DEUXIÈME SOUS-ORDRE
Transformations et Productions graisseuses.
L'accumulation outre mesure delà graisse dans îe tissa adipeu x est souvent un état vraiment morbifîque. Les individus qui acquièrent unembonboint si énorme vers la cinquante-cinquième ou soixantième année n'ont point à s'en applaudir : pi'esque toujours leurs fonctions sont languissantes. L'exhalation d'une aussi grande quanliié de graisse est l'effet d'une atonie sécrétoire.
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( Voy. Atonies.) En géaëral , la nature « si bien distribué le tissu adipeux , qu'il ne se trouve dans aucun des lieux où les variations de volume , dont il est susceptible par l'accumulation ou la soustraction de la graisse , pourroient influer sur les fonctions. Ainsi on ne l'observe jamais autour des artères, dans le crâne, dans l'épaisseur des muscles, des poumons, des viscères abdominaux, etc. Il est des obésités locales dans certaines parties où il n'existe , dans l'état naturel, qu'une petite quantité de graisse : tels sont i'épiploon, le mésentère, les appendices graisseuses , le médiastin antérieur, la surface du coeur. L'état graisseux de l'épipîoon , du mésentère et des appendices graisseuses ne donne lieu à aucun symptôme morbitique ; mais il doit entrer en grande considération dans le cas de hernie : il est rare que l'épipîoon et le mésentère, soumis dans cet étal aux causes d'irritation , ne tombent dans une sorte de fonte putride.
Les amas considérables de graisse autour du péricarde compriment le cœur , l'origine des gros vaisseaux : de là , des palpitations et même des syncopes mortelles. Un marchand d'Amsterdam , qui succomba à ces accidens , ne présenta point d'autre altération organique. Comment, dit Sénac^ qui rapporte ce fait et plu-
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l85
sieurs autres analogues (i), reconnoître que les gccidens sont produits par cette cause ? N'accusera-t^on pas plutôt un vice dans les oreillettes , les ventricules , les poumons?
"^ GENRE pf.
Tranformations graisseuses.
Espèce i^"^. Transformations graisseuses du cœur» Le cœur est exposé à un embonpoint considérable. Kerkring raconte que sur le cadavre d'un enfant très-gras qui mourut suffoqué, le cœur parut manquer au milieu d'une quantité énorme de graisse. Bonet cite un exemple analogue. Morgagni parle d'un homme âgé, mort, en quelques jours, d'une attaque d'apoplexie , chez lequel le coeur étoit tellement couvert de graisse, qu'on ne pouvoit distinguer ses fibres charnues. Ces transformations graisseuses du cœur sont rares. M. Con tsart ^ qui a fait tant de recherches sur les maladies de cet organe , avoue n'en avoir jamais rencontré. Voici une observation que j'ai recueillie à l'hôpital Saint-Antoine.
Une femme âgée de cinquante-cinq ans environ , d'un embonpoint extraordinaire , présea-
(i) Structure du cœur, t. ii , p. 5^9»
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lolt loas les symplôrnes d'une maladie du cœur : respiralloa pénible , fréquente ; oppression exlicuie ; face liabilueliement violacée , surtout aux pommelles , aux lèvres et au bout du nez ; exaceibalions fréquentes , pendant lesquelles la malade étoit menacée de suffocation ; position horizontale impossible ; pouls, serré, fréquent, inégal, intermittent; oedématie considérable des extrémités inférieures; ventre Irès-volumineax, en partie par la graisse sous-cutanée , en partie par la sérosité accumulée dans l'abdomen ; les battemens du cœur ne pouvoient qu'être imparfaitement sentis à travers l'épaisseur des parois pectorales. La malade nous dit qu'on Tavoit toujours regardée comme asthmatique ; mais que les accès se rapprochoient de plus en plus depuis quatre mois. Les caïmans, les anti- spasmodiquts ne diminuèrent que fort peu les accidens. Elle mourut suffoquée quinze jours après son entrée. A l'ouverture^ nous trouvâmes les côtes extrêmement fragiles, le cœur très volumineux , surcharge dégraisse, qui formoit la presque totalité de l'épaisseur de cet organe; les couches musculeusesles plus intérieures et les colonnes charnues avoient seules conservé les caracières de la fibre musculaire. Le péricarde ne contenoit d'ailleurs aucune goutte de sérosité. Le pou-
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. l85
mon droit offroit, près de son sommet, un kyste du volume et de la forme d'un œuf de poule : ce kj'sle , qui avoit des parois cartilagineuses , eloit tapissé par une fausse membrane. La cavité abdominale conteuoit une assez grande quantité de sérosité ; le mésentère et les épil^loons étoient e'minemment graisseux; le foie éloit gorgé de sang ; la vésicule du fiel contenoit six calculs à facettes', d'un noir de jais ^dont quatre du volume de dés à jouer et deux très-petits ; la rate, peu volumineuse, pénétrée de sang coagulé, paroissoit inorganique. La graisse sousoutanée formoit une couche excessivement épaisse : à l'abdomen , cette couche étoit d'un pouce et demi à deux pouces.
Espèce ii. Les muscles soumis à la volonté passent très-souvent à l'état graisseux (i),ydris^ Lote avoit dit que la chair se change en graisse lorsqu'elle reçoit trop de nourriture. Salzmann^ ^ dans une dissertation sur l'altération et le déiaut de plusieui'S muscles, dit avoir vu les fibres charnues écartées et pour ainsi dire écrasées par un
(i) La transformation graisseuse des muscles diffère essentiellement de l'accumulation de la graisse dans leur épaisseur. Dans ce cas , il est très-probable que le tissu îamineux qui sépare les faisceaux charnus se transforme en tissu adipeux.
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Simas de gvsiisse. Le uwenoek et y^Iblnuspavlenl de la même altération; Haller pense qu'elle dépeDd d'un vice de conformation : in morhis raritm , in nions tris vulgaire Ditiuni èsL V^icq-d' Azir ( i ) a eu occasion de la rencontrer trois fois. La dernière observation qu'il fit à ce sujet fut sur le corps d'un homme qui s'étoit servi d'une béquille dans les dernières anne'es de sa vie, à cause d'une foiblesse de l'extrémité inférieure gauche. Les muscles du dos , le carré des lombes , le pectine et le grand fessier avoient conservé leur couleur naturelle. Tous les autres raus*^ clés de cette extrémité étoient ou détruits ou blanchâtres. Les aponévroses même n'avoieut plus cet oeil luisant et satiné qui les caractérise. On voyoitla iransforniation graisseuse des muscles se faire par nuances insensibles. Ce n'est point , dit Vicqd^Azir , entre les lames que le suc graisseux paroissoit épanché , mais bien entre les élemens de la fibre elle-même.
Chez les vieillards, les muscles jumeaux , soléaire, la niasse commune au sacro lombaire et au long dorsal éprouvent souvent celte transformation. On l'observe presque toujours dans les muscles qui environnent les surfaces articu-
(i) Voyez Mémoires de TAcad. dœ Sciences , vÇrtt'drrts MrariQers , t. vu, p. 3oi.
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES, iSj
laires déplacées dans les luxations non réduites; je i'ai toujours vue dans les atrophies produites par l'ankylose ou toute autre cause, et dans le cas d'ulcères anciens qui s'opposoient depuis longtemps aux mouvemens.
J'ai pu suivre plusieurs fois les progrès de cette transformation. Ici , les muscles offroient leur aspect naturel , à côté ils prenoient une coU" leur blanchâtre , mais conservoient toujours leur disposition linéaire et en faisceaux : on eût dit au premier coup-d'œil que ces libres blaueliâtres n'étoient point graisseuses; mais en les de'cbirant , on eiiprimoit une matière huileuse qui tachoît les doigts, le linge et le papier brouillard, absolument comme riiuile. La nature graisseuse devenoit encore plus évidente par f aclioa d'une douce chaleur. Dans un état plus avancé, Ja graisse n'est plus disposée suivant la direction des fibres, mais forme des masses irrégulières. Les muscles graisseux conservent souvent la même forme, le même volume qu'avant leur transformation. Si leur action n'est pas toutà-fait empêchée, cela vient sans doule de ce que la trans-^ formation n'est presque jamais complète.
Voici l'analyse de deux muscles dont l'un né^ toit pas complètement changé en gras , et dont l'autre l'étcit complètement,
î'', Le muscle totaiement changé en gras
ï88 TRANSFORMATIONS
posoit avec ses teadous une ooce sept gros. Coupé par petits morceaux et traité par l'eau froide , il a donné un demi- gros de matière huileuse, d'un jaune clair , jouissant de toutes les propriétés de la graisse. Traité par l'eau bouillante pendant deux heures, et ensuite fortement exprimé , il s'est réduit à une substance grisâtre du poids d'un gros et demi, semblable à un morceau de muscle cuit. Cette substance, soumise à l'action de l'acide acétique, aaugmentéde volume et estdevenue blanche ; on pouvoit aisément suivre la direction des fibres. L'eau filtrée soumise à l'évaporalion a donné quatre grains de gélatine. Il est resté sur le filtre une graisse peu consistante et d'une couleur jaune , qui a blanchi et pris plus de consistance par son exposition à Tair atmosphérique. Celte graisse , trai-^ tée à chaud par l'alcohol et filtrée , a laissé déposer sur les parois du vase quatre grains de matière graisseuse qui ont offert une sorte de cristallisation , etavoient quelques caractères de l'adipocire. Sous l'alcohol étoit une graisse iluide semblable à celle qu'on a voit retirée du muscle par l'eau froide: elle pesoit soixantequatre grains. Sur le filtre étoit restée une graisse solide , qui avoit plus de consistance et pesoit une once deux gros*
Ainsi le muscle et ses tendons, du poids d'une
ET PRODUCTIONS ORGAPCIQUES. 189
once sept gros, ont donné par l'analyse ci-dessus les matériaux suivans.
Matière huileuse, nageant sur Teau
froide , demi gros.
Matière semblable à du muscle cuit, i 56 gr.
Gélatine , ^
Matière adipocireuse, • A
Matière huileuse retirée par l'aî-
cohol , semblable à celle (jui na-
geoit sur Teau froide , 64
Graisse solide , i once 2
Perte , 2 56 '
.Total , I once 7 gros.
2*. Le muscle qui n'e'toit pas entièrement changé en gras pesoit une once six gros. Traité par Teàu froide, il n'a pas fourni d'huile comme le premier muscle ; traité par l'eau bouillante pendant demi-heure, il a fourni une matière albumineuse du poids de six grains; et le liquide, passé avec expression à travers un linge et refroidi , a présenté à sa surface une graisse blanche du poids de quatre gros. Cette graisse, traitée à chaud par Talcohol, la liqueur filtrée et refroidie , on a vu se déposer sur les parois du vase dix grainsd'une matièregraisseuse blanche et peu consistante. L'eau de l'ébullition, filtrée et évaporée , a donné quinze grains de gé-
igd TRA??S FORMAT IONS
laîine. Sa matière insoluble restée sur le liugé âvolt tous les caractères d'un muscle cuit : elle pesoit une once.
Matière musculaire , i once.
Graisse surnageant Teau de J'ébul-
lition 4 gros.
Graisse retirée par ralcohol de celle
obtenue par l'ëbullilion , îo gr.
Gélatine , '. . . . i5
Albumine coagulée , 6 '
Perte , î ^i
Total , I once 6 gros.
N.- B. La graisse des deux muscles étoit beaucoup plu* inflammable que les autres graisses animales.
Espèce m. Le foie passe très-souvent à l'état graisseux: oncounoît les inventions du luxe des laiiies pour opérer cette transformation sur les oies, les poules et les canards. Dans Thomme, elle esc assez fréquente, et a été observée dans tous ses degrés depuis la couleur rouge -janî)àlre, où i'eiat graisseux est difficile à apprécier, jusqu'à la couleur jaune-blauchâlre. Je ne connois pus les signes caractéristiques de cette Irausformation ; je l'ai trouvée sur des sujets qui n'avoient éprouvé aucun symptôme du côté de cet ojgaiie. M. Bayle Ta souvent rencontrée chez des individus qui avoient succombé à la
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. igi
ptithisie pulmonaire. Voici le résultat de quelques expérieûces faites sur uq foie gras eu l'an 8^ par M. T^auquelin,
« Ce foie, envoyé par le professeur LecïerCi » pesoit no kilog. (51iv. 8 onc. environ); son » poids étoit à-peu-près égal à celui de l'eau ; » car, plongé dans ce liquide, il ne le surna- » geoit que d'une quantité infiniment petite » (moins de ^) ; ainsi l'on peut dire que le » volume du foie étoit égal à celui de 5 1. 8 onc» » d'eau, ou à 268 pouc. cubes (5,56o centim. »> cubes). La couleur de cet organe étoit jaune- » pâle; il n'avoit aucune e'iaslicité; il conser- » voit l'impression du corps comprimant. Sa » consistance étoit très-légère; le plus petit ef- » fort en déchiroit le tissu; son intérieur grais- » soit les doigts et les instrumens avec lesquels » on le coupoit. Des fragmens ou sections de ce » foie, exposés à une chaleur douce et incapa- » ble de décomposer la matière animale, ont » fourni (terme moyen de mes opérations) :
1". Huile jaunâtre concrescible, o,45.
2°. Parenchyme , o»i9'
. 5°. Humidité , o,56.
» La quantité d'huile obtenue par celte opé- » ration n'a point été formée par la chaleur ; » car un morceau du même foie mis dans de
ïg2 TPk A NSFORMA.TIONS
» l'ean , dont la isinpérature ne passok pas 4o° ^ » a laissé couler une assez grande quaulilé » d'huile moins colorée que celle qui a été ob- » tenue sans eau dans Topération ci-dessus. » Celte graisse ne s'unit pas à l'alcohol; et le » peu qui se dissout dans cette liqueur s'en » sépare par le refroidissement; elle se com- » bine facilement à Taicali, et forme avec lui V* un savon qui a peu de consistance, mais qui >> se dissout bien dans l'eau, et qui jouit d'ail- » leurs de toutes les propriétés du savon. Getle » graisse est donc semblable à la graisse animale » ordinaire, et n'est point de Fadipocire ».
Quelle influence exerce la transformalioQ graisseuse sur \^s fonctions du foie ? M. Thénard a analysé, dans six cas différens, la bile de foies gras; il l'a trouvée cinq fois aibumineuse; une seule fois elle avoit un peu d'amertume.
Espèce iv. Le rein éprouve aussi la transformation graisseuse : on en trouve un exemple dans un bulletin de la Société anatomique. Sur le corps d'un jeune homme de dix-huit ans , mort d\uie inflammation générale des voies urinai r es , avec destruction complèle du canal de l'urètre, M. Dupuyiren trouva un engorgement très-dense du tissu cellulaire adipeux qui environne le rein droit , une diminution dans le
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES» IqS
volume de cet organe, une disparition presque complète de son tissu propre, une transformalion adipeuse de ce qui restoit et quelques calculs petits, feuilletés dansdes restes de calice. MXiîe//nec disséqua^ en février 1808, un rein qui étoit entièrement converti en une matière jaunâtre, graissant fortement le scalpel et le papier.
Espèce v. Les mamelles étoient transformées en tissu graisseux chez cette femme, d'un embonpoint si énorme, dont le modèle en plâtre se voit dans les cabinets de la Faculté. M. Dupuy» treriy qui en fît la dissection, trouva, sous les tégumens de l'abdomen , trois à quatre pouces de graisse : il ne rencontra d'ailleurs aucune autre transformation graisseuse- Gelte malade avoit éprouvé , pendant les dernières années de sa vie^ tous les symptômes d'une maladie du cœur: aussi rorifice aortique étoit-il cartilagineux > et plus étroit d'un tiers que dans l'état naturel.
Espèce vi. M. Dupuycren a vu le pancréas converti en gras. Il faut bien distinguer cet état , qui est très-rare , de l'accumulation de la graisse dans le tissu lamineux qui unit entr'eux les lobes et lobules du pancréas.
Espèce vu. Les os paroissent quelquefois se résoudre en suc médullaire^ lequel a tant d'ana-
le l'a
Îp4 TRANSFÔRMA-TIONS
logle avec la graisse. Uobservalion suivante le prouva.
Une femme agëe d'environ cinquante ans, cachectique au suprême degré, fut couchée à la salle Sainte - Jeanne sur la fin de janvier i8i5. Elle a voit une fièvre lente, sans caractère déterminé. Nous cherchâmes inutilement dans la poitrine , Tabdomen , la cause de ce mouvement fébrile habituel. L'état d'imbécillité où elle éloit réduite ; ne nous permit pas de nous aider des circonstances commémoralives. Bieulôt les infirmières nous dirent qu'elles avoient aperçu une tumeur à la jambe ; et en effet, nous découvrons un abcès situé à la partie moyenne du tibia , et dans le même endroit une fracture avec mobilité très -grande des deux fragmens. On demande à la malade si elle a fait quelque chute; mais on ne peut en tirer aucune réponse. Les religieuses et les infirmières nous assurent que cette tumeur n'existoit que depuis peu de temps j le mari affirme que sa femme n'avoit point fait de chute , et n'avoit jamais rien eu à la jambe ; il ne nous donne d'ailleurs que des renseignemens très- vagues sur l'époque de l'invasion de la maladie , et sur les symptômes antérieurs. Malgré tous les secours de l'art , la malade dépérit rapidement , et succombe deux mois environ après son entrée.
ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. igS
Nous n'avioDS reconnu pendant la vie de la malade qu'une fracture de la jambe droite; l'examen du cadavre m'en fit découvrir une seconde, avec grand déplacement, à la partie supérieure du fémur gauche ; une troisième du radius droit , et enfin deux ou trois à presque toutes les côtes. Ces os étoient fragiles, légers, se laissoieut couper avec une extrême facilité ; les corps du fémur, du tibia présentoient, sous une couche très^mince de substance compacte, uns cavité très-considérable remplie de moelle. Ce squelette, exposé à Tair, a laissé transsuder une quantité énorme de suc médullaire* M. Serres , qui a fait préparer le squelette , craint de ne pouvoir le conserver (i).
(i) Les viscères pectoraux et abdominaux étoient sains • l'utérus éfoit d'une petitesse extrême, comime chez les filles impubères ; le cerveau a été enlevé avec le cervelet. La partie inférieure du lobe postérieur droit éloit creusée par une cavité très-considérable renfermant de la sérosité , formée en bas par la dure-mère que recouvroit une substance mollasse , d'un jaune foncé, et en haut par la substance cérébrale. Celte cavité communiquoitavec le ventricule latéral droit. Nous n'avons pu déterminer si la communication étoit ou non l'effet d'une déchirure. Ses parois étoient tapissées par une membrane extrêmement lisse, parcourue par un grand nombre de vaisseaux. La portion du cerveau environnante étoit jaunâtre , plus dense que la substance médullaire.
ïq6 transformations
Le cas que je viens de rapporter n'est pas le seul de ce genre qui existe: M. Tilorier montra à la Société analomîqiie^ pendant sa trop courte existence , les os d'une vieille femme qui avoient tous diminué de poids; leur tissu oorapacle ëtoit aminci ; les extrémités des os longs présentoientune cavité; le tissu médullaire éloit aussi très- développé. Cette maladie contraste avec une autre dans laquelle la cavité centrale est presque oblitérée, et le tissu compacte gagne en épaisseur ce qu'elle a perdu en capacité.
GENRE II
/ Productions graisseuses.
Les lipomes , ordinairement confondus^ sous le nom de loupes ^ avec les tumeurs enkystées, ' ne sont autre chose qu'un embonpoint local borné à quelques cellules de tissu cellulaire.
Caractères au atomiques. Ordinairement uniques, ils sont quelquefois au nombre de deux^ trois 9 quatre ; enfin il existe quelques exemples de tumeurs graisseuses innombrables , pisiformes, ovoïdes, soulevant la peau de toutes les parties du corps.
Le plus communément sous-cutanés, les lipomes se forment quelquefois dans le tissu cellulaire qui unit le péritoine aux parois abdominales,
ET PRODUCTIOiS'S ORGANIQUES. I97
et alors s'échappent souvent par les anueaux pour coDSliluer les heiiiies graisseuses. (Voyez 'X'ransf* dans les hernies?) Leur consislauce est molle, leur forme irrégulièrement sphéroïde, leur volume variable; on en a vu qui pesoienfc vingt, trente, quarante livres. Ces tumeurs énormes ont en général un pédicule. On a peine à concevoir comment la peau peut se prêter à une aussi erande distension.
Ces tumeurs adhèrent aux parties environnantes par un tissu lamineux très-déiié , qui permet de les isoler avec facilité. Les adhérences intimes n'ont lieu que dans le cas de travail inflammatoire dans la tumeur ou au voisinage: leur surface est en général parsemée de sillons plus ou moins profonds qui affectent toute sorte de directions; le plus ordinairement pédiculées, elles offrent quelquefois quatre, cinq racines d'inégale longueur. J'ai vu un lipome situé de^ vant le sternum qui envoyoit des prolongeraens dans le médiastin antérieur. L'extirpation ftit pratiquée; le malade succomba à une inflammation du tissu cellulaire du médiastin. La considération de ces pédicules ou des racines des lipomes , est de la plus haute importance ; car le moindre sufiit pour reproduire la maladie. Si on incise ces tumeurs , on trouve des masses graisseuses contenues dans de vastes cellules dj-^
igB TTiANSFORMATlONS
visées en lobes , dans Fintervalle desquels marchent îes vaisseaux sanguins peu nombreux , qui servent à leur nutrition : c'est par ces pédicules que pénètrent les vaisseaux principaux.
Caractères pathologiques. Les lipomes constituent une maladie locale , indépendante des forces générales : on les observe chez les individus les plus maigres; ils n'incommodent que par leur volume. Soumis à des causes d'inflammation, ils tombent quelquefois en gangrène ; ils éprouvent souvent la dégénération squirrheuse et carcinomateuse. L'observation suivante, que j'ai recueillie à l'Hôtel-Dieu , en 1810, est un exemple de lipome devenu en partie carcinomateux ; elle prouve combien le diagnostic de ces tumeurs est quelquefois difficile , et met hors de doute Tabsorption du pus, soupçonnée depuis long-temps , mais jamais aussi bien démontrée.
MagdeleineLîgné,âgée de cinquante-cinq ans, blanchisseuse, vint à rPIôtcl-Dieu,enmai 18 10, pour une tumeur énorme située à la partie supérieure et interne de la cuisse. Cette tumeur, irrégulièrement sphéroïde, de dix à douze pouces de diamètre, se prolongeoit dans le bassin, derrière l'arcade crurale qu'elle soulevoit, des* cendoit jusqu'au-dessous de la partie moyenne de la cuisse, et simuloit un second ventre : sa
ET PRODUCTIOISS ORGANIQUES. jg<^
consistance n'étoit pas uniforme; dans quelques points on sentoit une flucluation manifeste , une mollesse assez grande dans quelques autres , et une dureté considérable dans le reste de son étendue.
Qnelie étoît la nature de cette tumeur? Peu imporioit pour le traitement , puisqu'en définitif il ne falloit pas y toucher ; mais c'étoit une assez belle occasion d'exercer son diagnostic. Les si-^ gnes commémoratifs dévoient être consultés. La malade nous dit que cette tunleur étoit survenue , cinq ans auparavant» à la suite d'un écart; qu'elle avoit progressivement augmenté de volume , et ne lui faisoit éprouver d'autres sym* ptômes que ceux dépendans de son poids et de son volume. Etoit-ce une hernie? La circonstance d'un effort pouvoit le faire soupçonner , d'autant plus qu'un homme de l'art, consulté dans les premiers temps de l'apparition de celte tumeur, avoit annoncé à la malade qu'elle avoit une hernie. Etoit-ce un abcès par congestion 7 Mais j amais abcès n'acquit un semblable volume : d'ailleurs, nul symptôme du côté de la colonne vertébrale et des côtes , dureté très-grande dans la presque totalité de la tumeur. Ce pouvoit être un carcinome des os du bassin, de la partie su« périeure du fémur ; mais la tumeur n avoit jamais fuit éprouver de douleurs lancinantes? et
200 TRA^'SFORMATIO]NS
n'acihëroit ni au bassin ni au fëraur. Enfin, ce pouvoit être un carcinome des parties molles ^ un lipome ; mais aucune certitude à cet égard.
Cependant la malade, après quelque temps de séjour à l'iiôpilal , fut prise d'une fièvre adynamique à laquelle elle succomba. Peu de jours avant sa mort , une inflammation avolt eu lieu dans le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la tumeur ; des pblyclènes s'y étoienfe . formées.
Le lendemain, M. Dupuytren fait l'ouverture du cadavre en présence de MM. Asselin et Petit ^ médecins de l'Hôtei-Dieu , et d'un trèsgrand nombre d'élèves. A peine eut-il divisé la peau dans une certaine étendue , qu'il vit se former des points blancs sur l'une et l'autre lèvre de l'incision. Surpris de ce phénomène , ii dissèque avec soin la peau qui recouvre la tumeur, et voit le tissu cellulaire sous-cutané parcouru par des lignes blanchâtres dont quel-? ques-unes étoient grosses comme des plumes de corbeau. Ces lignes étoient évidemment des vaisseaux absorbans; en effet, lorsqu'on poussoit le liquide depuis l'origine de ces vaisseaux jusqu'aux corps lymphatiques, on n'éprouvoit aucun obstacle; mais le dirigeoit-on en sens inverse , aussitôt se manifestoient des nodosités séparées par des cnfoncemens circulaires qui
répondoient aux valvules , et le liquide ne pouvoit pas circuler. Les corps lymphatiques ëtoient aussi bien injectés par le pus qu'ils l'auroient été par le mercure, dans les pre'parations les plus délicates.
J'ai dit que le liquide contenu étoit du pus ; îl en avoit l'opacité , la couleur blanche , la consistance. Ce pus venoit-il de l'inlërieur de la tumeur ou de sa surface ? On a incisé la tumeur en divers sens , et on a vu que c'étoit un énorme lipome dégénéré en cancer dans sa partie supérieure et externe , et naissant dans Tintérieur du bassin par un pédicule considérable : un kyste séreux existoit à l'endroit où on avoit senti la fluctuation ; une enveloppe fibreuse très-résistante recouvroit cette tumeur divisée en lobes , comme la plupart des lipomes.
On a poursuivi les vaisseaux lymphatiques au-dessus de la tumeur , jusque dans le bassin : ils étoient remplis de pus jusqu'auprès des corps lymphatiques de la région lombaire; mais ces corps lymphatiques et le canal thoracique n'en présentoient aucune trace.