ORDRE SEPTIÈME
Transformations et Productions cutanées.
Tous nos tissus sont susceptibles de la trans» formation cutanée. Cette proposition , qui semble au premier abord ëminemmeal paradoxale, est cependant vraie dans toute sa rigueur. Et d'abord les membranes muqueuses, espèces de barrières sensibles intérieures , comme la peau l'est à Textérieur, qui ont d'ailleurs avec elle tant de rapports par leur structure et leurs usages, prennent quelquefois lous les caractères du tissu cutané. Ainsi , dans le cas de renversement du vagin, voit-on la muqueuse perdre sa rougeur, sa propriété de séparer des mucosités, sa sensibilité exquise : un épiderme , auparavant impossible à démontrer , s'y développe; son réseau capillaire reçoit moins de sang, son cborion devient plus épais ^ une perspiratiou insensible ' a lieu par sa surface : c'est dans des cas de semblables renversemens qu'on a pu douter du sexe de l'individu. La muqueuse qui revêt le gland babiluellement découvert , prend aussi tous les caraclères du tissu cutané. Si les autres portions du système muqueux ne fournissent pas d'exemple de celle iraustormation , c'est
l5o TRANSFORMATIONS
que leur exposilion au contact de l'air entraîne toujours des inconvéniens plus ou moins graves qui forcent à y remédier. 11 est vrai aussi que les muqueuses présentent de moins en moins les caractères du tissu cutané , à mesure que l'on s'éloigne des ouvertures par lesquelles elles se continuent avec cet organe.
Les tissus cellulaire , séreux j fibreux , muS' cuîaire , nerveux , artériel , 'veineux , os^ seux , etc. , se li ansforment aussi en tissu cutané dans le cas de plaie avec perte de substance. Un os, un tendon, un nerf, un muscle, ont été mis à découvert. La peau des parties voisines, en prêtant autant que possible, recouvre une partie de la surface divisée: mais il est un terme à cette extensibilité de la peau ; et alors , par un mécanisme aussi simple qu'admirable, ce muscle, cet os, cette artère, ce nerf, qui doivent désormais faire partie de la surface du corps, se recouvrent d'une peau de nouvelle formation , qui devient, comme le reste du tissu cutané, une îijnite sensible et résistante, susceptible, par sa résistance , de protéger les parties subjacentes contre l'action des corps extérieurs , et par sa sensibilité, de nous avertir de leur présence.
Mais pour opérer cette merveilleuse transformation , il est besoin de plusieurs inlermé^ diaires, et i'un de ces intermédiaires nous offre
ET PRODUCTIONS ORGANï-QUES. ï3i
une production singulière qui a donné lieu à une théorie séduisante , fortifiée par l'autorité de vingt siècles , et que la plus simple observa^îtion eût suffi pour renverser : je veux parler de la régénération des chairs.
Ces bourgeons celluleux et vasculaires, ces caroncules que G/iIien avoit observés aussi bien que nous, ne sont pas une pi oduclion nouvelle, mais un développement , une extension de parties préexistantes. La plaie ne se remplit pas du fond en haut : caviwi "viilneris à fundo sur^ suni y comme le disoit BoerJiaave, ; mais au contraire les bords s'affaissent et se rapprochent du fond de la plaie. Les partisans de la régénération des chairs sont , dit Louis, comme ces personnes placées dans une barque , qui , pendant que le bateau s'éloigne du rivage, croient que c'est le rivage qui s'éloigne d'elles (î).
(i) La régénération des chairs est une chimère, ainsi que les explications futiles jDar lesquelles on l'a élayée : HippO" craten^y croyoit pas. Quum os persectunifiierit aut carti" lago aut nervus aut tenui s g enœ p articula neque augescit, nequecoalescit. Il s*explîque d'une manière plus rormelle encore, et surtout plus intelligible, dans son livre des P rognostics . Duret , son savant commentateur, ajoute que , chez les en fans eux-mêmes , la nature , dès qu'elle a formé nos parties , ne peut réparer ce qui a été détruit , ne fûtvil pas plus grand que Tongle. Ce qni subsiste peut
l5z TRA IV s F OR MATIONS
Qu'est-ce que c'est que ces caroncules?
Oublions toute théorie, et voyous les phënomèues.
L'inflammation précède toujours leur formation : donc une exaltation des forces de la vie est nécessaire pour leur développement ; ils ne paroissent que lors de la diminution des phénomènes inflammatoires et de l'engorgement, preuve manifeste qu'ils ne sont pas le résultat <Vun principe de régénération. L'inflammation qui les a produits les accompagne pendant toute leur existence; ils eu suivent toutes les variations; languissent ou sont dans un état de
bien se développer par les lofs de raccroissement ; mais ce qui a été détruit ne peut jamais se réparer. Galien admet la régénération. Cependant, dans la constitution 'de l'art j il dit que la nature ne peut pas régénérer ce qu'elle a une fois fait, comme une veine , une artère, un ligament, un nerf, un tendon , etc. , et que son idée sur la régénération se borne à ]a production d'une chair vermeille qui remplit le fond de la plaie. Les anciens divisoient les parties en spermatiqucs ou blanches, qui n'éloient pas susceptibles de régénération , et en sanguines, qui en étoient susceptibles.
Plusieurs traits de lumière se trouvent épars çà et là , même chez les partisans les plus zélés de la régénération des chairs. T^an-S-wiéten avoit observé les cicatrices enfoncées i adhérentes , et avoit même noté ce fait, qui au—
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l53
vigueur, suivant que rinflammalion présente l'un ou l'autre de ces caractères.
Les caroncules précèdent la formation du pus qui , par conséquent , ne peut les produire par sa concrétion , son agglutination , comme le peusoient les anciens. Le liquide qui paroît les premiers jours avant les caroncules n'est pas du véritable pus; la distinction de la suppuration en préparante qui produit le dégorgement , et en régénérante qni a lieu lorsque les caroncules commencent à se montrer fi), ne peut donc être admise. L'inflammation est nécessaire pour la formation du pus. Quesnay a commis
roit dû lui desiller les yeux ; mais, comme le dit Louis, c'est le flambeau de Texpérience qui éclaire l'une des faces de l'objet , tandis que l'autre reste couverte du voile de la pre'vention. Il étoit reserve' à Fahre de rassembler ces faits épars et d'en former un corps de doctrine contre lequel sont venues échouer toutes \g?, objections. La régénération est si peu la véritable cause de la guérison des plaies, que la cicatrisation n'a lietr^que lorsqu'on est parvenu à réprimer les bourgeons exuberans; que la diète est un grand moyen de guérison des plaies,- parce qu'elle dessèche toute l'habitude du corps. Corporibus humidas carnes habentibus famem inducere opportet, famés enim corpora cxsiccaù *.
(i) Mém, de Madelon; prix deTAcad. deChir.
* HippoCR. , sect. VII , aphor. Sg.
l54 TRANSFORMATIONS
une faute capitale en distinguaDt (i) le pus suite de rinflammation , de celui fourni par l'action des chairs qui se reproduisent. L'idée de pus entraîne celle d'inflammation. La suppuration n'est point une maladie particulière, mais bien le temps d'une autre maladie, de i'inflam-» mation. En vain Quesnay dit-il qu'on voit du pus fourni à la suite de gangrène de cause interne, par des surfaces où rien n'indique d'in* flammation. Cette inflammation existe, quoique peu intense : il y a rougeur, chaleur, lumen, faction, douleur; l'absence presque complète de douleur CvSt probablement ce qui en a ira-? posé (2).
Les caroncules s'élèvent de la surface de tous les tissus; donc elles doivent être formées aux
(i) Traité de la Suppuration.
(2) Mais si rinflammation n'est pour rien dans ia se'crétfon du pus , comme le pense Qiiesnaj , comme Louis semble aussi le croire d'après lui, quelle sera l'espèce d'action qui détermine la sécrétion du pus ? Ce ne peut être la putréfaction ni une prétendue impureté àes humeurs , puisque la suppuration a lieu chez les sujets le inieux constitués : c'est , suivant Quesnay ^ V action organique des chairs qui se régénèrent , ce qui , en d'autres termes signifie que c'est la surface dune plaie en suppuration qui fournit le pus ^ ce que personne ne lui contes-» tera. <
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. ï55
dépens de tissus communs à tous, et par un travail commun à tous aussi. Ce travail, comme nous venons de le dire , c'est l'iotlammation : les tissus communs sont le cellulaire , l'exha* lant, l'absorbant, et le plus souvent des vaisseaux sanguins. L'anatomie n'a pas encore démontré de nerfs dans tous. Le tissu cellulaire est la base des caroncules nommées pour cela bourgeons celluleux : plus une partie est celîuleuse, plus ces caroncules se développent avec facilité. La peau dénuée de tissu cellulaire s'en recouvre difficilement : de là des préceptes importans pourles amputations, extirpations. Dans une plaie hétérogène , c'est toujours sur le tissu cellulaire que s'élèvent les premières caroncules : j'ai dit le tissu cellulaire ; j'aurois mieux dit tissu lainineux ; car le tissu cellulaire, à proprement parler, ou tissu adipeux , jouit de peu de vitalité , quelquefois même ne peut suffire au développement de l'inflammation , tombe en fonte putride, en deliquium. Les caroncules sont aussi formées par des vaisseaux sanguins ; si on les irrite, si on les déchire , elles fournissent du sang. Les hémorrhagies actives et passives qui ont souvent lieu à leur surface , et contre lesquelles sont venus tant de fois échouer tous les moyens de l'art , le prouvent encore. La séparation du pus démontre rexistence de vais-
l56 TRANSFORMATIONS
seaux exhalaus ; l'absorption active qui s'y exécute , celle des vaisseaux absoi bans. On a pu empoisonner par cette voie : on pourroit la choisir pour exercer des médications.
Les observations cadavériques confirment encore ces résultats de l'observation clinique. Des injections , mêmes i^rossières , poussées dans les artères , pleuveut souvent à la surface de plaies ou d'ulcères eu suppuration. Dans un cas trèsremarquable dont j'ai déjà parlé ( Transforma' dons graisseuses)^ nous trouvâmes les vaisseaux lymphatiques qui naissoient d'une surface en suppuration gorgés de pus. J'ai eu occasion de disséquer un très-grand nombre de larges plaies qui n'avoient pas été la cause de la mort. Les caroncules, rouges, saillantes, granuleuses avant la mort, él oient pâles , affaissées, et formoient une couche molle, véritable membrane provisoire , comme le dit Bichat» J'ai enlevé cette membrane, qui ne m'a jamais offert qu'un tissu rougeâtre, vasculaire , se déchirant avec facilité, tenant très-peu aux parties subjacentes, et n'ayant nullement la texture vésiculeuse. Les parties subjacentes étoient tantôt rouges, denses et comme combinées avec le sang ( lorsque l'irritation avoit été très-intense et long-temps continuée); tantôt grisâtres, analogues aux callosités, et formées comme elles d'albumine com-
ET PRODUCTIONS ORGA.NIQUES. ï5j
binée avec le tissu ; et alors Tirritation avoit été peu considérable mais prolongée. Souvent enfin elles se rapprochent plus ou moins de ces deux états.
Propriétés ^vitales des caroncules* Elles sont en général peu sensibles. Si les plaies sont douloureuses, cela ne tient pas du tout aux caroncules , surtout dans le cas d'exubérance, mais bien aux parties subjacentes plus ou moins enflammées. Si on passe très-légèrement la charpie sur la surface d'une plaie , ordinairement le malade s'en aperçoit à peine , tandis qu'on fait éprouver une douleur considérable pour peu qu'on exerce de compression. Les propriétés nutritives sont très-développées. Les qualités du pus et de la surface de la plaie sont un thermomètre assuré de Télat «énéral de l'individu.
Les caroncules jouissent d'une force contractile très-remarquable, en vertu de laquelle elles se rapprochent les unes des autres, se pressent, s'unissent, attirent la peau dans tous les sens. Celte force en vertu de laquelle des plaies énormes se réduisent , souvent au bout de quelques jours , au tiers ou au quart , cette force , dis-je , que le chirurgien doit toujours avoir en vue dans le traitement des plaies, qu'il favorise le plus communément, fait quelquefois son désespoir. Tel est le cas où la plaie occupe la face
l58 TRANSFORMATIONS
externe des paupières. J'ai vu un homme qui avoit la plus graude partie du visage détruite par la poudre à cauon eullammee. Tous les moyens propres à prévenir le renversement des paupières furent employés , et néanmoins, lorsque la cicatrisation fut opérée , les paupières renversées ne recouvroient pas les yeux, qui devinrent bientôt rouges. Au bout d'un mois, une laie existoit sur Toeil gauche. A l'occasion de ce malade, M, Diipuytren nous rapporta l'histoire d'un autre qui etoit dans le même cas : la conjonctive s'accoutuma peu à peu au contact habituel de l'air , et les yeux étoient dans l'état le plus parfait d'intégrité.
J'ai observé un cas analogue à l'hôpital St.- Antoine : la paupière supérieure avoit été presqu'entièrement détruite à la suite de brûlure; le bord libre étoit au niveau de l'arcade orbitaire. J'ai surpris plusieurs fois ce malade dans le sommeil : une grande partie de l'œil étoit à découvert. Les paupières ne sont donc pas aussi nécessaires qu'on l'a dit pour le sommeil : et je suis porté à penser avec quelques historiens que les Carthaginois ne firent pas subir àRégulus le supplice de l'excision des paupières; excision qui n'a pas,, je crois ^ les suites promptes et terribles qu'on lui a attribuées.
La force contractile des caroncules persiste
£T PRODUCTIONS ORGANIQUES. l5g
tout ie temps de leur existence , et ne cesse entièrement que lorsqu'elles sont devenues cicatrice. De là riudispensable nécessité de conti» nuer les moyens d'écartement, de dilatation, j usqu'à la formation complète de la cicatrice, lorsqu'on veut obtenir une cicatrice étendue, ou lorsqu'on veut rétablir un conduit excréteur rétréci ou oblitéré.
Une autre propriété des caroncules est leur tendance à s'unir les unes aux autres. — Deux caroncules qui se rencontrent s'unissent nécessairement entr'eiles. Sont-elles juxtà- posées, elles se joignent latéralement; elles adhèrent par leur sommet , si c'est par ce sommet qu'elles se touchent. Jouissent-elles de cette propriété à toutes les époques de leur existence ? On peut dire que c'est lors de leur complet développement qu'elles la possèdent au plus haut degré; et au moindre quand elles sont sur le point de devenir cicatrice. De là , la théorie de la guérison des plaies par deuxièmeiutention (i).
(i) On confond ordinairement sous le nom de réunion par deuxième intention cette espèce de cicatrisation dans laquelle les bords rapprochés d'une plaie avec ou sans perte de substance s'unissent entre eux au rnoven de caroncules , de cette autre espèce dans laquelle une grande perte de substance aj'ant lieu , il se forme un tissu cutané nouveau pour recouvrir celle vaste surface. Ces deuît espèces sont
i6o tran'sfoiima.tion9
De là la possibilité d'attendre pour la rëuuioa des bords d'une plaie que les caroncules se soient complètement développées; de là l'inconvénient d'attendre trop long-temps, et la nécessité de continuer les mèches jusqu'à la formalion de la cicatrice , lorsqu'on veut obtenir des ouvertures artificielles (i).
Au bout d'un temps variable , ces caroncules se convertissent en membrane cutanée ou muqueuse. — Je ne dois parler ici que de la transformation cutanée. Elle arrive toutes les fois que la cicatrice doit être en contact avec les objets
cependant aussi distinctes Tune de Taulre que la réunion immédiate l'est de la réunion médiate.
(i) La tendance des caroncules à s'unir est si grande que souvent on ne peut l'empêcher : tel est surtout le cas d'adhérence de la paupière supérieure au globe de l'œil. Dans un cas particulier , Petit de l.^jon détruisit cette adhérence^ en vain , pour l'empêcher de se reproduire, interposa-t-il des corps gras , eut-il recours à des pansemens , à des lotions répétées : elle eut lieu au bout d'un certain temps. Il fit une seconde opération, et imagina d'interposer une plaque émaillée • mais cette plaque fut bientôt expulsée par la force contractile des caroncules , et l'adhérence se reproduisit une seconde fois. Cette force contractile , cette tendance à s'unir des bourgeons celluleux ont été très-bien exposées par M. Léveillé^.
^ Biblioih. Médic , t. xxxTi , p. 355.
ET PRODUCTIONS OUGANlQUES. l6l
extérieurs. Comment s'opère cette transforaïalion?
Les anciens disoient : « l'action des vaisseaux » expulse par îa suppuration les sucs qui engor- » gent les parties. Cette action est ia chaleur na- » turelle, qui en est l'effet inséparable, prépare , » cuit, digère, mûrit, forme et applique les » sucs nourriciers qui doivent consolider la bou- » elle des vaisseaux ouverts dans l'étendue de la » plaie. La cicatrice, qui lient lieu de tégument » naturel, est l'effet de celte conglulination». Tels sont les principes de Galien , Celse , Paracelse , Magatus ^ eic* (i).
Si nous donnions aujourd'hui cette théorie, on nous demanderoit avec raison sur quelles ^ bases nous l'avons établie ; on nous diroit qu'une explicalion n'étant qu'une série de conséquences déduites de principes vrais ou admis, nous n'avons rien expliqué par les termes vagues de cuisson , digestion , maturité p conglutina- > Lion, — La théorie du dessèchement admise par Fahre et autres est plus satisfaisante , mais aussi hypothétique : un seul fait la renverse. INous voyons tous les jours les cicatrices se former sur des plaies recouvertes de cataplasmes émolliens.
(0 PiBuAC, Acad. Ghir. , t. xi,p. 102.
ir. 1 1
l62 TRANSFORMATIONS
Bichal (i) dit : « que la suppuration épuise » peu à pôu la suhsiaiice hlancliâire cjui remplit ï) les bourgeons; aïors leurs cellules , d'abord » très-gonflées, diminuent insensiblement de vo- » îume; elles se resserrent en vertu de la con- )> traciilité de tissu ; peu à peu elles adhèrent » entr'elles, et quand radliérence est complète^ » la membrane de la cicatrice existe ». Mais ce n'est point la une explication : autant vaudroit dire que les bourf^eons irreguliers (qu'il sup- ])Ose gratuitemeiil formes d'une pellicule recouvrant une maûèr.e couenneuse) se convertissent en une peliicMÎe mince nommée c/c^/r/c<?.
J'ai suivi jour par jour les progrès de la cicatrisation sur de vastes plaies en suppuration confiées à mes soins ; j'ai disséqué sur le cadavre un grand nombre de ces plaies en partie cicatrisées : j'ai vu i^. que lorsque la peau a prêté autant qu'elle a pu , la cicatrisation se fait en général de la circonférence vers le centre ; 2°. qu'alors la charpie adhère toujours aux bords de la plaie et nidlemerd au centre , parce que le pus sccrétë sur ces bords devient de plus en plus consistant et est bientôt remplacé par une fausse membrane qui fait de continuels progrès de la circonférence vers le centre; V^, que c'est
(i) Anatomie générale, t. i , p. 97.
ET PRODCCTiONS OHGANîQUES, î63
<:eUe fausse meiiibt ane qui devient Je nioyea dont la nature se sert pour opérer la cicatrisaiion; 4". qu'elle se forme avec une extrêœe fa» iilte sur les caroncules néts du corps rauquenx de la peau , moins aisément si le corps rauqueux et une partie du chorion sont détruits , et biaucoup piusdifdcileraent si la peau est enlièrement détruite : il y a une différence étonnante entre une plaie en suppuration où il existe un tiers, un cinquième de ligne de chorioi\, et celle où il n'existe aucune portion de celle membrane; 5°. que la fausse membrane inorganique se continue avec l'epiderme , dont elle offre tous les caractères, comme je î'ai vérifié vingt fois sur le cadavre; 6°. que lorsqu'on a enlevé cette fausse membrane , la surface qui en étoit recouverte ne diffère de celle en suppuration que par une rougeur et un développement moindres dans les caroncules ; 70. que cette fausse membrane ne peut se développer que lorsque les caroiîcuies sont dans certaines conditions; que cependant des caroncules éxuberanlts s'en recouvrent quelquefois et simulent des tumeurs congéniales; 8°. qu'elle se détruit avec une inconcevable facilité dans quelques cas : aussi voit- on se reproduire en vingt-quatre beures , par reffeld'uu vice inlérieur, d'un érysipèle, des ulcères presque com-
plètement cicalrisës ; 9". que les caroiicuîes forment sous celle fausse mem])rane nu tissu d'abord presque pulpeux, ensuite plus dense , puis celluleux et fibreux, blaricbâire, qui a beaucoup d'analogie avec le cborion de la peau ; 10^. quelquefois, au lieu d'une fausse membrane ëpidermique, il se forme une exsudation cornée, et la cicatrice est recouverte d'une espèce d'oncle qui la protège efficacement. Je n'ai vu ce pbénomène que sur les cicatrices des jambes.
Propriétés anatoiniques et physiologiques des cicatrices. Les cicatrices, rouges dans le principe, blanches ensuite, comme ridées et dans un élat de tension permanent, ne sont presque point extensibles ; de là la nécessité , dans les plaies avec perte de substance , de placer le membre dans uije position leile que la cicatrice ne gêne pas les mouvemens les plus étendus. Elles sont enfoncées ou au niveau de la peau, libres ou adhérentes , quelquefois sous forme de brides. Leur aspect fait souvent découvrir la cause des pertes de substance auxquelles elles ont succédé. Des cicatrices inégales, enfoncées, C(^mme dentelées, au col, aux aines , aux aisselles, sont le cachet des scrophuleux ; des cicatrices multiples, offrant le même aspect, situées au-devant du siernum, aux jambes, aux cuisses, ont le caractère syphilitique, etc.
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l65
Oa démontre aisément l'épiderme dans les cicatrices; au-dessous on trouve un tissu blanchâtre , sans disposition linéaire , regardé comme cellnleux par quelques-uns , comme fibreux par le plus grand nombre , ayant beaucoup d'analogie avec le cliorion. On n'y trouve pas du tout les espaces coniques qui font du derme une espèce de crible. Je n'ai pas ouï parler de furoncles ui d'anthrax développés dans leur épaisseur.
Les cicatrices ont-elles un corps muqueux? Je ne l'ai pas plus vu que sur la peau. Il est certain que les vaisseaux particuliers d'oii dépend la coloration de la peau n'y existent pas , puisque la couleur des cicatrices est la même chez les nègres que chez les blancs. Hanter a vu cependant des cicatrices d'une couleur plus brune que le reste de la peau. Le réseau vasculaire formé d'exhalans, d'absorbans et de capillaires sanguins y existe aussi. J'ai vu une femme qui avoit une cicatrice au viî^age: quand les passions coloroieut son visage, la cicatrice ne participoit point à cette coloration. Les cicatrices sont sensibles, ressentent très- bien les impressions du froid et du chaud, font éprouver des douleurs aux changemens de température, remplissent chez certaines personnes l'office d'un véritable baromètre. Je u'ai point d'observation d'éruptioî)
l66 TRANSFORMATIONS
sur des cicatrices. L'exiiaialiou et Tabsorptioa sy exécateiit-eiies ? Je n'en ai pas de preuve directe; mais je crois qu'elles doivent y avoir lieu , puisque les caroncules qui out servi à les former exhalent et absorbent.
Productions cutanées. Le lissu cutané a quelquefois servi de poche à des tumeurs enkystées qui ont présenté des poiis dans leur intérieur. M. Dujmytren dit eu avoir vu plusieurs fois. Suivant lui, cette peau est souvent altérée , détruile par l'effet de quelque maladie ; mais alo»s les poils , incorruptibles, subsistent toujours : c'est de cette manière qu'il explique la formation des kystes qui contiennent des poils. 11 est certain qu'un tissu cutané hérissé de poils ^ quelquefois servi de poche à des tumeurs enkystées. Morga^ni v'acowVq (i) que , dans un opuscule intitulé de Ovarii Tu* more piloso (2), il trouva l'observation de poils qui naissoient de la surface interne d'un kyste développé dans l'ovaire gauche* L'auteui' n'hésite pas de comparer les parois de ce kyste au cuir chevelu. L'observation suivante m'a eié communiquée par mon ami le docteur V ailerand'de-LaJosse ; elle a été recueillie dans les
(1) Epist. XXXIX, !\\.
(2) Le/psick , 1 7 55.
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l6j
saiiesde clinique de la Charité. Une femme âge'e ile quarante à quarante-cinq ans entre à l'hôpital de la Charité dans le mois de mai i8i5 ; vQÎci dans quel étfit : à la partie intérieure droite de l'abdomen , au-dessus de l'épine antérieure et supérieure de l'os desiies, existe une ouverture fistuleuse par laquelle s'échappent un pus séreux, jaunâtre , et de temps à autre des cheveux blonds et ass^z longs : la malade est dans un état de maigreur extrême, sa face pâle, aba'itue , jaune , espritnaiît la douleur ; Tabdomen est dur et volumineux; la fièvre est continuelle, l'appétit nul, les digestions mauvaises, etc. On put soupçonner que îamaladeusoit de supercherie et metloit des cheveux sur sa charpie : leur couieiu^ différente de ceux de la malade, qui étoit brune, les signes commémoralifs dévoient néanmoins éclairer la diagnosiic. On apprit que , depuis un an , elle avoit éprouvé un dérangement dans la menstruation, et avoit vu se former en même temps une tumeur à la partie inférieure et droite de Taiitiomen ; que cette tumeur avoit augmenîé de volume , étoit ilevenue le siège de symptômes inllammatoires, s'étoit ouverte spontanément; que cette ouverture avoit donné issue à du pus , à des poils (MM. De Guise pèm et fils assuroient eu avoir retiré plusieurs fois ) ; que la ma-
l68 ' TRANSFORMATIONS *
lacle , après avoir laugui plusieurs mois, s'étoit enfin décidée à entrer à l'hôpital. Tous les secours de l'art furent inutiles; elle succomba à la fièvre lieclique deux mois environ après son entrée.
Ouverture du cadavre. Les parois de l'abdomen sont incisées demi-circulai rement eu haut; on veut les rabattre sur les cuisses, mais on ne le peut qu'en détruisant les adhérences solides qui les nnissent aux parties contenues. On parvient bientôt au trajet fistuleux, dont les parois uoirâtres sont recouvertes de plusieurs cheveux, sont formées en haut et en arrière par le paquet intestinal agglutiné en une seule niasse^ et en bas par un tissu très-dense , blanchâtre^ qui recouvre la matrice et la vessie. On cherche à séparer ces organes de ce tissu dense , et on pénètre dans une vaste poche qui remplissoit tout le petit bassin, et communiquoit avec le trajet fistuleux par une ouverture située à sa partie supérieure et postérieure. Cette poche étoit intimement unie à la face |)OStéiieure de la matrice, et sembloit faire corps avec elle; elle répondoit en arrière au rectum , et parut formée aux dépens de Tovaire droit dont il n'existoit plus de traces. On l'incise largement, et on trouve un liquide séro-purulent , jaunâtre, au milieu duquel nagcoieni de petits grumeaux :
au fond eloit une masse solide , du volume du poing, formée de cheveux entortilles, unis eutr'eux par une matière blanchâtre ^ de Ja consistance et de Taspeci du fromage de Neufchâtel. Ces cheveux éioient de différente longueur : quelques-uns avoieut plus d'uu pied de long; plusieurs présentoient des bulbes bieu distincts. En examinant attentivement la face interne de la poche!, qui étoit noirâtre, M. le docteur Vcillerand reconnut, dans la portion qui étoit accolée à la matrice , une membrane inégalement découpée, lout-à-fait analogue au cuir chevelu , couverte de poils très-courts qui y étoient implantés. Tous ceux qui étoient présens reconnurent la même disposition. La masse de cheveux a été déposée dans les cabinets de la Faculté.