‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier; (volume 2)Chapitre 10 sur 50 · GENRE X · texte numérisé non relu

GENRE X

Ossification des ineiribranes syno^dalês»

Cette ossification se remarque dans deux circonstances principales; i®. pour la formatioa des ankyloses ; 2°/peut-être pour celle de corps étrangers dont on ignore encore l'origine.

Espèce i^^^, Ankyloses. L'ankvlose, du grec

(i) Chopart , Maladies des Voies uiinaires , part. ii. p. 69,

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ctyKvKoç, courbé , consisle dans l'union des surfaces arllculaires coDliguës. Dans un seusyjlus étendu , ce nom s'applique à la soudure de tous les os articules ensemble , soit par contiguïté , soit par continuité. Elle est le résultat de la iranslormalion des synoviales et des cartilages articulaires j et suivant que cette transformation est osseuse ou fibreuse et celluleuse, Tankjlose est dite 'vraie ow fausse • Il ne s'agit ici que de l'ank-vlose vraie.

Les synoviales des apophyses articulaires des vertèbres s'ossifient dans la plupart des ankyloses de la colonne vertébrale. Celles qui unissent les cartilages des cotes au sternum s'ossifient par les progrès de l'âge : celles du coude , du genou , du poignet , du pied , du carpe , du tarse , des articulations scapulo-bumerale , iléofémorale se soudent à la suite du rbumatisme , de tumeurs blanches^ et de toutes les causes susceptibles d'enilammer les synoviales. Il existe quelques exemples d'ankyloscs générales. Un jeune bomme éprouve à Tàge de vingt ans une grande difficulté dans l'exercice des mouvemens ; bienlôl les membres et l'épine du dos deviennent roidcs , et en dernier lieu la tête et la mâchoire inférieure : enfin, à l'âge de soixante ans, presque tous les mouvemens sont impossibles; le malade succombe. A l'ouverture, on

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trouve les os presque tous difformes et unis entr'eux. Les genoux seuls et le carpe gauche pouvoient exécuter de le'gers mou vemens. — Colunihis (i) coDser volt un squelette dont toutes les arliculallonsëtoienl soudées, depuis celles de la tête jusqu'à celles des phalanges des orteils. Le malheureux vieillard auquel il avoil appartenu ne pouvoit mouvoir que les yeux, la langue , le thorax et l'abdomen. Une chose remarquable, c'est que les cartilages costaux n'etoient pas encore ossifiés ni soudés, — Le Journal des Savans (2) fait mention d'un squelette dont tous ]es os étoieut en grande partie ankyiosés. — On Irouve dans le SepuJchretuni Tobservation d'un vieillard dont tous les os, depuis la tête jusqu'aux pieds, ëloient soudés entr'eux (3). M. Larrey , chirurgien en chef de l'hôpital général de Toulouse, envoya en 1789, à i'Acadéraie de Chirurgie, un squelette dont tous les iigamens qui unissent les surfaces articulaires etoient osseux , et confondus avec les tendons et les aponévroses qui environnent les articulations (4). M. Percy a enrichi le Muséum de

(i) De Re anal. , /. xv , p. 265.

(2) Année 1693.

(5) Sect. VI , obs. m , 55.

(4) Voyez Chopap.t , PJaladies des Voies urinafres pait.'n, p. 79.

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l'Ecole de Médecine de Paris d'un squelette géuëralemeiiL ankylosé.

Espèce ii. Corps osseux et carlilagineiix trouvés dans les articulations • Ils sont assez rares en Fiance. Suivant Pœimarus Wssoni communs en Angleterre, où on les appelle vulgairement mures in genu. Depuis Paré , qui a le premier parle d'une coucre'tion de la grosseur d'une amande, fort blanche, dure , polie , qui sortit de Tarticulalion par une incision pratiquée pour un apostèmé aqueux , les observations se sont multipliées; mais on ne connoît pas encore d'une manière bien positive le mode de formation de ces corps. Voici ce qu'il y a de certain sur cette matière.

Ces corps étrangers ne sont pas particuliers à l'articulation du genou , ainsi que le croyoit Reiniarus (i). Haîîer trouva dans rarliculalion tcmporo r- maxillaire vingt globules demi - osseux ; ^e// en a vu dans l'articulation tibio-tarsienne; Bichai dans celle du poignet: quelquefois osseux, plus souvent cartilagineux et fibreux , d'autres fols cartilagineux et osseux en même temps, presque toujours uniques ; ordinairement libres, adbérens dans quelques

(i) De Tumore ligamentoî'um circà arlLCulos , Leyde,

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cas , ils paroisseiit souvent dus à une violence exlérieure.

Sont-ils formés par desporlloos de cartilage qui se seroient dëlacbe'es des surfaces articulaires ? Reimarus rapporte deux exemples qui sembleroient prouver que des coups sur Tarticulalion du genou ont pu opérer ce délachement. Monro (i) paroit adopler cette opinion, puisqu'il dit qu'un de ces corps trouvé dans l'articulation du genou, avoit absolument le volume de ce qui manquolt au cartilage. J'ai parlé plus haut ( Transformation osseuse des cardia- ^ ^es) d'une altération des surfaces arliculaires du fémur et de la rotule , observée en même temps qu'une concrétion moins dure que l'os, et mobile dans l'articulation. Dans une observation rapportée par Morgagni ^ les portions de cartilage qui manquoient n'auroient pu suffire à former les corps étrangers.

Sont-ils le produit d'une végétation particulière de la membrane synoviale, végétation qui, d'abord celluleuse , se délruiroit , se detacheroit et deviendroit libre dans la cavité articulaire? c'est l'opinion de Bichat , que semblent confiimer quelques observations de Monro et de Morga^ gni. Le premier trouva dans rarticuiation d'une

(i) Ess,d'Ed.j t. IV , p. 5^5=

femme âgée de quarante ans, un corps étranger qu'il nomme une portion de cartilage se-parée et ossifiée : c'étoit un petit os de la grosseur d'une fève, attaché à un ligament long d'un demi-ponce, et silné à la partie externe de l'os de la jambe. Cet os, solide dans ses couches extérieures, étoit celluleux et rempli de graisse à son centre ; le ligament qui le soutenoit naissoit du bord externe du ligament semi-lunaire interne.— Morgûgni (i) trouva dans l'articulalion du genou gauche d'une vieille femme décrépite, vinL^t-cinq corps, les uns entièrement osseux , les autres osseux seulement à leur centre, et cartilagineux dans leurs couches exlérieures, tous adhéreus aux cartilages , ou plutôt aux glandes mucilagineuses : soluta nidla sed omnia cartilaginihus Del potiiis mucilaginosis glandulis continuata depreliendi. — Ford , chirurgien de Londres , (it l'extraction d'un corps cartilagineux situé dans Tarticulation du genou ; il dit qu'il est probable que ce corps étranger étoit d'abord uni à l'articulation par de petits ligamens , lesquels s'étoieut rompus par l'effet d'une chute qu'avoit faite le malade (2). — Theden relira de l'articulation du genou un

(i) Epist.\.y\\ ^ i4-i5.

(:?) Medlc-al ohserv , ^ t. v , p. 529.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. Io5

corps cartilagineux fixe au moyen d'un filament long de trois pouces, — Uq chirurgien , qui avoit été témoin du succès obtenu par Theden^ fit celte opération sur lui-même : le corps étranger qu'il avoit adhéroit aussi par un pédicule filamenteux (i). M. Richer and Cl o\i que plusieurs de ces corps étrangerssoutdesproductionsorganisées, des excroissances vicieuses; les autres des coucrétionssaliues inorganiques. Il donna à Fourcro)^* une concrétion trouvée dans le genou d'une femme morte à l'hôpital Saint-Louis : elle avoit le volume d'une grosse noisette, é toit mobile dans l'articulation , et ressembloit parfaitement à ces tubercules d'où s'élèvent les piquans dans la raie bouclée. M. Sonder{^ regarde ces corps comme desconcrétions formées par l'aggrégation de molécules , lesquelles sont le résultat d'une sécrétion morbifique des membranes articulaires. Cette sécrétion peut, suivant lui, être déterminée soit par une violence extérieure, soit par une cause rhumatismale ou arthritique. Il i^aut attendre de nouveaux faits pour décider toutes les questions relatives à ces corps singuliers.

(i) Progrès ultérieurs de la Chirurgie, trad. de rallem., sect. XVI , p. i56; 1777.

(2) Annales de Médecine d'Allembourg.

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Au reste , on ne counoît jusqu'à ce jour d'aulré moyen de guërison que l'extraction du corps étranger par une incision faite sur lui ; car je ne parle pas du conseil donné par quelques auteurs, d'amener et de maintenir le corps étranger dans un lieu où il ne cause aucune douleur. Leur but est de lui faire contracter des adhérences; mais ce but est imaginaire si le corps étranger est libre dans l'articulation , et ne peut fournir son contingent de vitalité. Or , dans la plupart des observations que nous possédons, ces corps étrangers et oient libres. Cependant il seroit bien à désirer qu'on pût trouver un moyen de guérison autre que l'incision de la capsule articulaire : les plaies des -articulations sont si terribles; on a vu si souvent la plus légère nécessiter l'amputation, que je suis bien loin d^être rassuré par quelques exemples de succès. ÏI suffit qu'un mo3'eri présente quelques chances d'accidens terribles pour me le faire rejeter , excepté dans des cas désespérés. Bell dit que si ces concrétions sont adhérentes, il faut conseiller au malade de supporter les douleurs qu'elles déterminent; que si les douleurs deviennent insupportables , il préfère l'amputation à l'incision. La Société de Médecine de Londres a eu connoissance de violentes inflampialions et de morts survenues par suite de l'ex-»

traction de ces corps élrangers (i). Je ne sais si on doit rapprocher de ces petits corps ceux qu'on a trouves plusieurs fois dans la tunique vaginale et dans la plèvre.

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