CHAPITRE III
Histologie de la rate.
Au point de vue histologique, nous pouvons décrire la rate de la façon suivante : c’est un organe formé par une charpente fibro-conjonctive et vasculaire limitant des loges plus ou moins grandes, communiquant entre elles et renfermant ce que l’on est convenu d'appeler Ie parenchyme splénique.
La charpente fibro-conjonctive et vasculaire comprend les vaisseaux, la tunique fibreuse et les tractus fibreux.
Le parenchyme est l'ensemble du reticulum et de la boue splénique ; nous y joindrons l’étude des capillaires veineux et artériels et de leurs moyens de communication, étude qui ne peut être bien comprise qu’en connaissant exactement la structure du parenchyme de la rate.
Comme dans tous les organes, nous rencontrons des lymphatiques et des nerfs dont l'anatomie est encore ici bien rudimentaire.
Ajoutons enfin que la rate est enveloppée presque com-
plètement par le péritoine, comme nous l'avons vu à pro-
pos des ligaments spléniques et qu'il est utile de dire quelques mots de cette enveloppe.
Péritoine, — Sauf au niveau de l'insertion des ligaments et surtout du ligament gastro-splénique, la rate est entièrement tapissée par le péritoine.
Par sa face profonde, il est très adhérent à la tunique propre ; au niveau du hile seulement, autour des vaisseaux, existe une légère couche de tissu cellulaire lâche qui permet le glissement de ceux-ci autour de leur enveloppe péritonéale, Par sa face externe il est lisse, luisant, présentant les
mêmes caractères que dans le reste de la cavité péritonéale. Î. — Charpente fibro-conjonctive et vasculaire.
À, — Vaisseaux : à artères. Si nous prenons une subdivision artérielle au moment où elle pénètre l'organe au niveau de son hile, nous la voyons toujours accompagnée d'un tronc veineux, enfermés tous deux dans une gaine fibreuse commune. Ces deux vaisseaux, artère et veine, se ramifient simultanément, formant des subdivisions plus petites qu'enveloppe encore une gaine commune à un rameau artériel et veineux: ce n'est que lorsque le diamètre des artérioles est à 300 # environ qu'elles abandonnent les veinules pour se subdiviser isolément en donnant des vaisseaux de plus en plus petits qui ne s’anastomosent pas en lacis artériel, Les premières divisions vasculaires forment, en général, avec le tronc principal, un angle de 60°, quelquefois 1l peut être de 90°, mais plus rarement; vers le
Aux ln point où les artérioles sont très ténues et vont se terminer, elles forment, en se bifurquant, un pinceau de capillaires qui ne s’anastomosent pas entre eux et auxquels on donne le nom de Pénicilli.
Ces différents vaisseaux ne se terminent pas de la même façon : les uns se rendent directement dans la pulpe splénique sans avoirtraversé de corpuscule de Malpighi ; d’autres se rendent aux corpuseules de Malpighi et s’y terminent ; enfin, un troisième ordre d'artérioles traversent un corpuscule, auquel elles fournissent des branches pour aller irriguer ensuite la pulpe, ou quelquefois même traverser un
second ou un troisième corpuscule avant de se terminer dans le parenchyme splénique, Nous pouvons donc diviser les artérioles en :
1° Branches pulpeuses ; 2° Branches corpusculaires ;
3° Branches corpusculaires et pulpeuses.
Beaucoup d'auteurs acceptant l'opinion d'Assolant, ont admis que chaque tronc principal de division de l'artère splénique n'avait dans l’organe aucune communication avec les troncs voisins, d’où il résulterait qu'il y aurait dans la rate un certain nombre de départements vasculaires indépendants, indices, dit-on de la formation même de la glande qui résulterait de l’agglomération d'organes multiples et séparés. Lesexpériences d’Assolant, qui n’a jamais réussi à injecter totalement la rate parun de cestroncs secondaires, qui après avoir lié sur le vivant une de ces subdivisions artérielles obtenait le sphacèle d'une partie de la rate seulement,
ces expériences, dis-je, ont été répétées par nombre d'auteurs
et ont donné presque toujours les mêmes résultats. Cependant Robin dit qu'ont peut bien souvent obtenir l'injection totale de l'organe. Nous avons déjà cité nos expériences personnelles sur ce point, mais nous ne voulons en tirer aucune conclusion, persuadé d’ailleurs que nous n’avons pu toujours opérer dans d'excellentes conditions. Pourtant pourquoi ne pas rapprocher ces observations d’autres concernant le développement et qui prouvent qu’à aucun moment de sa vie embryonnaire le rate est lobée et que les sillons que l'on constate chez l'adulte ne se produisent que plus tard.
b, Voeines. -- Les veines suivent le même.trajet que les artères jusqu’au point que nous ayons indiqué plus haut; à partir de ce moment les divisions veineuses continuent 1solément à se ramifier à l'infini, formant un réseau de capillaires anastomosés entre eux; les branches de subdivision qui ont 20 centim. de diamètre donneraient encore naissance, selon certains anatomistes, à des capillaires plus petits qui communiquent avec les logettes du réticulum de la rate, comme nous le verrons plus loin. \
B, — Charpente fibreuse.
La tunique fibreuse enveloppe complétement l'organe, tapissée en dehors par le péritoine auquel elle adhère fortement sauf au niveau de l'insertion des ligaments. Cette tunique est épaisse, résistante, élastique, c'est elle qui donne à la rate sa solidité et qui permet, grâce à son élasticité la plus où moins grande réplétion de l'organe.
Cette tunique au niveau du hile de la rate envoie sur les
EMI
vaisseaux des prolongements, formant des manchons de tissu fibreux enveloppant un tronc veineux et artériel ainsi que les Iymphatiques et les nerfs; ces prolongements se continuent sur les vaisseaux jusqu’au moment ou le diamètre de ceux-ci est inférieur a 1 millimètre enveloppant séparément les divisions artérielles et veineuses.
De la face externe de ces manchons (si nous appelons face interne la partie tapissant les vaisseaux) et de la face interne de la tunique fibreuse se détachent de nombreux tractus fibreux qui s’anastomosent ensemble à travers la rate; les trabécules les plus volumineux sont facilement appréciables à la vue sur une coupe de rate que l’on à lavée sous un courant d’eau. Ils forment des cordons lamelliformes, blanchâtres, résistants, s’entrecroisant entre eux et donnant naissance par leur pourtour à d’autres trabécules plus petits qui se dichotomisent à leur tour en formant un vaste réseau de tissu résistant, solide, analogue à une éponge
et qui est la charpente fibreuse de la rate.
Nous pouvons donc maintenant avoir une notion précise
dé la constitution de cette charpente fibro-conjonctive et vasculaire : d’une part nous avons une coque résistante (tunique fibreuse), d'autre part des piliers de soutien (vaisseaux et manchons fibreux) espacés et placés à peu près régulièrement à l’intérieur de cette coque en nombre presque constant, enfin unissant ces différentes parties des tractus plus ou moins solides et plus ou moins volumineux anastomosés entre eux et formant un ensemble solide, résistant, élastique, soutien indispensable du parenchyme splénique. C, Tissus de la charpente fibro-conjonctive et vasculaire.
Voyons quels sont les différents tissus quientrent dans la
composition de cette tunique fibreuse ainsi que des parois vasculaires et quelle est leur disposition réciproque.
La tunique et les tractus fibreux ainsi que leurs prolongements sur les vaisseaux sont constitués de tissu lamineux, de fibrilles de tissu élastique anastomasées entre elles; il faut y joindre quelques cellules de tissu conjonctif et des fibres musculaires lisses en petite quantité, il est vrai, chez l’homme mais bien évidentes cependant, La proportion de ces différents éléments est variable chez les divers animaux ; chez l'homme on trouve peu de cellules du tissu conjonctif, chez certains poissons, au contraire, les selaciens en particulier, ces cellules se retrouvent en plus grand nombre et occupent toujours la face interne de l'enveloppe fibreuse, jamais on n'en trouve à la face externe; ces fibres conjonctives s'enfonceraient suivant Laguesse à l’intérieur des trabécules sur l’étendue de quelques millimètres seulement. Les fibres musculaires aussi peu abondantes dans l'espèce humaine se retrouvent en grande quantité chez d’autres mammifères : le chien par exemple.
Les gros troncs vasculaires, artères et veines, sont formés comme d'ordinaire par trois tuniques qui n'offrent ici rien de particulier; le manchon fibreux qui les entoure a la même composition que l'enveloppe propre dela rate, entre celui-ci et les troncs vasculaires circulent les vaisseaux lymphatiques, et les nerfs entourés d'un tissu cellulaire lâche qui remplit les espace laissés libres entre les différents canaux, Ce manchon est très peu adhérent aux artères et sur les artérioles, au niveau où celles-ci quittent les veines poursuivre un mode de ramification spéciale, ilse transforme en une sorte de gaine lymphatique qui en certains points se
renfle en un petit nodule qui semble appendu au vaisseau ou traversé par lui et qui est le corpuscule de Malpighi du nom du premier anatomiste qui en a signalé l'existence.
Sur les veines se manchon se continue jusque sur les divisions les plus petites, où il donne quelques fibres conjonctives qui forment a l’endothélium vasculaire une sorte de tunique externe ; cet endothélium présente des caracteres spéciaux que nous étudierons en même temps que les capillaires. Ajoutons encore que la veine splénique et ses ramifications ne possède pas de valvules,
Les artères dont la structure est la même que dans le reste de l’économie s'en distinguent par l'adjonction de la gaine lymphatique. Cette gaine fait suite au manchon fibreux qui entoure les gros vaisseaux ; au niveau des artérioles de 500 à 200 x de diamètre environ le tissu fibreux devient de moins en moins dense, les fibres lamineuses s’écartent et peu à peu on aboutit à une structure analogue à celle des ganglions lymphatiques. Ces gaines selon certains auteurs et notamment Muller n’existeraient plus sur les artérioles de 20 # de diamètre. Schweigger-Scheidel prétend au contraire les avoir rencontrées jusque sur les plus fines terminaisons vasculaires. Robin et Legros ont repris cette étude à l'aide d’injections spéciales au nitrate d'argent et à la gélatine colorée et pensent que la gaine disparait sur les extrémités vasculaires.
D. — Corpuscules de Malpighr.
Le long du trajet des petits vaisseaux, en des endroits variables, la gaine lymphatique semble se renfler pour for-
mer le corpuscule de Malpighi. Ces corpuscules, dont on admet actuellement l'existence sans conteste, ont tout d'abord été trouvés chez certains animaux, le cheval, le bœuf où ils sont assez volumineux. Chez l’homme, on ne les rencontre pas dans toutes les autopsies, et Sappey dit ne les avoir observés que trois fois sur quarante rates ; il faut dire cependant que chez tous les suppliciés on a trouvé des corpuscules en nombre assez considérable; moi-même, l'an dernier, je les ai observés sur la rate d'un guillotiné (Baillet) au laboratoire d'anatomie de la faculté de médecine de Lille. |
Ce sont de petits corps sphériques ou ovoides de tissu un peu plus dense que le reste du parenchyme splénique et de
coloration légèrement grisàtre tranchant sur la teinte géné-
rale de l'organe. De dimensions variant de 1/4 à 1/2 "" chez l’homme, ils sont d’un volume bien plus considérable chez le bœuf et le cheval; Sappey en évalue le nombre à 8,000 environ pour la totalité de la glande et admet d'une façon générale qu'une même artériole peut en supporter dix. |
Quant à leur situation, on les rencontre toujours sur lés vaisseaux possédant une gaine lymphatique, par conséquent sur le trajet des artérioles dont le diamètre varie de 900 # à 20 .
Leur structure est absolument identique à celle des follicules clos de l'intestin. C’est un tissu réticulé formé par des cellules de tissu conjonctif, étoilées et anastomosées, et limitant des logettes plus grandes au centre du glomérule qu’à sa superficie, Au point d’intersection des mailles
du reticulum, on trouve un noyau indice du mode de for-