ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Au point de vue anatomique, nous pouvons décrire les altérations graisseuses des différentes parties qui composent l’organe sécréteur de l’urine ; que la transformation commence dans le rein lui-même, ou bien qu’il soit envahi par une surcharge de la capsule cellulo-graisseuse qui 1 environne.
Il est un point sur lequel nous ne saurions assez insister et sur lequel nous reviendrons assez, plus au point de vue anatomique qu’au point de vue clinique : l'affection que nous étudions n’a rien de commun avec aucune forme de néphrite.
Nous allons décrire les différentes altérations que l’on a
rencontrées dans l’adipose du rein, en procédant de dehors en dedans.
Le tissu cellulaire qui enveloppe la capsule du rein est d’habitude sain, excepté dans les cas relativement fréquents où la maladie est compliquée de suppuration ou bien de phlegmon périnéphrétique. Dans ces cas, on se trouve en présence de tissus phlegmoneux lardacés dans lesquels le doigt s’enfonce avec la plus grande facilité; on y rencontre d’ordinaire un pus fétide, épais, infiltré dans les mailles du tissu cellulaire.
Dans les lipomes intra-néphrétiques, la capsule d’enveloppe est saine. Dans ceux qui ont pour origine la capsule elle-même, la tumeur est toujours enveloppée par une toile fibreuse bien nette, bien distincte du tissu cellulaire voisin; de la face interne de cette enveloppe, partent d'habitude des cloisons fibro-celluleuses qui s’enfoncent dans l’intérieur du lipome, sans le lober toutefois.
Au-dessous d’elle, on trouve la graisse. Celle-ci a une épaisseur variable suivant les cas.
S’agi t— il du lipome intra-néphrétique, ce dernier peut être partiel comme dans le cas signalé par M. Robin et occuper alors le tiers ou le quart du rein, tout le reste étant absolument sain, ou bien le tissu adipeux peut envahir la presque totalité de l’organe, dans lequel on ne retrouve plus alors qu’une petite portion irrégulière plus ou moins volumineuse de la partie tubuleuse du rein.
S’agit-il au contraire du lipome périnéphritique 1 Quand on fait l’autopsie, on est frappé de suite de trouver sur les côtés de la colonne vertébrale deux reins de dimensions absolument différentes. L’organe malade, quoique variable dans son volume, est au moins deux ou trois fois plus grand que celui du côté opposé. Son diamètre vertical et son dia-
mètre horizontal sont également augmentés, mais rarement de plus d’un tiers. La forme générale de la tumeur reste celle d’un haricot, mais, suivant les cas, il existe des bosselures irrégulières assez volumineuses, soit au bord externe, soit vers le hile, ce qui a fait dire à quelques auteurs que le rein peut être étouffé par la graisse du hile.
Partie de la capsule, la graisse dissèque, pour ainsi dire, le tissu rénal, l’étouffe, et le résultat est le même que dans le lipome intra-néphrétique.
La couleur est d’un jaune rosé ; cette coloration tient au nombre assez considérable de capillaires qu’elle contient. Elle est de consistance assez ferme, et, quoiqu’elle graisse le couteau, elle présente par la coupe une surface de section bien nette.
Jamais elle ne renferme de kyste : dans un seul cas, elle entourait une collection purulente.
Presque toujours le tissu cortical est absolument détruit; dans un cas, cependant, on a trouvé les glomérules formant une bande étroite et pâle immédiatement au-dessous de la capsule fibreuse; il s’agissait précisément de l’observation dans laquelle on a admis que la graisse du hile serait venue refouler le tissu rénal du bas en haut et de dedans en dehors.
La substance tubuleuse est aussi en grande partie anéantie. Cependant, presque constamment, on retrouve près du hile plusieurs débris de cette substance présentant des formesabsolument irrégulières, séparés les uns des autres par la graisse. Leur couleur est toujours d’un rose pâle, leur dimension dépasse rarement quelques centimètres, leur extrémité inférieure se continue avec les calices. A.u microscope, on constate, et il n’y a pas d’exception à cette règle,
que ce qui reste de la portion tubuleuse ne présente aucune altération,
Le bassinet et les calices peuvent être sains; d’autres fois ils sont réduits à de simples cordons fibreux, absolument imperméables; toutes les lésions intermédiaires peuvent être admises et peuvent être rencontrées : diminution de calibre de ces canaux, épaississement de leur tunique fibreuse, etc., etc.
L’uretère est tantôt normal, tantôt considérablement rétréci. A son orifice supérieur, on rencontre la plupart du temps des calculs gris, irréguliers, presque toujours phosphatiques. Ordinairement il n’y en a qu’un ; dans quelques observations on en a relaté un assez grand nombre. La présence de ces calculs est d’autant plus remarquable que pendant la vie ils n’ont donné lieu à aucun symptôme clinique.
La plupart des auteurs sont absolument muets sur l’état des artères et reines rénales. Godard, dans son observation, constate que ces vaisseaux suivent leur trajet normal, et se frayent un chemin dans la substance graisseuse.
En somme, ainsi que le fait très bien remarquer Cruveilhier, jamais la substance rénale n’est envahie ellemême par la graisse; elle est atrophiée, ratatinée, mais on en trouve toujours une portion intacte, logée dans un point de la masse lipomateuse. Les organes accessoires de la glande urinaire, bassinet, calices, uretères s’atrophient également plus ou moins à leur tour.
L’affection que nous venons de décrire n’a donc rien de commun avec la stéatose rénale ou infiltration du tissu du rein lui-même par la graisse. On le comprendra facilement
Lacrampe-Loustau.
en lisant les quelques lignes que M. Lancereaux consacre à ce sujet :
« La stéatose rénale est une affection grave qui conduit le plus souvent à la destruction des épithéliums du rein et se termine par la mort. Cette affection, aiguë ou chronique, est néanmoins susceptible de guérison. Ainsi, on voit des individus devenus albuminuriques, après un empoisonnement par le phosphore, revenir à la santé ; de même il est possible de rencontrer des alcooliques qui, à la suite d une albuminurie avec anasarque, continuent à se bien porter. »
Quant aux complications : phlegmon périnéphrétique, néphrite, néphrite suppurée, hydro-néphrose, nous n’avons rien à en dire au point de vue anatomique : c’est là une description que l’on trouvera dans tous les auteurs classiques,