ENTRE QUI L'AMITIE PEUT-ELLE EXISTER
I. — Les êtres intelligents. — IL Dieu. — IIL Notre- Seigneur Jésus-Christ. — IV. Le prêtre et le jeune homme. — V. L'homme supérieur. — VI. Le vieillard.
Entre qui l'amitié peut-elle exister? Sous le nom d'affinité et de cohésion, des lois mystérieuses établissent, entre tous les êtres inanimés, des rapports et des tendances à l'union. Mais ces rapports demeureront toujours à des distances infinies de l'amitié, parce qu'ils ne seront jamais vivifiés par l'influx de l'intelligence et du cœur. Ni les brins d'herbe de la même prairie, ni les étoiles de la même constellation ne vont les uns vers les autres parl'harmonied'un mouvement intérieur et conscient. Le sunt lacrymœ rernm de Virgile n'a pas sa source dans les émotions d'un cœur vivant, ou bien ce cœur est le nôtre.
Pareillement l'amitié n'existe pas entre l'homme et
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la chose. La nature a sa beauté captivante; son immen. site ou ses grâces nous attirent. Ceux à qui elle se révèle davantage vont vers elle, avec une sorte de passion. Poètes, philosophes, saints. ..l'exaltent à l'envi. David la chante avec magnificence et lui prête une voix et un cœur; Ignace de Loyola, fait pour les visions divines, s'extasie devant la splendile lumière des soirs d'étés; François d'Assise s'apparente avec tous les êtres qui composent la création; il les appelle mon frère ou ma sœur. Saint Gaétan trouve des charmes aux pierres de la route et voudrait être aimé par elles; Kant ne peut détacher son regard du regard des étoiles; quand le jardinier des Rochers, le fidèle Pierre a trépassé, Madame de Sévigné croit remarquer que les roses du jardin sont tristes à la mort; Lamartine est tellement bouleversé de l'harmonie du monde qu'il semble parfois hors de lui et demande :
Objets inanimés, avez-vous donc une àme Qui s'attache à mon âme et la force d'aimer !
Mais non ; ils ne possèdent pas d'âme, et c'est pourquoi il n'y a pas d'amitié possible entre eux et nous « Le sentiment par lequel on aime les êtres inanimés, n'a pas le nom d'amitié, dit Aristote; c'est qu'il n'y a pas là de réciprocité possible, il n'y a pas non plus volonté du bien de ce que l'on aime. »
Même cette inclination si puissante qui nous porte vers la religion et la patrie, qui nous tient si avant dans l'âme qu'à chaque heure, nous sommes prêts à sacrifier pour elles, toutes nos joies, nos aises et jusqu'à
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notre sang, ne s'appelle pas amitié. Elle a un autre nom qui d'ailleurs n'est pas moins grand dans la langue divine et dans la langue humaine; elle se nomme l'amour. Mais, l'amitié exerce ses fortes répercussions sur ces deux amours. « La vertu seule a droit de former les nœuds de l'amitié, enseigne de Sacy. Entre les premiers devoirs d'un homme vertueux est l'amour de la Patrie. Il est donc évident que, plus il y aura d'amis, plusil y aura d'hommes vertueux dans un Etat ; et par conséquent, plus il y aura de citoyens prêts à tout sacrifier pour ses intérêts et pour sa gloire. » Pierre Olivaint écrit à l'un de ses anciens condisciples de Charlemagne : '^W sQTdi'it beau de purifier son cœur pour travailler à la régénération de son pays.» Montalembert dit à Cornudet : «Il faut nous efforcer de mettre le Christianisme à la tête du mouvement de la civilisation et des lumières. C'est à nous, chrétiens jeunes et libéraux, qu'il appartient de montrer que l'union de la religion et delà liberté est non seulement chose possible, mais chose nécessaire. Montrons qu'en pratiquant toutes les obligations que nous impose notre auguste religion, nous pouvons être aussi instruits et aussi libres que ceux qui croient faire preuve de lumière et d'indépendance, en méprisant la religion, parce qu'ils sont trop faibles pour y croire ou trop vicieux pour lui obéir. » Cornudet entre dans les vues de son ami; il répond : « Je crains quelquefois, cher ami, que nous soyons déplacés dans un siècle où il n'y a plus de martyre d'aucune sorte, nous qui aurions tant aimé à mourir pour confesser notre foi. »
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Mais voici les êtres animés, ceux qui sont au bas de l'échelle de la vie sensible, les irraisonnables. S'inclineront-ils vers les choses; se porteront-ils les uns vers les autres ; iront-ils à l'homme par un mouvement d'amitié? Beaucoup penseront que oui. Une légende orientale parle de l'amitié d'un rossignol pour une rose ; les naturalistes racontent avec admiration les marques de tendresse que certains animaux donnent à leurs petits et celles qu'ils en reçoivent. Et si nous interrogeons le cœur de l'homme, que de fois et avec quelle puissante émotion, nous le verrons tressaillir en faveurde certains animaux familiers. Le chien et le cheval profitent surtout de cette inclination; le chien de l'aveugle, le cheval de l'arabe sont légendaires. Aussi qu'il était dur le sort de ce héros d'une fable de Florian :
L'aveugle à qui tout pouvait nuire, Etait sans guide et sans soutien, Sans avoir même un pauvre chien.
Pour l'aimer et pour le conduire.
Dans Un voyage à Sparte^ Maurice Barrés raconte une fable magique, toute remplie de l'amitié d'un héros grec pour son cheval : « O mon cher et beau cheval, dit le héros, ô mon cher miracle, je t'aime et tu m'émerveilles autant que le premier jour, quand je te surpris au bord de la source et que j'osai te retenir... Où veux-tu courir? Hors de toutes limites? C'est courir au délire. Tu cherches ton propre songe. Tu veux.
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dis-tu, toujours plus d'azur. Il n'y a pas d'azur, il n'y a que notre amitié.
« Une amitié profonde a des mystères. Dans la nôtre tu trouverais du douloureux, de l'inconnu, de l'insaisissable, tout un grand ciel plein de nuées. Cher compagnon, demeure sur nos sommets à bondir de ta folie vive en ta folie triste et à cultiver en toi, le sentiment de l'exil. Notre rencontre est un prodige. Comment lui préférer, crois-tu, le sec isolement d'où notre sympathie t'a tiré ! Tu veux être la nuit, une étoile dans les cieux? Mais que feras-tu d'épuiser ta divinité là-haut, si tu ne peux pas me la voir admirer? »
Il est des hommes qui, placés dans certaines conditions de solitude et de souffrance, se sont attachés aux plus petits ou aux plus vils animaux. Qiii ne se rappelle avoir lu cette page des Mémoires de Silvio Fellico: «Voyant si rarement des créatures humaines, je donnai mon attention à quelques fourmis qui venaient sur ma fenêtre; je les nourris somptueusement; cellesci allèrent chercher une armée de leurs compagnes, et la fenêtre fut remplie de ces animaux. Je donnai également tous mes soins à une belle araignée qui tapissait une de mes murailles. je la nourris de moucherons et de cousins, et elle me prit en telle affection qu'elle venait jusque sur mon lit et dans ma main saisir sa proie sur mes doigts. »
Tous ces sentiments, avec leur ardeur et leur grâce d'expression, intéressent- un moment notre curiosité. Ils permettent de surprendre un côté nouveau de la' sensibilité humaine. Ils peuvent être une invention et
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un dédommagement du besoin d'amitié qui est en nous, mais ils ne sont pas l'amitié même. Les maîtres en la matière l'ont déclaré. C'est d'abord Buffon : « L'amitié n'appartient qu'à l'homme ; l'attachement seul peut appartenir auxanimaux.>/ C'est aussi Aristote, mais ce païen ne s'arrête pas là. Il ajoute en effet : « Là où il n'y a rien de commun, il n'y a pas non plus d'amitié; il n'y a rien de commun entre l'homme et le cheval, ni non plus entre le maître et l'esclave : l'esclave est un outil animé. » Un peu plus loin, il se reprend, mais avec quelle restriction : '^ Cependant il peut y avoir aussi de l'amitié avec cet être, dans la mesure où il est homme. »
Le Christ devait venir un jour protester contre cette philosophie blasphématoire et dire aux hommes : « Il n'y a point de distinction entre l'esclave et l'homme libre; vous êtes tous frères. »
N'aimez-vous pas cette pensée d'Eugénie de Guérin : « Outre les alïeciions de ce monde, nous avons besoin de quelque chose de plusspirituel? » Tôt ou tard, dans la vie. nous apercevons la fragilité de tout ce qui est créé, nous voyons que les amours humains sont trompeurs; et, plus le cœur est profond, plus la douleur est grande, la plainte amère, et l'appel vers des régions
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supérieures, puissant. Alors, sur nos ruines et nos illusions, une surnaturelle affection grandit dans nos âmes, et de notre cœur s'élance le cri qui déchira jadis le cœur d'Augustin : « O beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, je vous ai connue trop tard et je vous ai trop tard aimée... Enfin votre goût céleste s'est communiqué à mon âme, et maintenant, j'ai faim et soif de vous, ô mon Dieu. »
. Et quand même la désillusion ne viendrait pas, l'amour de Dieu s'imposerait encore à notre cœur pour y corriger ce que d'autres amours auraient d'excessif. Par cela même que nous nous sentons portés à aimer très vivement, nous devons lutter contre ce penchant qui s'égare avec facilité. Et pour réussir dans cette tâche, il nous faut aimer Dieu, de plus en plus; car de même que l'amour excessif des créatures éloigne de Dieu, l'amour ardent de Dieu détend les ressorts qui nous attirent trop vers les créatures. « Un amour, dit Lacordaire, ne se surmonte que par un autre amour. »
Mais quoi! Peut-il y avoir amitié entre Dieu et l'homme? Un passage existe-il pour rejoindre ces deux abimes? L'antiquité s'est refusée à l'admettre. «Que l'un des deux soit dieu, l'amitié n'existe plus, enseigne Aristote. Il est ridicule de dire que l'on aime Jupiter.» Le dieu antique ne connaît que lui; iln'aime que lui. L'antiquité ignorait et errait en ne voulant pas admettre des rapports de cœur entre le fini et l'infini. Dieu est amour; '< son culte consiste principalement dans l'amour, nec colitur ille nisi amando w La cause
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de toutes ses opérations, soit au dedans soit au dehors de lui, c'est l'amour. La Création, llncarnation, la Rédemption, l'Eucharistie, ces présents infinis, n'ont pas d'autre motif que celui donné par saint Jean : « Et nous, nous croyons à son amour. » Pourquoi ne serait-il pas amitié? N'a-t-on pas dit que pour connaître le cœur de Dieu, nous n'avions qu'à écouter le battement du nôtre et à y joindre l'immensité?
Au milieu des vastes nations païennes, Israël croyait à cette amitié et proclamait que « Dieu était trop libéral pour ses amis, les hommes. » Depuis, 1 Evangile a paru; la grâce s'est écoulée à flots pressés. Alors cette croyance s'est élevée presque à la hauteur d'un dogme. Le grave Contenson n'hésite pas à dire que l'opinion adverse est téméraire et confine à l'hérésie. Il établit une thèse à trois assises pour démontrer l'existence de l'amitié entre Dieu et l'homme; per caritatem , veram etstrictam cuiii Deoamicitiam inimus. Suivons son raisonnement, en l'appuyant, de-ci delà, par quelques pensées de nos saints ou de nos écrivains favoris.
L'amitié n'est autre chose que l'amour de bienveillance allant de l'un à l'autre des amis et amenant entre eux un échange de biens. Ce sentiment nous fait sortir de nous-mêmes, de l'éternelle recherche de nos aises, de nos plaisirs, et nous applique à procurer le bonheur de notre ami. Or, nous offrons à Dieu le tribut de cet amour, quand dociles aux ordres du Christ, nous allons à lui pour lui, pour le glorifier, pour reconnaître et adorer ses perfections; quand, de tous
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nos efforts, de toutes nos aspirations, de toute notre vie, monte, bien plus que de nos lèvres, cette supplication belle entre toutes : « Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié... »
L'homme nedemande rien pour lui,dans la première partie de cette prière. Si, dans la seconde, il parle de ses besoins et de ses faiblesses, il continue encore de louer Dieu, en s'adressantà sa Providence et à sa libéralité. Sainte Thérèse recommandait cet amour de bienveillance à ses religieuses; elle leur disait : « Il faut servir Dieu gratuitement comme les grands seigneurs servent le roi. »
Dieu cherché si purement a voulu prendre les devants. Il y a vraiment, entre lui et nous, amour mutuel, bienveillance réciproque, aller et retour d'affection, anialio et redamatio. Dieu nous a aimés. « Il est le meilleur de nos amis et le plus proche de nos parents. » [Fénelon.) « Je vous ai aimés, » affirme le Seigneur dans l'Ecriture. Oui, cela est vrai; « il a mis son cœur contre le nôtre. » Le cœur à cœur avec Dieu ! Et dans cet embrassement intime, il a fait passer de son cœur dans le cœur de l'homme, des fragments de son infinie félicité. Il a parlé, il s'est révélé, il a consolé, il a béatifié, divinisé.
Les esprits les plus divers ont été touchés de tant de bonté. Pascal a exprimé la même idée que saint Louis et que Fénelon. Ecoutonsleur grande voix : celle de saint Louis parlant à sa chère fille Isabelle : « La créature est bien dévoyée, qui met ailleurs l'amour de son cœur, fors en Dieu ou sous Dieu, tant celui-ci est
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puissant et bon »; celle de Pascal : « Encore que l'âme véritablement touchée de la grâce ne sente pas ces charmesdont Dieurécompense l'habitude dans la piété, elle comprend néanmoins que les créatures ne peuvent pas être plus aimables que le Créateur; et sa raison, aidée des lumières de la grâce, lui fait connaître qu'il n'y a rien de plus aimable que Dieu, et qu'il ne peut être ôté qu'à ceux qui le rejettent, puisque c'est le posséder que de le désirer et que le refuser, c'est le perdre. Ainsi elle se réjouit d'avoir trouvé un bien qui ne peut pas lui être ravi tant qu'elle le désirera et qui n'a rien au-dessus de soi. »
« Que vous serez heureux, dit à son tour Fénelon dans une lettre à un jeune homme, si vous apprenez ce que c'est que l'occupation de l'amour de Dieu. Il ne faut point demander ce qu'on fait avec Dieu quand on l'aime. Il ne s'agit que d'être avec lui comme avec une personne qu'on aime. On n'a point de peine à s'entretenir avec son ami; on a toujours à lui ouvrir son cœur; on ne cherche jamais ce qu'on lui dira, mais on le lui dit sans réflexion; on ne peut lui rien réserver; quand même on n'aurait rien à lui dire, on est content d'être avec lui .. Comptez que Dieu est le bon ami du cœur, et que personne ne console comme lui. Il n'y a personne qui entende tout à demi-mot comme lui, qui entre dans toutes les peines, et qui s'accommode à tous les besoins sans en être importuné. Faites-enun second vous-même. Bientôt ce vous-même supplantera le premier et lui ôtera tout crédit chez vous... O mon Dieu, poursuivait le pieux archevêque.
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si les hommes savaient ce que c'est que vous aimer, ils ne voudraient plus d'autre vie et d'autre joie que votre amour. »
Mais, dans cet amour, ils retrouveraient agrandi et transformé, tout ce qu'ils auraient sacrifié : « O mon Dieu, s'écrie saint Augustin, j'aime une lumière, une mélodie, un parfum, un aliment, une volupté, en vous aimant. Lumière, mélodie, parfum, aliment, volupté qui ne se goûtent que dansl'àm.^ ; lumière qui défie les lumières de l'étendue, mélodie qui ne connaît pas les mesures du temps, parfum que le souffle des vents ne dissipe pas, aliment qui rassasie sans diminuer la faim, volupté dont la jouissance n'amène jamais la satiété : voilà ce que j'aime en aimant Dieu.»
Le lien d'amitié entre Dieu et l'homme porte un nom que la splendeur et la suavité ont pénétré : il s'appelle la grâce. Par la grâce, l'Esprit-Saint établit en nous sa demeure, nous fait enfants du Père céleste et frères de Jésus-Christ. Par elle, l'âme s'unit à la Sainte Trinité, au créateur, au médiateur, au sanctificateur; elle contracte avec Dieu une sorte de mariage spirituel [Contcnson, de via angelonirn). Dans cette union. Dieu nous communique la vie surnaturelle, une participation à sa nature, une sorte d'identité avec lui, qui adhœret Deo unus Spiritits est. Sur tous ces dons, s'épanouit, comme une fleur sur sa tige, une joie délicieuse, une joie qui a des transports et des délires, une joie dont les élans étonnent et scandalisent les coeurs trop froids et trop languissants.
Dieu est fidèle dans le don qu'il fait de soi; il de-
meure toujours avec ses amis; il est encore avec eux quand il fait tard, quand la nuit tombe, quand la solitude s'est faite, quand la source des autres affections s'est tarie... La gloire viendra un jour s'ajoutera ces faveurs premières et les sanctionner d'un sceau définitif. Les voiles qui nous cachent Dieu aux heures actuelles tomberont. La lumière et la beauté apparaîtront dans tout leur éclat; elles s'épancheront sans fin dans l'abîme de nos coeurs. Ce sera l'éternité dans le bonheur de l'amitié divine.
Tous n'arrivent pas également à ce degré d'intimité. Dieu à ses privilégiés, et ses grâces de choix ne s'obtiennent qu'à certaines conditions. Elles vont aux âmes qui les désirent, qui font efïort pour écarter les obstacles élevés par le péché et les imperfections, qui demandent leur surnaturel affinement au sacrifice, aux sacrements, à la prière; aux âmes qui font de la recherche de l'ami éternel, l'œuvre de toute leur vie, et dirigent vers ce but. tous leurs pas, comme autrefois toutes les routes du monde aboutissaient au milliaire d'or du forum romain.
Un jeune chrétien, Alfred Tonnelle, avait longtemps réfléchi sur le monde et sur Dieu. Sa plume tout près de se briser avait tracé ce testament que je prie ses frères en jeunesse de méditer : « Nous vivrions cent vies ici-bas qu'aucune ne comblerait nos besoins et ne satisferait le double côté de nos vœux. Dieu seul est éternellement le même et éternellement nouveau^ éternellement un et éternellement divers. En lui seul, notre âme peut trouver éternellement le repos de j
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l'amour et de l'activité du désir; et c'est en vivant, les yeux fixés sur ce centre infini, si proche de nous, qu'elle traversera heureusement l'instant qui nous en sépare. »
« La vraie religion, dit Henri Perreyve, est celle qui fait de Dieu et de l'homme deux amis tendres, confiants, fidèles, deux amis éternels, contre lesquels tous les temps à venir ne pourront rien que resserrer les liens de leur amitié. » — De l'amitié entre Dieu et nous! Non, car
Dieu est trop loin de nous et le ciel est trop haut.
Le ciel s'est abaissé, Dieu est venu habiter parmi les hommes : Nous avons Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il garde toutes les perfections de la divinité, il prend toutes les infirmités de l'humanité : c'est l'Homme- Dieu, docteur qui apporte la vérité, rédempteur qui verse toutes les gouttes de son sang, modèle qui sert de règle à toutes les vies supérieures, compagnon qui marche avec nous sur toutes les routes de notre exil.
Si je cherche à quel niveau élever mon âme, il est l'idéal qui m'attire; si je demande l'origine et la fin
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de mon existence, il me répond avec une indiscutable autorité; si je veux connaître le chemin qui conduit à la vie, il me guide ; si je veux aimer et être aimé, il est là pour me révélerles secretsd'une sainteafifection. Car il a pris notre cœur, et ce n'a pas été pour l'éteindre; il l'a pris avec ses besoins d'épanchement, ses sympathies, ses joies de donner et de recevoir. Et même, quel penchant de notre nature a reçu de lui un plus divin témoignage, un plus auguste exemple! L'antiquité croyait aimer; ceux qui vivent loin du Christ croient aimer. Ils ne vont pas à la moitié de l'amitié: ils en ignorent la partie la plus touchante.
Le Père OUivier nous a montré naguère « cet incomparable spectacle : le cœur de Jésus s'épanouissant dans l'amitié ». Il importe de contempler attentivement ce spectacle, pour bien nous convaincre que Jésus nous a aimés et pour apprendre nous-mêmes comment aimer. C'est le plus sûr moyen d'aller au Christ à notre tour; c'est le seul moyen d'aimer sans reproche et sans crainte.
Jésus aime, et non pas uniquement de cette charité divine occupée avant tout défaire des élus, mais aussi avec son cœur humain, capable de s'émouvoir de la naturelle beauté des âmes et de trouver dans cette émotion un charme qui le captive.
Ouvrons les évangiles, surtout celui-là dont l'auteur n'a pas craint de se nommer « le disciple que Jésus aimait ». Nous y verrons rayonner la radieuse physionomie du Christ qui veut sauver tous les hommes, mais qui, en plus de cet amour universel, L
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témoigne à quelques prédestinés une tendre et profonde amitié.
Dans Tamitié qu'il lie avec nous, Jésus prend les devants; il fait les ouvertures, prior dilexit. Dire à quelqu'un qu'il a touché notre cœur est difficile, à cause d'une certaine fierté qui se plait dans la réserve :t qui se froisserait de rencontrer l'étonnement ou le efus. Jésus évite cet embarras à ses amis. Il va luinéme trouver ceux qu'il a choisis; il leur dit : « Sans Joute j'ai pitié de la foule, mais le choix de mon :œur vous a séparés de la foule et mis dans une place à ?art; vous êtes mes amis. »
Parmi les témoignages de l'amitié, quelques-uns nettent au premier rang la confiance qui se plait à ;ommuniquer tous ses mystères; Jésus-Christ révèle ous les secrets divins à ses amis. La confiance n'est :près tout que le don de la pensée. Jésus va plus oin : la grande marque de dilection, c'est de donner a vie pour ceux qu'on aime. Et il ne fait pas de diférence entre aimer et se sacrifier. Il a connu ces égards qui contemplent les traits d'un visage aimé et [ui sont à eux seuls une jouissance. Il a éprouvé le esoinde faire monterceux qu'on aime dans des régions )lus lumineuses et plus pures. Il a ressenti la tristesse ui serre notre poitrine, quand les ardeurs de notre arole ne trouve pas d'écho et que l'invitation qui est u fond de toute amitié : suis-moi seqiiere me, n'est pas coûtée. Il a connu l'amitié qui console, qui guérit, t, plus heureux que nous, l'amitié qui va jusqu'à resisciter ceux qu'elle pleure.
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Il s'approche du tombeau de Lazare et il pleure, il témoigne une telle douleur que dans les groupes, autour de lui, on se fait de l'un à l'autre cette réflexion : « Voyez comme il l'aimait ! » Ces larmes qui touchèrent les contemporains de Jésus nous émeuvent encore. Un poète y a vu la consécration, j'allais dire, la déification de nos amitiés :
Merci, mon Dieu, merci de l'éternel baptême A l'amitié donné par les yeux de Dieu même.
Cet attendrissement divin ravira éternellement. « O mon Dieu, vous n'avez pas cru que c'était déroger à votre haute perfection que de vous laisser toucher parles larmes de la douleur et de pleurer avec ceux qui pleuraient. O mon Dieu, ce simple détail me révèle toute la bonté de votre cœur mieux peut-être que votre passion et votre croix. Ici vous montrez qu'il y a en vous un cœur comme le cœur des autres hommes, que vous aimez les hommes comme ils s'aiment entre eux, que vous ne les aimez pas seulement d'un amour de Dieu, mais de cet amour qui est dans le cœur de l'homme : révélation touchante, consolation qui s'adresse à tous, mais surtout à ceux qui veulent être vos amis. » (i?. P. Pététot.)
Rien n'empêche Jésus d'aimer : ni la trahison, ni l'agonie, ni la mort. « Il aime jusqu'à la fin » : dans la Cène où son amour se donne à tous ses apôtres, à toute l'humanité, mais où son amitié se donne à saint Jean et le laisse reposer sur son cœur; au jardin de
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Gethsémani où il souffre pour tous les hommes, mais où il a voulu pour témoins de sa douleur ses trois amis Pierre, Jean et Jacques; sur la croix, lorsqu'il dit au disciple qu'il aimait : « Mon fils, voilà ta mère. »
Après Jésus, on n'aimera plus comme lui. Son amitié sera le type inimitable, la conservation et la préservation des nôtres. Quiconque ne regardera pas cet idéal et ne cherchera pas à s'en rapprocher n'ira pas loin dans la voie montante de l'amitié; il pourra tenter de s'élever; il retombera bientôt dans l'égoïsme sinon dans la fange.
Le Christ n'est pas enfermé dans l'Evangile comme en un sépulcre, il n'est pas figé dans les souvenirs du passé. C'est un vivant pour tous les siècles et un contemporain pour toutes les générations. 11 se met sur notre passage, comme il faisait pour ses privilégiés d'autrefois et il s'offre de devenir, pour chacun de nous, l'ami de toutes les heures. Il nous propose son amour d'Etre infini et éternel, il met à notre disposition ses clartés et ses énergies divines, mais il ne veut pas que donner. Il lui plaît de se faire mendiant et de trouver un encens de louanges et une hostie de suavité dans nos hommages, nos prières, nos actes de réparation et nos œuvres d'amour. Lui-même nous provoque : « Donne-moi ton cœur, apporte-moi ton dévouement, aide-moi par la prière et le sacrifice, dans le salut des âmes. Il me faut tes consolations. Vois comme partout je suis méconnu, oublié, méprisé, de nouveau crucifié... Oh! toi du moins, crois, adore, aime. »
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L'appel a été entendu, et l'âme de ceux qui ont subi l'attrait est devenu un foyer de bonheur. La vie des saints nous redit les cris émus, les protestations ardentes des âmes, nous affirmant qu'elles ont trouvé, dans la recherche et la pratique de l'amitié avec Jésus, des joies qui allaient parfois jusqu'à les sortir d'ellesmêmes et les perdre entièrement dans la jouissance de celui qu'elles aimaient, plus qu'on n'a jamais aimé un père, un ami, un époux.
Qui n'a présent à l'esprit le cri de saint Paul prenant le ciel et la terre à témoins que rien, jamais, ne pourra le détacher de l'amitié du Christ? Qui ne se rappelle Agnès marchant à la mort, entourée des lis et des roses de la virginité et du martyre et répétant comme un chant de triomphe cette parole : « J'aime le Christ, amo Chrisfum ?» Et qui n'admirera une fois de plus l'immortelle protestation de sainte Thérèse : « Si je vous aime. Seigneur, ce n'est pas pour le ciel que vous avez promis ; si je crains de vous offenser, ce n'est pas pour l'enfer dont je serais menacée. Ce qui m'attire vers vous. Seigneur, c'est vous seul, c'est de vous voir, ô mon Seigneur Jésus, cloué sur la croix dans les angoisses de la mort. Et votre amour s'est tellement emparé de mon cœur que, quand même il n'y aurait pas de ciel, je vous aimerais toujours. »
Les bienfaits et les charmes de l'amitié avec Jésus ont été exprimés dans une langue qui pourrait sembler la langue du ciel même, par l'auteur de Vlmiiaiion. Qu'on lise les chapitres vu et viii du
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deuxième livre. Rien de mieux sans doute n'a été écrit « sur la nécessité d'aimer Jésus-Christ par-dessus toutes choses ; sur la familiarité que l'amitié établit entre Jésus et l'âme fidèle ».
Jeunesgens quicherchezl'ami qui netrompe pas, qui n'attriste pas, qui ne passe pas, prenez le chemin de Nazareth ou de Jérusalem, tâchez d'y rejoindre le céleste adolescent qui a votre âge et de faire route avec lui. Il donnera la lumière à votre esprit, la force à votre volonté, la joie à votre cœur, la pureté à vos sens... Il vous donnera les sûres promesses de la vie éternelle.
On a souvent constaté entre le prêtre et le jeune homme l'existence de grandes sympathies. Ces sympathies reposent sur des affinités. Le prêtre a mis aux pieds du Christ et dévoué au service des âmes toutes les tendresses de son cœur ; il a converti en flammes d'apostolat tout ce que sa poitrine d'homme avait d'amour. Ses affections, protégées contre le flot rapidement destructeur de la passion, gardent jusqu'à la fin la fraîcheur du premier âge et son joyeux élan.
Le jeune homme n'a encore rien dispersé des trésors de son cœur; il veut en faire un noble emploi. Plus son âme s'est fermée aux souffles mauvais, plus
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elle a besoin de s'ouvrir aux souffles féconds et purs de l'enthousiasme et du dévouement.
Tous deux s'attirent déjà par cette ressemblance. D'autres motifs concourent à leur rapprochement. Le débutant des luttes de la vie se rend compte de la gravité du péril qui l'attend et de l'insuffisance de son armure; il cherche autour et au-dessus de lui, des pourvoyeurs de force. Alors, dans le prêtre, il reconnaît, en même temps que l'homme des tendresses réservées et des immolations, le chargé de Dieu pour communiquer aux âmes les clartés et les énergies d'en-haut. Il l'aperçoit enveloppé du rayonnement de l'autel, distribuant la manne qui empêche de défaillir ou répandant les divins pardons ; comme d'instinct, il va vers lui. De son côté, le prêtre se sent incliné vers le jeune homme. En dehors des charmes de l'âge dont, lui aussi, comme tous les autres, subit l'influence, il se dit qu'il y a là Dieu et une âme à servir. Cette nouvelle et réciproque constatation achève de les tourner l'un vers l'autre. Quand ils se sont rencontrés, quand lejeunehomme arévélé sa conscience avec ses aspirations, ses faiblesses et ses chutes, quand le prêtre l'a encouragé, consolé, béni, il se forme entre leurs deux âmes, un lien qui tient de la paternité et de l'amitié, ce que ces deux grands sentiments ont de plus noble et de plus doux.
Un écrivain de talent, Charles de Sainte-Foi, mêlait ainsi ses souvenirs personnels aux conseils qu'il donnait dans Les Heures sérieuses d'un jeune homme : « Le confesseur est un ami, mais un ami divin; ou
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plutôt, c'est Jésus-Christ qui devient dans sa personne le confident et l'ami de tous les chrétiens. La confession, c'est l'amitié élevée à l'état de sacrement, et rapprochée si près du ciel qu'on ne saurait rien concevoir, dans l'échelle des affections humaines, qui en soit plus proche... Il ne tient qu'à vous, jeune homme, de vous faire un ami de votre confesseur; si vous vous adressez à lui avec confiance, il est difficile qu'il vous refuse son amitié. Comment voulezvous qu'un commerce aussi intime s'établisse entre deux âmes sans qu'il en résulte une union étroite? Le prêtre pour aimer son pénitent, n'a pas même besoin des motifs que la foi lui suggère; sa nature et son cœur lui suffisent. »
Si le prêtre, comme c'est l'ordinaire dans l'amitié pour ceux qui sont plus âgés, donne davantage affection et dévouement, il reçoit cependant un échange de ces deux choses. La joie véritablement sacerdotale de l'amitié c'est d'entrer en communication avec une âme, de la connaître, de la révéler à elle-même, d'être pour quelque chose dans les grâces que Dieu lui accorde. Les poètes et les esthètes recherchent à grands frais les beautés de la nature ou les chefsd'œuvre du génie humain, et, lorsqu'ils sont en leur présence, on les voit demeurer longtemps plongés dans une immobile contemplation. Leur âme monte tout entière à leur visage et semble vouloir sortir, pour posséder de plus près les objets de splendeur : la mer, les pics géants, les glaciers qui étincèlent sous le soleil, les toiles fameuses, les marbres de Phi-
dias ou de Michel- Ange. Au-dessus de ces merveilles, le prêtre aperçoit les âmes; il y trouve plus de noblesse, de grandeur et de grâce ; il y contemple les reflets du visage de Dieu. « Je vous avoue, s'écriait un saint prêtre, qu'après l'amour de Notre-Seigneur, ma plus grande espérance est l'amour des âmes chastes; il y a là de quoi faire oublier, ce me semble, tous les autres amours, faibles et pauvres près de celui-là. 2> [Henri Pcrrejve.)
Les avantages que le prêtre retire de sa liaison intime avec un jeune homme, sont de la même source que sa joie et se confondent avec elle. On pourrait dire que c'est cette même joie devenant force, montant les degrés supérieurs de l'âme et s'épanouissant en énergies vertueuses. D'après Lacordaire, inépuisable à citer sur cette matière, le plus grand soutien dans la vie sacerdotale, c'est la connaissance intime de certaines âmes pures. Aussi c'est un prêtre qui disait : « Je renonce vraiment à toutes les ambitions qui viennent à notre âge caresser nos âmes ; j'en garde une cependant, celle d'être aimé. Je dirai que l'amitié est le plus grand des biens si, pour nous qui devons laisser le reste, ce n'était pas l'unique bien de ce monde. » « Je ne puis me passer de vous, écrivait Lacordaire à un étudiant; je vous aime autant qu'une pauvre créature qui aime Dieu peut aimer une autre créature qui l'aime aussi. » Et un autre jour, il parlait ainsi à un jeune homme qu'il avait ramené à la foi : « Je vous prie de me conserver toujours votre affection, si nécessaire à mon bonheur. La mienne vous est plus
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que donnée; il ne serait pas en mon pouvoir de vous la retirer ou d'en affaiblir même le sentiment profond. Vous serez éternellement sur mon sein comme un fils et un ami. »
L'amitié descend plus facilement qu'elle ne monte. La pente du fleuve est aussi la pente du cœur. C'est pourquoi j'ai écrit que les plus âgés donnent davantage. Toutefois il est des jeunes gens qui savent élever leur affection et leur générosité jusque sur les plus hautes cimes et qui se livrent dans la totalité du dévouement. Nous en avons connu à qui l'on pouvait tout demander, sans tarir jamais la source de leurs élans, ou plutôt, il n'y avait rien à leur demander, car leur zèle amical allait au-devant de toutes les tâches : prière, action, sacrifice, parole, et démarches d'apostolat. Que ces pages, en s'ouvrant sous leurs yeux, exhalent le pieux parfum de l'amitié reconnaissante. Qui, s'étant occupé de jeunes gens, n'en a pas rencontré de la race de cet auditeur des conférences de Lacordaire, qui écrivait au merveilleux orateur : « Il me semble que je vous aime comme le diacre Laurent aimait saint Sixte, jusqu'au martyre? »
Le sentiment qui s'exprime avec cette intensité suppose que de vives allégresses peuvent surgir d'un pareil genre d'amitié. Si nous prêtons maintenant l'oreille aux confidences que font les jeunes âmes, nous recueillerons d'autres preuves du même mouvement.
Montalembert, qui a si bien qualifié sa fidélité dans sa devise préférée : Qualis ah incœpto^ demeure attaché au même confident de son âme, toute son en-
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fance, toute sa jeunesse et jusqu'à la mort de celui-ci. Enumérant une fois les noms des personnes par qui le ciel l'avait béni, il commence ainsi : '< Dieu a été bon pour moi : il ma donné des consolations bien précieuses dans Tabbé Busson, mon excellent confesseur. » Et quand il s'est lié d'intimité avec Léon Cornudet, il se hâte de le présenter à son directeur. A quelque temps de là, Cornudet écrit à Montalembert : '< Nous aussi, nous aurons un digne prêtre pour ami commun, pour conseil et pour guide. » Joubert a écrit dans le recueil de ses pensées : « Le plus grand bonheur de l'âme, sur la terre, est de rencontrer une fois, dans sa vie, un véritable homme de Dieu... Les bons prêtres sont les meilleurs amis que nous puissions avoir et les meilleurs guides qui puissent nous conduire dans le chemin de la vertu. »
Le jeune homme qui trouvera un de ces prêtres et qui, sans renoncer aux nécessaires initiatives, aura le courage très rare et grand jusqu'à l'héroïsme, de suivre avec persévérance sa direction, serapresque immanquablement vertueux. Il aura surtout ces deux qualités qui marchent de pair et qui commandent à toutes les autres : la chasteté et la charité. Car, si le prêtre est heureux d'attirer à soi les âmes, ce n'est pas pour en jouir égoistement, si haute que soit cette jouissance ; c'est pour les aider à fixer un idéal et les encourager à y tendre. Il sait que les âmes sont créées pour l'infini, et ce qu'il cherche avant tout, dans le don de sa tendresse, c'est de provoquer l'essor qui les