‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 27 sur 38 · ORDRE PREMIER · texte numérisé non relu

ORDRE PREMIER

Transformations et productions lumineuses

et graisseuses»

La distinction du tissu cellulaire en lainineux et adipeux , si bien exposée par M. Bé» dard, chef des travaux anatomiques (i) , est iei de rigueur , parce qu'à chacune de ces espèces répondent des Iransformations organiques particulières.

Le tissu lamineux est un assemblage de lamelles, de filamens entrecroisés en divers sens, interceptant entre eux des espaces ou vacuoles qui communiquent tous les uns avec les autres , se pénètrent d'air dans l'emphysème et par rinsutflation , de sérosité dans l'infiltration, mais jamais de graisse. C'est à ce tissu que s'applique tout ce qu'on a dit sur le tissu cellulaire, le corps cribleux , muqueux , etc.

\^ organe adipeux est plongé , comme tous les autres , au milieu du tissu lamineux qui entoure et pénètre toutes les parties. Il est formé de vésicules divisées en plusieurs cellules par des cloisons incomplètes : ces vésicules sont rem-

(1) Propositions sur «quelques points de médecine « 181 5«

i42 TRANSFORMATIONS

plies dégraisse, ne communiquent nullement les unes avec les autres, et ressemblent assez à de petites membranes séreuses.

PREMIER SOUS-ORDRE

Transformations lamineuses»

Au lieu de nous étonner de la fréquence des transformations celluleuses, nous devrions plutôt nous demander pourquoi elles ne sont pas plus générales : tous nos organes sont forme's d'une trame celluleuse ; l'état celluleux est leur point de départ j l'embryon , examiné à une certaine époque , est tout entier celluleux et gélatineux ; plusieurs tissus reviennent à cet état dans certaines circonstances : peut-être y reviendroient-ils tous s'ils se trouvoient dans les conditions favorables.

Une grande condition des transformations celluleuses est le défaut d*accion^ Le thymus , si volumineux dans les premiers temps de la gestation , diminue peu à peu à mesure qu'on approche de la naissance , et disparoît enfin pour devenir celluleux , lorsque ses fonctions mystérieuses ne sont plus nécessaires à l'économie» Il en est de même des capsules surrénales. Les muscles , condamnés à un repos absolu, se convertissent en tissu cellulaire le plus souvent adi^

peux i distendus outre mesure par une tumeur développée dans l'épaisseur d'un membre, ils perdent peu à peu leurs caractères , et se changent en un tissu cellulaire jaunâtre, infiltré, assez analogue à celui du scrotum. Le corps d'un muscle dont les attaches ont été coupées devient ceiluleux : il en est de même d'une portion de tendon , de nerf, d'artère qu'on a isolée. Une glande atrophiée diminue de volume et se change en tissu cellulaire.

L'inflammation est encore un grand moyen de la nature pour opérer les transformations celluleuses. C'est par elle surtout que se produisent celles des membranes séreuses , les plus fréquentes et les plus importantes de toutes. A ces transformations se rapportent les adhérences accidentelles dont le mécanisme est le même pour tous les tissus : aussi vais-je en faire l'histoire générale.

Adhérences. Les adhérences, suite ordinaire de l'inflammation dont elles sont une terminaison fréquente, quelquefois produites d'une manière tellement occulte qu'on ne sait à quel travail les attribuer, tantôt déterminent des symptômes plus ou moins graves , tantôt ne donnent aucun signe de leur existence : dans un grand nombre de cas , elles sont un bienfait de la nalure , qui , par elles , prévient des accidens fâ-

ï44 TRANSFORMATIONS

eheux ou y remédie; quelquefois eufio c'est l'art lui-même qui les provoque et les obtient par des procédés plus ou moins ingénieux.

Les adhérences accidentelles ne peuvent exister qu'entre des parties contiguës. Or, je ne vois de contigués dans l'économie que les membranes séreuses, les synoviales , les muqueuses, et la peau dans certains endroits. Peu d'auteurs se sont occupés des adhérences considérées d'une manière générale ; la plupart n'ont envisagé qu'une membrane séreuse en particulier ; mais les divisions qu'ils ont établies pour celte séreuse s'appliquent parfaitement à toutes les autres : telles sont celles à^ Arnaud, Tdchier y Petite Scarpa , pour \ç% hernies ; de M. Corvisart , pour la séreuse du péricarde. Ces adhérences se distinguent en couenneuses , filamenteuses y celluleuses lâches , celluleitses serrées , et en celles qui ont lieu au moyen à^uue fausse membrane organisée persistante»

GENRE P

Adhérences couenneuses ou inorganiques.

Ces adhérences sont formées par une matière albumineuse , inorganique, étendue en membrane , et portant pour cela le nom àe faussô membrane.

ET PîlODUCTlONS ORGANIQUES. 14-5

Les fausses membranes pem^ent se former sur toutes les surfaces libres naturelles , et su forment nécessairement sur toutes les surfaces libres accidentelles ^ soit pour rétablir la conti" nuité ^ soit pour la formation cTun tissu cutané nouK^eau.

J'ai déjà prouvé la seconde partie de celte proposition en parlant du mécanisme des réunions par première , par seconde intention , et de la cicatrisation des plaies avec perte de snb-^ stance ( voy. Plaies ) ; j'y reviendrai encore à l'articie Transforma cutanées. J'ajoute que ces fausses membranes peuvent se former sur toutes les surfaces libres naturelles. '

Espèce i^^^. On \qs observe sur îa peau dépouillée de l'épiderme par l'action du vésicaloire. Il n'est personne qui n'ait vu souvent la surface des vésicatoires couverte d*une couche couenueuse , difficile à enlever^ traversée quelquefois par des végétations plus ou moins consi" dérables de la peau.

Espèce ii. On a observé des fausses membranes sur la plupart des membrajies muqueuses, M. Chaussier (i) a eu occasion de voir un cbimiste qui, s'étant trouvé exposé tout-à-coup à une masse considéiable de gaz acide muria-

(i) Trad. de k Pyrét. de Sdle , par M. Nauche , note. I» 10

l/;6 TR AISSFORIVÎAT ï ONS

ticjue oxigënë^ présenta des concrétions blanchâtres, membrauiformes, sur les yeux, où eiles iûtercejDtoient le passage de la lumière; dans les cavités du nez ^ du pharynx, et probablement aussi dans le larynx et la trachée. Le repos et les adoucissans suffirent pour faire cesser les accidens ; les yeux se dépouillèrent de la couche lymphatique qui s'éloil formée à leur surface ; l'expecloraiion fit rendre quelques lambeaux membraniformes ; toutes les fonctions furent promplemeut reuiblies.

C'est une fausse membrane qui paroît donner la couleur hlauchàlre aux aphthes si communs dans la bouche , et que l'on dit avoir vus quelquefois tout le long du canal intestinal. Baillie croit qu'ils ne s'étendent pas ordinairement audelà de l'œsophage. J'ai trouvé , parmi les observations de M. Dupuytren , un exemple trèsremarquable d'une inflammation de l'œsophage terminée par la formation d'une fausse membrane épaisse qui tapissoit ce canal membraneux et musculcux dans toute sa longueur.

J'ai vu plusieurs fois la cavité d'une anse d'intestin déplacé recouverte par une fausse membrane. Les ouvrages anciens sont remplis d'observations de membranes internes de la vessie, du rectum rendues avec les urines , les matières fécales. Les auteurs modernes pensent que ces

ET PRODÙCTiOxXS ORGANïOUESo l/-?

prétendues membranes internes ne sont autie chose cjuecîes fausses membranes. M. Villermé (auteur d'une excellente dissertation sur les fausses membranes) dit avoir vu un grand nombre de fausses membranes rendues par \ç,s selles chez des individus qui avoient la colique de Ma^ druL

La membrane muqueuse des voies aériennes se recouvre le plus souvent d'une fausse mem* brane dans le croup : cette fausse membrane occupe le larynx , la Irache'e et les bronches dans une plus ou moins grande e'tendue. En général peu adhérente , elle est séparée delà membrane interne très-injectée par une matière muqueuse» Son épaisseur et sa consistance présentent une foule de variétés. Dans quelques cas, on trouve une matière visqueuse au milieu de laquelle nagent diQS iîocons albumineux. Dans les croups adynamiques , celte matière est fluide et excessivement abondante. Le danger du croup consiste dans r oblitération mécanique produite par cette fausse membrane ou par la viscosité.

Les fausses membranes de la trachée et des bronches se forment quelquefois d'une manière chronique , donnent lieu à la difficulté de respirer, à une toux sèclie sans aucun symptôme inllammaloire ^ et sont le plus souvent expectorées s(^us la forme de portions de tubes plus ou

moins coDsidërables. Baillie ii'a jamais eu occasion de \ç^ observer autrement que sur des pièces préparées. M. le docteur Raikeni a vu uncroup chronique des bronches chez une jeune fille âgée de treize ans et demi. Celte maladie présenloit des accès fréqueus marqués par des quintes violentes d'une toux glapissante et sonore , suivies de l'expulsion d'un liquide transparent et visqueux , et quelquefois de l'expecloralion d'une substance albumineuse, concrète, disposée en cylindres ramifiés (i).

Je n'ai pas d'observation de fausse membrane développée dans le vagin : il s'en forme constamment dans l'utérus pendant la grossesse : «ne membrane couenneuse est le moyen d'union de l'utérus à l'ovnle fécondé : c'est la caduque de Hunter ( épichorion ). Cette membrane est propre à l'ulérus ; elle se forme dans cet organe même dans les grossesses extra-utérines : aussi M. le professeur Cliaiissier a-t-il signalé comme phénomène constant delà grossesse tubaire (2) un certain développement de l'utérus et la formationd'une couche couenneuse, épaisse, qui a la mollesse et l'apparence de l'épichorion. Meckel père avoit depuis long-temps noté ce

^■■ÉrtllIIW ■ I I II I - ~ ■ u, I ■! I I ■

(1) Bulletin de la Faculté de Médecine, i8i4î n* 1 1.

(2) Jdem , D° 6.

fait , dans un cas semblable , sur une femme de viugt'deux ans (i). M. £(^r(7^, accoucheur très* distingué de Paris , a plusieurs fois observé que les femmes stériles rendoient quelques jours après le coït , et ordinairement au moment de l'apparition des règles , des portions de membrane analogue à la membrane caduque ; d'où l'on doit inférer , avec M. le docteur iVibreau(2)^ que Texcitaîion produite par le coït est quelquefois suffisante pour déterminer la formation de la membrane caduque, sans que^ pour cela, la fécondation ait lieu.

Espèce m. Les fausses membranes se forment aussi dans les artères et les veines enflammées. A l'ouverture d'un homme qui mourut Luit jours après une saignée du bras , Hunter trouva les parois de la veine tuméfiées et recouvertes de couenne à l'intérieur : l'oblitération étoit complète en certains endroits. — Un enfant mourut, dix jours après sa naissance , à la suite de vomissemens , de coliques et de diarrhée. A l'ouverture, Meckelvxi un épanchement puriforme dans la cavité abdominale, et une tuméfaction des branches de la veine porle et de la

(i) Sjlloge operitm min. prœst. ad. art. obslelr. Schlegel. T.ipsise , 1795.

(2) Dissertation sur la membrane caduque, i8i/[^

1 5o^ T R A N s F O R BI A T 1 O T»/ s

Teîiie ombilicale , de celle-ci surtout; leurs pa-» rois étoient recouverïes d'une fausse membrane très-adhérente. Il altribua celte inflammation à la ligature du cordon.

La formation des fausses membranes est aussi un des pbe'nomènes les plus communs de l'inflammation des artères (i).

Espèce iv. Les jneinbranes synoviales présentent rarement des fausses membranes ; cependant j'ai eu occasion d'en observer chez un individu qui succomba à un rhumatisme inflammatoire général : les synoviales de toutes les articulations , celles de la mâchoire , de la colonne vertébrale , du bassin exceptées, étoient toutes reilîplies de pus ; plusieurs présent oient des fausses membranes (2).

EspÈcs V. Mais c'est surtout dans les niein^ l)Vanes séreuses qu'il faut observer les fausses membranes : c'est là qu'on peut les étudier sous toutes leurs formes et variétés. Suivons-les depuis le premier moment de leur formation jusqu'à leur développement complet. D'abord

(i) Vojez Mémoire c!c Schwîlguê sur les Inflammations artérielles et veineuses (Bibliolh. mécîic. ).

(a) Celte observation a été rapportée clans tous ses détails par mon excellent ami Vallerand de la Fosse , dans sa ihëce \naugnrale sur le rhumatisme.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. ^ i5e

ce sont des gr/inuîations blanchâtres bien dis«f liucles des tubercules miliaires que Lellius (i) avoit observés depuis long -temps, et sur lesquels BichcU a de nouveau fixé Taltenlion. Ces granulations, rares et peu apparentes dans les premiers temps , se multiplient peu à peu , se réunissent et forment une membrane blanchâtre , inorganique, qui tapisse la séreuse enflammée ; c'est la fausse membrane qui tantôt con* serve sa lénuilé primitive , tantôt acquiert Fépaisseur d'un demi-pouce, uu pouce et même davantage: sa densité, qui augmente peu à peu , n*est pas toujours homogène ; dans beaucoup de cas , on peut la diviser en deux couches appartenant chacune à la séreuse correspondante, séparées par une fausse membrane moins consistante ou infiltrée de sérosité et comme spongieuse. Quelquefois on trouve une cavité tapissée par une fausse membrane, et remplie de sérosité purulente ou de flocons membraneux» Dans ce cas, comment ont été produits la fausse membrane intermédiaire, la sérosité, le pus , les flocons membraneux ? Leur formation esteîle postérieure à celle des fausses membranes appliquées aux séreuses ? et alors comment a-telle pu s'effectuer à travers ces fausses mem-

{\) In Tlies. inaitg, Med. Tubing. , ï70j'

ï Sa T R A ^• s F O K M A T I O N s

branes inorganiques? ou hieiiexisloienl-ilsavant les fausses membranes? La solution de ce pro-blême est impossible dans l'ëtat actuel de la science. Quelquefois on trouve trois ou quatre • couches bien distinctes; souvent la fausse membrane aubère très-peu à la séreuse , forme à sa surface une espèce de gelée lout-à-fait analogue à la fibrine du sang. Dans un cas d'épancheraent ' séreux dans la plèvre , j'ai trouvé une fausse membrane qui adhéroit par l'une de ses extrémités au poumon , par i^autre aux parois pectorales , et formoit une cloison horizontale. Dans quelques cas, elles n'adhèrent que par une de leurs exlrémilés,ou bien sont tout-à-fait libres, et nasient sous la forme de flocons au milieu d'une sérosité abondante; enfin quelquefois ces flocons sont rassemblés dans une espèce de foyer circonscrit de tous côtés par des adhérences.

Les fausses membranes sont extrêmement communes dans la plèvre , moins communes dans le péritoine , moins encore dans le péricarde , l'arachnoïde , la tunique vaginale. Elles ne sont jamais produites quand l'iri italion esÈ jjortée à un haut degré ;, mais bien dans le moment de la rémission , semblables en cela au pus 'liquide avec lequel elles ont d'ailleurs beaucoup d'analogie sous le rapport de la composition chimique. Cette terminaison de l'inflammalion est ,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l53

en général , fâcheuse ; c'est à elle que sont dus les accidens de suffocation et la mort dans le croup : dans les séreuses , eile est une cause nouvelle d'irritation qui perpétue Tinflammatioa et la (ait passer à l'état chronique. Cependant son existence est quelquefois compatible avec la vie , et alors tantôt elle s'organise , tantôt elle est remplacée par du tissu cellulaire.

GENRE II

Adhérences organiques.

Dans les cas de guérison , la fausse membrane du croup est expulsée par l'expectoration, ou absorbée, suivant quelques auteurs; mais l'absorption est bien difficile à constater. S'il faut en croire le docteur Alhers (i) , dans le plus grand nombre des cas , cette fausse membrane croupale s'organise, lî assure avoir vu dans le cabinet de M. Scerninering ^ qui professe la même opinion, des pièces pathologiques qui sont péremptoires. M. Caillau (2) a vu des fibrilles longitudinales et des rameaux vasculaires dans la fausse membrane croupale. M. Renard (3) aob-

(i) Dictionn. de.s Sciences nie'dicales , article Croup , par M- Rojer Collavd.

(2) Rapport relatif au Croup.

(5) Société' médicale d* émulât. , p. 77 , 181 4'

ID4 TRiLNSFOR MATIONS

serve, chez un enfant mort du croupie septième jour de la maladie , le conduit aérien tapissé par un tuyau membraneux blanc, très-solide, et même fibreux. La veille de sa mort, il avoit rendu des concrétions blanches , dures , dont la plus considérable offroit de petits vaisseaux sanguins , sensibles même après une macération de plusieurs heures. Mais peut-être ces membranes organisées étoient-elles le résultat d'une inflammation chronique ; car , dans les croups aigus , Torganisation n'a pas le temps d'avoir lieu. Dans les croups un peu chroni' ques, la muqueuse se couvre de villosités qui, lorsque l'irritation persiste, continuent ë se développer et forment des excroissances et des fongosités. M. Chaussier dit même que, par l'effet d'une irritation continue, il est parvenu à déterminer à la surface des différentes membranes perspirables un nouveau mode d'action qui a produit un développement de vaisseaux très-apparens , susceptibles d'être injectés, et se prolongeant quelquefois de plus de deux centiraèties. L'observation suivante vient à l'appui de ces expériences. ■ — Un jeune homme de seize ans mourut à la suite d'une hémalémèse trèsconsidérable , douze ans après avoir avalé un demi-sou de cuivre. A l'ouverture, on trouva <lu sang dans l'estomac j le demi-sou arrêté dans

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l55

l'œsophage , aa uiveau de la bifurcation de la trachée , placé verticalement , et permettant l'introduction du doigt : T'œsophage étoit consi-^ dërablement épaissi en cet endroit; la membrane muqueuse étoit couverte de petites lignes blanches, prolongées , semblables à celles qui forment les adhérences, dont quelques-unes, pendanles , avoient près de quatre ligoes de longueur (i). Ces lignes blanches étoicutsans doute des vaisseaux développés par Tirrltatiou.

Il n'y a pas de doute sur l'organisation de la membrane caduque. Celle des fausses membranes séreuses est un des phénomènes patho-» logiques les plus communs de l'économie. Au bout d'un temps variable , comme tout ce qui est soumis à l'empire des lois vitales, et par uu mécanisme inconcevable ( mais dont la formation et l'organisation du placenta nous donneutla clef), des vaisseaux se développent dans l'épaisseur de celte fausse membrane inorganique. Stoll paroît être le premier qui ait reconnu ce fait. BaiUie , qui a mis ces vaisseaux en évidence par des injections, regarde cette organisation comme une preuve convaincante que la matière exiravasée est douée de la vie; car, ajoute-t-il, comment concevoir la génération des vaisseaux

(i) Journal de Médecine , t. xr^ii, p. io6.

l56 TRANSFORMATIONS

€t leurdisliîbulion régulière dans uue substance morte? ïîunter s'appuie de ce fait pour prouver le principe vital du sang. M. Dupuytren a vu ces vaisseaux pénétrés par la matière d'une injection commune. M. Lohstein a déterminé leur disposition : il a vu qu'ils marchoient toujours par paquets comme les vaisseaux lymphatiques. Si on enlève cette fausse membrane ainsi pénétrée de vaisseaux , on trouve la séreuse subjacente sans rougeur ni augmentation sensible d'épaisseur ; les vaisseaux de la fausse membrane sont quelquefois apparens à l'oeil nu : uue fois je les ai vus disposés parallèlement au milieu d'une fausse membrane épaisse , séparés des plèvres costale et y)uimonaire par une lé* gère couche pseudo- membraneuse , en sorte qu'on eût dit que ces vaisseaux étoient une pro^duclion nouvelle, et non point une extension de ceux de la plèvre et du poumon. Ces vaisseaux ont, suivant M. Dupuytren y le but salutaire d'absorber la fausse membrane , cause conti'^ nuelle d'irritation. Et, en effet, si l'irritation jp'est pas prolongée ou répétée , s'il ne se fait pas de suppuration , la fausse membrane disparoît, et à sa ])lace on trouve , dans beaucoup de cas, un tissu cellulaire qui ne diffère en rien du tissu cellulaire naturel , tantôt ténu, lamineux , susceptible de se pénétrer d'air et de $é-

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. i^J '

rosilé, distinct de la membrane séreuse, qui a seulement perdu son aspect lisse et poli ; tantôt plus dense , blanchâtre , fibreux , paroissant ie résultat de la transformation de la séreuse ellemême.

Si Tadhérencen'a lieu que dans quelques points, si ces points adhérens sont soumis à des tiraillemens continuels, comme dans le cas d'adhérence de la plèvre costale à la pulmonaire, du sacherniainlà l'intestin, il enrésulte l'allongement de ces adhérences et la formation de filamensqui constituent l'adhérence filamenteuse. Ces filamens sont arrondis ou anguleux , plus ou moins longs, souvent bifurques par une de leurs extrémités, résistans, susceptibles de devenir fibreux, comme Graafet Dérélincurdus nous en ont laissé des exemples 5 rarement uniques, presque toujours multiples; quelquefois placés les uns à côté des autres ; formés , suivant Scarpa , par deux feuillets transparens unis au moyen d'un tissu cellulaire délié ; suivant M. Villermé , disposés en tube à parois très minces , dans la cavité desquels ou aperçoit souvent à^s, cellulosités , m'ayant quelquefois présenté de petits cordons arrondis, d'un blanc mat, qu'on auroitpu prendre pour des filets nerveux, jamais graisseux, mais quelquefois pénétrés de sérosité. Doit-oa penser , avec M. Villermé , que ces filamens

l58 TRAISSFORMATIONS -

sont suscepliblesdeserompredansla vieillesse^ et que c'est à la suite de leur rupture que^se forment ces prolongemens roses analogues aux ap-j^ pendices épiploiques que M. Dupuytren^ nommés franges vasculaires ? Enfin , dans d'autres cas, la fausse membrane organisée persiste et se confond tellement avec la séreuse qu'il est impossible de l'en séparer. Son épaisseur est quelquefois prodigieuse : j'en ai vu une d'un demi pouce ; souvent elle devient extrêmflbent dense, fibreuse , fibro-carlilagineuse , et passe aux états cartilagineux et osseux.

Suivons les adhérences dans les diverses membranes séreuses.

Espèce i^e. adhérences de la plèi^re^hsLpVevre est , de toutes les membranes séreuses , celle qui est le plus exposée aux adhérences : c*est elle qui m^a servi de type pour la description que je viens de faire. En général , toute inflammation du poumon ou du tissu cellulaire qui avoisine la plèvre, enlraîue l'inflammation et Tadhe'rence des parois opposées de celle membrane. On parle beaucoup d'épanchement de pus dans la cavilé pectorale à la suite d'abcès formés dans le poumon ou dans le tissu cellulaire extérieur à la plèvre costale , et on cite à l'appui l'observation de Petit le (ils , qui mourut , dit-on , d'un abcès ouvert dans la poitrine. Mais ^ comme

ET PRÔDUCTIOIVS 0RG.4NIQUES. iSg

Fobservolt M. le professeur Delpech ^ dans une leçon à laquelle j'assistai à Montpellier , on n'a pas fait rouverture du cadavre , ou du tnoins il n'en est question nulle part. Toujours tin ëpaississement de la membrane ou des adhérences salutaires s'opposent à de semblables épanchemeus : c'est l'opinion de MM. Boyer et ^row^^m'i'. Cependant on rencontre quelquefois dans le poumon un foyer ouvert dans la cavité de la plèvre , qui est remplie d'un pus fétide ', mais dans ce cas peut-être , l'épaochement de la plèvre a précédé j ce n'est que consécutivement que le poumon comprimé et contenant un abcès s'est ouvert dans la poitrine. M. Broussais (i) dit que toutes les fois qu'il a rencontré un foyer du parenchyme ouvert dans la cavité de la poitrine , il a trouvé des traces de pleurésie chronique, et que l'histoire de la maladie Favoit convaincu de l'antériorité de raffection pleurétique.

Quels sont les effets de ces adhérences? Il semble , au premier coup-d'œil , que ces adhérences ne doivent produire aucun phénomène morbifique; car, d'après la théorie universellement adoptée , les poumons se dilatent en même temps que les parois pectorales dont ils suivent

(i) Phlegtnaâes chronicjues , t. i , p. 275.

l6o TRANSFORMATIONS

tous les mouvemens ; mais il faïU. observer que les poumons se dilatent dans tous les sens , dans le vertical comme dans le transversal et Tantéro-postërieur. Or, la dilatation dans le sens vertical ne'cessite un glissement de la plèvre pulmonaire sur la plèvre costale. Ces adhérences ont quelquefois e'të utiles en s*opposant à l'ëpanchement du sang dans les plaies pénétrantes de la poitrine.

Les adhérences filamenteuses se rencontrent chez les individus les plus sains , qui n'ont jamais accusé le moindre symptôme du coté de la poitrine; leur laxité permet aisément la liberté des mouvemens du poumon. Ou seroit tenté de les croire naturelles , avec les anciens , qui les appeloient les ligamens du poumon. Quand ^ dit BaiJlie , les adhérences sont assez longues pour permettre au poumon de se dilater , la respiration n'en est pas sensiblement affectée; mais quand elles sont courtes et unissent unifor-* mément le poumon aux parois ihoraciques, il y a toux , difficulté de respirer , sans aucun symptôme fébrile. ^S^o// regarde les adhérences celluleuses comme cause de la douleur dans les péripneumouies chroniques ; car, le poumon, dur , volumineux , faisant saillie de l'autre côté, ad ïalus prolabens ^ pour parler le langage S! Hippocrate ^ exerce des tiraiUeraens doulou-

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES, l6î

reux sur ces adhérences. Enfin j'ai vu les adhérences celluleuses de la plèvre avec le poumon causer la mort par suite de leur emphysème ^ qui ne permit pas au poumon de se dilater convenablement (i\ — Les fausses membranes organisées qui persistent sont la cause d'une irritation continuelle, et donnent lieu k des symptômes quien imposent pour des catarrhes, des péripneumonies chroniques.

Espèce u. Adhérences du péritoine, A.près les plèvres, vient ie péritoine pour la disposi-

(i) Un malade, tourmenté par un catarrhe pulmonaire chronique très-intense , sentit quelque chose se rompre dans sa poitrine pendant une quinte violente de toux. Dès ce moment, il éprouve plus de difficulté à respirer^ le cou devient emphysémateux et augmente beaucoup de volume 3 l'eraphysème se propage aux aisselles ,* à la poitrine : c'est dans cet état qu'il entre à l'Hôtel- Dieu. On parvient d'abord à calmer la toux au moyen de boissons et de potions calmantes^ Femphjsème diminue à mesure 3 mais bientôt les quintes de toux redoublent ; la dyspnée va toujours croissant, et le malade meurt suffoqué trois jours après son entrée, quatre jours après l'apparition de l'emphysème. Il est à remarquer que la difficulté de respirer fut toujours en raison de la fréquencedes quintes detoux. A l'ouverture, que je fis avec mon collègue et ami M. Lallemand , nous trouvâmes les poumons rapetisses, les plèvres costale et pulmonaire converties en un tissu laminenx pénétré d'air, coname I, ^11

î62 tRANSFORMATÎONS

lion aux adhérences, qui sont partielles ou 2?éne'rales. Quelquefois les iateslius, l'ëpiploon^ tous les viscères abdominaux, sont unis avec le diaphragme et les parois de Tabdomeii par des adhérences plus ou moins intimes : de là résul- ' lent des tiraillemens habituels , des douleurs sourdes, la gêne de toutes les fonctions, et quelquefois même le marasme et la mort. J'ai vu plusieurs fois ces adhëreuces coïncidant avec une induration blanche de Tépiploon et du mésentère j tous les viscères abdominaux étoienf confondus en une seule masse , et formoient une tumeur volu-

ceîui du cou et de la poitrine , et offrant absolument le même aspect. Nous pensâmes que l'asphyxie à laquelle avoit succombé ce malade étoil due à cet emphysème in-» térieur, et que si on éloit parvenu à arrêter lotalenlent la toux, on auroit pu obtenir la guérison. Le mieux sensible qu'avoit offert le malade toutes les fois que la toux avoit été suspendue fortifie celte ide'e. Kous avons suivi les artères carotides et vertébrales et les veines jugulaire^^ jusque dans le crâne ^ des bulles d'air soulevoient Tarachnoïde à Tendroit où ces vaisseaux pe'uèlrent dans cette cavité , mais n'avoient pu passer outre. Le tissu lamineux des paupières , de la face , celui qui unit l'aponévrose épicrânienne au péricrâne étoient aussi emphysémateux ; le tissu lamineux abdominal ne l'étoit nullement. Cet emphysème nous parut l'effet de la déchirure de quelque cellule bronchique, déterminée par les efforts de la loux.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l63

îïiineuse qui avoit donne lieu à beaucoup de conjeclures. Il n'ëloit pas possible de séparer toutes ces parties intimement unies; la tumeur divisée pi ésenloit çà et là les orifices béans des intestins. On ne conçoit pas comment la vie peut persister malgré une alîération aussi considérabie.

Il est très-commun de voir le foie adhérent au diaphragme, tantôt par des (ilamens cellu-* îeuXj tantôt par un tissu cellulaire quelquefois iâclie, d'autres fois dense, fibreux. Souvent ou trouve en même temps le poumon adhérent au diaphragme : on a vu dans des cas semblables des abcès du poumon s'ouvrir vers l'ombilic (i) ^ le pus d'abcès au foie se diriger vers les côtes au moyen de ces adhérences , faire saillie sous la peau , et exiger l'erapyèrae de nécessité. D'autres fois, des abcès au foie s'ouvrent dans le poumon^ ou bien dans la cavité de la plèvre, si le travail nécessaire pour l'usure du diaphragme et de la plèvre qui le revêt ne détermine pas radhérence avec là base du poumon. Prouvons par des exemples les deux modes de terminaison des abcès au foie.

(i) Je rapporterai, à l'article Kystes kj-datigues , un exemple curieux de ce genre.

l64 TRANSFORMATIONS

I®. Abcès et Kystes du foie ouverts dans ta cas^ité

pectorale.

Verduc dit avoir vu le pus d'abcès au foie se faire jour dans la cavité pectorale , d'où on auroitpu l'évacuer par l'opération derempyème. « — Raymond (i) parle d'une femme qui éprou- Ta, à la suite de ses couches , un abcès au foie, lequel se vida dans la poitrine : la malade ne voulut pas se soumettre à Topcration de l'empyème ; elle mourut, et, à l'ouverture, ou trouva le pus épanché dans la cavité thoracique. -— Une femme âgée de trente-six aus est tout-àcoup prise de vomissemensetde déjections Irèaaboudaules , de douleur vive à l'hypochondre droit , et de fièvre ; son teint devient icléi ique» Un médecin appelé la traite pour des obstrue* dons. Deux mois se passent saus aucun soulagement, et la malade se décide à entrer à THôtel-Dieu. La région du foie étoit bombée, douloureuse ; le foie depassoit sensiblement le rebord des fausses côtes ; la lièvre étoit continue avec frisson et léger redoublement le soir ; il y avoit douleur à 1 épaule droite, oppression, im. possibilité de se coucher sur le coté droit. M. de 'Hontaigu soupçonne un abcès au foie. M. Du^

(i) Maladies (^u'il est dangereux de gue'rir.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l65

puytreriy appelé, reconnoît une fluctuation profoiule; il ajoute même qu^il y avoit deux ou trois pintes de liquide. Des cataplasmes ëmolliens sont appliqués; la douleur, de lancinante, devient gravalive ; la malade peut se coucher aisément sur le côté droit, et s*applaudit de ce mieux ap-^ parent , lorsque tout-à-coup elle meurt suffo-?quée, un mois après son entrée à l'hôpitaU MM. Liouvet et Marchand firent cette ouverture avec d'autant plus de soin que nous avions eu , peu de temps auparavant , une discussion à ce sujet, et que je leur avois manifesté mes doutes sur la possibilité de l'ouverture des abcès du foie dans la cavité pectorale , à moins d'épanchement antérieur qui eût éloigné la base du poumon du diaphragme. La poitrine, percutée, rendoit un son mat à sa partie inférieure; dans 5a cavité pectorale droite éloient deux ou trois pintes de sérosité jaunâtre , au milieu de laquelle nageoient une multitude de poches arrondies , hydatidiformes, à parois transparentes. Le poumon avoit peu diminué de volume , étoit parfaitement sain^ libre de toute espèce d'adhérence» Le diaphragme et la plèvre diaphragmatique ëtoient perforés par une ouverture inégale, circulaire , du diamètre d'une pièce de vingt francs , qui conduisoit dans un kyste énorme soutenu dans l'épaisseur du foie près de sou

l66 TRANSFORMATIONS

bord postérieur ; les parois de ce kyste ëtoîent très-denses , fibreuses , ossifiées dans quelques points et tapissées par une multitude de lames membraniformes , traifisparentes , sans consistance. Ce kyste adhëroit intimement au foie par sa face externe ; il contenoit de la sérosité qu'on faisoit retîuer dans la poitrine par la pression , et un grand nombre de pocbes spbéroïdes , transparentes, dont les plus volumineuses égaloient un œuf de pigeon : ces poches n étoient pas des bydatides.

2®. Ahcès du foie oupeits dans le poumon.

Stalpart Vander<^iel traitoit un malade qui se plaignoit depuis long-temps d'une douleur à rhypochondre droit, sous le rebord des fausses côtes, et offroit une expectoration abojdante. Ne voyant aucun symptôme de phthisie , il soupçonna une maladie du foie ; et , en effet , le malade étant mort, il trouva les poumons, le diaphragme et le foie intimement unis j une fistule conduisoit le pus du foie dans les poumons.

Piaymond traitoit un malade qui avoit tous les symptômes d'une hépatite. Le quarantième jour, ce malade crache des matières purulentes, verdàtres, fétides, et de pelits morceaux ressem* blant à de la chair hachée. Il mourut le soixauie-f

deuxième jour. A l'ouverture , ou trouva la partie supérieure et interne du grand lobe du l'oie et la partie correspondante du diaphragme détruites; le lobe inférieur dn poumon droit étoifc rongé et infiltré d'une matière semblable à celle que le malade avoit expectorée.

M. Hébréard , chirurgien en second de l'hôpital de Bicêlre, rapporte, dans un excellent

mémoire,deux.observaiionsquiparoissent prouver que des abcès au foie peuvent s'ouvrir dans îe poumon sans élre suivis de phthisie pulmonaire (i). Les deux malades guérirent parfaitement; en sorte que ce n'est que d'après l'observation clinique que M. Hébréard a reconnu l'inilammation, la suppuration du foie et l'évacuation du pus par les bronches dans les deux cas (2).

Sans doute jamais on ne trouvera réunis en plus grand nombre les signes de rhépatite et de

(i) Méinoire sur les Terminaisons de THépalite ) Société médic. d'EmuI. , vil® année , page 554*

(2) Le second malade , après avoir rendu des crachats aLondans couleur de lie de vin, parut guéri • seulement il ne pouvoit maintenir son tronc dans sa rectitude , et la région du foie étoit douloureuse. Quinze jours après , la douleur augmente, la fièvre se déclare, la tuméfaction se prononce ; M. Hébréard pense que des adhérences peuvent seules sauver le malade, et, pour les favoriser, il

îS3 TRANSFORMATIONS

sa terminaison par suppuration ; mais quand je considère combien ces signes sont quelquefois illusoires; quand je me rappelle Tobservalioa d'un homme qui avoit la teinte icterique , une douleur vive à l'ëpaule droite et au-dessous du rebord des fausses côtes, en un mot, tous les symptômes les plus caractéristiques de l'hépatite, et dont l'ouverture nous présenta un foie parfaitement sain et une pleuro-pneumonie , je suis porté à douter et à soutenir que l'inspection cadavérique est nécessaire pour constater des faits semblables.

Quelquefois des adhérences unissent le foie aux parois de l'abdomen, à l'estomac, au colon ou au duodénum. On a vu des abcès au foie s'ouvrir à l'extérieur ou dans une de ces trois cavités, et, dans ce dernier cas, les malades soulagés rendre du pus par le fondement, quelques-uns guérir, mais d'autres succomber à une phthisie produite par cette fistule interne. Les

applique des ventouses. Au bout de quinze jours, la tumeur est circonscrite , la fluctuation profonde. Pour prévenir la rupture des adhérences et l'cpanchement des matières, on incise sur la tumeur ; il s'écoule un pus couleur de lie de vin ; le malade guérit. M. Hébféardipense que la voie qui conduisoit le pus du foie dans le poumon, s'étant bouchée , le pus s'étoit amassé dans le foic;, et di-^ rigé du côté des parois abdominales.

adhérences qu'a contractées le foie avec lespa^ rois de l'abdomen dans le cas d'abcès ouverts à l'extérieur semblent devoir s'opposer à des her- BÎes ventrales consécutives ; cependant on en a plusieurs exemples : ce qui s'explique parla diminution de volume du foie qui remonte et en^ traîne avec lui la portion de péritoine à laquelle il adhéroit , en sorte que d'autres parties répondent aux points foihles de l'abdomen et peuvent faire hernie (i), — La vésicule du fiel devient quelquefois adhérente aux parois abdominales , àTestomac, au duodénum. On conçoit aisément que des calculs biliaires peuvent se faire jour à travers les parois adhérentes. Ces adhérences , dont il est si difficile de s'assurer â priori^ peuvent seules autoriser les opérations que Petit, abusant de l'analogie , a proposées pour l'extraction des calculs biliaires. — Quelquefois la rate adhère aux parties environnantes : on n'a pas observé qu'il en résultat de symptômes particuliers. — J'ai souvent trouvé les trompes et les ovaires adhérens aux parties latérales du bassin, de manière à empêcher tout-à-fait le jeu de ces organes pour la conception. La plupart des malades ne s'étoient jamais plaintes de l'abdomen : je n'ai pu savoir si elles a voient eu des

(1) Sabitier , Médec. opérât., t. 11, p. î/[S.

enfans , ou si , en ayant eu autrefois , eilcs avoîcnt éprouvé des symptômes inflammatoires dans l'hypogastre. M. Renaiddln (i) dit que de pareilles adhérences sont très -communes chez les filles publiques. — On trouve quelquefois la matrice et la partie supérieure du vagin adhérentes à la vessie et au rectum. — Les adhérences, considérées dans les hernies, forment une partie importante de l'histoire de ces maladies. (Voyez Transformations organiques ilans les hernies.^

Espèce m. Adhérences du -péricarde. C'est sans doute aux flocons albumineux qui ne tien-rient au cœur que par une de leurs extrémités qu'il faut rapporter tout ce qu'on a dit sur les cœurspoilus(2). On s'estplu, par une imagination }3!zarre, à attribuer ces coeurs poilus aux grands hommes et aux scélérats. Qui ne connoÎL l'histoire d'Aristomène , ce héros des Mécéniens (5) , et celle d'Hermogène ( apudSuidam )? Beni^'eniusô\i avoir trouvé le coeur poilu sur un voleur çt sur un brigand, quiavoient été pendus deux fois. Ce sont encore , sans doute , ces lilamens

(1) Dictionnaire clés Sciences médic. , Adhérences.

(2) Gaspard Bauhin, Tiiéâlr. , p. 225 ; Sénac, t. 11 , p. 54». /

(5) Pline, LXT, p, 626.

albumineiix qui en ont imposé pour des vers du péricarde, auxquels croyoient des hommes trèsdislingués , Riolan , Baiîlou , Sylvius» Quoiqu'aucun de ces faits ne soit bien authentique, il ne faut pas regarder la formation de vers dans le péricarde comme impossible , puisqu'on en observe souvent dans l'épaisseur des parois artérielles. J'en ai vu une fois sur l'aorte d'un cheval.

Les adhérences filamenteuses du péricarde s'expliquent aisément par les mouvemens continuels du cœur, d'où résulte l'allongement des points adhérens. Les adhérences celluleuses présentent toutes les variétés possibles, et sont partielles, générales, lâches ou serrées. Je ne parle pas des adhérences graisseuses admises par H aller , parce que je suis persuadé que, dans les cas observés par ce grand homme, ce u'étoit pas le tissu cellulaire de nouvelle formation qui s'étoit pénétré de graisse, mais bien celui subjacent à la séreuse : l'erreur est facile quand l'adhérence est intime. Quelquefois le péricarde semble manquer entièrement , parce qu'il est converti en tissu cellulaire. On doit penser, avec Haller^ que ce sont des cas semblables qui ont fait croire à l'absence du péricarde chez certains individus. Cependant, on ne~ sauroit nier l'absence du péricarde chez l'homme dans des cas

172 TR ÂNSFORMATIO^îS

extraordinaires. La nature se plait quelquefois a s'ëcarter de ses lois, à relrancher comme à ajouter certains organes qui ne sont pas indispensables à la vie ; aussi Baillle distingue - til l'adhérence intime et uniforme d'avec le vice de conformation, qui consiste dans l'absence du péricarde. Il a consigné une observation de ce vice de conformation dans les Transactions médicales (i). Le cœur étoit libre dans la cavité du thorax, et n'étoit recouvert que par les plèvres. Columbus est le premier qui ait parlé de l'absence du péricarde chez l'homme sain (2) ; BartJioUn(d), Vieussens (4) , et beaucoup d'autres, en ont fait mention après lui. On trouve dans les Mémoires des Savans étrangers (5) l'observation d'un enfant nouveau -né dont le cœur manquoit de péricarde.

Quels accidens produisent ces adhérences? Si on consulte la plupart des auteurs, on trouve qu'on leur a attrihué une foule de symptômes raorbifiques. Lower dit qu'une femme mélan^ colique éprouvoit des syncopes au moindre

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(i) Chir. , p. 98.

(2) De Re analoni.^ lxv, p. 205.

(5) Cent. IV , hist. 10,

(4) Traité du Cœur.

(5) Tome i„page i4o'

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. IjB

Hîouvemeiîl; le pouîs étoir petit et iritermiltent; la partie gauche et inférieure de la poitrine douloureuse. A l'ouverture, on trouva une adhérence entre le cœur et le péricarde. G'étoit une adhérence semhlable qui détermina, suivant f^ieussens , une fièvre avec redoublement le soir, pendant cinq ans, une oppression et palpitation continuelles avec enflure des pieds. Se" nac (i) rapporte qu'un homme sujet à une goutte vague est pris de palpitations à la suite de la répercussion de cette goutte sur la poitrine; ces palpitations se calment au bout de six mois, mais laissent de la foiblesse et une fréquence extrême dans le pouls ; enfin surviennent une leucophlegmatie générale, et une difficulté de respirer; Taclion du coeur n'est plus qu'une suite de tremblemens : le malade meurt. Sériac attribue tous ces sjmplômes à des adhérences entre le cœur et le péricarde, qu'il trouva eu trois ou quatre endroits. Il établit de grandes différences pour les syniptômes entre les adhérences lâches et celles qui sont serrées ; entre celles qui occupent la face convexe et antérieure du cœur, et celles de sa face plane et inférieure. Je suis bien éloigné d'affirmer que ces adhérences ne produisent jamais de symptômes morbi-

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^i) Slrucî. du cœur , t. u , p; 354'

fiques; mais il est certain qu'on a comiDre Aé fois mis sur leur compte des accidens qui leur étoient lout-à-fait étrangers. Un malade éprouve une série donne'e de symptômes, il meurt; à Touverture, ou trouve des adhérences, et on leur attribue tous les sjmplômes que la raison indique pouvoir être lie's à cette altération organique, Comioien d'observations méritent peu de confiance sous ce rapport î J'ai trouvé plusieurs fois des adhérences chez des individus qui n'avoient jamais accusé de symptômes maladifs du côté du cœur, nommément chez un malade qui succomba à une ulcération du larynx , et à une phthisie tuberculeuse avec mélanose des poumons. Le cœur adhéroit au péricarde par un tissu lamineux, lâche, tout-à-fait semblable au tissu lamineux naturel, et infiltré de sérosité. Les auteurs cilent beaucoup d'exemples semblables : aussi plusieurs ont- ils pensé que cette adhérence, qui est naturelle chez quelques animaux, l'est aussi chez l'homme dans quelques cas : cela est possible; mais où sont les preuves? Espèce ïv, adhérences ds l' arachnoïde .Qq^ adhérences sont moins rares qu'on ne le pense communément. ]\e doit-on pas regarder comme une fausse membrane, ou plutôt comme un intermédiaire entre le pus et la fausse membrane, ce pus concret uniformément répandu sur l'a-

ET PRODUCTIOISS ORGANIQUES. i^S

rachnoïde à la suite d'arachuitis? Les maladies de la dure-mère, des os du crâne, du cerveau^ sont souvent suivies d'adhe'rences./^/or^^^^2/,qui en rapporte beaucoup d'observations , leur attribue les violeus maux de tête auxquels étoient sujets plusieurs de ces malades, dont il fait l'histoire. Je m'abstiendrai de rapporter les explicatious hypothétiques qu'il donne à ce sujet. J'ai eu occasion d'observer i>lusieurs fois ces adbérences; je regrette de n^avoir pas noté l'histoire de la maladie.

Souvent c*est dans le tissu cellulaire sousarachnoïJien que se forment les fausses membranes. En voici deux observations.

1°. Un homme âgé de cinquante-cinq ans environ , entre à l'Hôtel-Dieu avec tous les symptômes d'une affection bilieuse et d'un catarrhe pulmonaire, lesquels cèdent bientôt à un émélique et à des boissons pectorales. Le mala.le nous paroît convalescent ; mais il a de l'humeur, répond brusquement aux questions qu'on lui fait , ce qu'on attribue à un mauvais caractère. Le huitième jour de son entrée à l'hôpital, sa langue devient, en moins dé douze heures, sèche , noirâtre ; ses membres sont dans une agitation continuelle, ses lèvres tremblantes (symptôme du plus mauvais augure) : il meurt pendant la nuit. A l'ouverture , nous trouvâmes les

poumons très-légèrement compromis. Dans îé crâne, sous la dure-mère, éloit un peu de sérosité; la surface du cerveau nous frappa par sa blancheur. Je crus d'abord que l'arachnoïde cérébrale éloit recouverte par une fausse membrane; mais cette fausse membrane occupoit le tissu cellulaire sous-arachnoidien et celui qui unit les feuillets adossés de la pie-mère : elle avoit une demi-ligne d'épaisseur.

:2°. Le 26 décembre 181 5 fut couché , dans la salle du Piosaire , un homme âgé de cinquante ans environ, très-bien constitué, qui étoit au quinzième jour d'une pleuro-pneumonie. La poitrine, percutée , rendoit un son à-peu-près naturel du côté gauche , très- mat du côté droit. Le troisième jour de sou entrée, la langue devient sèche, la respiration stertoreuse ; léger délire ; mort le même jour. A l'ouverture , nous trouvons le poumon droit très-voluniineux , très-pesant, adhérent aux parois pectorales au moyen de fausses membranes albumineuses , présentant à sa convexité des lignes enfoncées suivant la direction des côtes; tout le ]obe supérieur et la moitié postérieure du lobe inférieur étoient solides , d'une couleur grise ; le poumon gauche étoit crépitant dans la plus grande partie de son étendue, et adhéroit à la plèvre costale par des adhérences celiuleuscs

qui devenoieùt très-denses , fibreuses près dû la b;ise , et conieDoieut dans leur épaisseur unp plaque osseuse ; dans le crâne , sous la duremère , étoit de la sérosité. Le tissu cellulaire sous-arachnoïdien . offroit une couenne blanchâtre , infiltrée de sérosité ; des flocons albumineux occupoienl rintervaiie qui sépare la pie-mère de l'arachnoïde , à Tendroii où celle-ci passe de l'un des lobes du cervelet à l'autre-

Espèce v. adhérences de la tunique ^vaginale. On trouve quelquefois le testicule adhélent à la tunique vaginale sans qu'on sache à quelle circonstance attribuer cette union : c'est elle que l'on cherche à obtenir dans toutes les méthodes de guérison radicale de l'hydrocèle, autres que l'excision. Dans la méthode par incision, elle est la suite de la suppuration; dans celle par injection, le testicule se gonfle, la tunique vaginale, irritée, exhale un liquide trèsabondant. A cette exhalation très- active succède une absorption non moins énergique ; tout le liquide est absorbé ; l'adhérence a lieu, et la tunique vaginale se transforme en tissu cellulaire. Quelquefois l'inflammation n'est point adhé^ive; la tunique vaginale suppure, le pus se fait jour au-dehors spontanément , ou est évacué par une incision : la transformation celluleuse n'en a pas moins lieu.

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Espèce vi. L'adhëreuce de l'iris à la face aDtërieure du cristallin , à îa face postérieure de la cornée , s'observe dans quelques cas.

Espèce y w. Adhérences des synovial es .^Wfts sont assez communes : toutes les fausses ankyloses en dépendent. J'ai trouvé sur un cadavre la synoviale et les cartilages de l'articulation coxofemorale, transformés en un tissu cellulaire dense et très-rouge. — Les synoviales des tendons se changent très-souvent eu tissu cellulairCo Il est rare qu'une inflammation occupe les environs d'une synoviale, sans que celle-ci n'y parr licipe et ne devienne celluleuse. J'ai'observé ce phénomène dans tous les vieux ulcères situés autour des synoviales des tendons des doigts et des orteils. — A la suite d'une fracture du condyle interne de l'humérus, M. Dupuytren a \ti la synoviale de l'articulation du coude un peu rouge , et présentant des adhérences formées par de longues lames tendues d'un point à l'autre de l'articulation.

Espèce y nu Adhérences des muqueuses. J'ai vu chez une jeune fille la paupière inférieure adhérente à la partie antérieure du globe de l'œil, au moyen d'une espèce de ligament trèsanalogue aux filamens celluleux des membranes séreuses. — Sur une vieille femme morte avec un polype énorme du sinus maxillaire, j'ai

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. ing

trouvé la membrane muqueuse de Ja cloison adhérente à celle de la paroi externe d'une fosse nasale. — M. Uupuytren nous a dit avoir vu, à la suite d'un ulcère vénérien du pharynx, lé voile du palais devenu vertical et adhérent à l'orifice postérieur des fosses nasales, —-L'oblite'ration du canal nasal est une des causes les plus communes de la fistule lacrymale. Un homme mourut dernièrement, dans les salles de M. Du» puylren ^ayecune fiitnle lacrymale. Le canal nasal fut examiné avec beaucoup de soin. On trouva que le canal muqueuxquile tapisse étoit oblitéré dans sa partie inférieure. — On voit quelquefois le canal cystique oblitéré , les parois opposées de la vésicule du fiel adhérentes entre elles, et même celte poche membraneuse convertie en un cordon fibreux. Ces adhérences sont nécessairement la suite d'une inflammation qui peut, suivant cjuelques médecins, attaquer les diverses parties de l'appareil excréteur des voies bilieuses , et donner lieu à des symptômes particuliers. — Le canal de l'urètre peut être oblitéré dans une plus ou moins grande partie de son étendue. — Les parois du vagin adhèrent quelquefois l'une à l'autre à la suite d'inflammation ; tantôt cette adhérence a lieu dags une surface peu étendue , tantôt dans une partie considdiable de la longueur du canal ;

l8o TRANSFORMATIONS

dans le premier cas, il est facile de remédier à CCS adhe'rences; dans le second, cela est impossible. Une demoiselle qui étoit devenue enceinte eut une fistr.Ie recto-vaginaîe produite par la déchirure des parois adossées du vagin et du rectum pendant un accouchement laborieux. M. Diipnytren , appelé , conseille seulement de lenir les cuisses constamment rapprochées. Quelque temps après , il fut fort étonné d'être consulté par la même personne , et surtout de la cause pour laquelle il étoit demandé : cette demoiselle venoit de se marier; et fintroductioa du pénis n'avoit pu avoir lieu, parce que les parties lacé? éess'étoient intimement unies. Je ne connois pas d'exemple d'adhérence accidentelle du rectum. — Quelquefois la paroi antérieure du vagin adhère à la paroi postérieure sur la lin de la grossesse : on touche la femme, et on ne trouve pas le museau de tanche. Dans un cas semblable, DesaiiU^ Chopart, Lam'erjat.^ Baudelocque se preparoient à détruire cette adhérence par une opération , lorsque quelques fusées d'eau annoncèrent que la nature se sufGsoit à ellemême : la malade accoucha très- heureusement (i). C'est dans le cas d'oblitération de l'oriiice vaginal de l'utérus qu'on a conseillé Vopé^

(i) Rapp. de Baudelocque , Journ. de Méd. , t. lxïi.

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ration césarienne Damnale , dont M. Martin allié, chirurgien eu chet de la Charilë de Lyon, a fourni un exemple. Mais celle oblitëralioa est «xtrêmeiîieat rare. Si , dans quelques cas, le doigt ne peut pns sentir le museau de tanche, cela provienl , le plus souvent , d'une déviation considérable de l'utérus.

Espèce ix. Adhérences de la peau. Les adhérences des parties contiguës de la peau sont ordinairement la suite d'ulcérations produites par des brûlures ou toute autre cause : c'est ainsi qu'adhèrent les doigts et les orteils. Nous avons vu à ITIôlel-Dieu une malheureuse enfant qui j à la suite de brûlure, avoit une bride étendue de la face externe de la lèvre à l'avantbras gauche.

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