PREMIÈRE PARTIE
Historique de l’action des antiseptiques sur les bactéries.
C’est le but essentiellement pratique de la désinfection qui inspira les premiers essais.
En 1881, Jazan DE La Croix [48] exposait à l’air deux ballons contenant du bouillon ; l’un pur, l’autre additionné d’antiseptiques. Il jugeait de la valeur de l’antiseptique ajouté par la dose qui suffisait à préserver le liquide de l’envahissement parles bactéries. Le peu de'rigueur d’une pareille technique est manifeste.
En 1883, Ducraux [281 montre, en effet, que les bouillons ainsi traités peuvent contenir des germes divers, que leur exposition à l’air peut les ensemencer diversement, et il précise les règles à suivre pour obtenir des résultats plus sûrs : il attire notamment l’attention sur la nature du liquide nutritif, sur sa réaction acide ou alcaline, sur l’influence de la température, et pour la première fois, il note très explicitement qu’ «on doit tenir compte, dans une « expérience de ce genre, de la communauté d’origine et « de traitement des cultures qui servent au semis ».
Avant lui, Bucnozrz [44] avait entrevu l’influence de l'origine de la semence, quand il avait résumé ses expé: riences, de la façon suivante :
« Je n’aflirme rien, mais il est permis de supposer que « les bactéries provenant de terrains différents peuvent « montrer des degrés différents de résistance vis-à-vis « d’un même antiseptique ».
Ce qui avait été entrevu par Bucnozrz [14] fut formulé par Ducraux [28] en ces termes :
« L'identité des semences ne suffit pas à assurer l’iden- « tité des colonies, 1l faut encore l'identité absolue du mi- « lieu et des conditions extérieures ».
Après avoir démontré que les cultures jeunes et que les cultures vieilles ne donnent pas de différences notables, 1l préconise l’addition d’antiseptiques aux milieux de culture. « On a ainsi des générations successives dans les mêmes « conditions, et en bonne situation pour exercer leurs in- « fluences héréditaires, si elles en possèdent, ou peuvent « en acquérir ».
C’est sous sa direction, que Kossrakor [46], en 1887, entreprit les premières expériences, sur l’accoutumance aux antiseptiques. Il chercha si la culture en milieu antiseptique, affaiblit le microbe et modifie sa sensibilité à l'égard du même milieu, ou d’un autre encore plus chargé en antiseptique ; en d’autres termes, si le microbe, issu de la première culture antiseptisée, est plus disposé qu'un microbe non acclimaté à supporter la dose antiseptique, dans laquelle ont vécu ses ascendants, ou une dose supérieure. Ses conclusions sont les suivantes :
1° « Les organismes inférieurs, soumis à l’action d’un antiseptique à doses graduellement croissantes, acquièrent la faculté de vivre et de se développer dans des solutions de ces antiseptiques, qui, agissant sur des organismes non acclimatés, en empêcheraient le développement ».
2° « La force de résistance aux antiseptiques en géné-
ral ainsi que la faculté d'accommodation sont différentes dans divers organismes ».
. La même année, se placent les expériences de GuiGNarD et CHaRRIN [37], citées précédemment.
L'année suivante, en 1888, Wasserzuc [86] montra que, sous l'influence de la chaleur et de l'acidité, on peut abolir d’une façon permanente chez le Micrococcus prodigiosus la production de la matière colorante dans les milieux pour lesquels cette coloration est normale ; de même pour la forme de la bactérie.
« Il y a d’autres microbes capables d’en faire autant ; « il est donc non seulement intéressant, mais encore né- « cessaire de multiplier les exemples en faveur de cette « thèse ». Et il conclut : « Quand une forme est une fois « acquise dans un milieu donné, elle arrive à s’y fixer « d’une façon permanente, et, quand on modifie le milieu, « la forme ne varie pas, ou très peu. Le retour à la forme « fixe est d’autant plus rapide que l’action du milieu « primitif a été plus prolongée. Toutefois, à mesure que « l’influence du milieu nouveau se prolonge à son tour, le « changement morphologique s’accentue davantage et se « transmet de générations en générations jusqu'au mo- « ment où le retour à la forme antérieure ne peut plus « s’effectuer ». |
Depuis le travail de WasserzuG, cette question de la variation morphologique des Bactéries sous l'influence des agents extérieurs n’a guère été reprise. Dans ces derniers temps, P£Ju et Rasar [61-65-66], dans une très intéressante série d’études sur le polymorphisme des Bactéries, ont montré que les milieux salins provoquent chez ces organismes des variations de forme qu’on n’est pas habitué à trouver dans le vieillissement naturel, puis, poussant plus loin leurs investigations, ils indiquent des variations semblables dans des milieux contenant, non plus des sels minéraux simples, mais des sels organiques à molécules très complexes, telle que l’urée. Ils concluent que les substances chimiques se divisent en trois catégo-
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ries, par rapport aux actions qu'elles peuvent exercer sur les Bactéries.
1° Corps produisant un polymorphisme régulier (bichromate de potasse, permanganate, etc.) ;
2°. Corps ne produisant aucune modification morphologique (acide phénique, bichlorure de mercure, etc.) ;
3 Corps rendant les cultures impossibles, s’opposant par là même à toute recherche sur le polymorphisme (chlorure de calcium, tanin, sulfate de cuivre, alcool, etc.).
Nous citerons encore, dans ces dernières années, les recherches de Wizson [914], qui constate que Paddition d’urée au milieu de culture fait prendre une forme filamenteuse au Bacterium coli, au Bacillus typhosus et au Bacillus pyocyaneus. Le même corps étant expérimenté par NonxorrE et Sarrory{76] surle Bacillus anthracis, ces auteurs constatent que la bactéridie y végète avec des formes plus grêles. MaAssEN [49], après GAMALEIA, étudie l’action des sels neutres sur les bactéries et en particulier celle du chlorure de lithium ; il constaté une certaine accoutumance.
Tel est l’état actuel de la question. Les bactéries peuvent acquérir de la résistance aux antiseptiques. Pour certains auteurs, les variations morphologiques observées ne sont pas stables et restent fonction du milieu; pour d’autres, comme WasserzuG [87], la variation morphologique peut se fixer sans retour possible à la forme type.
Avant d'exposer les recherches personnelles qui font l’objet de ce travail, qu’il nous soit permis de remercier M. le Professeur Rapais de l’aimable accueil qu'il nous a fait dans son laboratoire ; le bienveillant intérêt qu'il a toujours témoigné à nos recherches nous a permis de profiter de sa grande expérience dans l'interprétation des résultats. Nous adressons l'expression de notre gratitude à M. le Professeur agrégé GUÉGUEN, qui nous a guidé dans
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le choix de notre sujet et nous a initié aux travaux de laboratoire. Nous exprimons notre bien amicale reconnaissance à M. Sarrory, préparateur au laboratoire, dont l’aide journalière nous a été précieuse.