‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 26 sur 38 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Considérations générales»

J-iE corps des êtres organisés est un laboratoire vivant, toujours ea action, où s'opèrent une multitude de transformations : chez eux , comme dans la nature entière , tout change , tout s'use , tout se renouvelle. Dans les animaux , quelles transformations merveilleuses depuis la conception jusqu'à la mort! L'ovule a reçu l'impression fécondante du mâle : aussitôt une force immense l'anime : d'abord ce n'est qu'un point gélatineux nageant dans une grande quantité de liquide ; mais bientôt , recourbé sous forme de ver , il se développe à vue d'oeil. Le cœur , les vaisseaux , le cerveau , le foie paroissent successivement au milieu de celte masse en apparence homogène , et se développent dans d'autres proportions, j usqu'à ce qu'enfin tous les organes aient acquis assez de maturité pour supporter l'action des corps extérieurs. Après la naissance , quelques organes disparois-

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sent, d'autres s'accroissent dans de nouveaux rapports; la léle , la poitrine, l'abdomen de-r viennent successivement un centre d'action. A l'époque delà puberté, des organes auparavant muets se développent, et soumettent toute Tëconomie à leur étonnante iniliieuce. Dans la vieillesse, tout s'affaisse, tout se racornit; les tissus tendent à se pénétrer de phosphate calcaire : la mort met un ternie à toutes les transformations vitales , et rend à la nature inorganique les ëlémens que la vie tenoit associés d^une manière contraire aux lois physiques.

Mais que de transformations particulières pour opérer ces transformations générales î Les aiimens, introduits dans notre corps, sont changés en chyle , celui-ci en sang ; le sang y poussé dans tous nos organes, les pénètre, les vivifie , se combine avec eux, s'organise; tandis que des bouches absorbantes et des émoncioires toujours actifs entretiennent l'équilibre en soustrayant à mesure les matériaux qui ont assez long-temps fait partie de nous-mêmes. El les dents , ces petits instrumens tranchans , déchirans , contondans , dont le développement , la chute et la reproduction ont si long-temps piqué en vain la curiosité des physiologistes; et la matrice qui, dans l'état de vacuité, confinée dans le petit bassin, peu volumineuse et d'une texture

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES, l3g

ioconnue , devient, dans la grossesse , uu muscle puissant , susceptible d'efforts prodigieux, ne présentent - elles pas des transformations du plus grand intérêt ?

Mais les transformations dont je viens de parler sont physiologiques, et ce n'est pas de celleslà qu'il s'agit ici ; je veux parler des transformations et productions pathologiques , c'està-dire du passage morbifique de nos tissus les uns dans les autres , ou de la production de quelques tissus analogues. Nous verrons ces transformations produites par une nature (i) conservatrice qui semble avoir même prévu le désordre, constituer des maladies, succéder à d'autres qu'elle termine quelquefois heureusement , ne donner, dans beaucoup de cas, aucun signe de leur présence , et n'agir jamais que mécaniquement. Nous les verrons passer quelquefois de l'une dans l'autre, tellement analogues aux tissus naturels qu'où ne pourroit les en

(i) On ne peut voir sans admiration les incalculables ressources de la nature , et les moyens par lesquels elle répare les dérangemens les plus grands. Celle nature , dont nous parlons si souvent, n'est point une vaine fiction : c'est une force que Dieu a répandue par-tout , c'est la raison suffisante de la formation , de la destruction et de tous les changemens des corps j; c'est la cause secondaire universelle.

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distinguer si on n'étoit pas prévenu ; mais sou*» vent aussi portant des marques de gêne, de contrainte et d'un état morbide.

Quelle est la voie que suit la nature pour opérer ces transformations ? La solution de ce problême est au-dessus de nos forces : bien certainement c'est par une dépravation des propriétés nutritives; quelquefois l'irritation inflammatoire est un des moyens de transformalion. Mais expiiquera-t-on jamais la production des corps organisés vivans dans l'épaisseur de nos parties? A peine connoissons-nous les phénomènes des transformations, comment vouloir pénétrer leur mécanisme?

L'ordre que j'ai adopté pour l'exposition des transformations et productions organiques est extrêmement simple. Je parlerai d'abord des transformations celluleuses et graisseuses que j'examinerai dans tous les tissus. Les productions enkystées viendront en second lieu ; puis les transformations et productions fibreuses, qui seront immédiatement suivies des productions fongueuses et polypeuses. Les transformations et productions cartilagineuses , osseuses , érecides, dermiques , muqueuses , pileuses , épidermiques et cornées seront ensuite étudiées suc« cessivement.

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