyaneus le passage des formes rectilignes aux formes courbes et spiralées dans un bouillon contenant de l'acide borique ; aux formes en cocci et en filaments dans un milieu contenant aussi un antiseptique.

L'année suivante, Winocrapsky (927, dans trois mémoires sur les Bactéries sulfureuses, établit que plusieurs observations de Zopr [94] étaient inexactes ; après avoir réussi à distinguer, dans les Sulfobactéries de ce dernier, une douzaine de genres et une vingtaine d’espèces, il déclara que jusqu’à présent il n’avait pu réussir à trouver un cas de polymorphisme vrai chez les Bactéries.

En 1889, Mercanirorr [53] constata chez le Spirobacillus Cienkowski une succession régulière de bactéries ovales, bacilles droits, grands bacilles courbes, spirilles, petits bacilles courbes, filaments minces et spores.

En 1890, Bizrer [10], après avoir rappelé que depuis 1863 on avait observé le pléomorphisme chez une soixantaine d’espèces bactériennes, établit chez le Bacterium Balbianii et le Bacterium osteophilum l'existence d’un cycle évolutif bien défini passant par différentes phases, qu'il dénomme : état filamenteux, état dissocié, état zoogléique, état enchevétré. |

« Ces différents états, — dit-il — correspondent à un

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« groupement morphologique particulier des éléments « bactériens, en rapport avec des conditions spéciales du « milieu ; les. unes sont intrinsèques, c’est-à-dire inhéren- « tes à la nature nutritive du milieu, les autres sont extrin- « sèques, c’est-à-dire liées à des phénomènes extérieurs « comme la température, la pression, la quantité plus ou « moins grande d'oxygène, etc. Voilà pourquoi la succes- « sion de ces différentes phases n’a rien de fixe ni de « constant dans le développement de chaque Bactérie ».

Ces observations sont confirmées par ce que nous savons du développement des Algues inférieures qui peuvent présenter des états différents d’une même espèce suivant les conditions extérieures.

WinoGrapski [92] n’a pu voir un Bacillus se transformer en Coccus parce qu'il s’est contenté de cultiver ses Bactéries sur un milieu unique contenant de l'hydrogène sulfuré en dissolution. Au contraire, Mercanikorr [53] a vu évoluer sous diverses formes Le Spirillum Cienkowskü, parce qu'il a pris la précaution d'employer des milieux nutritifs variés.

Les expériences de Guianarp et CHarriN [37] ont une très grande importance, car elles sont les premières qui jettent un jour nouveau sur la question et mettent les choses au point.

Quand ils démontrent que l'addition d’antiseptiques au milieu où végète le Bacillus pyocyaneus fait varier la forme de cette bactérie, ils concluent en disant: « Au « point de vue botanique, le polymorphisme du Bacillus. « pyocyaneus n'ébranle en rien la notion généralement « admise pour l'espèce. Il n’en doit pas moins attirer de « plus en plus l’attention sur l'influence des milieux et en « particulier des antiseptiques et mettre en garde contre « certaines tendances à trop multiplier les espèces en « se fondant sur des données morphologiques insufli- « santes ».

FLüccGe [314] est d'accord avec eux: « En réalité, — dit- « il, — toutes les modifications morphologiques ne condui- « sent pas à la confusion des espèces ; au contraire, elles « servent avec des moyens d'observation plus parfaits à « mieux les caractériser ».

L'unité de l’espèce étant admise, les variations de forme et de résistance vitale produites par les différents agents extérieurs constituent autant de sujets d’étude que l’on rencontre de causes susceptibles de les produire : la lumière, la chaleur, l'électricité, l'agitation, les antiseptiques, seraient autant de titres de chapitre pour un travail d'ordre général sur cette question.

Nous avons borné nos essais à l'étude de l’accoutumance des bactéries aux antiseptiques, en nous limitant à trois espèces bactériennes et à quatre substances chimiques.

L’exposé de ces recherches fera l’objet du chapitre suivant, mais nous allons résumer tout d’abord les principaux résultats déjà publiés sur ce sujet spécial.

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