‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organique en particulier (volume 3)Chapitre 17 sur 25 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

[Transfonnadons des -parties contenues dans les hernies,

g pr. Transformations de ïépiploon.

Si l'épiploon , renfermé dans la cavité abdominale , éprouve un grand nombre de transformations, combien ne doit-il pas y être plus exposé lorsqu'il est déplacé et par conséquent en butte à une foule d'influences morbifiques

nouvelles ! Ces transformations multiplient les difficulte's du diagnostic , donnent lieu aux méprises les plus inévitables, et quelquefois à de graves erreurs (i).

La transformation graisseuse est la plus commune. Le tissu lamineux , moyen d'union des deux feuillets qui, en se repliant, forment la grande cavité épiploïque, ce tissu lamineux devient très-souvent adipeux , donne à l'épiploon une épaisseur quelquefois monstrueuse, d'un, de deux , trois, quatre pouces, et le convertit eu une espèce de planche solide. Le développement graisseux de Tépiploou et du mésentère rend très-souvent les hernies irréducribles, et c'est alors que la diète obtient de très-bons effets. C'est dans ce cas seulement qu'on a pu emporter ces masses épiploïques énormes dont Arnaud, Morgagni et Las s us font mention. L'accumulation de la graisse dans l'épiploon a encore un résultat bien plus fâcheux : elle étouffe , pour ainsi dire, la vie de cet organe, qui ne peut plus supporter sans danger la moindre irrilaiion : de là ces fontes graisseuses, cette espèce de déliquium, cette gangrène biimide

(1) ^ojez Pipelet, Acad. de Chir. , t. xv : Signes illusoires des e'piplocèles. — Arnaud , Me'm. de Chir. sur l'épiplocèle.

4oo Transformations organiques par excellence qu'il éprouve à la suite d'une couslriclion même légère, et lorsqu'il a été mis à découveil dans l'opération de la hernie. Cette gangrène se borne quelquefois à l'anneau; le plus souvent elle se propage à toute la partie d'épiploon contenue dans le ventre , et entraîne la mort. Ces cas ne sont pas rares : j'ai sous les yeux plusieurs observations de ce genre.

L'épiploon, déplacé, comprimé par l'anneau, par un bandage mal fait se durcit, se pelotonne, et se convertit tantôt en un cordon dense, tantôt en une masse arrondie qui ne retient aucun des caractères de l'épiploonsain.Cetépiploon induré comprime le cordon spermatique , d'où l'atrophie du testicule et la fréquence des cirsocèles aveclesquelsil est si facile de confondre les épiplocèles. Quelquefois il n'éprouve cette transformation qu'au niveau du collet du sac : alorsil se moule dans l'anneau qu'il remplit entièrement, et rend la réduction fout-à-fait impossible : c'est une des causes les plus puissantes de l'irréduclibililé des hernies. Pott lui donne le premier rang dans réntiméralion de ces causes.

Quand l'épiploon est arrondi en boule et immédiatement appliqué à l'arcade crurale ou à l'anneau inguinal , il peut eu imposer pour une glande engorgée. Pipelet fat consulté par une femme qui avoii au pli de l'aîne une tumeur un

DANS LES lïERNir?. ^Ot

peu oblongne , grosse comme une petite noix , insensible , n'occasionnant aucune incommodité et iiréductible. Une seule circonstance lui fit soupçonner l'existence d'une épiplocèle: ce fut l'impulsion communique'e à la tumeur par la toux. Un emplâtre de diabotanumet de ciguë tut appliqué peudant douze jours , et il parvint ensuite à réduire la bernie. La moindre mobilité de l'épiplocèle lui a quelquefois servi désigne préparatoire à un examen |)ius attentif. Quoiqu'il en soit de ces signes , qui doivent souvent manquer, il est bon d'étie prévenu; car le principal moyen d'éviter les méprises est de savoir qu'on peut en commettre (i).

Quelquefois celte masse arrondie est supportée par un pédicule, et simule un troisième testicule. Valsalva (2) ouvrit le corps d'ua bomrae qui passoit pour avoir trois testicules: il trouva les deux testicules dans leur position nccoutumée : le prétendu troisième testicule n'étoit autre cbose qu'une épiplocèle. Juville parvint à réduire un de ces prétendus testicules (3). Plusieurs faits de ce genre doivent faire rejeter avec Morgagni la plupart des

(i) Acad. Chir. , t. xv , p. 87 , gi.

(2) MORGAGKI , Episl. XLIII , 2.

(3) JuviLLE , Traité des Hernies , p. 197. H« 26

402 TRANfeFORMATlOîVS ORGÂN5QtJF.S

observations de tiiorchides , lélroi chldes et de pentorchides recueillies par Graaf , BarthoUn et autres , ainsi que la force de tempérament extraordinaire que Kerking leur altribue. Cependant l'existence d'un troisème testicule est bien constatée. Slehern (i) dit qu'il trouva suf le corps d'uu bomme affecté de bernie scrotale un troisième testicule pourvu de son cordon spermatique. L'existence d'un troisième testicule ne doit d'ailleurs pas plus étonner que celle d*un seul. BarlhoUn (2) , Riohin (3) , Graaf , Bonet rapportent des exemples d'individus moDorcbides. Voici un exemple qui m'est propre. En disséquant le corps d'uu bomme à l'bôpital Saint-Antoine , je toucbai par basai d les bourses ; il n'y avoit point de testicule du côté gaucbe. Ma première idée fut qu'on avoit fait à cet homme l'opération de la castration; mais il n'y avoit aucune trace de cicatrice aux tégumens. Je crus que j'allois trouver le testicule derrière l'anneau; j'ouvris l'abdomen , et j'examinai ti ès-attenlivement tous les viscères abdominaux, surtout les régions lombaires et iliaques : point de testicule. Sur-

(i) Acta Socîet.Med. Hafniensis , 1. 1, p. Saoj 1777.

(2) Anal. , p. 208.

(5) Antropogr. f lib, n, cap. xx.

DANS LES HERNïES. 4o3

pris (îe ce pheDomène , je fendis le bassin comme pour la pre'paration de la vessie; je disséquai les vésicules séminales : je trouvai celle du côté gauche beaucoup moins volumineuse que l'aulre : de sa parlie interne naissoir, à la place du canal déférent, un petit cordon fibreux qui , après quelques pouces de trajet dans la direction accoutumée, se perdoit dans le tissu cellulaire. M. Rayer m'a dit avoir vu un cas toutà-fait analogue.

On ne prendra jamais , dit Fùchter, l'épiplocèle pour un testicule, si on se rappelle que la pression de Tépiplocèle n'est point douloureuse , tandis que celle du testicule détermine ce brisement de forces que tout le monde connoît : d'ailleurs, la surface de ce prétendu testicule nVst point lisse, et ou ne trouve rien d'analogue à l'épididyme. Il est facile de voir le peu de valeur de ces signes : les circonstances comraéraoralives doivent être prises en grande considération.

L'épiploon induré en a quelquefois imposé pour UQ sarcocèle. Lassus (i) rapporte qu'un homme portoit depuis dix ans , dans les bourses , une tumeur qui offroit de la iluctuation à sa parlie inférieure, et beaucoup de dureté à

(r) Med. opérât. , t. i, p. ai5.

4c4 THAIV'SFOKMATIONS ORGANIQUES

Sa pariie supérieure ; le cordon sperinalique parolssoil engorgé. Plusieurs praticiens crurent à une hjrîro -sarcocèie , et regardèrent la castration comme indispensable ; d'autres la rejetèrent à cause de l'engorgement du cordon. Une ponction est pratiquée et donne issue à un liquide sanguinolent et. puriforme : on reconnoit alors riulégrilé parfaite du testicule. Une nouvelle quantité de liquide s'amasse bientôt : on opère par incision , et on voit une hernie épiploïque dont une partie éloit tombée dans une espèce de fonte putride. On en retranche la plus grande partie. La gangrène s'empare de la plaie; le malade meurt, et, à l'ouverture, ou trouve le cordon spermalique et le testicule parfaitement sains ; tous les viscères de l'abdomen étoient intacts.

D'autres fois c'est en pratiquant l'opérai ion de la hernie qu'on trouve l'épi ploon transformé. Pott dit qu'on se hâte trop de l'emporter ; il assure l'avoir réduit dans des cas où il éloit aussi engorgé que possible sans qu'il en soit résulté aucun accident : cependant, en général, il en conseille l'ablation sans ligature. Pu'chler (i) veut qu'on le réduise s'il est peu volumineux et sans adhérence; mais qu'on

(i) Tome II , p. 5i.

DANS LES n E R .N 1 E S. 4o5

le laisse aa dehors si son grand volume nëcessitoit un débridemeut trop considérable. Il me semble que dans aucun cas la réduction ne doit être tentée. Arnaud a vu survenir des accideas à la suite de celle réduciion (i). Sur un homme qui mourut à la suite de la réduction d'une hernie par le taxis, je trouvai l'épiploou formant une masse dure, d'un rouge noir, et à côté une portion d'intestin noire , se deciiirant avec facilité, sans aucune impression circulaire qui l'isolât du resle du canal intestinal. L'alléralionailoit progressivement en diminuant à mesure qu'on s'éloignoit de ce point; du reste, nulle trace de péritoniie. N'cst-il pas probable que l'altération de l'intestin étoit due à la pression ou à la contiguilé de l'épiploon induré? Il vaut bien mieux laisser cet epiploon dans la plaie; bientôt la suppuration s'en empare; il s'affaisse et forme une espèce de bauciion qui s'oppose à une nouvelle hernie. Si , au milieu d'un épiploou saio étoit un noyau d'induration, Hichter conseille de l'emporter et de réduire ; mais ne doit-on pas craindre que de celte excision ne résulte une ouverture qui pourra devenir cause matérielle de l'étranglement?

L'épiploon induré peut devenir cause ma-

(i) Mém. de Chir. , p. 4^6^

4o6 TRANSFOTIÎVIATIONS ORGANIQUES

térielle de rélranglenient dans un assez grand nombre de circonstances.

i*'. Par le seul fait de la pression qu'il exerce surl'iutestin au niveau du collet du sac. Pott(i) trouva, en opérant une hernie inguinale étranglée , l'épiploon volumineux, incompressible , pesant tellement sur l'iléon et le colon déplacé, que la cavité du premier éloit oblitérée. Lorsque cet épiploon fut emporté , l'anneau comprimoit si peu l'intestin que, sans la grande distension du colon , on anroit pu le faire rentrer dans le ventre sans débridement.

2^. L'épiploon forme quelquefois, au-dessus et au-dessous de l'anneau , une bande transversale très-dure , dont les deux extrémités adhèrent au sac. Scarpa (2) , Arnaud (3) citent des exemples d'étrauglemens produits par une bride semblable.

3°. Quelquefois l'épiploon adhérent au collet sur les côtés et au fond du sac , forme une bande longitudinale qui presse le milieu de l'intestin et le divise en deux parties. Scarpa est le premier qui ait parlé de cette disposition , d'où peut résulter l'étranglement.

4°. L'épiploon déchiré forme un anneau fi-

(i) Tome I , p. 459-

(2) Traité des Hernies, p. 129.

(3) Mém, de Chir, , t. n, p. S-^;^.

DANS LES HKRNIES. 407

breux très-réeistanl , et même quelquefois carlilaglueux. Callisen (i) rapporte que, dans un cas semblable, on agrandit rouverture de l'épiplooa ; rioteslin rentra avec facilité; néanmoins les accidens persistèrent; le mahde mourut; et à l'oLiverlure, on trouva que l'épiploonadhéroit au péritoine, et qu'on avoit poussé l'intestin entre la paroi antérieure de Tabdomen et le péritoine, au lieu de le pousser en arrière. Arnaud (2) fut témoin de Topéralion de la hernie sur un homme qui présenta à l'ouverture du sac l'intestin audevant del'épiploou : celui ci formoit un anneau très-épais, très-entlaramé, qui etrangloit l'iutestin. L'opérateur déchira avec ses doigts l'anneau qui causoit l'étranglement ; l'intestin rentra sans peine ; le malade guérit parfaitement. — Scarpa (3) rapporte que sur le cadavre d'nn homme mort avec une hernie inguinale gauche non étranglée, «il trouva l'intestin entouré de » deux bandes d'épiploon , libres du côté de » l'auneau , mais intimement adhérentes aujc; » parties latérales et au fond du sac herniaire. » Dans son passage à travers l'anneau et le col » du sac herniaire , l'épiploon étoit resserré sur » lui-même et avoit la forme d'un cordon. Un

(i) Acta Soc. Med. Hafn. , t. i.

(2) Mém. de Chir. , 1. 11 , p. 588.

(5) Mémoires sur les Hernies , p. x'bi

» peu plus bas, il devenoit plus large, el pré- » senîoit une ouverture qui douuoil passage à » une anse de l'intestia iléon. Les bords de cette » ouverture étoient épais el durs, surtout vers » la partie supérieure. Les deux bandeslatérales » de Tépiploon, qui forraoient uue espèce de » ceinture autour de l'anse inlestiuale , adhé- » roient de la minière la plus intime aux côtés » et au fond du sac herniaire. Lintestin n'éloit >> pas précisément étraïïglé, mais il étoit prêt à » le devenir , el il ne falloit pour cela que l'in- » lervenlion de quelqu'une des causes dont j'ai » parlé ci-dessus ».

Ces perforations de l'épiploon sont généralement attribuées à une déchirure subite produite par un violent effort. Le fait rapporté par Baudelocque , dans son traité des accouchemens, en est un exemple remarquable ; mais il n'est pas certain que ce soit la cause ordinaire de cette déchirure. Dans le cas d'étranglement, au lieu de fendre la parlie supérieure de fouverture épiploïque , il faudroit, suivant le conseil de ScarpUy fendre ses parties latérales: on préviendra de cetle manière toufe espèce d'étranglement ultérieur.

5°. Eijfio , Scarpa (i) rapporte une variété

(1) Pitge i38.

d'ëtianglement par l'épiplooa , unique dans sou genre, el qui suppose probablement une conformation particulière. L'e'piploon etoit divisé en deux portions : « l'antérieure , plus » grande , de forme triangulaire, descendoit » en pointe vers l'anneau droit , Iraversoit » cette ouverture et se prolongeoit dans le sac » herniaire ; tandis que la postérieure , plus » petite , s'enfonçoit derrière un repli du mé- » sentère qui soulenoit plusieurs circonvolu- » lions de l'intestin iléon. On voyoit se détacher » de la première , à l'endroit où elle péoétroit » dans la heinie , une bandelette d'apparence » fibreuse, large de quatre lignes, épaisse de » deux , qui , se portant derrière les circon- » volulions de l'intestin iléon, alloit s'unira la >> seconde portion de l'épiploon , qui étoit ca- » chée , comme nous l'avons dit , derrière un » repli du mésentère ».

Quelquefois des kystes séreux , des hydatides , se développent dans l'épiploon et ont fait croire à une hydrocèle. Lamorier (^i) fut consulté par un jeune homme de vingt ans qui portoit dans les bourses une tumeur offrant tous les caractères d'une hjdrocèle. Il incise celte tumeur pour obtenir la cure radicale. Aussitôt se

(î) Acad. de Chir. , t. vni, p. 45i.

410 TRANSF0RMA.T10NS ORGANIQUES

présenle l'épiploon rempli d'hydatides : on ea fait la ligature le plus haut possible, et on coupe tout ce qui étoit au-dessous. Il survint des accidens terribles auxquels le malade faillit succomber. Pipelet les attribua à la ligature. — Arnaud fut consulté par un gentilhomme qui avoit à l'aîne , depuis quelques années^ une tumeur dont le volume avoit augmenté peu à peu. Cette tumeur fut violemment contuse dans une chute de cheval que fit le malade , changea de forme, et présenta des lobules arrondis, dont trois principaux tirent de rapides progrès. Ces lobules avoient tous les caractères des kystes séreux. On convint de faire la ponction avec le troicart j il sortit une sérosité limpide. On sentit dans la tumeur des éminences arrondies, et on projeta de faire l'excision de l'épiploon pour obtenir la guérisou radicale. On avoit fixé l'opération à trois jours de cette ponction ; mais uu des consultans s'empara du malade , Topera en secret. Le malheureux gentilhomme mourut quelques jours après , on ne sait par quelle cause. — Arnaud rapporte un autre exemple de kystes séreux survenus dans l'épiploon d'une jeune demoiselle , à la suite d'une chute. Il vida par la ponction le liquide contenu dans un de ces kystes , et tenta la guérisou des autres par la compression. La tumeur diminua peu à peu

de volume , et bientôt les hydatides furent guéries» Il n'osa pas entreprendre la réduction de l'épiploon sans avoir consulté un praticien disliogué. Cheselden jugea que cette réduction ne pouvoit pas occasionner le moindre accident, Arnaud à\i avoir guéri deux fois de semblables liydatides par la compression.

Voici la règle de conduite qui me paroît devoir être suivie dans ce cas. Si des kystes séreux assez volumiueux se développent dans une hernie épiploïque, et s'il existe quelque doute sur l'existence d'une hydrocèle, on incise les tégumens et les couches subjacentes comme dans l'opération de la hernie. A-t-on affaire à une hydrocèle, on l'opère par incision; rencontre-t-on l'épiploon, il faut ouvrir les kystes qu'il contient, l'exciser sans ligature s'il est altéré, et l'abandonner dans la plaie s'il est sain.

On a vu l'épiploon cartilagineux, osseux; ce qui ne doit pas plus étonner que les transformations analogues de la plèvre. M. Marjolin m'a dit avoir trouvé sur un cadavre une tumeur très -dure, du volume d'un œuf de pigeon, placée dans le scrotum au-dessus du testicule. Cette tumeur, qu'on auroit pu prendre pour un troisième testicule, n'éloit autre chose que l'épiploon ossifié : on la fendit avec un fort çcalpel, et on découvrit dans son intérieur une

4l2 TRANSFORMATIONS ORGANIQUES

petite portion d'épi ploon qui ii'ëtoit pas encore ossifiée; elle se continuoit avec Tépiploon contenu dans l'abdomen , au moyen d'un pédicule osseux.

L'épiploon tombe quelquefois en suppuration, d'où la consomption et la mort. Quelquefois il éprouve la dégénéralioii squirrheuse ou carciuomateuse. Pott parle d'un homme qui avoit une tumeur dure, inégale, douloureuse, de chaque côté du scrotum. Il mourut; à l'ouverture, on trouva un corps variqueux, dur, noueux , qui se continuoit avec l'épiploon , et ëtoit vraiment cancéreux.

Les observations v^ Arnaud a rassemblées sous le titre A' adhérences spongieuses yî>oxil des exemples de tumeurs carcinomateuses comprimant et étranglant l'intestin. Cette dégénérfition exige l'ablation de tout ce qui est affecté. Si l'intestin participe à la maladie, il ne faut pas hésiter à l'emporter.

"J^ansformations du mésentère. Le mésentère est sujet aux mêmes transformations que l'épiploon. Il s'épaissit dans les hernies anciennes, volumineuses j il peut aussi se déchirer : une ouverture du mésentère cause quelquefois l'étranglement. Il se charge de graisse : de plus , les corps lymj)hatiques nombreux situés dans son épaisseur peuvent produire l'étranglement,

DANS LES HERNMES. 4l3

Rougemont rapporte qu'on trouva, en faisant l'opéralioa de lu lieruie, une glande du mésentère longue d'un pouce et demi, large de trois quarls de pouce, qiii compiimoit fortement l'intestin , et avoit causé tous les symptômes de l'étranglement (i).

§ IL Transformation de Vintestin.

Je ne dois parler ici que du rétrécissement et de l'oblitération de l'intestin déplacé. Ce rétrécissement est aigii ou chronique : le dernier est le plus commun. La pression continuelle exercée par un mauvais bandage sur l'intestin mal contenu, des étranglemens heureusement combattus , produisent une irritation d'où résultent, au bout d'un certain temps , l'épaississement , le rétrécissement et même l'oblitération de l'intestin (2). Souvent ce rétrécissement n'a lieu

(1) RicHTER , t. I , p. 5o j note de Rougemont.

(2) Il faut bien aduietlre une autre cause du rélréci<îsement de riofestin dans le cas suivant rapporté par Pott. Un homme , affecté d'une hernie inguin.ile . éprouvoit depuis trois jours des coliques , des vomissemens et de la constipation. On avoit en vain essayé la réduction de la hernie : on se décide à ropération. L'intestin paroît libre d'étranglement, mais adhéroil tellement au collet du sac, qu'il ne falloit pas songer à le dégager. Le malade

4l4 TRANSFORMATIONS OKGANK^tJEft

que dans les points qui sont soumis à la cons- Iricllon; quelquefois il occupe toute l'anse in-* leslinale. Dans le cas de rétrécissement chronique , les accidens se déclarent long-temps avant l'étranglement, comme le prouvent les observations de Garengeot (i), de Pàtsch (2), de Vincent (3).

Putsch lut à l'Académie dç Chirurgie l'observation d'une hernie inguinale qui occasionnoit depuis quelque temps des coliques, de la conslipalion. Celte hernie s'étrangle; l'opération est pratiquée; l'intestin paroît sain et est réduit. Les accidens persistent. A l'ouverture du cadavre, « on trouve l'intestin rétréci aux deux points » qui répondoient à l'anneau , comme si on l'a- » voit fortement serré avec une ficelle; il y >> a voit adhérence mutuelle des parois opposées » de l'intestin, en sorte que la capacité qui » étoit au-dessus de cette bride n'avoit aucune

mourut. A l'ouverture, on trouva que la portion d'intestin qui formoit la hernie ctoit la fin de l'iléon , laquelle étoit parfaitement saine j mais plus haut, vers le je'junum , elle étoit tout-à-fait oblitérée dans la longueur de plus de trois pouces, Pott ajoute qu'il a vu deux cas toutà-fait semblables.

(i) Op. , t. I , p. 286, 296.

(2) Mém. Acad. Chir. , t. 11, p. 271.

(5) Journal de Médecine , t. lvi , p. 5i .

» communication avec le reste de la continuité » du canal; en un mot, le passage pour toute » matière éloit exactement oblitéré».

Plusieurs membres de TAcadëmie, et notamment Martin et Coutavos , dirent qu'ils avoient vu plusieurs personnes mortes à la suite d'une opération bien faite , et qu'à l'ouverture ils avoient trouvé un rétrécissement de l'intestin. GarengeoL opéra , en présence <)^ Arnaud père et fils, une hernie crurale étranglée chez une femme qui éprouvoit de temps en temps des douleurs , des coliques , des tiraillemens d'eslomac , malgré qu'elle eût son bandage. L'intestin n'excédoit pas le volume d'un doigt médiocre; il étoit très-mince, fort rouge, et ue renfermoit aucune matière dans sa cavité , si touLefois il en avoit conservé une, La malade mourut ; on ne put pas en faire l'ouverture.

Pott pratiqua l'opération de la hernie à un homme qui éprouvoit depuis un mois des coliques, avec distension considérable, et couleur pourprée du scrotum. La peau étoit chaude, le pouls vite , la soif considérable. Pott incise le scrotum , trouve l'intestin gangrené et adhérent, l'anneau parfaitement libre; il laisse l'intestin dans la plaie ; les escarres tombent , l'intestin se retire peu à peu. Le malade va très-bien pendant dix jours; mais au bout de ce temps , il

4i6 TRANSFORMATIONS ORGANIQUES

éprouve de la langueur, de la fièvre , une cons* tipation opiniâtre, et meurt. A l'ouverture, on trouve la partie de l'inlestiu rentrée longue de quatre pouces environ , et si resserrée, qu'elle avoit absolument perdu sa cavité.

Outre le rétrécissement chronique , seul admis par Richter , il est un rétrécissement aigu qui s'observe dans les hernies récentes , peu volumineuses , étranglées depuis quatre , six , neuf jours. Il est même possible qu'une inflammation adhésive unisse eulr'elles les parois opposées de l'intestin : ce cas a été observé par M^Riga/. Eu opérant une hernie inguinale étranglée , il trouve l'intestin rétréci et oblitéré par l'adhésiou des parois opposées. Il fait à cet intestin une incision d'un pouce de longueur, introduit le doigt par cette ouverture , détruit les adhérences , et réduit l'intestin. Il est difficile sans doute de décider à priori si le rétrécissement est aigu ou chronique. Nous pourrons affirmer qu'il est aigu lorsque le malade n'a jamais éprouvé , avant l'étranglement, d'accidens qui dépendent d'obstacles au cours des matières. Quand le rétrécissement est peu considérable , il faut se contenter de débrider , et se tenir prêt , en cas d'événement , à emporter tout ce qui est rétréci. Peut-être conviendroit il de passer une anse autour du mésentère. Si le

DANS LES HERISIES. Aff

rélrécissementest très-grand , s*"!! y a une oblitëration, il ne faut pas hésiter , d'après le conseilde Ritsch et de Garengeot^ d'eraporJer tout ce qui est rétréci ou oblitéré.

§ III. Transformation du testicule dans les hernies»

Souvent, dans les hernies inguinales anciennes, congéniales ou autres, ou trouve le testicule alrophié;et c'est sans doute autant à celte atrophiequ'ù l'obstacle mécanique aux fonctions génératrices apporté par le volume de la tumeur qu'est due cette idée d'imperfection, de dégradation qui faisoitautrefoisexclure de certaines fonctions les individus quiavoient des hernies: de là la honte déplacée qui fait cacher cette infirmité à un si grand «ombred'individusdesdeuxsexesrdelàla vocrue de tant de remèdes secrets, d'opérations barbares, etc. Çi).Bonei ditavoir trouvé sur un sep-

(i) Les individus afFeclës de hernies étoient exclus du sacerdoce chez les Juifs. On lit dans la Bible : Loculusest JDominus ad Mojsen, d'cens, lo^uere ad A a ron : homo p.x semine luo qui habuerit maculant non ojferel panes Do' minosuo, nec accedet adminislerium ejus , sihemiosus. Dans l'Eglise romaine, on regarda long-temps comine problématique la question de l'irrégularité des prêtres attaqués de descentes. Zacchias * discute ce point de doc-

* Di IrreguUritate , auast. Mei. légal. , t. r , quxst. xiv.

4i8 ÏRANSFORMA-riONS ORGANIQUES

îuagënaire affecté depuis vingt ans d'une her-^ nie inguinale énorme , les testicules compres^ SOS , flavescentes , nucis moschatœ magniLudinem vix œquantes (i). Valsah>a parle d'un testicule changé en un corps membraneux sur un jeune homme de vingt-deux ans, qui mourut d'une attaque d'apoplexie (2). Morgagni (3) , Pott et tous les observateurs rappoi lent des exemples analogues. Ces atrophies dépendent non-seulement de ce que les vaisseaux longent le SJiC, quod'vasa sacco adnascantur, comme le ^\so\i Boerhaave (4); mais de la pression qu'exerceni sur le testicule l'intestin , le mésentère et l'épiploon.

trine , qu'il n'éclaire pas tout-à-fait. Mais aujourd'hui les descentes ne sont point un motif d'exclusion pour quelqu'emploi civil ou religieux que ce soit.

L'idée d'imperfection attachée aux hernies explique ce qui se passa lorsque Seruilius montroit aux Romains les blessures qu'il avoit reçues en servant la patrie : Adaper^ ti s forte quœ velanda erant, tumorem inguineum proxiinis risum movisse : tiim verb Serviliiis : hec quoque tjitod ridetis in equo dies noctes que persedendo habeo , I nec ejus magis quàm cicalricum hanimpudetpœnitetque^

(1) Sepulchrelum , sect. xxix , obs. xin.

(2) MoRGAGNi , Epist. Il, n° 20.

(3) Epist. xsiv, n*^ 16.

(4) Prceltct. ad Institut .

La pression violente du cordon spermalique par un bandage mal fait est encore une cause de cette atrophie. Des bandages appliqués aux enfaus par des personnes peu instruites ont très-souvent causé Tatrophie du testicule. Arnaud(i) en cite un grand nombre d'exemples, enlr'autres celui du duc de G*"*^*, dout le divorce avec madame de M*** eut pour cause l'atrophie des testicules causée par la pression qu'avoit exercée sur eux un mauvais bandage.

Le cordon spermatique ne subit guère de transformation dans les hernies. Ses parties constituantes s'e'carteut les unes des autres; il s'allonge , s'engorge : souvent il est le siège de tumeurs enkystées dont la coexistence avec une hernie jette beaucoup d'obscurité sur le diagnostic.

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