OBSERVATIONS
LIPOMES PÉRINÉPHRÉTIQUES.
Observation I (inédite).
Lipome périnéphrétique du côté droit ; calcul dans le bassinet du même côté, compliqué du phlegmon périnéphrétique.
Elisabeth Sèches, âgée de soixante-deux ans, est entrée à la maison municipale de santé, dans le service de M. Labbé, le 17 avril 1879.
Cette femme a été plusieurs fois malade dans sa vie : elle a eu la fièvre typhoïde. Veuve depuis dix ans, elle a un fils qui jouit d’une santé excellente ; elle a toujours été normalement menstruée jusqu’à l’âge de cinquante ans, époque où la ménaupose s’est établie avec la plus grande régularité. Jusques il y a deux mois, c’était une femme de taille moyenne, d’une bonne constitution et d’un certain embonpoint, n’allant pas toutefois jusqu’à l’obésité.
11 y a deux mois, elle ressentit pour la première fois des douleurs vagues, profondes, dans la fosse iliaque droite ; elle n’y eût pas fait le moins du monde attention si elle n’avait remarqué qu’en même temps, son appétit devenait moindre et ses forces diminuaient de jour en jour: elle fondait, dit-elle, à vue d’œil.
Trois semaines avant son entrée à la maison municipale de santé, un dimanche matin, en se rendant à la messe, elle fut prise brusquement d’une violente douleur contu-
sivedans l’hypochondre droit. Elle fut obligée de s’asseoir, prête à avoir une syncope. Toutefois cette syncope ne fut que tout à fait momentanée et elle ne tarda pas à pouvoir rentrer chez elle à pied. Le lendemain, comme sa douleur ne la quittait pas, elle palpa son flanc droit et s’aperçut que ce côté du ventre était tuméfié, et, qu’en le touchant, on sentait un corps très dur. Ces souffrances ne la quittèrent point et l’obligèrent à garder la chambre jusqu’au 17 avril, jour de son entrée à l’hôpital.
Etat actuel. — Nous nous trouvons en présence d’une femme pâle et amaigrie, ayant les traits tirés, présentant tous les signes de ce qu’on appelle généralement le faciès abdominal. Quand on examine son ventre, on voit, à droite et au-dessous de l’ombilic, une bosselure saillante, qui rend proéminente et globuleuse la partie latérale droite de l’abdomen. Quand on passe légèrement l’index sur cette surface, on sent une saillie ronde, très dure, peu dépressible; en insistant par le palper, on trouve une tumeur dont, on peut très bien saisir l’extrémité antérieure entre les doigts, mais qu’on ne peut poursuivre dans la profondeur de la cavité abdominale. En touchant cette grosseur, on ne provoque pas de douleur bien considérable
La malade se plaint de souffrir dans la région lombaire du côté malade : on n’aperçoit aucune tuméfaction à ce niveau, mais en comprimant avec le bout des doigts, elle pousse des cris de douleur.il n’existe ni rougeur, ni œdème dans cet endroit.
L’état général est médiocre ; la température normale, le matin, s’élève légèrement le soir ; l’appétit est très médiocre. La malade est tellement constipée qu’on lui ordonne un lavement matin et soir.
20 avril. On examine de nouveau la tumeur antérieure
avec beaucoup de soin, et Ton voit qu’elle est nettement limitée et arrondie, obliquement dirigée de haut en bas et d’avant en arrière, manifestement solide, présentant une extrémité antérieure ovalaire, deux bords latéraux aplatis ; on ne sent pas toujours la partie postérieure. Une ponction exploratrice est faite, dans la région hypogastrique, dans la grosseur elle— même ; le résultat en est complètement négatif.
Le 26. Les douleurs lombaires droites deviennent de plus en plus vives, surtout à la pression : la région lombaire droite commence à se bomber d’une façon évidente; la fluctuation, recherchée avec le plus grand soin, n’est pas rencontrée, mais on y sent de l’empâtement profond et diffus. Quand la malade se lève et essaye de faire quelques pas, les souffrances sont beaucoup plus fortes ; elles s’irradient dans la région inguinale du même côté.
En même temps son état général devient beaucoup plus grave; depuis plusieurs jours, elle ne mange que des bouillons ; la température est d’environ 38 degrés le matin et 40 degrés le soir; le teint devient jaunâtre; la malade dort très peu.
Le 27. La région lombaire devient de plus en plus douloureuse; au moindre contact, la patiente pousse des cris ; les parois se bombent de plus en plus; la tuméfaction se dirige d’arrière en avant, de dedans en dehors et de haut en bas et se tournant vers la région du pli de l’aine : toutefois, la tumeur que l’on sent par la palpation abdominale antérieure n’a nullement augmenté de volume.
L’état général est le même.
Le 28. Depuis hier, la malade qui, souffre tous les jours davantage, a de l’hématurie chaque fois qu’elle urine. La
quantité de sang rendue peut être évaluée approximativement au cinquantième de la quantité d’urine rendue. Le sang est pur et se dépose au fond du vase. En présence de ce symptôme, le Dr Labbé et M. Marc Sée, appelés en consultation, portent tous les deux le diagnostic du cancer du rein.
1er mai. Il n’y a plus d'hématurie ; le gonflement diffus de la région lombaire et de la partie postéro-latérale droite augmente considérablement depuis quarante huit heures ; mais il est toujours impossible de constater la fluctuation. La tumeur qu’on sent en avant par la palpation n’a changé ni de volume, ni de consistance. Toutefois, elle semble plus repoussée en avant vers les parois antérieures de Labdomen .
Le 3. La malade, étant prise de frisson et de sueur, dépérissant à vue d’œil et présentant une température de près de 41 degrés le soir, on se décide à faire dans la région
lombaire droite une ponction exploratrice avec l’appareil Dieulafoy, et on retire 800 grammes de pus épais et bien lié. Après la ponction, toute tuméfaction a disparu en arrière ; en avant, les parois abdominales sont devenues flasques : on peut saisir la tumeur solide entre les doigts et on croit pouvoir reconnaître par sa forme que c’est le rein droit.
Le 5. La douleur est moindre, mais on la provoque toujours en pressant la région lombaire droite. Depuis le jour de la ponction, il existe de l’œdème du pied et de la jambe du côté malade.
Le 9. L’œdème a augmenté de bas en haut ; il s’est propagé jusqu’à l’endroit où on a fait la ponction en arrière ; à ce niveau, on constate maintenant tous les signes de l’inflammation : la rougeur, la tuméfaction et la chaleur. La malade est toujours constipée ; la température remonte en- Lacrampe-Loustau. 3
core vers 40 degrés le soir, l’appétit est nul ; la situation locale n’a pas varié.
Le 11. La région est extrêmement tendue; le membre inférieur droit est œdématié et augmenté de volume. Dans la région lombaire, on constate manifestement la fluctuation profonde. M. Marc Sée se décide à inciser largement ; il fait une incision verticale de 8 centimètres d’étendue, il en sort une quantité de pus très fétide qu’on peut évaluer à 500 grammes. En entrant avec le doigt dans l’incision, on trouve une surface lardacée où l’on ne peut rien distinguer de net ; en avant, on sent toujours une tumeur volumineuse, réniforme, mais très profondément située.
Le 14. La plaie est pansée, lavée et injectée deux fois par jour avec de l’eau phéniquée. INéanmoinsla température est très irrégulière ; la malade a des frissons plusieurs fois par jour, du subdelirium et des sueurs vers le soir; elle ne mange pas, sa langue est râpeuse et fuligineuse, en un mot, elle présente tous les signes de la septicémie.
Le 18. La malade meurt dans l’épuisement.
Autopsie vingt-quatre heures après la mort.
En incisant les parois abdominales, après avoir enlevé le rein, on découvre sous le péritoine le rein gauche qui est tout à fait normal ; à droite, une fumeur se continuant par sa face profonde ou postérieure avec une surface molle, lardacée, phlegmoneuse, se continuant par sa face externe avec la paroi abdominale postérieure.
Quand on enlève la tumeur avec soin, on y constate les caractères suivants : elle pèse 350 grammes, elle a la forme d’un haricot dont le hile aurait été tourné vers la colonne vertébrale et le bord externe en dehors ; en un mot, elle occupait la place du rein droit.
Si on la sectionne suivant son grand axe, on constate
qu’elle est de couleur jaune, de dimensions à peu près doubles de celles d’un rein ordinaire ; elle est constituée presq ue uniquement par de la graisse. Toutefois, tout près du hile et séparés des uns des autres par du tissu graisseux, se trouvent trois petites lobules rouges que le microscope a fait reconnaître pour des tubes urinifères; ils ont 5 centimètres dans le sens vertical pour 3 centimètres dans le sens transversal. Leur forme est irrégulière; ils se continuent en bas avec des calices et un bassinet qui semblent normaux, mais dont le volume correspond environ à la moitié du volume normal des mêmes organes. Dans les calices, à l'entrée de l’uretère se trouve un calcul phosphatique gris, pesant environ 3 grammes, ne bouchant pas l’orifice du canal excréteur de l’urine. Ce dernier a un calibre à peine égal au tiers de celui du côté sain.
.11 n’existe pas de production graisseuse dans un autre point du corps.
Tous les autres organes sont sains.
Observation II.
Bauchet (Société anatomique, 1853).
r éphro-pyélite du côté gauche; lipome périnéohrétique du rein droit ;
calcul dans l'uretère du même côté.
M. Bauchet a présenté à la Société anatomique les organes urinaires d’un individu qui avait succombé dans le service de M. Velpeau, par suite d’une maladie des voies urinaires (^néphro-py élite), dan s lequel on trouva une inflammation chronique avec dilatation du rein gauche, et des concrétions non oblitérantes dans l’uretère non correspondant ; à droite, l’orifice inférieur de l’uretère était complè-
tement obturé par un gros calcul cylindrique qui débordait de plusieurs millimètres cet orifice, si bien que le cathétérisme l’avait fait découvrir pendant la vie ; point de rein droit ; à sa place, masse adipeuse qui présente ce caractère qu’elle était compacte et adhérait fortement à la région lombaire.
Cette masse adipeuse, divisée dans toute son épaisseur, a paru n’être constituée que par de la graisse; seulement, on découvrit dans l’épaisseur de sa partie supérieure une capsule surrénale parfaitement conservée.
Quant au rein, il paraissait avoir complètement disparu. Mais, ayant remarqué à la partie antérieure de cette masse adipeuse une membrane fibreuse très épaisse, je la divisai avec soin en dédolant, et j’arrivai à un tissu particulier que j'isolai en le séparant avec le manche du scalpel de cette membrane fibreuse très adhérente. Ce tissu particulier, c’était le tissu rénal, reconnaissable à sa couleur rose pâle, à sa disposition grenue et à deux kystes’ séreux. Cette couche de tissu rénal avait l’épaisseur de 2 millimètres. Je n y reconnus ni substance tubuleuse, ni mamelons; il n’y avait pas non plus de vestiges de calice et de bassinet, lesquels étaient fondus dans un tissu fibreux.
Observation III.
Lipome périnéphrétique gauche naissant du hile; calcul dans le bassinet du même côté.
Godard (1859).
Le nommé Harel (Henri-Jacques-Athanase), âgé de 58 ans, homme de peine, a été apporté mourant le 9 août 1857 à l’hôpital de la Charité, service de M. Nonat, salle
Saint-Ferdinand, lit n° 9. Cet homme, ayant été abandonné par une femme avec laquelle il vivait, avait tenté de s’asphyxier avec les vapeurs qui se dégagent du charbon incandescent. Malgré tous les soins qui lui furent prodigués, il succomba le 10.
Harel, avant de se donner la mort, jouissait d’une santé parfaite. Ce renseignement m’a été donné par des personnes qui le voyaient tous les jours. Au moment de pratiquer son autopsie, j’ai constaté qu’il était d’un embonpoint ordinaire. Toutefois, il offrait une disposition singulière qui me frappa, ainsi "que les personnes qui étaient dans l’amphithéâtre. Harel avait la moitié gauche du corps fortement constituée, tandis que la moitié droite était incomparablement moins développée. Cette disposition curieuse était marquée même sur la figure. En plaçant une feuille de papier sur la ligne moyenne du visage, on voyait que les deux moitiés de la figure étaient dissemblables. D’un côté tous les traits étaient fortement accusés : du côté opposé ils étaient atténués en quelque sorte.
Sur la face antérieure du cou du côté gauche, l’extrémité inférieure des sterno-cléido-mastoïdiens faisaient une forte saillie sous la peau ; à droite, on ne la distinguait pas.
Cette disposition était surtout marquée pour le deltoïde, le trapèze, le biceps et les muscles de l’avant-bras, très volumineux à gauche, à peine indiqués à droite.
Il en était de même pour la cage thoracique, pour la fesse, la cuisse, la jambe et le pied droits, beaucoup moins développés que ces parties du côté gauche ; ainsi on aurait dit deux moitiés de corps de volume différents soudées l’une à l’autre.
Mais si la moitié gauche du corps était celle d’un homme fortement constitué, la moitié droite n’était pas atrophiée,
elle était seulement incomparablement plus petite. Toutefois les membres nous ont paru de même longueur. Or, un arrêt de développement existait aussi pour les organes génitaux.
Ainsi, Harel avait le testicule et l’épididyme gauches parfaitement conformés, tandis que du côté droit l’épididyme était un peu plus petite que d’ordinaire, et le testicule., bien conformé et sain, avait le volume d’un gros pois. Très certainement cet organe avait été arrêté dans son développement à partir de la période intra-utérine.
En enlevant les organes génito-urinaires profonds, je vis que le rein droit, bien conformé, avait 112 millimètres de
hauteur sur 5 centimètres d’avant en arrière. Je 1 incisai,
il était parfaitement sain. Au niveau du hile, il y avait seulement un peu de tissu adipeux.; tout au contraire, le rein gauche était représenté par une masse extrêmement volumineuse, formée en haut et en dehors par la glande dont les lobules étaient bien indiqués, et en bas et en dedans par une masse adipeuse considérable. Le tout avait la forme d’un ovoïde allongé, mesurant 198 millimètres de hauteur sur 108 millimètres d’avant en arrière. A la partie antérieure interne et supérieure de la tumeur, l’artère et la veine radicale pénétraient dans cette masse adipeuse que j’ai dû diviser pour suivre ces vaisseaux.
Le rein était enveloppé de sa capsule propre, dense et résistante ; celle-ci, arrivée au niveau de la tumeur gra’sseuse, s’engageait au-dessous d’elle en suivant son trajet accoutumé.
La masse adipeuse du rein, d’une belle couleur jaune, rosée par place, là où il y avait des vaisseaux, était légèrement ondulée à sa surface et elle était recouverte par une membrane résistante, envoyant des prolongements dans
l'intérieur de la tumeur. Dans les points où celle-ci se continuait avec le rein, le tissu celiulaire condensé, què formait l’enveloppe de la masse graisseuse, s’unissait assez intimement avec la capsule fibreuse de la glande.
Le rein ayant été ouvert par la face convexe, aussitôt une quantité considérable d’un liquide purulent, blanchâtre, s’échappa d’un bassinet énormément dilaté. La muqueuse du bassinet était épaissie, et par transparence on apercevait au-dessous dielle une quantité considérable de vaisseaux. A la partie supérieure du rein ouvert, on voyait trois pyramides très développées, dont le sommet venait s’ouvrir dans des calices énormément dilatés. A leur base, le tissu cortical semblait normal. Un peu au-dessous, la substance du rein n’était plus représentée que par des restes de pyramides dont la moitié inférieure avait disparu, repoussée en dehors par des tissus adipeux interposés entre ces restes de pyramides et la membrane du bassinet.
Plus bas on ne voyait que des vestiges de la substance corticale qui était elle-même séparée de la muqueuse du bassinet par de la graisse.
Enfin, la moitié inférieure de la tumeur n’était plus formée que par le bassinet enveloppé en dehors par une masse adipeuse, qui avait en moyenne de 30 à 35 millimètres d’épaisseur.
A la partie inférieure du bassinet, il y avait un calcul vert brun, du volume d’une grosse amande (d’après M. Rigout, ce calcul était composé principalement d’oxalate de chaux). Ce calcul présentait une petite saillie en forme de crochet. Je le soulevai pour voir l’orifice de l’uretère. Je ne pus y parvenir. Au-dessous de la tumeur, l’uretère avait à peine 4 millimètres de diamètre. Ce conduit diminuait de
calibre de bas en haut, et au niveau de la tumeur adipeuse, il pouvait à peine recevoir une soie de sanglier. Celle-ci étant poussée avec précaution, je la vis par transparence cheminer dans le bassinet et par une ouverture filiforme que je n’avais pu voir d’abord. Ainsi, il y avait hydronéphrose, et très certainement l’urine ne pouvait passer dans l’uretère.
La dissection attentive de cette pièce m’a montré quelle avait dû être la marche de cette tumeur ; il paraît certain que le tissu graisseux du hile, augmentant de quantité, s’était introduit dans l’intérieur du rein, en passant entre la capsule du bassinet et celles des calices, s’était interposé entre la muqueuse des calices et des pyramides, en les repoussant en dehors de plus en plus, qu’il avait atrophié ainsi les pyramides du sommet à la base, au point de les faire disparaître, et qu’alors il s’était interposé entre la membrane du bassinet et la substance corticale ellemême.
Observation IV (tirée de Baader).
Adipose généralisée. Lipome périnéphrétique du côté droit ayant amené la destruction complète du rein du même côté (probablement par suppuration) .f
La très illustre et très noble comtesse de Brauner, après avoir été dans sa jeunesse maigre, délicate et d’une taille élancée, acquit en avançant en âge un tel embonpoint par suite d’une alimentation trop abondante et du manque d’exercice, qu’elle était incapable de tout mouvement, étant ensevelie en quelque sorte dans sa propre graisse.
Plus tard elle rendit des urines fétides et purulentes; toutefois elle conservait un excellent appétit.
Deux ans avant sa mort, elle tut atteinte d’une maladie de foie dont elle guérit complètement.
A partir de cette époque, la comtesse de Brauner eut la respiration de plus en plus difficile, elle perdit un peu de son embonpoint; cependant elle resta grasse jusqu’au moment de sa mort.
Dans les derniers temps, elle avait la respiration tellement gênée, qu’à chaque instant on craignait de la voir suffoquer. Pour faire cesser ces accidents, on lui ordonna trois grains de kermès minéral à prendre à quatre heures d’intervalle; mais elle mourut suffoquée avant d’avoir pu prendre la troisième dose.
Le pouls se fit toujours sentir, si ce n’est peu avant sa mort.
D. Hœlzel, chirurgien delà grande maison des pauvres, qui avait souvent visité l’illustre dame pendant sa maladie, nous appela pour faire l’autopsie et nous constatâmes que, sous la peau, il y avait une couche de graisse, qui atteignait même 5 pouces d'épaisseur dans certains points, comme dans l’abdomen autour de l’ombilic. La cage thoracique était très rétrécie, eu égard à la haute taille de la dame.
Une livre de lymphe s’échappa de la cavité de la poitrine, lorsqu’on enleva le sternum. Les poumons étaient emphysémateux, et contenaient un liquide écumeux, rougeâtre, qui s’écoulait quand on les comprimait : phénomène que nous avons déjà observé chez les asthmatiques morts asphyxiés.
Un polype volumineux partait du ventricule droit du cœur, s’avançant dans l’artère pulmonaire en se divisant en deux rameaux au point de bifurcation de ce vaisseau.
Lacrampe-Loustau .
Ce polype remplissait la plus grande partie du cœur droit et s’enchevêtrait dans les valvules et les colonnes charnues.
La vésicule biliaire, augmentée de volume, était noirâtre extérieurement; elle renfermait une matière purulente, et, au niveau du col, il y avait un calcul de forme ovalaire et pesant un peu plus de 1 once et 1 drachme du poids usité à Vienne.
A la place du rein droit, on trouva un corps du volume de la tête d’un enfant ; il était formé par de la graisse pure, coagulée, [extrêmement dure. Dans ce corps, on ne trouvait aucun vestige de la substance rénale. Dans la partie centrale, il y avait une cavité contenant du pus extrêmement pur.
Des concrétions calcaires et calculeuses oblitéraient l’uretère droit.
DES LIPOMES INTRA. -NEPHRETIQUES.
Observation I.
Lipome intra-périnéphrétique partiel.
(M. Robin. Mémoires de la Société de biologie, 1853.)
« En 4853, j’ai trouvé une masse graisseuse du volume d’un œuf, située à la partie supérieure d’un rein que j’avais enlevé sur un cadavre, livré aux dissections de 1 Ecole pratique. Cette tumeur, placée au-dessous de la tunique fibreuse qu’elle soulevait, était molle, pulpeuse, friable, et s’écrasait à la pression ; elle était d’un jaune grisâtre, tirant sur le rouge, ce qui tenait à ce qu’elle était parcourue par un grand nombre de veines.
Elle différait de la substance rénale et par sa consistance et par sa coloration. L’examen microscopique m’a fait voir qu’elle était représentée par une substance homogène, finement granuleuse, dans laquelle se trouvaient quelques fibres fusiformes, soit isolées, soit en faisceaux. Ces corps fusiformes étaient nombreux, surtout à la surface et au niveau de la tunique fibreuse du rein.
La tumeur était constituée par une trame en partie amorphe, en partie formée d’éléments fibro-plastiques relativement peu abondants, dans laquelle on trouvait des gouttes adipeuses dont le volume variait depuis cinq millièmes de millimètre jusqu’à cinquante millièmes au plus.
La graisse formait la plus grande masse; aussi il était difficile de voir la substance amorphe entre les gouttes ; de plus, elle était solide à la température à laquellea été faite la préparation. Mais bientôt la chaleur de l’appartement l’a fait liquéfier, et alors elle s’est écoulée comme un liquide huileux entre les deux lames de verre de la préparation.
Ces faits montrent qu’il s’agissait de gouttes de graisse et non de cellules adipeuses. L’éther dissolvait complètement cette graisse sans laisser dans la préparation rien qui ressemblât aux parois des cellules adipeuses.
L’évaporation de l’éther laissait déposer l’huile en gouttelettes de volume variable.
Le reste du tissu du rein était sain ainsi que les bassinets.
Observation II.
Houel (Traité d’anatomie pathologique, 1857).
Lipome intra-néphrétique diffus.
M. Houel a pris cette observation en commun avec M. Laboulbène, dans le service de M. Rayer, à la Charité.
Le rein, qui n’était pas enveloppé d’une masse graisseuse considérable, et n’avait pas diminué notablement de volume, était décoloré, anémique ; à la coupe, on trouvait que, par places, la substance corticale et la substance tubuleuse étaient envahies par des dépôts graisseux multiples qui les avaient détruites.
Dans la substance tubuleuse, à l’œil nu, l’altération graisseuse avait la plus grande ressemblance avec celle de la transformation graisseuse des muscles; et l’examen microscopique nous a montré que, dans ces points, la graisse s’était en effet substituée aux éléments normaux de la glande qui avaient disparu.
Observation III.
Rayer (Traité des maladies du rein).
Lipome intra-néphrétique diffus ; calcul dans le bassinet.
Le rein était presque entièrement transformé en une masse graisseuse. La substance corticale n’était plus reconnaissable qu’à la partie supérieure du rein, où elle formait une couche mince d’un rose pâle.
Le rein est représenté divisé par son bord convexe, suivant sa longueur, en deux parties à peu près égales, et ses
deux moitiés sont étalées, comme lorsqu’on veut étudier la disposition du bassinet et des calices.
L’uretère, ouvert et fendu suivant sa longueur, se termine
en cul-de-sac, vers le point où il se continue naturellement avec te bassinet.
Le bassinet et les calices sont transformés en des lames ou cordons fibreux qui se distribuent d’une manière très irrégulière dans une masse graisseuse ayant la forme du rem. Je ne puis faire pénétrer de l’air ou de l’eau dans aucun de ces cordons, soit par une petite dépression qu’on remarquait au fond du cul-de-sac par lequel se terminait supérieurement l’uretère, soit eu introduisant des tubes plus ou moins déliés à différents degrés de profondeur. Un seul de ces cordons, situé vers l’extrémité supérieure du
rein, était ouvert, et contenait un petit calcul d’un blanc jaunâtre.
Il n’existait plus de traces de la substance tubuleuse. La substance corticale, reconnaissable seulement à la partie supérieure du rein, était mince, décolorée. Dans cette partie seulement, la membrane fibreuse du rein put être reconnue, détachée et isolée. Ailleurs elle était tellement confondue avec la masse graisseuse, qu’elle ne pouvait être séparée, double disposition indiquée dans la figure.
Observation IV.
Lipome néphrétique double. (M. Bricheteau, relatée par M. Rayer.)
La femme dont il est question dans cette observation est morte à la suite de symptômes qui n’ont rien de commun avec la question qui nous occupe. Nous nous contenterons
de relater l’autopsie de la cavité abdominale, qui seule concerne notre sujet.
« Le tube digestif, examiné avec soin de la bouche à l’anus, n’a rien offert de remarquable, si ce n est une diminution du volume du gros intestin dans sa moitié. inférieure. Foie sain ; vésicule biliaire distendue par une grande quantité de bile ; rate saine.
« Lerein était plongé dansunemasse graisseusetres épaisse , remarquable meme au milieu de volumineux pelotons graisseux de l'épiploon et des intestins. Les reins ont conservé leur forme et leur volume naturels ; mais ils paraissent transformés en deux masses d’une graisse compacte dans laquelle restent quelques vestiges de la substance tubuleuse. Les bassinets, les uretères et la vessie sent sains ; celle-ci ne contient pas une seule goutte d’urine. Organes génitaux sains. »