‹ Essai sur l'anatomie pathologique en général, et sur les transformations et productions organiques en particulier;Chapitre 29 sur 38 · ORDRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ORDRE DEUXIÈME

Productions enkystées.

Les kystes sont des poches sans onverture , accidentellement formées dans l'épaisseur de nos parties : ils présentent deux grandes divisions: Tune comprend tous les kystes qui s'organisent autour d'un corps étranger, liquide ou solide; l'autre renferme tous ceux qui se déve-» loppent spontanément, et qui préexistent à la matière qu'ils contiennent.

PREMIER SOUS-ORDRE

Kystes formés autour des corps étranger s •

Tout corps étranger, liquide ou solide, formé dans notre corps ou venu du dehors, doit être expulsé. Est-il irritant par sa nature, il enllamme tout ce qu'il touche, et est éliminé au milieu du pus. N*a-t-il aucune propriété mécanique ou chimique irritante , il séjourne au milieu de nos organes, et alors tantôt il voyage de cellule en cellule, en obéissant toujours à une sorte de mouvement excentrique; tantôt la nature l'isole eu organisant autour de lui une poche adhérente par sa face externe , libre et lisse par sa

ET PRODUCTIONS OKGAJVlQtJES. 2o3

face interne, fournissant un liquide propre à dissoudre la plupart de ces corps, et à les dispo-' ser à l'absorption pour être enfin rendue au tissu cellulaire, aux dépens duquel elle ëtoit formée , aussitôt que ces corps étrangers n'existent plus. L'existence de ces kystes est donc postérieure à celle du corps qu'ils contiennent. Nous pouvons assister , pour ainsi dire , à leur formation ; ils ont un but utile et ne s'accroissent jamais. Les kystes spontanés, au contraire, sont une véritable maladie , préexistent à la matière qu'ils contiennent, et sont susceptibles d'un accroissement illimité.

Du sang épanché , des grains de plomb, des balles , des pierres urinaires, des foetus développés dans les trompes , les ovaires et des bydatides, voilà les corps étrangers autour desquels se forment ordinairement les kystes.

GENRE !«'

Kystes forjnés autour du sang épanché.

Le sang ramassé en foyer hors des voies de la circulation détermine souvent l'inflammation et la suppuration des parties environnantes : souvent aussi il est isolé de ces parties, au moyen de fausses membranes et d'adhérences qui s'établissent tout autour. Celle fausse membrane

s'organise ; le sang est réduit à un caillot solide,' qui est peu à peu eutamé, détruit par l'absorption, soit immédiatement, soit après y avoir été préparé par un liquide exhalé. Le kyste survit à l'existence du sang pour lequel il a voit été formé , et taniôt persiste toute la vie, tantôt disparoîÈ par suite de l'inilammation et de l'adhérence de ses parois. Parcourons les principaux épanchemens de sang qui ont lieu dans l'économie.

Espèce i»^. Dans les membres* Lorsque le sang s'épanche peu à peu dans le tissu cellu^ laire , à la suite de la piqûre de l'artère principale d'un membre, ce sang se concrète; le tissu cellulaire se transforme eu une membrane qui se continue par l'ouverture de Tartère avec la membrane interne , et qui présente beaucoup d'analogie avec elle. Si l'artère est liée au-dessus, ce sang est souvent résorbé en totalité, ou bien se concentre en un caillot très-dur qui fait corps avec l'artère et le tissu cellulaire environnant. Le sang contenu dans une poche anévrysmale est aussi absorbé peu à peu , et les parois de cette poche adhèrent entr'elles, et se convertissent en tissu fibreux.

Espèce ii. Dans le cerveau. Une certaine quantité de sang épanché dans le crâne, soit par une cause traumatique,soit àla suite d'une attaque d'apoplexie , amène presque toujours la

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 2o5

mort,M.aisV épanchejjient du sang dans le cer» veau chez les apoplectiques est-il nécessaire-^ ?nent: mortel? M. le docteur Pdobéa^ dans une thèse justement estimée, résplu cette qaestioa par la négative, et suivi le procédé de la nature pas à pas dans le travail de résorption. Des observations multipliées, qui me sont communes avec la plupart de mes collègues de THôlel- Dieu, concordent avec les siennes. En voici la substance. Dans les deux ou trois premiers jours qui suivent l'attaque d'apoplexie, on trouve une déchirure inégale de la substance cérébrale, et un sang partie coagulé, partie liquide. Vers le quatrième ou cinquième jour, la substance cérébrale environnante présente une couleur jaunâtre, tout-à-fait analogue à celle de la peau et du tissu cellulaire dans les contusions extérieures. Vers le neuvième, dixième, quinzième jour, le caillot est plus solide, adhère aux parois, qui sont rouges, molles. Si on divise ces parois par lames très-minces , on trouve sous la plus interne, qui est toute rouge, d'autres lames formées par la substance cérébrale tachetée de points rouges, d'abord très-rapprochés, puis de moins en moins, à mesure que Ton s'éloigne de la paroi interne du foyer. Le cerveau est jaunâtre au voisinage ; il n'y a point encore de membrane véritable, mais la coucbe rouge intérieure paroit

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en être le rudiment. A une époque plus avancée, la rougeur diminue , l'aspect membraneux est plus évident. Enfin, si on ouvre des individus morts un an, deux ans, six ans après une attaque d'apoplexie, on trouve un kyste d'une capacité variable , formé par une membrane très-fine, jaunâtre ou rougeâtre , contenant de la sérosité , et environnée par une substance cérébrale consistante.

Quelquefois on a trouvé plusieurs kystes chez des individus qui avoieot éprouvé plusieurs attaques successives d'apoplexie.

M. G uersanù doQuoit ses soins à un marchand du Marais, qui fut pris, en 1812, d'attaques qu'on put regarder comme épileptiques. Ces attaques se rapprochèrent en i8i4> et Tune d'elles, plus violente, fut suivie de paralysie du côté droit. Dès les premières attaques , le malade avoit perdu la mémoire des choses, et surtout celle des mots , ue pouvoit quelquefois exprimer ses idées, et faisoit les associations les plus disparates. En iJ3i5, les attaques furent plus violentes, débutèrent par des convulsions auxquelles parlicipoit le côté du corps paralysé, et étoient suivies d'un assoupissement plus ou moins considérable. Le malade dépérit sensiblement, et succomba dans la nuit du 26 au 27 décembre.

Sons la dure-mère existoit une assez grande quantité de sérosité limpide j Je tissu cellulaire soas-arachnoidieu étoit iufiltré , et formoit une espèce de couche gélatineuse. Le lobe droit, incisé dans toutes les directions , n'offrit rien de remarquable. La surface du lobe gauche étoit ramollie dans quelques points : on le coupe par tranches horizontales ; on enlève avec la première, qui avoit un demi-pouce d'épaisseur, la paroi supérieure d'une cavité qui contenoit deux gros environ de sérosité jaunâtre. Celte cavité , oblongue d'avant en arrière, répondoit à la partie supérieure du ventricule; elle étoit tapissée par une membrane très-consistante, lisse en dedans, et très-adhérente par sa face externe. La portion de cerveau environnante étoit jaunâtre, en général dense, ramollie dans quelques points. Plus profondément et en avant, étoit un autre kyste tout-à-fait analogue , mais un peu plus petit ; à la partie interne de l'hémisphère , dans cette portion qui s'avance au dessus du corps calleux, se voyoit un troisième kyste. En dehors étoient deux caillots de sang : l'un de la grosseur d'un pois, l'autre d'une noisette. A la partie moyenne de la base du cerveau étoit un quatrième kyste , et trois ou quatre petits caillots en contact immédiat avec la substance cérébrale, qui ne paroissoit pas altérée.

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La poitrine et rabdomea n'offrirent rien de remarquable (i).

La formation d'un kyste n'est pas le seul mode de terminaison des épanchemeQS de saug dans le cas de guërison d'une attaque d'apoplexie : quelquefois on trouve , au lieu de kyste , une ci-catrice jaunâtre , formant comme une ligne tremblée, et d'une consistance assez grande. Ce fait curieux d'anatomie patbologique m'a été communiqué par M. le docteur Serres^quï m'a assuré avoir trouvé plusieurs cicatrices dans le cerveau à la suite de plusieurs attaques successives d'apoplexie heureusementguéries. Enfin, dansquelques cas , ce n'est ni un kyste ni une cicatrice , mais bien un tissu lamineux jaunâtre infiltré. Un homme âgé de quarante-cinq ans environ, hémiplégique du côté droit depuis onze mois , à la suite d'une attaque d'apoplexie , ne pouvant articuler que les monosyllabes oui et non , quoiqu'il parut jouir de toutes ses facultés intellectuelles, fut pris d'une pneumonie extrêmement intense , et succomba le quatrième jour malgré les saignées et les vésicatoires. A l'ouverture, nous trouvâmes dans le crâne un peu de sérosité sous la dure-mère. La partie

(i) Cette observation m'a été communiquée par MM. P^allerand de la Fosse et Rajer,

ET PRODCCTIONS ORGANIQUES. 20g

moyenne de la convexité de rhémisphère gauche nous frappa par une dépression assez considérable : le cerveau , incisé en cet endroit, m'offrit beaucoup plus de résistance qu'au voisinage. INous parvinmes bientôt à un tissu lamineux , jaunâtre , infiltré de sérosi-lé f qui remplissoit une espèce de cavité dont les parois étoient formées par une substance jaunâtre, dense , tapissée par un tissu lami-P neux que parcouroient des vaisseaux sanguins très-sensibles. Cette cavité occupoit le centre médullaire de l'hémisphère gauche , à Tendroit où le prolongement antérieur de la protubérance pénètre dans cet hémisphère , formoit une courbe au-dessus de ce prolongement , et s'étendoit jusqu'à la dépression extérieure. Ce siège explique à M. Récamler l'impossibilité ou étoit le malade d'articuler les sons(i).

Je ne connoîs pas d'observation authentique de guérison à la suite d'épauchement de sang

(i) Dans la poitrine, les lobes inférieurs des poumons droit et gauche eloient hépatisés ) les lobes supérieur du poumon gauche , sujDerieur et moyen du droit étoient sains. Nous fendîmes les lobes sains et les lobes malades , et nous examinâmes comparativement les surfaces divisées : M. Récamisr nous fit observer cjue ces surfaces présen-

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dans le cerveau par cause externe. En voici une d'épancliement non guéri entre Ja dure-mère et les os 'lu crâne. J'ai ouvert avec M. le docteur Pâtissier le corps d'un vieillard qu'on avoit apporté dans un état comateux avec foiblesse générale du sentiment et du mouvement , mais plus considérable à droite qu'à gauche. On put croire un instant qu'il étoit dans un étafe d'ivresse, faute de commémoratifs; il mourut quatre jours après. Nous trouvâmes entre la dure-mère et le crâne un caillot gros comme le poing , très-solide ^ qui resta attaché à la duremère ', nous enlevâmes assez facilement la plus grande partie du caillot^ quoique très-cohérent; mais une couche plus dense resta sur la duremère, et cène fut qu'en raclant assez fortement cette membrane qu'on put l'en séparer. Alors elle parut couverie de caroncules qui s'enfonçoient dans les couches de sang les plus voisines. Le pariétal et le temporal présentoient une fente qui parcouroit la partie moyenne du caillot, et s'élendoit de côté et d'autre très-loin audelà de ce caillot. Je ne veux rien présumer de

toient le mêaie aspect clans la partie hépalisée que dans la partie saine j qu'elles ne differoient entre elles que par la couleur et la densité; tandis que, dans la carnificationdii poumon proprement dite, le lissu de cet organe ressemble à celui du coeur.

, ET PRODUCTIONS ORGiNIQL'ES. 21 Ê

ce qui seroit arrivé si l'individu n'a voit pas succombé aussi promptement. J'ai rapporté celle observalion comme une pierre d'atlente pour servir à l'histoire de ces épanchemens, parce qu'elle met hors de doute une espèce d'épaucbement que plusieurs auteurs ont contesté , parce qu'il n'avoit pas lieu dans toute l'étendue de la fente des os, preuve palpable qu'il n'est pas une suite nécessaire de celle fente, a moins qu'on ne suppose que tout le sang se soit accumulé dans le même lieu : encore seroit-il resté des traces de sang tout le long de la fente.

Espèce \n, Epanchement de sang dans Vah^ domen. Ces épanchemens ne se font pas dans l'abdomen comme dans une cavité vide, oii les liquides obéissent à la loi de gravité; mais les parties contenantes et les parties contenues exercent les unes sur les autres une action et réaction continuelles, d'où résultent un obstacle puissant aux épanchemens en général, la circonscription des épanchemens de sang , la formation d*un kyste autour de ce sang. PeClt le fils a la gloire d^avoir le premier fixé l'attention des praticiens sur ce point de doctrine. Sans doute des épanchemens circonscrits avoient été trouvés avant lui; mais, comme il Tobserve luimême , au lieu de voir dans cette circonscrip-

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lion , dans les adhérences établies lout autour , l'effet d'un travail admirable de la nature , peutêtre n'y avoit-on vu qu'une disposition accidentelle , fortuite , produite par une inflammation antérieure.

Un vaisseau est ouvert dans l'abdomen ; s'il est peu consideVable , si la résistance qu'oppose la pression exercée par les parties environnantes l'emporte sur la force d'impulsion du sang , l'fiémorrhagie n'a pas lieu. C'est probablement ce qui est arrivé dans ces exemples extraordinaires d'abdomen traversé de part en part sans hémorrhagie et môme sans accident ; car il paroît impossible que quelqu'organe creux , quelque vaisseau n'ait pas été intéressé. Le vaisseau ouvert est-il considérable ^ la résistance ne peut pas contrebalancer rimpulsion du sang; l'épanchement se fait dans toute la cavité abdominale; mais si la force d'impulsion ne surmonte que foiblement la résistance , le sang s'épanche peu à peu en écartant les circonvolutions intestinales; chaque goutte qui s'écoule rend plus difficile l'effusion de la suivante jusqu'à ce qu'enfin la résistance apportée par le sang épanché, unie à celle des intestins^ fasse équilibre à la colonne de sang qui tend à s'échapper. C'est de cette manière que s'arrête l'hémorrhagie avant même que le caillot ait eu le temps de se former.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 2l3

Dans ces cas , on trouve le sang tantôt coagulé aux environs de l'ouverture , tantôt ramassé assez loin ; mais, dans ce dernier cas, il y a tou-^ jours communication entre le foyer et le vaisseau ouvert. D'autres fois on trouve deux ou trois foyers distincts; mais alors plusieurs vaisseaux ont été ouverts assez loin les uns des autres, et a chacun de ces vaisseaux répondent des foyers particuliers : encore ces foyers communiquent^ ils quelquefois entr'eux. On trouve cependant des épanchemens non circonscrits dans le cas où la mort du malade a été trop prompte pour que le sang ait eu le temps de se coaguler. Pendant la vie, la pression exercée par les viscères les uns sur les autres le maintenoit dans un foyer unique ; mais après la mort , il obéit à la gravité, aux mouvemeus que Ton fait exécuter au corps; l'épanchement est vague, tandis qu'il est mollasse et sans couenne lorsqu'il est épanché après la mort.

Le sang ne va donc pas toujours gagner l'hypogastre , comme le dit Garengeoù^ comme on le fait dire à PetU le fils, qui ne l'admet pas dans le plus grand nombre des cas; mais, suivant le siège du vaisseau ouvert^ il s'amasse entre les circonvolutions intestinales , entre les parois abdominales et ces circonvolutions. Là , dans beaucoup de cas , ce sang, véritable corps étranger,

<lélermine une iiillammalion ; et c'est alors qu'on le trouve corrompu au milieu des viscères enflammés, ainsi que GarengeotVa plusieurs fois observé (i). C'est dans ces cas seulement qu'on peut admettre avec lui que le sang conserve sa lluidité , comme il l'a vu , dit-il , même dans des cadavres inhumés depuis quinze jours. D'autres fois, le sang se comporte comme dans une poellette. La lymphe coagulable du sang, comme dans l'analyse spontanée, gagne la surface, for- ' me une poche qui isole le sang d'avec les parties environnantes , pendant qu'une inflammation adhésive s'établit tout autour, et qu'une exsudation aîbumineuse augmente l'épaisseur de la poche, ou peut-être en forme la plus grande partie.

Quelquefois cette poche se déchire et le sang s'épanche dans l'abdomen. Tel es{ le cas trèsremarquable rapporté par Petit le fils. On lui fit voir un jeune homme qui étoit au treizième jour d'une blessure faite par un coup d'épée dans l'abdomen: Petit, persuadé qu'il avoit un épanchement de sang , se préparoit à faire une contr'ouverlure lorsque, par un mal-entendu, on transporta le malade sur un charriot : il meurt. A l'ouverture , on trouva le sang va-

(i) Mëm. Ac. Chir. , t. xviii , in-S^»

guemenl épanché dans la cavité abdoirjinale ; clans riiypogaslre éloit une poche qui conlenoit du sang caillé.

Mais au bout d'un certain temps, delà sérosité est exhalée dans cette poche; le sang est dissous et absorbé. C'est à celte époque que les accidens consécutifs se déclarent. Petil: le fils les attribue à l'épanchement de la sérosité dans le kyste , à la distension de la poche et à l'irritation qui en résulte; d'autres à la corruption du sang ; mais ils dépendent d'un travail inilaramatoire qui a pour but de chasser le corps étranger. Le temps cjui s'écoule entre les symptômes primitifs et les symptômes consécutifs est un tem|[)s d'incubation , temps variable suivant les individus , la masse du sang , sa situation, et mille autre circonstances. Quand i'inllammation se déclare, tantôt elle est circonscrite, ne s'étend pas au-delà du foyer , et alors la nature détermine l'usure des parois abdominales, l'évacuation du pus et du sang ; ou bien encore , si ce foyer est placé entre les circonvolutions intestinales et profondément situé, l'intestin est usé , et le sang évacué par les selles. Dans des cas plus fréquens , l'inflammation est générale, le malade succombe. Lorsqu'une tumeur se prononce , il faut pratiquer une contreouverture ; mais doit on, comme le veut Ga-

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rengeot ^ s'y décider toutes les fois que des accidens consécutifs font présumer répaDchement de sang? Les cas rares où celte conduite a réussi ne peuvent êlre considérés que comme d'heureux hasards. Lorsque le sang est évacué , la poche suppure , revient sur elle même, et ses parois adhèrent entre elles.

Espèce iv. Epancfiernens sanguins dans la -poitrine. Q^imnà le sang épanché dans la poitrine est en petite quantité, il s'amasse dans le lieu le plus déclive 5 sa partie la plus concrescible se porte à la circonférence; des adhérences s'établissent au voisinage : ce sang , isolé du reste de la cavité, se dirige vers ditiérens points. Le plus souvent, la poche ne tend pas à sjouvrir dans les poumons ; mais , par l'effet d'une force excentrique aussi réelle qu'Inexplicable, se porte vers la surface du corps , fait saillie entre deux côtes ou sous les côtes , dans rh3^pochondre , vers l'épigaslre, après avoir déterminé des adhérences qui s'opposent à l'épanchement. On est tout étonné, au bout d'un certain temps, d'avoir à ouvrir une tumeur sanguine.

GENRE IL

Kystes fojmé S autour des balles ^ grains de

plomb.

Les balles, grains de plomb, séjournent trèssouvent au milieu de nos parties, s'environnent d'un kyste qui forme autour d'eux une barrière insurmontable, et ne déterminent d'accidens que lorsque celte barrière est rompue par l'inflammation. Morgagni (i) rapporte qu'il trouva un follicule membraneux autour d'une balle reçue trente ans auparavant. M. Bayle (2) a trouvé une balle de mousquet renfermée dans un kyste accidentel , et placée au milieu d'un lobe sain. M. Broussais (3) parle d'un soldat qui reçut, à la partie supérieure et latérale droite du col , une balle qui ne laissa d'autres traces que celle de son entrée. Les alimens et les boissons sortirent quelque temps par la plaie , qui se ferma sans qu'on eut fait l'extraction du corps étranger : dès ce moment, il éprouva une toux qui ne l'empêcha pas de continuer, pendant deux ans, sa profession de prévôt d'armes.

(i) Ep. xxvii, n° 28.

(2) Phlhisie pulmonaire, pag. 95.

(3) Phlegmasies chroniques , t. i , p. SgS,

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Obligé de suspendre alors, il vécut, pendfiDt quatre ans , dans un état supportable. Les deux dernières années sa santé se détériora beaucoup : il devint sujet à la dyspnée , à la toux nocturne avec frissons irréguliers ; enfin le délabrement de sa santé l'obligea d'entrer à Fbôpitai de ]Niniègue le 26 floréal au i3. Il y mourut six jours après son entrée, se plaignant de douleurs de poitrine, toussant peu et se couchant sur le côté gauche. A l'ouverture , on trouva le poumon droit sain, le gauche adhérent dans toute sa surface par un tissu solide et bien organisé , tout son parenchyme hépatisé sans exception , creusé de sept à huit foyers de diverses étendue, les uns de la capacité d'un œuf de poule, les autres d'une capacité moindre à la base du lobe. Non loin des principales divisions de la bronche gauche, fut trouvée la balle dans ' un petit kyste très-poli à sa surface interne , et qui n'avoit de cavité que ce qu'il en falloit pour l'embrasser exactement; la substance puhnoiiaire environnante étoit plus dure que tout le reste et comme calleuse. La balle n'avoit souffertaucune déformation : elle étoit parfaitement lisse et polie.

M. Broussais ne doute pas que la présence du corps étranger n'ait été la cause de l'ulcéralion du poumon; et ce caf; , aioule-t-il, est le

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 2ig

seul dans lequel il ait observé 1* ulcération des poumons sans tubercules. Mais une balle enveloppée d'un kyste n'est plus un corps irritant, et ne peut par conséquent produire d'inflammation. Il est bien plus probable de penser que l'inflammation a été déterminée par les alimens et les boissons intiltrées , et que la balle, une fois enveloppée de son kyste, n'y a concouru en aucune manière.

M. Langlet , chirurgien en chef de l'hôpital de Beauvais, parle d'un militaire âgé de vingt- Irois ans , qui fut alteint au côté droit du front par de la mitraille. Le coronal fut fracturé ; on retira quelques esquilles ; la cicatrice se forma et se rouvrit à plusieurs reprises. Dix-huit mois après l'accident , cette cicatrice devint douloureuse : le malade mourut dans un accès d'épilepsie. A l'ouverture, on trouva le lobe antérieur droit presque entièrement converti en pus, et , au milieu de ce vaste foyer , une balle enveloppée dans une sorte de bourse membraneuse qui adhéroit intimement à la méninge par un pédicule d'un pouce de longueur. Dans le même endroit , le coronal étoit percé d'un trou d'environ neuf lignes de diamètre, qui n'é-^ toit bouché que par la méninge.

C'est sans doute en s'environnant d'une poche qu'une lame de couteau a pu séjourner trente

220 TKANSFORMATIONS

ans, sans accidens , au milieu des muscles de la région lombaire (i).

GENRE III

Pierres enkystées.

Souvent la vessie présente des poches ou cellules formées par la hernie de la membrane interne, à travers les fibres de la membrane musculaiie. Les pierres logées dans ces poches, dont l'oiifice est plus ou moins étroit, ne sont point enkystées, mais bien chatonnées, quoique quelquefois un repli de la muqueuse s'avance sur l'orifice de ces poches, et semble compléter le kyste. La plupart des observations que Hoiistet a recueillies dans un excellent mémoire sur ]es pierres enkystées (2) sont des exemples de pierres chatonnées. On doit réserver la première dénomination aux pierres contenues dans des poches accidentelles formées dans l'épaisseur même des parois de la vessie. Franco paroît en avoir parlé le premier (3). Litre trouva sur le corps d'un jeune homme des pierres enkystées (4). On lit dans l'Académie des Sciences de

(1) Medîc. Surg. Transact. , vol. 11.

(2) Acad. dur. ^ t. xi.

(5) Deschamps , Traite de la Taille , t. i , p. 65. (4) Acad. royale des Sciences, Paris , 1702.,

Berlin, lySS, robservation d'un jeune homme qu'on opéra de la pierre sans pouvoir en faire rextraclion.il mourut, et à l'ouverture on trouva que cette pierre ëtoit située entre les membranes de la vessie , à Tendroit où les uretères traversent obliquement ces membranes. Mon-' ro (i) a vu une petite pierre arrêtée entre les membranes de la vessie, à un quart de pouce environ de l'insertion de l'uretère dans la cavité de cet organe.

C'est en effet toujours au voisinage de l'insertion des uretères dans la vessie qu'on trouve ces pierres enkystées ; ce qui sert à expliquer le mode de formation de leurs kystes. Qu'une pierre soit arrêtée dans cette portion de l'uretère qui traverse obliquement les parois de la vessie, elle se creuse une cavité entre ses membranes , qui s'organisent en kyste. Ces pierre^s enkystées n'acquièrent pas, en général^ un trèsgrand volume; cependant on en cite qui avoient celui d'un œuf de poule. On a trouvé une fois ce kyste osseux. Le i^r décembre 1739, on opéra à l'hôpital Saint-Georges un nègre âgé de quinze ans, qui avoit , depuis long-temps, tous les symptômes d'une pierre dans la vessie : on reconnut avec le doigt que la pierre étoit re-

(j) Ess. d*Ed. , t. VI, p. 257 ; traduct. franc.

couverte par une membrane. Le malaJe mourut , et , à rouverture , ou trouva à la partie postérieure et latérale du fond de la vessie « un >> kyste osseux, gros comme une châtaigne, » rempli d'une substance pierreuse qui for- » moit un corps rond et dur, dont on enten- » doit le bruit lorsqu'on le frappoit avec le >> bout de la sonde. Ce corps étoit engagé dans » la membrane interne de la vessie , dont il » étoit recouvert par une base large qui s'éle- » voit du fond de ce viscère et qui portoit sur » le rectum , de manière que , dans les déjec- » lions de Tanus et de la vessie , et dans cer- » taines situations du corps, il bouchoit l'entrée » de l'urètre , et irritoit cet orifice jusqu'à y » causer les accidens dont on avoit accusé une » pierre dans la vessie (i) »j

Que faire pour les pierres enkystées? C'est un des cas les plus embarrassans de la chirurgie. 11 est presque impossible de les recounoître autrement qu'avec le doigt. La sonde qui frappe médiatement une pierre ne peut rendre qu'un bruit obscur et nullement caractéristique. On n'aura donc, pour autoriser l'opération, que des signes rationnels , et ces signes sont insuftisans. Cependant, comme une pierre enkystée

(i) Acad. Chir. , t. ii, p. 275.

peut exister en même temps que d'autres pierres pour lesquelles on a pratiqué l'opération , il est bon de dire qu'il n'existe pas d'autre moyen d'extraire ces pierres que l'incision du sac. Le coupe-bride ou pharyngotorae , dont Desaulù s'est servi avec succès pour un cas de pierre retenue dans la fin de l'urètre, n'est pas adopté. M. Deschamps préfère le bistouri caché , pointu , et tranchant seulement à son extrémité. On sait que Gorengeot se servit d'un simple bistouri dans un cas analogue. Les frottemens au moyen d'une sonde et les injections doivent être rejetés.

Les pierres du périnée sont environnées d'une poche qui communique ordinairement avec les voies urinaires. Quelquefois cependant la plaie de la vessie se cicatrise. La pierre située au milieu du tissu cellulaire est cernée de tous côtés par un kyste qui l'isole des parties environnantes. M. Deschamps est le seul qui ait observé un cas semblable. Il fut consulté par un jeune homme âi^é de vingt-sept ans, qu'avoit taillé le frère Came dix-sept ans auparavant. M. Deschamps reconnut aisément la nature de la maladie, lit un incision sur le corps étranger, qui étoit contenu dans une poche sans ouverture. La guérison fut prompte.

va24 TRANSFORMATIONS

Housteù ( i) trouva à l'ouverture d' une femme morte à la suite de fièvre maligne, le rein gauche à moitié fondu , et dans le bassinet une pierre triangulaire du poids de trois gros , renfermée dans un kyste particulier qu'il fit voir à l'Académie. Cette dame ne s'étoit jamais plainte d'aucune douleur à cette région. -^

J'ai trouvé plusieurs fois des vésicules biliaires exactement appliquées sur un calcul auquel elles adhéroient par de petits prolongemens qui s'enfoT çoient dans les intervalles des inégalités de ces calculs. La membrane muqueuse avoittoutà-fait changé de nature, et la vésicule biliaire étoit transformée en un kyste fibro-celluleux.

GENRE ly.

, Kystes formés autour des fœtus dans les grossesses extra utérines.

11 arrive quelquefois que le mécanisme de la conception est troublé : l'ovule fécondé reste dans l'ovaire, la trompe, ou bien (ce qui doit être extrêmement rare), abandonné par celleci , tombe dans la cavité du péritoine. Doué de la force de développement que lui a imprimée la fécondation , il s'accroît néanmoins, pourvu que les parties auxquelles il adhère puissent lui

(i) Acad. Chir. , t, n , p. 279.

fournir des matériaux de nutrition. Une poche s'organise tout autour , et isole sa vitalité parli- Gulière de la vie géoéraie ; son développement s'arrête à la fiu. On a vu des femmes vivre dix, vingt, trente ans avec de semblables lùtnèurs ^ et mourir d'une maladie cuangère. Le plus souvent un travail intérieur se développe dans ce kysle , se propage aux intestins, au péritoine, et entraîne la mort. Dans des cas plus heureux, un abcès se forme à l'aîoe , à l'abdomen , des de-» bris de fœtus sont évacués avec le pus; quelquefois c'est dans un intestin que la poche se vide^ Quelques malades ont pu résister à tous ces accidens ; le plus souvent ils succombent.

C'estencore un kyste qui isole l'individu contenu daîis un autre dans les intùs-susceptions. (Voyez Kicesde conforma Je n'ai pas eu occasion de voir de maladies semblables.

GENRE V

Kystes hydatiques*

Le mot hydatide, vS'aTtf des Grecs , de vS'&p^ eau, et de *t«, je nuis, aquula , aquositas des Latins , a eu plusieurs acceptions différentes. Dans Tenfance de l'art , on ne l'appliquoit qu'à une tumeur particulière de la paupière supérieure ; bientôt on l'éteudit à des poches séreuses^

à parois transparentes : prises dans ce dernier sens, qui est encore celui que lui donnent un grand nombre de praticiens , les hydalides embrassent tous les kystes séreux; enfin (et c'est le seul sens qu'on doive y attacher) , on appelle ainsi des animaux, des espèces de taenia qui se développent au milieu de nos parties.

Rédi paroît être le premier qui ait eu l'idée de rechercher si les hydalides sont des insectes ou des embryons d'insecte. 11 y fut conduit par l'observation d'hydatides libres dans la cavité abdominale, à la manière d'animalcules qui peuvent se transporter çà et là. • — Hariniann (i) vit se mouvoir dans l'eau tiède des hydatides trouvées dans l'épiploon d'un chien , et les nomma termes "vesicular es. — Tyson (2) y substituais nom de lumhriciis hydropicus , parce qu'il avoit trouvé des hydatides dans le cadavre de brebis mortes hydropiques. — ^P allas \^6) les appela tœniahydatigena ou hydaloidea, — Linné les rangea ])Hrmi les liydra , sous la dénomination de hydra-hydatuUu — Bloch^ le premier, les divisa en îrois classes ; i®. tennis vesicuîaris tœniœformis ; 2^, uermis vesicuL

(i) EpTierner. Nai. Cur. 1686.

(2} Transact. philosoph. 1691.

(5) Dissert, de Jnsect. vivenl. intrà vivent.

ET PRODUCTIONS ÔRGàNIÔUES. 227

emerita ; 3®f Derin, vesic» sociaUs, — Goeze , en 1782 , augmenta le nombre des esjDèces, découvrit cjue les vésicules des cochons affectés de ladrerie éioient des tœuia hydaligènes , et soupçonna que des vésicules trouvées chez Fhomme par Meckel étoient de même nature. — Verner et Fischer (i) décrivirent, sous le nom de fînna huniana , une espèce d'hjdatide trouvéedansi'épaisseurd'un muscle sur unsoldafc submergé, et en i788(2)publièrenl uncasanalogue. — Fontana^ Cullen^SiminonSyi^cà avoient fait , à diverses époques , des observations sur ce même sujets éioient persuadés de l'animalité " deshydatides; mais personne n'avoit eu occasion d'observer des hydatides vivantes chez l'homme aussi bien que M. Percy, dans un cas d'accouchéluentde môle vésiculaire (3). — Brugnières a trailéi'arlicle Hydatides dans l'Encycl. met hod. (4)» — T rentier f en 1793, parie de deux espèces d' hydatides trouvées chez l'homme; il nomme l'une tœnia alhopunctata , et l'autre icenia viseeralis, — Zeder , en 1800, publia le premier

(1) Vermis. îniesl. brevis expos. i-^Sô.

(2) Tœnias hjdatigenus in plexus cJioroïd. in ventre hist,

(3) Chopart , Maladies des Voies urinaires, 2«part,

(4) Histoire Naturelle, P^cn.

supplément à l'Histoire naturelle des vers Intestinaux de Goeze, — M. Bosc a fait sur ce sujet un excellent article dans le dictionnaire d'Histoire naturelle et le supplément de 5z///o72. — M. Meaugeot Qi, dans une excellente dissertation soutenue en i8o5, réuni les faits les plus importans relatifs à rhis!oire des bjdatides. — M. Laeniiec (i) a découvert un genre trèscommun chez riiorame, qu'il a nommé acéphalocyste (2). — Enfin, Rudolphi (5) a traité ce sujet d'une manière bien plus complète qu'on ne Tavoit fait jusqu'à lui.

Les hydatides sont des corps uésiculeux cul

(î) Le genre acéphalocyste comprend les vers vésiculaires nommés ordinairement hjdatides ou vessies sans adhérence. Les caractères essentiels sont l'absence de tout organe que l'on puisse comparer au corps et à la (êie des autres genres , et surtout la singularité de leur reproduction. Cette reproduction présente quatre modes difFérens qui se ressemblent tous , en ce que les jeunes encéphalocystes se développent dans les parois de leur mère , et qu'à une certaine époque elles se déiaclient , soit au-dehors , soit au-dedans de la cavité de celle-ci. Dans ce dernier cas, il arrive quelquefois que les nouvelles acépiialocystes en produisent d'autres à leur tour : on trouve dans la plus ancienne plusieurs vessies renfermées les unes dans les autres.

(2) Bulletin de la l'acuité , x® cahier , i8o5.

(5) Entozoorum Hist. Nat» 1810.

moins postérieur enient , et terminés par une tête munie de trois ou quatre suçoirs , avec ou sans crochets, (Lamark.)

Les hydaliJes mortes doivent être observées à l'œil nu et au microscope. Pour bien apercevoir leur corps , leurs suçoirs, il faut les placer entre deux verres, les presser peu à peu, de telle manière qu'on ne détermine pas la de'cbirure du kyste. Si le kyste se déchire , on voit beaucoup moins bien la disposition des crochets et suçoirs. On examine ensuite ces hydatides comprimées à la loupe ou au microscope. Quelque-^ fois un état de demi-dessiccation est plus favoi^ble à l'observation. '

Retirées du kyste transparent qui les contient, les hydatides présentent une vessie et un corps. La vessie caudale, en général sphéroïde, quelquefois aplatie , conoïde , plus ou moins volumineuse, et toujours en raison inverse du corps, a servi de base aux divisions de la plupart des naturalistes, jusqu'à Rudoîphi , qui a choisi des caractères plus rigoureux.

Le corps ordinairement enfoncé dans la vessie sur les hydatides mortes, imperceptible à l'œil nu , ayant depuis deux jusqu'à dix millimètres de long , et dans deux espèces jusqu'à un décimètre, se reconnoîl à son opacité. Il est eu général formé d'anneaux qui se recouvrent les

UQS les autres, comme daus le taenia. Sa léle ressemble beaucoup à celle du lœnia : réti ëcie en avant, elle augmente de volume à mesure qu'elle s'approche du corps , et présente son plus grand diamètre à l'endroit où elle s'unit a lui. C'est là qu'elle est garnie de trois ou quatre petites protubérances sphéroïdes qu'on nomme suçoirs ; plus en avant sont un ou deux cercles de crochets^ au nombre de quinze à dix-huit, et recourbés en arrière : au milieu de ces croche! s, la télé se termine par la trompe, dont la forme est hémisphérique.

La structure du corps des hydalides est inconnue : les uns disent que c'est une masse homogène , biauchâtre; les autres assurent avoir trouvé une cavité creusée dans leur intérieur, et un filament pendant du corps dans la vessie. M. Meaugeot n'a vu qu'une substance homogène sans cavité , a injecté du mercure dans la vessie caudale, et n'a jamais pu le faire parvenir dans le corps. On ne connoît rien de positif sur \ç:^ suçoirs. Sont- ils creusés d'où vertures qui conduisent dans des canaux en nom-, bre égal? sont-ils solides, comme le pensent Zeder et Slcinhuch? C'est ce qu'il est impossible de déte) miner.

Puisque nous ne connoissous pas les organes des hjdali'Jes, nous devons, à plus forte raison ,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUJÏS. 23j

mnorer aussi leurs foiiclions. Les seules bien rJémoutrëes sont la seusibilitë et la motililé ; mises dans l'eau liède ou le sang , elles s'agitent en tous sens, s'allongent, se raccourcissent alternativement ; le corps sort de la vessie et s'y enfonce ; lorsqu'on les irrite, elles s'arrondissent , se resserrent, et se précipitent au fond de l'eau ; diverses parties de leur corps jouissent aussi d'une nioliiité particulière. Ainsi les suçoirs s'allongent , se retirent , se creusent en ventouses pour s'appliquer sur les corps environnans. Quelques auteurs donnent aussi aux crochets des raouveraens isolés , et décrivent des gaines destinées à en loger un ou plu* sieurs à la fois ; mais Steinhuch pense que les crochets ne se meuvent que lorsque la trompe rentre dans la tête, et eniraine à sa suite les cercles des crochets, qui reparoissent lorsque la trompe revient au dehors. Toutes les autres fonctions de ces animaux singuliers, leur nutrition , que l'on a attribuée à l'absorption exercée par les suçoirs suivant les uns, parla trompe suivant d'autres , et enfin par toute la surface du corps ; leur respiration , dont on a chargé les suçoirs; leur génération, à laquelle on a fait servir les mêmes ortzanes; la durée de leur vie, qui, comme la vie de la plante parasite, est intimement liée à celle de l'individu dans

232 TRà^^SFORMATIO^'S

lîîquel elles se sont développées; leurs maladies, dont J^erner ei Goeze ont parlé; les causes enfin de leur développement au milieu des organes, nous sont absolument inconnues.

Outre ces caractcres généraux, les bydatides en présentent de particuliers qui en ont fait distinguer diverses espèces.

Long-temps coufondues avec le genre tœnia, elles en ont été séparées par MM. Cuvier, Lamark et Bosc (i). liudolphi \iiS a toutes ras-

(i) Suivant M. Loennec, tous les vers vésicidaiî^s s^ divisent en quatre genres : le cysticerque {cjsiicercus) -^ \e poljcéphale {polycephalus)'j le bicorne rude {ditrachyceros ) , et enfin V acéphalocyste ( acephalocystis) , dont j'ai déjà parlé.

Geivre 1^*". Cj'sticerque : corps conformé comme le tœ~ ma , et terminé poslérieurement par une vessie. Les es- ]iëces sont très-nombreuses. On n'ena trouvé chez rhomme que quatre, dont Tune a été découverte par M. Laennec, qui l'a nommée cysticerque à double vessie ( cjsticercus dicyslus) j les trois autres sont le cjstîcerque ladrique [cysticercus finnus)'j le cysticerque découvert par le docteur Fischer ( cjsticercus Jisclienanus) , et le cjsiicertjue fibreux ( cjsticercus linealus ).

Genre ii. \.e s^cnre poljctphale comprend tous les vers vcsiculaires qui ont plusieurs têtes supportées par une vesj;ie caudale commune, et qui sont tantôt enkystés,

semblées en trois genres : les cystlcercîy qui renferment toutes \ç.s hvdatides solitaires ou hermites; les cœnuri et les ecchinococci j qu'on avoit d'abord confondus en un seul genre : ils comprennent les hydatides sociales.

\J hydadde celluleuse (i), cysticercus cel^ luîosus de VLuào\^\\\\ cysticercus Jînnus ^ pyrifoimis , alhopunctatus , de Zeder ; tcenià hydaligena anomala , de Steinbuch ; tcônïa finna , de Gmelin ; Jinna humana , de Werner. Tête tétragone, munie de quatre suçoirs et de deux rangées de crochets; col court, augmentant en avant ; corps conoide , dont la base se continue avec une vessie ordinairement ellipsoïde, quelquefois globuleuse et pyriforme.

Uhydatide viscérale , cysticercus visceralis

hominis y Rudolphi ; tœnia visceralis , Gmelin.

Corps petit , à peine visible à l'oeil nu ; quatre

suçoirs , crochets ; vessie sphéroïde très-variable

pour le volume.

Le Lœnia visceralis de Treutler (l) diffère

Caillot non enkystés. Ce genre contient trois espèces , dont une seule se trouve chez l'homme.

Le genre dilrachj'ceros ne renferme qu'une seule es-» pèce , découverte il y a peu d'années par Sieltzer.

(i) Bosc , Histoire naturelle des Vers , 1. 1, p. 52o.

(2) Observât, paihol. anatom. , p. i^ , tab. 5,

^Sj^ transformations

beaucoup de Thydalide viscérale : le corps esfc trèS'pelit el formé de trois tubercules sans suçoirs ni crochets, qui peut-être ëtoienl rentrés dans le cas qu'il a observé : les vésicules, demitransparentes , contenoient une sérosité jaunâ^ tre, légèrement amère.

\^hyclaticle globuleuse ^ Bosc; Lœnia glo" hosaàQQ[me\\\\\tœnia hydatigena de Pallas; hnnhricus hydropicus de Tyson , est mieux connue: elle a presque tous les caractères de riiydalide viscérale.

L! hydatlde polycéphale , Bosc; polycepha'* lus hominis de Zeder ; ecchinococcus hominis de Rudolphi ; acéphalocystes humaines de MM. Laennec et Luders.

Volume variable, depuis celui d'une noix jusqu'à celui du poing fermé. De la face interne de la vessie caudale commune naissent de petits vers semblables à des points tantôt sphériques, tantôt pyriformes, sans suçoirs apparens, munis d'un cercle de crochets.

Mais c'est bien moins en naturaliste qu'eu médecin qu'il s'agit d'étudier ici les hydatides: on en a trouvé dans toutes les parties du corps f souvent placées dans les grandes cavités, elles se voient quelquefois sous la peau , dans l'épaisseur des muscles.

Espèce i*^^. Hydatides dans les muscles^

L'hydallde celltileuse paroît préférer les plus erands muscles de riiomme : TVeîner en a trouvé un grand nombre dans divers muscles ; Steinhuch en a vu une vingtaine dans le trapèze, les scalènes, le dentelé postérieur et supérieur, les très -longs du dos et le deltoïde. Isenflamin^ cité par Rudolphi^ en a trouvé dans le creux de l'aisselle ; Chahert, dans l'épaisseur de la langue. T^'erner prétend que les muscles sont plus rouges au voisinage de ces hydatides; d^autres disent qu'ils sont plus flasques , et que les chairs des porcs ladres sont pâles et mollasses. Treutler a trouvé des h3^datides de la même espèce dans le sacrolombaire du simla''patiis et le dentelé du sylvanus* Dans le cochon domestique , on en a rencontré dans les interstices celluleux de tous les muscles» dans l'épaisseur des grands muscles surtout , dans l'épaisseur du coeur, entre ses colonnes charnues , dans les valvules semi-lunaires , l'oesophage , la langue , les muscles de l'œil , autour des nerfs optiques , au milieu des circonvolutions cérébrales ; quel(jues-uns sous la dure- mère, à l'endroit de l'union des principaux lobes ; beaucoup sous la pie-mère ou dans la substance corticale. Bidloo parle d'un empirique d'Amsterdam , qui persuada, même à des médecius célèbres , que des hydatides qu'il retira d'une tumeur située au creux de l'aisselle,

éloientdcsœufs, et que tout le monde veaoit les voir par curiosité. Bldloo reconnut aisément une tumeur enkystée. M. Muugeot dit avoir vu à l'hospice de perfectionnement une tumeur remplie d'hydfUides s'ouvrir dans le laryht. Le malade succomba.

Espèce ii. Hydadcles dans les os. M. Cullerier reçut dans ses salles un homme qui avoit à la pdrlie antérieure du tiers supéiieur du tibia, une tumeur indolente de la consistance du slëalôme, présentant à sa circonférence uh rébord osseux et inéi>al qui indiquoit une cavité dans laquelle la tumeur étoit reçue. Les moyens ordiîîâîres éla?^t^èàtft; effet , M. Ci///€?rf«?r appliqua la potasse caustique : il s'écoula à la chute de l'escarre une malière épaisse , de couleur lie de vin , et presque inodore. L'examen du fond du foyer indiquoit un développement du tibia : on a recours au cautère actuel ; la portion d'os cautérisée recouvroit une cavité d'où s'échappèrent de petits corps arrondis , de trois ou quatre lignes de diamètre ; l'un d'eux avoit plus d'un pouce de diamètre, et en conteuoit plusieurs autres. Ces corps étoient des bydatides de la nature de celles que M. haennec nomme acé^ phalocysles»

Espèce m. Hydatldes dans le cerveau, Fischer a trouvé dans le pleVus choroïde d'un

homme son Lœnia h^daligène ,ou le cysticercus pyrifonnis de Zeder. C elle hjdalide li'étoil pas renfermée dans un kyste particulier, mais lenoifc au pleiius choroïJe par un pédicule. Zeder dit que Fischer dL trouvé descjsticercespyriformes sur la dure-mère; mais on n'a vu sur elle que des vésicules sans ver distinct. Zeder place dans le cerveau les polycéphales de Goeze , quoique celui-ci ne parle de leur situation ni dans son livre sur les cysticerces celluleux, ni dans ses oeuvres posthumes. Le même auteur rapporte qu'une jeune personne qui employoit à la lecture une partie de la nuit, fut prise de céphalalgie, de tournoiemens de tête, avec impossibilité de supporter la moindre lumière un peu vive, et de se tenir debout sans vaciller, comme les moulons attaqués du tournis. Elle mourut , et à l'ouverture, on trouva beaucoup de sérosité dans les ventricules latéraux , et da,ns les> troisième et quatrième, une douzaine d'hydatides dontquelques-unesavoieDlle volume d'un œuf de poule. La paroi droite du quatrième ventincule offroit un endurcissement de la substance cérébrale , gros comme une amande , et de couleur jaune ; les bydatides éloieut des polycéphales. Une jeune tille âgée de d'X-neuxao^ éprouva ,, sans cause connue, pendant deu : ans, des verliges qui augmentoient quand elle prejcioitde

23s TRANSPORMATIONâ

l'exercice , cl surtout quand eUe-se baissoit , des exacerbations irrëgulières, de rirritalion à l'estomac , et des ëblouissemens. Le 22 avril 1810 , elle tombe sans connoissance, revient à elle, a les yeux hagards , et se plaint d'une douleur fixe, aiguë à la tète. Ces attaques se rëpètent tous les mois , toutes les huit semaines, augmentent d'intensité, et sont successivement suivies de surditë, de perte de la vue du côte droit, du côté gauche , de celle de Todorat , de paralysie du côlë droit, enfin de symptômes apoplectiques et de la mort.

M. Marrah^ qui en fit Touverture le 14 décembre 1810, trouva les vaisseaux de la duremère engorgés , et une bydatide de deux pouces de large , et de trois pouces de long qui ëioit enfoncëe dans i'hëmisphère droit du cerveau, à la substance duquel elle adhéroit intimement, et qui lui fournissoit une grande quantité de vaisseaux délies. M. Marrah n'entre d'ailleurs dans aucun détail sur l'espèce d'hydaiide qu'il a observée : peut-être n'eloit-ce qu'un kyste séreux (i).

Je ne parle pas des hydaiides cérébrales chez les divers animaux : les exemples en sont beaucoup plus communs.

(i) Mçdico'Chimrg. Transaçt,,yo\,\i,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 23g

La plupart des bulles aqueuses, si fre'quentes 3ans les plexus choroïcies , ne sont autre chose que des kystes seVeux.

Espèce iv. Hydatides de la poitrine. Les observateurs, Bonet , Morgagni , surtout, sont pleins d'exemples d'hydaiides du poumon ; mais comme ces auteurs célèbres ne distinguent pas les hydatides d'avec les kystes séreux, je suis forcé de renoncer aux nombreux faits qu'ils fournissent, quoique certainement un grand nombre seroit des ext mples d'hydatides. Jonh^ son (i)parled'une veuve qui en cracha plusieurs centaines dans le cours d'une longue maladie. CoUet{p) a vu une femme âgée de trente-troisans affectée de toux chronique, qui pendant quatre mois en expectora plus de cent cinquante; à l'ouverture , on trou va dans le poumon deskystes qui en étoient remplis. — J'ai vu en l'an 1811 , à l'Hôtel-Dieu , une femme qui avoit une tumeur inflammatoire à l'ombilic; M. Dupuytren ne veut pas d'abord y loucher ; mais bientôt la fluctuation est manifeste; la peau menace de s'ouvrir; alors une incision donne issue à une grande quantité de pus, et à quelques poches bydatidiformes. Cette femme mourut, et à Ton-

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(i) Transact. philos., vii^ part., pag. 180.

(2) Comment, de Rébus in Scient, nat, y. xix, p. 222.

HÙ^Q TRANSFORMATIONS

verlure, irous trouvâmes une communicahon entre l'ouverture de Tombilic et une cavité contenue dans le poumon, par une espèce de canal formé à travers le diaphragme , entre le foie et les parois abdominales. La cavité du poumon conteuoit encore une grande quantité de poches hydaliques. Il nous fut évident que le poumon avoit été le siège primitif de la maladie. M» Mojon rapporte un exemple très-curieux d'hydatide pulmonaire. Une femme âgée de cinquante-deux ans fut prise, durant toute l'année 1811, de pal pilations,desyncopes, avec une sorte de constriction dans les hypochondres ; sa respiration devenoit de temps en temps pénible ; pendant le sommeil , elle avoit des grincemens de dents et des sueurs très-abondanles. Sur la fia de décembre, elle se plaignit de tintement d'oreille, d'éblouissemens fréqnens , de défaillances et de malaise dans la région du cœur. Le 10 janvier 1812 , lipothymies que suivent des nausées, des maux de cœur , et une toux avec expectoration de sang rouge, écumeux, très -abondant, La toux augmenle; et pendant une forte quinte, la malade ex])eclore plusieurs concrétions polypeuses de la grosseur d'une petite noix. (Polion avec eau distillée de laurier-cerise, et quelques gouiles d'acide sulfurique étendu dans une quantité d'eau conyenable, à prendre

par cuiilerée. ) Cette potion calma la toux et dimiuua riiëmoptysie. « Les concrétions poly- » penses ëtoient un amas de petites hydalicîes » obion^ues, fusiforraeSj de la longueur d'un » cenlimèlre , ventrues à leur niilleu , (îxe'es par )) une de leurs extrémités à une base |iresque » cartilagineuse. Plusieurs adhëroient les unes )) aux autres par un tissu filamenteux , lâche , et » très- abreuvé d'une humeur sanguinolente; » elles étoient transparentes , formées d'une » membrane très - fine , remplie d'une sej) rosité limpide , incolore. Vues au micros- » cope, écrasées entre deux verres, d'après la » méthode de Bosc^ elles présenloienl une ou^ )) verture ou suçoir à bords unis, un peu éva- » ses, tel que celui des liydalides observées » par Treutier dans le plexus choroïde d'ua )) homme». M. Mojon croit que ces hydatides appartenoient au genre des acéphalocystes » quoiqu'il sache qu'on pourroit tout aussi bien les rapporter à Vhermita de Block^ ou à Vhy^ dalis utricularîs de Goèze ; mais il n'ose gratifier l'espèce humaine d'un nouveau ver qui n'a été trouvé que dans le lièvre par Goèze»

Je reviens à la malade : elle eut encore des lipothymies, des douleurs aux hypochondres, des palpitations; riiemoptysie diminua. On dé* cida, dans une consultation, de donner le mer-

â43t 'îhRAI^SFORMATiONS

cure à cause de sa puissance vermifuge. La ma* lade se rétablit parfailemeot.

L'observation suivante est trop remarquable pourque jene la rapporte pas ici louteenlière(i). « Un ferblantier âgédevingt-huitanSçaffectéde* )) puis environ six mois de douleurs rbumatis- » maies erratiques , fut pris lout-à-coup de vives » douleurs dans les reins, dans le côté droit de >i la poitrine, dans l'épaule et le bras du même w côlé. Ces douleurs étoient accompagnées de » fièvre , d'oppression, de hoquet. Le repos, la -i) diète , les sangsues , font disparoilre la fiè- )i vre, et dès -lors la douleur paroît circons- » crite dans un petit espace. Au bout d'un mois » environ , il survient une loux sèche et péui- » ble; la gêne de la respiralion augmente; le n malade ne peut se coucher que sur le dos et » sur le côté droit j qui rend un son mat parla per- » cussion ; enhn , on reconnoît à la partie posle- » rieure et inférieure du même côlé un empâte- » ment considérable et circonscrit. On couvre » cette partie d'un cataplasme : bientôt la lluc- » tuation y devient manifeste , et l'on se décide à n y pratiquer une ouverture dans l'endroit qui » correspond à l'intervalle de la troisième à la

(i) Recueil pénodicjue de la Société de Médecine d« Paris ; février i5i2.

» quatrième fausse côte. Après rincisioii delà w jieau , on découvre un kyste blanc, faisant » hernie à travers les muscles intercostaux dë- » traits. On Pouvre ; il s'en écoule quelques cnil- » lerëes d'une eau limpide , et immédiatement M après une grande quantité de pus jaunâtre. » Le lendemain , à la levée de l'appareil, le kyste » se trouve dans les compresses : c'est un sac » formé par une substance mucilagineuse , blan» }) châtre, affaissé sur lui-même, et qui, dans » son état de distension , ëgaleroit le volume » d'un oeuf d'oie. Bientôt de nouveaux kystes )} de même nature, mais de différentes gros- » seurs , s'échappent par la plaie ; on en re- }) cueille à chaque pansement une quantité plus » ou moins considérable ; plusieurs ressem- )) hlent , pour le volume comme pour la forme , » à des œufs de petits oiseaux; quelques-uns » ont une forme arrondie : les uns sont disten- » dus par une sérosité gélatineuse , dont la con- )) leur varie depuis le blanc jusqu'au plus beau M rouge ; les autres sont affaissés , déchirés , ou >) même réduits eu détritus, et confondus avec la w matière purulente dans laquelle ils nagent. Exa- )) minés très -soigneusement, et soumis à dif- » férens essais par l^auteur et par plusieurs M médecins de Nantes, ils présentèrent tous les » caractères de l'espèce de ver vésiculaire que

£44 T il À ^' s F 0 R M A T I o ^' s

» M. Laennec a clésigoé sous le nom à^ acé' )) phalocyste ». Lesaccideos diminuent : le malade rend à diverses reprises, soit parrexpecto* ration , soit par ia plaie ^ plus de cinq cents hydatides. Leur expulsion étoit prëce'dëe d'accideas de suffocation : les unes ëioient blanches ou blanchâtres, les autres rouges. Parmi celles-là, trois avoient le volume d'un œuf d'oie, une celni d'un œuf de poule , et douze environ pouvoient être comparées à des œufs de pigeon. Les hydalides rouges avoient la grosseur d'un grain de raisin ; il y en avoit de petites comme une lentille. Quarante jours a près l'opération, le malade étoit sans fièvre, reprenoit de l'embonpoint; et îa plaie, réduite à une petite ouverture fistuleuse , fournissoit une suppuration de bonne qualité.

On trouve dans la Bibliothèque Germanique (i) un exemple de kyste Lydatique dans l'épaisseur du péricarde. — Morgagnl dii avoir trouvé des hydatides adhérentes au cœur; mais peut-être a-l-il pris pour elles des kystes séreux.

Espèce v. Hydatides abdominales. Il n'est point de viscère contenu dans l'abdomen qui ne soit susceptible de présenter des tumeurs hydatiques. ^F rentier appelle Lœnia visceralis une

{i) Tome ly , p.'jge 25.

. ^ ET PRODUCTlOxNS ORGANIQUES. 24S

espèce d'hjdalide qu'il a fréquemment trouvée sur le péritoine de personnes mortes hydropi*» ques. — Rien de plus commun que les hydatides de l'ëpiploon chez les lapins. — Rivière (i) et Fiichter (2) en ont rencontré entre les membranes de l'esiomac.— ^/^Z/00 a vu dans les reins un kysle qui pesoit quarante livres , où les hyda-^ tides étoient comme eniassées. — > Chopart en a trouvé dans les reins, les uretères; quelquesunes , arrêtées à l'orifice vésical du canal de Turètre, ont donné lieu à des rëtenlions d'urine. TNous possédons aussi un grand nombre d'observations d'hydatides rendues par l'anus; on en trouve trois exemples dans le Journal de Médecine (3) : dans l'un de ces exemples, des hydalides avoient en même temps été rendues parle vomissement. B.udolphi pense que ces liydatides rendues par l'anus viennent du foie , et ont pe- Détré dans le canal digestif par suite d*unc adhérence établie entre le foie et le duodénum. Et procul dubio hydatldœ e.x hepaùis absccssu iti duodénum penetrand derivandce (4). Il dit lavoir vu exécuter des mouvemens à ])lusieurs

(i) Oper. med. obs. conim. kjdrops. venir.

(2) Bibliothèque germanique, t. iv , p. 25i.

(5) Tome lxxix , pa^e 5i5; t. lxxxiv , p. 4^, 339.

(4) Yol. lï, paît. li , p. 2^8,

s/jS TRANSFOK MATIONS

Lydalldes rendues par Tanus , que TT^eigel lui avoit conservées dans de l*espnt-de-vin.

Espèce vi. Hydatides du foie. Mais c*est surtout dans le foie que les hydatides sont fréquentes. Hippocrate veut-il pailer d'hydatides lorsqu'il dit (r) ; Quibu^ hepar collu^ie serosd impIeCum rinnpitur , ita ut liquor in ortientum incidaty his ^venter aquâ repletur , atque ita moriunlur, Galien explique cet aphorisme en disant qu'il se forme souvent des hydatides sur le foie; et que dans les animaux qu'on égorge, ce viscère en est quelquefois rempli. Si ces vésicules aqueuses se crèvent, ajouie-til, l'eau s'épanche dans répigastre.

On trouve des hydatidesà la superficie du foieou dans son épaisseur : tantôt elles sont dépourvues de kyste et solitaires; tantôt réunies en grand nombre dans un kyste commun ; et, dans ce dernier cas , elles peuvent être fixées aux parois du kyste, libres, isolées les unes des autres , ou bien unies comme une grappe de raisin. On a observé souvent l'animalité des hydatides du foie dans les moutons ; on n'a jamais pu le faire chez l'homme, parce qu'elles périssent toujours pendant le temps qui s'écoule depuis la mort jusqu'à l'ouverture du cadavre. Une grande partie des

(i) Section vu^ , aphor. 55.

observalions d'hydatides du foie consignées dans les auteurs, doivent être rapportées aux kystes séreux. En voici plusieurs qui nie paroissent appartenir aux bydatides, ,

Camérarius , professeur de Tubinge, parle d'un bomme d'un tempérament pblegmatique , qui , à la suite de chagrin , de toux fréquenle et d'une vie sédentaire , s'aperçut qu'il avoit à la région du foie une tumeur dure, indolente, sans cbangement de couleur à la peau. Des bommes de l'art consultés, jugent que c'est un abcès: une incision est pratiquée et donne issue non à du pus , mais à une grande quantité d'bydatides qu'accompagne une matière épaisse, visqueuse, semblable à du suif fondu. Les consultans décidèrent que la maladie étoit un abcès stéa(omateux. Plus de trois cents bydalides sor- Jlirent à diverses reprises. Le malade mourut un an après : à l'ouverture on trouva dans le foie un grand kyste rempli d'bydaiides et d'un liquide purulent ; le foie paroissoit détruit par érosion, depuis sa face convexe jusqu'à la vésicule.

Panaroli ouvrit à l'bôpital du Saint-Esprit de Rome , une tumeur de ce genre qu'il croyoit être un abcès du foie. 11 sortit quelques bydalides, les unes entières, les autres ouvertes. Le malade ne survécut à celte ouverture que quinze

jours, pendant lesquels ii s'échappa un mllliep d'hjdaiidcs. A l'oaverlure, on trouva la surface convexe du foie couveile d'hjdalides de diverses grosseurs: lesaulres viscères ëloient dans Telal naturel.

Presque toujours la mort a suivi de près l'ouverture de semblables tumeurs. Un chirurgien des environs d'Amsterdam (i) fait la ponction entre les dernières fausses côtes droites , à une dame qu'il crojoit affectée d'une hydropisie de poitrine : aussitôt s'échappent plusieurs hydatides : le chirurgien , étonné , va demander conseil à Rnysch: la malade mourut le lendemain. A l'ouverture on ne trouva rien dans la poitrine ; les poumons étoient dans Tétat naturel; mais le foie contenoit un kyste très-volumineux, rempli d'hydatides : c'étoit dans ce kyste que la ponction a voit été faite. Pwyscli ne fait aucune réilexion sur cette observation ; ce qui doit d'autant plus surprendre , observe Las sus , que ce point de doctrine étoit encore en litige de son temps. On trouve , dans le Journal des Sava]]s (2), l'observation d'une femme âgée de cinquante ans, qui avoit dans l'épigastre une tumeur dure, d'abord peu douloureuse, qui

(f ) RuYSGH , Obs. anar.-chirurg. ) obs. lxv , p. 6. (2) 1698 , pag. 282.

s'étendit sous le rebord des fausses côtes , et devint molle comme un abcès. On fil deux applications de potasse caustique, et on réunit les ouvertures qui en furent le résultat par une incision transversale. La malade mourut: à l'ouverture, on trouva un grand kyste attaché à la face concave du foie, adhérent à l'estomac et à la plupart des viscères gangrenés. A la face convexe du foie étoit un autre kyste adhérent au diaphragme , et dans lequel on trouva une douzaine d'hydatides que Tauteur de l'observation prend pour des œufs. — Les Mémoires de ]a Société de Médecine (1) font mention d'une tumeur située à la région du foie , qui fut suivie d'une ascite pour laquelle on pratiqua la ponction. A l'ouverture , on trouva les viscères abdominaux adhérens entre eux, et s'en allant par lambeaux. A la face concave du grand lobe du foie étoit une tumeur grosse comme le fond d'un chapeau ; on y trouva un petit paquet d'hydatides de la grosseur d'une noix. — Enfin Lassus ouvrit le corps d'un homme que l'ontraitoit depuis long-temps pour des obslruclions au foie, et à qui l'on avoit conseillé l'équitalion. Cet homme lit une chute de cheval, et mourut six heures après. A Tou-

(i) i777-ï77^> pag. ai2.

25o TRANSFORMATIONS

verluie. Lassas trouva trois pi aies d'eau épanchées dans la cavité abdomioale, et à la partie inférieure et concave du foie un grand kyste très-épais contenant un peu d'eau et une douzaine d'iiydalides : il n'y avoit pas de vésicule du fiel.

De ce que je viens de dire , et de beaucoup d'autres observations que j'aurois pu citer , il résulte que les tumeurs bydatiques du foie sont presque toujours mortelles, soit qu'on les traite , soit qu'on les abaudounc à elles-mêmes, mais que la mort est toujours accélérée par la ponction. Cependant il existe des exemples de tumeurs bydatiques guéries par les seuls efforts de la nature.

Pîater (i) parle d'une fille âgée de vingt ans, qui, après avoir éprouvé long-temps une ten^ sion douloureuse dans l'bypochondre droit, vit fe'y former une tumeur qui fut prise pour un squirrbe, et s'ouvrit spontanément: il sortit à diverses reprises de la sérosité limpide et des hydatides qui étoient lancées au loin : la malade guérit parfaitement.

Guattani (2) raconte qu'un homme âgé de quarante ans avoit dans la région du foie une

(i) Observ. Select., obs. xviii, p. 44'

(2) De ext. Aneur. , p. 109. Romoc , 1772.

ET PRODUCTIONS OEGANIQUES, 2^1

laraeur dure , rënilente , circonscrite , avec tension , et qui se prolongeoit vers la iigue blanche et l'ombilic. On sentoit au centre une fluctualion obscure. Guatiani , incertain du véritable caractère de celte maladie , se décide à temporiser. Neuf mois après , la fluctuation devient manifeste ; la peau rougit , s'ouvre , et par l'ouverture s'échappent plus de trois cents hydatides entières. Un stylet introduit fait reconnoitre un grand vide, dont il n'est pas possible de parcourir toute l'étendue. La plaie resta fistuleuse pendant long-temps sans que la malade en fût incommodée. Elle guérit six ans après.

On cite encore quelques exemples d'iiydalides du foie rendues par l'expectoration : presque toujours il en est résulté une phlhisie mortelle.

On dit avoir vu la vésicule du fiel très-dislendue par des hydatides (i).

Espèce TH. Hydatides de la raie. La rate est beaucoup moins exposée aux hydalides que le foie et les reins. Elles offrent d'ailleurs les mêmes caractères.

Espèce viii. Hydatides des reins. Badlie (2) a vu des hydatides rénales qui éloient envelop-

(1) BAILLIE,p. 2/[5.

(2) Page 275.

332 TUANSFORMA-TIONS

pies dans un kyste épais jlamelleux, ayant une durelë cartilaginL-nse à sa surface anlérieure. Ces bydatides différoient , pour la grosseur , depuis celle d'une petite orange jusqu'à celle d'une tête d'épingle. Quelques-unes de ces dernières étoient descendues dans la vessie , qui prësentoit une tunicjue muscuîeuse très-e'paisse.

Espèce jx. Hydaddes de la tunique vaginale. On a vu des hydatides tantôt libres dans la tunique vaf'îDale , tantôt avilie renies.

Ks^ECEX. Hydatides du placenta. On trouve souvent le placenta vésiculeux. V alisiiérius^\{xsttiiment loué par Haller^ en a rapporté un grand nombre d'exemples. En général j ces vésicules sont supportées par un pédicule , lequel en se divisant et se subdivisant, donne naissance à une fouie de plus petites vésicules ( i ). Ruyseh pense qu'elles sont le résultat de la dilatation de vaisseaux. Ou croit assez généralement aujourd'hui que ce sont des hydatides.

Espèce xi. Hydatides de lamatrice. On trouve dans les auteurs , Aetius , J^anderviel , Paul Portai, Mauriceau y iSme///c? ^ e^c. ^ un grand nombre d'observations d'hydatides de la matrice ; mais celles de M. Percy ont rendu ce sujet tout nouveau.

(i) Haller , Opusc. patliol. , obs. xl.

Une femme de Strasbourg, mère de trois tilles, parvenue au tioisième mois d\ine quatrième grossesse , commença à apercevoir des taches de sang sur son linge et à élre mouillée : inquiète de ne point sentir remuer son enfant au quatrième et au cinquième mois, elle allaconsuller MM. Roederer et Keihinann , qui soupçonnèrent une môle. Cependant les mamelles s'affaissent , les jambes s'œdèmatient , l'ëcoulement alternatif de sang et de sérosité devient plus fréquent ; Tappélit , le sommeil et les forces diminuent. Vers le milieu du huitième mois de cette prétendue grossesse, des douleurs vives se déclarent ; M. Percj est appelé. Une constipation de quatre jours indiquoit le besoin de lavemens. Des lavemens huileux qu'on avoit prescrits ne produisant aucun effet, on en administre d'autres faits avec i'oxicrat et une forte pincée de sel. Des selles très-copieuses ont lieu; les douleurs se concentrent sur la matrice, et pendant leur plus haut degré d'intensité , il s'échappe tout- à -coup avec de Teau plusieurs bulles aqueuses: c'étoient des hydatides qui s'agitèrent dans la main de M. Percy, Les douleurs cessèrent presqu' entièrement ; il s'écouloit toujours un peu de sang, et la malade s'affoiblissoit. Pour exciter les douleurs, M. Percy s'avise de faire des injections dans le vagin avec

ce qui restoit du lavement acétique; aussilôl les douleurs se renouvellent; la malarle fait des efforls violens comme pour aller à la selle : des flocons membraneux , des hydatides entières sont chassés coup sur coup. En unquart-d'heure Ja matrice fut complètement débarrassée , le calme se rétablit , et la malade recouvra bientôt sa santé iiabiluelle.

M,Percy a fait deux autres observations analogues , Tune sur une veuve, l'autre sur une religieuse âgée de vingt-six ans , parvenue au sixième mois d'une prétendue grossesse. L'illustre praticien , en montrant que la formatioa d^hj'datides dans l'utérus pouvoit se concilier avec la virginité , sauva Thonneur de cette malheureuse si injustement soupçonnée.

M. Lesné , chirurgien de S. A. I. l'archiduc Charles, parle d'une dame veuve depuis plusieurs années, qui éprouva, à l'âge de trentedeux ans, une suppression de menstrues, et ressentoit tous les mois des douleurs utérines et abdominales. Les injections anodines , les embrocalions huileuses , camphrées , les clystères avec l'assa-foetida n'avoient été d'aucun secours ^ lorsque la malade est prise subitement de constriction à l'hy pogastre, de pesanteur au périnée ^ et d'un écoulement abondant par le vagin. Elle se place sur un pot et le remplit d'une sérosité

jaunâtre et visqueuse, d'albumioe diversement combinée, et de beaucoup de petits corps que l'observateur compare à de moyennes capsules de raisin aux trois quarts flétries, molles, encore humides , et contenant une partie de leurs pépins. L'écoulement menstruel s'est rétabli, et la dame a recouvré une santé parfaite (i).

Quelle estlacausedeceshjdalides? on l'ignore entièrement. On a cru qu'elles ne s'observoient que chez les femmes mariées,et on les a attribuées à une dégénérescence particulière du produit de la conception ; mais les filles y sont également sujettes. D'ailleurs, les hydatides utérines doivent reconnoître la même cause que les cérébrales, les hépatiques, etc.

Les symptômes des hydatides utérines sont équivoques; ils se confondent avec ceux de la vraie grossesse dans les premiers temps de la gestalion , et avec ceux de la fausse dans la suite. Deux symptômes particuliers à ces hydatides sont , suivant M. Percy j l'alternative des pertes de sang et d'eau , et l'état de l'orifice de la matrice, qui reste béant et ne change pas de place. Mais le seul signe pathognomonique est l'issue d'hydatides.

(i) Lettre à M. Percy, Journ. de Med. de WSl, Cor- ^hart , Leroux ei Bojcr^ i8i4'

La sortie des bydalides est le seul moyen ciiratif. Celte sortie , facile chez quelques temaies, a été accompagnée chez d'autres de perte de sang , de douleurs très-aiguës , de syncopes. La dilacëratlon de la poche , quand on le peut, les injections acétiques et salées , conseillées par M, Percjy voilà les seuls moyens rationnels.

DEUXIÈME SOUS-OKDRE.

Kystes spontanés préexistant à la matière quils contiennent

Ce sont les kystes séreux , synoviaux , mélicériques, stéatomateux , etc., etc.

GENRE

Kystes séreux.

Ce sont ceux qui contiennent de la sérosité, et qui sont formés par une poche très-analogue aux membranes séreuses. Ils sont extrêmement fréquens, se développent dans toutes les parties du corps. C'est à eux qu'il faut rapporter presque tout ce qu'on a dit sur les hydalides, avant la découverte de ranimalitë de celles-ci, et même ce qu'en disent encore la plupart des auteurs. Leurs parois sont transparentes ou opaques j leur surface tantôt libre de tous côtés,

Et FRODUCTIOAS OKGAISIQLES. 23*^

excepté par le point qui leur fournit des vaisseaux, tantôt adhérente. Ou observe les kystes à parois transparentes et à surface libre dans les cavite's cérébrales, les plexus choroïdes surtout j dans le rein , le foie, le poumon, et dans toutes les cavités séieuses. Les kystes adhérei s se voient dans toutes les parties du corps.

Espèce f®. Kystes séreux du cerveau* M. Portai (i) assure avoir trouvé des kystes du. volume d'un œuf de pioule dans l'épaisseur du. cerveau , du cervelet, de la moelle allongée. Ils contenoient tantôt un liquide trauspareut, tantôt une humeur gluante, visqueuse, et d'une couleur plus ou moins brune. Les parois de ces kystes avoient , dit-il , plusieurs ligues d'épaisseur , et même quelquefois la dureté de la corne. — Sur une jeuiie fille qui mourut à la sulle de symptômes cérébraux et d'une amau» rose, j'ai vu un kyste séreux considérable ^ développé dans l'épaisseur du cervelet , tout près de sa face supérieure. —Z)<?j'^w/^ disoit dans ses leçons qu'il avoit trouvé une hydalide entre les deux lames du septurn lucidwn. Peut-oa regarder ce fait pathologique comme démon-trant l'exifetence d'un cinquième ventricule admis par y^ieussens^ Vf^ inslow ^ Sœinmering , et

(i) Anat. méd. , t, lY , p, 7a,

258 TRANSFORMATIO]?ï3

la pluprn't des analomisics , vcjeîée par Santo^ rini et quelques autres? Non , sans cloute , pai ce qu'il iVest pas de parties dans lesquelles De])uissent se développer dus kjsies séreux.

Espèce ii. Kystes séreux^ de la pie-mère ex^ térieure, Lleutaud (i) parle d'un jeune homme qui, après trois jours de dévoiemeut , tomba ^ sans cause manifeste, dans un délire furieux sans fièvre. Il succomba; et1i l'ouverture, on vit la pie-mère hérissée de petites bulles aqueuses réunies en grappes. — M. Portai (2) trouva sur le cadavre d'un homme affecté de leucophlegmatie , avec dureté dans Fliypochondre droit et tuméfaction du visage , le foie volumiueux et pierreux. La plèvre, le péritoine et les méninges , étoient comme farcis d'hjdatides , liyda» tibus infarcti*

Espèce m. Kystes séreux de la pie-mère intérieure. C'est surtout la pie-mère intérieure qui est exposée à ces kystes. Les auteurs sont pleins d'observations à ce sujet (,^). 11 n'est personne qui, dans le cours de ses dissections, n'en ait vu pn grand nombre de fois. On les a souvent trouvés sur des individus morts à la suite d'épi- I" . , I ■ , ,1 ■ ■

(i) Ohscrv, IV , lih. x.

, (2) LiEUTAUD , Obs. IV {à),

(5) Voyez Bonet, Tfepfer^ Warlhon. ,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 25c)

lepsie, de céphalalgie, de convulsions, d'apoplexie; et comme il n'exisloit aucune iiutre lésion organique sur le comple de ia<]uelle on pûl mettre les symptômes éprouvés, on a mieu:^ aimé en accuser ces kystes que d'avouer son ignorance à cet égard. Wepfer ne les regarda pas comme cause , au moins prochaine , de l'apoplexie. VFarthon ne leur accorde d'iiifiiience sur la production de l'apoplexie que par la gêne qu'ils apportent dans la circulation des plexus choroïdes , ce que paroîiroit confirmer l'observalion de Drelincuriius ^ qui trouva dans le cerveau d'un apoplectique les plexus choroïdes remplis de vésicules aqueuses très-tumé-» fiées et déchirées. Morgagnl ne rejette ni n'auoptt; cette cause d'apoplexie; il dit que Thydropisie des ventricules provient delà déchirure de ces poches; mais cette cause ayant paru commune à toutes les hydropisies,j'en parlerai dans un article à part. — Baillie^ qui ne fait pas mention d'hydatldes dans les plexus choroïdes , dit que la maladie la plus fréquente de ces plexus consiste dans deux poches rondes, traasparentes^ qui lui adhèrent et qui reçoivent communément le nom à^hydalicles ; il croit que ces poches sont le résultat de la distension de la veinequipasse sur le bord du plexus choroïde, 11 est parvenu , dit-il, à les distendre par de Tairen ouvrant cette

a&O TRANSFORMATIONS

veiue, el en y soufilant avec un chalumeanî Espèce iv. Kystes séreux de V œil, Lecab{i) dit que l'œil est une hjdaticle parfaite , et celle-ci un oeil imparfait. On a peine à concevoir qu'une pareille absurdité ait pu sortir d'un cerveau aussi bien organisé. M. Portai assure qu'il a trouvé des hydalides entre la choroïde et la rétine : il seroit bien à désirer que cet auteur fût; entré dans quelques détails sur ce fait extraordinaire, aussi-bien que sur les hydatides qu il a trouvées dans la cavité du tambour et sur la membrane pituilaire. — J'ai vu un kyste séreux dans répaisseur des lames de la cornée transparente : c'étoit sur un enfant de onze ans et demi , qui s'aperçut d'un trouble dans la vision de l'œil droit, un mois et demi après y avoir reçu un cou p de pierre. On eût dit , au premier aspect , qu'il avoit une taie; mais M. Dupuytren nous fit remarquer que l'opacité , qui s'étendoit depuis la circonférence de la cornée jusqu'au milieu de la pupille , étoit produite par un kyste développé entre les lames de la cornée. Le seul moyen de i^uérison consisloit à ouvrir ce k3^ste , et à en enilammer les parois : l'opacité devoit en être la suite. Une aiguille à cataracte est donc enfoncée à travers le kyste , jusque dans la

(i) Traite des Sens , t. ii , p. i55.

chambre antérieure; la liqueur du kyste s'y est épanchée ; Taiguille a été promenée dans la poche poury produire de l'irritation ; néanmoins, au bout de quinze jours, il s*ëtoit fait un nouvel amas de liquide. M. Diipuytren y porta une seconde fois l'aignille. Le petit malade a guéri , comme on l'avoit annoncé d'avance , avec une opacité de la cornée dans toute retendue occupée par le kyste.

Espèce v. Kystes séreux des paupières. Ils sont très-communs. On a prétendu que leur fréquence étoit due au grand nombre de follicules sébacés que contient cette partie. Mais ces kystes sont-ils le résultat du développement des follicules sébacées? Scarpa ne veut pas entamer celte question. Cependant la dénomination de tubercule folliculaire qu'il emploie pour dési^ gner les kystes de« paupières, montre assez quelle est son opinion. Ils sont toujours plus voisins de la muqueuse palpébrale que de la peau ; aussi Scarpa conseille-t-il de les attaquer toujours par la face interne , à moins qu'ils ne soient situés vers Tune ou Tautre commissure, de manière à rendre le renversement des paupières impossible.

Espèce vi. Kystes séreux de la cavité orbl" taire. Les kystes développés dans le fond de l'or- Bite causent des douleurs lancinantes très-vives 5,

repoussent en-devant le globe de Toeil , font leurs progi es dans Tëpaisseur de Tiiue ou l'autre paupière', le plus souvent de l'inférieure. Ils ont été observés par Saint- Y^'es ^i Bromjîeld, Tout récemment, dans un cas de celle espèce, on crut à un carcinome de l'œil , et on voulut en faire Te^j^tirpalion. Pendant qu'on cerne cet organe entre deux incisions semi-circulaires , on entame le kyste , la sérosité s'écoule , et on reconnoît sou erreur. II faudroit , dans des cas semblables , faire une incision le long du bord adhérent de la paupière inférieure; isoler , autant que possible, le kyste des parties environnantes; exciser tout ce qu'on pourroit, introduire de la charpie dans le reste de la poche (i). Espèce vu. Kystes séreuoc clans les ahéoles. Dans Tune des deux espèces de consomption de la racine des dents que M. Diwal a établies , on trouve l'extrémité malade de la racine circonscrite par un bourrelet osseux , baignant dans un liquide renfermé dans un kyste fixé, d'une part , à ce bourrelet, de l'autre, au fond de ralvéolc. Ce kyste suit ordinairement la dent lors de son extraction : reste-t-il dans l'alvéole, il ocôasionne rme suppuration qui persiste longtemps. Il contient un liquide tantôt très-épais,

(i) SciRPA , Maladies des Yeux , p. i55.

tantôt séreux; sa surface interne est aussi lisse que celle des membranes séreuses. Ces kystes vSe développent le plus communément Jaus Us al-^ véoles des canines supérieures, et acquièrent quelquefois un très-grand volume. ]\L Marjo-^ lin m'a montré, sur l'os maxillaire supérieur d'une tête articulée , une cavité très-considérable ouverte en avant. Il est certain qu'eu sondant cette cavité sur le vivant , on auroit cru être parvenu dans le sinus maxillaire avec lequel elle n'avoit cependant aucune communication.

Espèce viii. Kystes séreux du cou, Haller (i) dit qu'une femme très-belle vint le consulter pour une tumeur dure, sans rougeur, plus grosse que la tête, située à la partie antérieure du cou, Haller pensa cjue c'étoit une bydatide : on l'ou- Trit; il s'écoula une eau très-limpide. On excita la suppuration de la poche au moyen d'un peu de charpie. Les parois de la tumeur furent détruites ^ dit -^/^//er, et la femme recouvra son ancienne beauté, — J'ai vu à Montpellier, dans les salles de M. Delpech , une jeune femme qui avoitaucou une tumeur considérable, étendue depuis le menton jusque derrière le sternum, et de l'un à l'autre muscle sterno-masloïdîen.

(i) Comment, Boerhaai'. , p. 52.

Après s'élre assuré que la tumeur n'etoit point anévrysmale , on se décida à donner, comme moyen explorateur, un coup de trocart dans le prétendu goitre. Il s'écoula à l'instant une grande quantité de liquide couleur de bistre clair. Une hémorrhagie assez considérable, qui se fit dans la cavité du kyste , donna d'abord quelqu'inquiétude; mais on parvint à l'arrêter par ia compression. Dix jours après, le kyste fut incisé , sa cavité remplie de charpie ; une suppuration de bonne nature s'établit : les parties aont revenues sur elles-mêmes; quinze jours après , la cicatrisation étoit complète.

Espèce ix. Kystes séreux clans la mamelle. J'ai vu une fois un k^^ste séreux, développé dans l'épaisseur de la glande mammaire , en imposer à un praticien très-distingué, pour «ne tumeur sqnirrheuse. Pendant qu'on cherche à isoler de tous côtés cette prétendue glande , le kyste est ouvert , la sérosité s'écoule ; un peu de charpie, introduite dans sa cavité, produit l'inllammation des parois opposées et leur adhérence.

Espèce x. Kystes séreux de la cavité pec'» torale, Haller (i) parle d'un kyste séreux énorme développé entre la plèvre costale et les

(i) Opusc. jntholog. , obsorv. xu.

muscles inter-coslaux. Qa crut d'abord qu il n'y avoit pas de poumon de ce cote ; mais un examen attentif fit voir qu'il exisloit encore , et ëtoit réduit a l'épaisseur de la main. Compressus inCer hune saccuîn alterunnjue tlioracis ca» vum pulmo sinister ità elisus fuit j ut manus crassitie tenuior esset , neque ici latus pectoris chirotJiecâ ampUus. ~ M. Dupuytren nous a rapporté l'exemple suivant dans son cours de chirurgie. Un jeune homme éprouve , en se promenant, une vive douleur à la région du foie, et le sentiment d'un hquide qui , se détachant de cet organe, se répandroit daus T abdomen. Bientôt après, sa respiration devint de plus en plus courte: il mourut. A l'ouverture, on trouva dans chaque cavité pectorale deux kystes séreux énormes qui en remplissoient la presque totalité j les poumons^ rejetés en avant, éloient presque entièrement réduits à leur substance solide. On eut peine à concevoir comment ils avoient pu suffire à la vie , malgré cette diminution extraordinaire. Les deux kystes avoient onze pouces dans leur diamètre longitudinal; leurs parois^ ëtoient tapissées par un grand nombre de couches albumiueuses , et présentoient , dans quelques points , des grains très - déliés qui étoient des accidens de nutrition j dans d'autres , de petites vésicules ou kysUs.

265 TR ÂNSFORMATIONS

-Espèce xi. Kystes séreux du poumon. Ils sont ass<"z communs. Les uns <^ont compièlement cachés au milieu de ]a substance pulmonaire ; les autres fout nue sf^illie plus ou moins considérable à sa surface. C'est à eux qu'il faut rapporter ce qu'on appelle hydat'ules du pou-' mon , hydropisie , abcès aqueux de cet or* gane*

Espèce xii. Dans i épaisseur du péricarde. On a souvent trouvé des tumeurs dans l'épaisseur du péricarde , mais on ne s'est pas bien expliqué sur leur nature. Galien dit qu'il trouva, dans le péricarde d'un singe fort maiijre, une tumeur conlenact une matière analogue à celle des bjdalides. ^'e-Vz^c rapporte (i) plusieurs observations qu'on pounoit peut être ranger parmi les kystes séreux. La tumeur enkystée que rencontra DesauU en pratiquant sa fameuse opération pour l'hydropisie du péricarde, étoit un kvste séreux du médiastin antérieur.

Espèce xiu. On a vu des kystes séreux dans l'épaisseur du cœur. Alorgagni (2) rapporte que , sur le cadavre d'un vieillard qui n'avoit éprouvé aucune maladie du coeur, il trouva dans la substance de cet organe un kysle dont la moitié

(i) Livre vi , chap. v, p. 34.

(2) Ep, xii, 54.

étoit contenue clans son épaisseur, et l'autre moitié fciisoit saillie à sa surface. 11 pensa que cette tumeur étoit une hydatide. — M. Dupuyiren a consigné dans le Journal de Médecine (i) une observation curieuse de kystes observés dans le cœur. L'oreillette droite a voit à elle seule un volume égal à celui de trois autres cavités. i°,<iSes » parois , épaisses d'un pouce , étoient formées » supérieurement d'une matière jaunâtre, foi- » biement consistante , ayant l'apparence de » la graisse , quoiqu'elle n'en contînt pas un » atome , et fût composée presqu'entièrement » d'albumine. Intérieurement , elles conte- >> noient une substance rouge et d'apparence » fibreuse. Toutes ces matières, provenues de » la désorganisation de l'oreillette, éloient ren- » fermées entre ses membranes extérieure et » intérieure. 2". De la face interne et du côté » droit de l'oreillette , s'élevoient plusieurs » kystes recouverts par une membrane lisse : » ils flottoieut dans la cavité de celte oreillette, » qu'ils remplissoient presqu'enlièrement : le » plus petit avoit un pouce de diamètre , et le » plus grand , engagé dans l'orifice veutricu- » laire de i'oreiliel te, eu avoit deux dans sa plus

(i) Journal de Médecine de MM. Coivisart , Leroux et Bojer } frimaire an 11.

n grande étendue , et un et demi seulement » dans le sens o})posë. Chacun d'eux avoit des » parois épaisses d'un millim'^tre, une cavité » remplie d'un liquide brunâtre, opaque et » inodore, qui laissoit précipiter par le repos » une matière brunâtre sous forme de flocons ^> albumineux. Tous étoient recouverts par la » membrane interne de l'oreillette, et s'étoient » développes dans le tissu cellulaire ».

Espèce xiv. Kystes séreux entre le péritoine et les muscles abdominaux , T alpins (i) leur a donne le nom à^hyclropisies enkystées du péri^ toiney qu'ils portent encore. Ces kystes , d'abord peu considérables et alors assez faciles à distinguer de l'ascite , sont presque toujours confondus avec l'hydropisie enkystée de l'ovaire. Les observations que nous possédons sur ce sujet font toutes mention de tumeurs squirrbeuses ; et même quelques auteurs veulent que ces kystes soient des accidens de l'affection squirrbeuse.

Je regarde comme appartenant à celte espèce l'observation de Vandervield y qui rapporte les détails d'une ouverture faite par Nuck dans un cas d'bydropisie enkystée (2); celle àe Le-

dran (3) , qui trouva sur le cadavre d'une

(1) Ohs. med. , cap. xnv, lih. ir.

(2) Yandervield , Obs. rar. anat. , t. 11, obs. xxvu.

(3) Acad. Chir. , t. vi.

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES, 26g

femme hydropiqiie , à laquelle il avoifc plnsieiirs fois fait la ponction , un kyste adhérent en avant anxmuscies abdominaux, s^ns qu'on pût recounoîtie le péritoine , et en arrière à tous les viscères ; et enfin plusieurs autres observations rapportées piu' Morand (i).

Espèce xv. Kystes séreux des ok> aires. Les ovaires, assemblage de petites vésicules contenues dans un tissu spongieux et parenchymateux, sont très -sujets aux kystes, ce qui ne doit pas étonner, yiuisque chaque vésicule est: un kyste. Il est cependant très-douteux encore que les kystes de l'ovaire soient le résultat du développement de ces vésicules, quoique quelques observations semblent le démontrer. Le liquide contenu présente beaucoup de variétés : tantôt limpide , transparent; tantôt (ilant comme du blanc d'oeuf; d'autres fois trouble, plus ou moins verdâtre, semblable à du marc d'huile, aniurca^ quelquefois gélatiniforme. Lanatuie de celiquide est toujours la même, albumineuse. Cette malière est tantôt contenue dans un kyste unique, tantôt renfermée dans plusieurs poches ou kystes séparés. Quelquefois la poche est unique, mais ses parois contiennent dans leur épaisseur des kystes très-nombreux. Cinq exemples

(i) Opusc. cîiir. 7 2* part, , p. 178.

choisis feront comprendre quelques-unes de ces différences.

ler Exemple. Une femme couchée dans la salle Sainte-Marthe, mourut suffoquée par les progrès rapides d'un anévrysme de la crosse aorlique. Son ahdomen ëtoit très-volumineux. A l'ouverture, je trouvai dans celte cavité une poche qui en rempii'^solt la piesque totalité, refouloit en haut et sur les côtés les viscères abdominaux rétrécis. Eile tenoit aux li:iamens latéraux de l'utérus, et sa face antérieure étoit verticalement jiarcourue par la trompe de Fallope , prodigieusement distendue, et allant en augmentant de volume depuis son orifice utérin oblitéré, jusqu'à son extrémité frangée, qui Téloit aussi. Le liquide contenu dans cette vaste poche étoit limpide; ses parois, formées de dehors en dedans, i°. par le péritoine, 2^. par un feuillet celluleux, 3°. par une membrane dense très-resistante , blanchâtre, pouvant se séparer eu plusieurs lames ; il ne lui manquoit, pour avoir tous les caractères des membranes fibreuses , que la disposition linéaire. L'autre trompe étoit aussi dilatée , recourbée , et se terminoit par une boule à son extrémité frangée : il n'existoit pas de trace des deux ovaires. Nous avons pensé que le grand kjste étoit forme aux dépens de l'ovaire de son côté, et que la bouI«

qui termiocil TaiUre trompe dilatée ëtoit uq commencement d'iiydropisie enkystée de l'o» 'vaire correspondant» Cette femme avoit été stérile.

2<= Exemple, Une femme fut apportée mourante dans la saile Sainte- Jeanne; son ventre, extrêmement douloureux^ nous frappa par son volume : nous ne pûmes avoir sur elle aucua renseignement. A l'ouverture, nous trouvâmes dans l'abdomen nn kyste très - volumineux , adhérent aux parois abdominales par une fausse membrane très épaisse; tous les viscères étoient refoulésen haut, adhérens entr*eux, d'une couleur noirâtre , et comme moulés sur la tumeur, La matrice avoit changé de forme, doublé de longueur , et présentait une concavité qui embrassoit la partie antérieure et droite de la tumeur. Le kyste, qui me parut formé aux dépens de l'ovaire, dont il ne resloit plus de vestiges, avoit des parois ti ès-résistantes. De sa face interne s'elevoient une foule de tumeurs transparentes, mamelonnées, formées par une matière filante comme du blanc d'oeuf, contenue dans des cellules irrégulières : plusieurs de ces tumeurs étoient flétries , presque désorganisées.

3*^ Exemple* Bourlan (Marie), âgée de vingt ans, d'une excellente constitution , fraîche , foi tement colorée , fut reçue dans la salîe Sainte-

Jeanne le 7 septembre i8i4> pour une tu* meur très - considérabie qu'elle portoit dans l'abdomen. Elle avoil déjà consulté d'illustres praticiens qui l'avoieni touchée, et n'avoient pu déterminer la nature de la maladie. Je la touche : la matrice ne me paroit pas compromise ; la tumeur, qui occupoit toute la capacité de l'abdomen, ne présentoit point de fluctuation manifeste , mais bien de la dureté dans plusieurs points , à droite surtout. Quelle ëtoifc sa nature? Les signes commémoratifs étoient peu satisfaisans. Cette fille n'avoit jamais connu d'homme; elle avoit toujours été bien réglée, et jouissoit d'une excellente santé lorsqu'elle éprouva d'extrêmes frayeurs lors de l'invasion de son pays ( la Franche - Comté ) par les alliés , dans la campagne de i8i4: c'est à cette cause qu'elle attribuoil l'origine de sa tumeur, qui avoit fait de rapides progrès.

Quelques jours après son entrée, la fièvre se déclare : le soir, la face est colorée, le pouls fréquent, la peau couverte de sueur. Bientôt cette fièvre devient continue: l'abdomen est douloureux dans toute son étendue ; la malade est tourmentée par des nausées continuelles et des vomissemens fréquens de bile d'un vert de pre'. L'estomac se révolte contre toute espèce de solide et même de liquide j la face s'alière rapi-

dément et devient grippée ; tout inclique uue intlammatioD abdominale : les symptômes persistent, mais diminuent d'intensité ; la maladie prend une tournure chronique , et emporte cette malheureuse à la fin dn mois d'octobre.

Examen du cadavre. Maigreur extrême de toute Fbabitude du corps; jambes infiltrées ; couleur verte de tout le bas delà poitrine. L'abdomen ouvert, nous a présenté une tumeur sphéroïde de dix pouces environ de diamètre, remplissant les sept huitièmes delà capacité abdominale ; les viscères, refoulés en haut, repoussoient dans la poitrine le diaphragme, dont la partie la plus élevée répondoit au niveau du bord inférieur de la quatrième côte. Les poumons étoient réduits à un très-petit volume; le droit, sans crépitation,'offroit un tissu très-analogue à celui de la rate, et Daioissoit résulter de la combinaison du parenchyme avec la sérosité. Le poumon gauche crepiîoit dans son lobe supérieur, et présentoit à-peu*près la même altération que le droit dans son lobe inférieur, dont la base étoit d'une couleur verte-jaunâtre très-remarquable. Les viscères abdominaux , uiis entre eux au moyen du tissu cellulaire lâche, étoient rapetisses ; le foie surtout étonnoit par son peu de volume; les parois abdominales adhéroien^ à la face antérieure de la tumeur par un tissu I. 18

aj^ f R A N 5 1^ O 11 M A T 1 0 N s

lamineur , rare et facile à déchirer : celle Ultneur, qui naissoit du ligament large droit, nous parut formée aux dépens de l'ovaire et des trompes de ce côlë , dont il n'y avoit plus de traces; une plaque noire existoit à sa partie postérieure gauche. Le plus léger effort a suffi pour la dé* chirer dans ce point : aussiloi s'est écoulée une grande quantité de liquide brunâtre mêlé à du pus, et la tumeur a été réduite aux deux tiers* La poche, divisée dans toute sa longueur, a présenté à sa partie supérieure plusieurs vastes cellules contenant une matière analogue à celle qui avoit été évacuée , et tapissées par une fausse membrane peu adhérente. En fendant en divers sens le reste delà tumeur, nous avons trouvé une foule de poches plus ou moins volumineuses , dont quelques-unes étoient altérées , dont d'autres paroissoient n'avoir subi aucun travail : celles-ci contenoieut un liquide transparent , filant comme le blanc d'œuf. Quelques tumeurs superficielles offroient des caractères particuliers : l'une d'elles éloit rougeâtre, divisée en cellules très-mullipliées, et remplie de sang : on eût dit les colonnes charnues du cœur entrecroisées. D'aulres tumeurs, plus su* perficielles , moins volumineuses , comprises dans répaisseur du kyste, solides, divisées en petites cellules, contenoient une matière gela-

Et PRODUCTIONS OKG^.TnIÇUS'^. ^^.l

tlneuse : plusieurs avoient éprouvé uu commencement de suppuralion (i).

4e Exemple. Le i3 novembre 18 14, j'assistai à l'ouverture d'une femme morte, dans l^s salles de M. Piéca?}îier , avec tous les symptômes d'une affection chronique du foie. Ce viscère ëtoit divisé en une multitude innombrable de lobules adhérens au diaphragme, et avoit éprouvé une transformation fibreuse et graisseuse. A la place des ovaires , nous trouvons une grande quantité de kystes séreux, la plupart à parois transparentes, quelques-uns épais, blanchâtres et fibreux : l'un d'eux présentoit à sa face interne des végétations fibreuses ; deux autres contenoient du sang coagulé ; on voyoit aussi quelques kystes séreux à l'extrémité frangée de la trompe ; l'ovaire gauche offroit beaucoup moins de kystes que le droit; leur réunion formoit une tumeur unique qui paroît être l'espèce précédente dans son principe. Celte femme , âgée de quarante ans environ ,

(1) J'ai recueilli ces trois observations, et un très-grand nombre d'aulres , pendant que j'e'tois interne en médecine à rHô!ei-Dieu, sous MM. jfsselin ei Montaigu, Je saisis avec joie cette occasion de leur témoigner ma re» connoiasance pour les bontés dont ÏU m'oat constamment lionaré.

iW

-76 TRANSFOaMATIOI^S

avoit ëlé slërile, et avolt mené la vie la plus liberline.

5^ Exemple* Enfin , dous avons vu dans les ovaires des kystes à parois denses, fibreuses^ tapissées par de fausses membranes, contenant une sérosilé limpide au milieu de laquelle na* geoient des globes de volume variable, bydatidiformes, formés par une pocbe transparente > facile à déchirer , remplie par une sérosité limpide. Comment expliquer le mode de formation de ces globes, qui ne présentoient aucun signe d'animalité , ni même d'organisation ?

Ledran a parlé de l'incision des bydropisies enkystées de l'ovaire : il u*a lenlé que deux fois cette opération , qui a toujours réussi. On rapporte un exemple malheureux ; mais c'étoit dans un cas désespéré. Néanmoins cette pratique a été rejelée , parce que l'inflammation accidenttelle de ces tumeurs enkystées volumineuses est constamment mortelle. D'ailleurs, on n'a pas toujours de signes positifs pour distinguer i'hydropisie ascite de l'enkystée , lors même qu'après la ponction ou a été témoin des progrès de la maladie. A quoi servira l'incision, si le kyste est divisé en plusieurs cellules? — On a encore projeté l'extirpation de l'ovaire devenu le siège de l'hydropisie enkystée. Mais de ce qu'on châtre sans danger les femelles des volatiles et des qiia-

drupèdes ^ s'ensuil-il qu'on puisse pi aiiquer la même opération sur la femme ? Il est vrai que Félix Platerus et Diemerbroeck assurent que l'extirpation des ovaires de la femme n^est pas une chimère ; que , suivant quelques historiens, elle est commune chez les Lydiens. Il est encore vrai qu'on a vu cette extirpation faite par hasard à la suite d'une plaie pénétrante de l'abdomen (i). Mais quand bien même cela seroit certain, devroit-ou conclure de son innocuité à celle d'extirpation d'ovaires très-volumineux qui remplissent la presque totalité de l'abdomen ?

L'observation suivante nous offre un exemple remarquable de kyste développé ou dans l'ovaire ou dans les ligaraens larges.

MM. Ziowre^et Marchand ui'\n\\ihi eut ^ le 3i décembre i8i5 , à venir examiner avec eux un sujet qu'ils disséquoient à FEcole pratique. Dans l'hypogastre , à gauche de la matrice , ëtoit un kyste qu'on avoit ouvert lorsque j'arrivai : ce kyste étoit tapissé par une membrane peu adhérente et parcourue par un grand nombre de vaisseaux sanguins qui ressembloient assez bien aux rudimens du placenta. Nous eûmes tous l'idée d'une grossesse extià-utériue.

(i) Frakkmann , Satjrœ medic. , p.'^4'*

278 TRAINSFORMATIONS

M. Béclarcl dit qu'en effet il avoit observé une niemi3rane analogue dans deux grossesses de ce genre; mais le kyste ëtoit vide, et M. Cloquet jeune, qui l'avoit ouvert , assura qu'il ne s'ëloit ccouié rien autre chose qu'un liquide jaunâtre. Ce kyste adhëroit à gauche à la matrice, dont il fut assez faciie de le séparer; en bas, à une masse tuberculeuse et cancéreuse ; le ligament rond éloit au-devant, la trompe derrière. Il n'exisloit point d'ovaire , et nous pensâmes que le kyste ëloit développé aux dépens de cet organe ou du ligament large ; mais nous regreUâmes beaucoup de n'avoir pu examiner avec soin ce qu'il ccntenoit. — La masse tuberculeuse et cancéreuse à laquelle adhéroit le kyste occupoit toute la capacité du petit bassin. Nous l'enlevâmes en totalité avec le rec* tura,la matrice et la vessie : le tissu propre de ces organes avoit été respecté. La masse, coupée en divers sens, nous présenta les dégénérations tuberculeuse , squirrheuse , eucéphaloide et fibreuse , diversement combinées. Audevant et à droite de la colonne lombaire , à quelque distance du foie, étoit une masse squirrheuse, sur laquelle s'élevoient deux tumeurs; l'une d'elles étoit située autour de la veine^ qu'elle embrassoit à gauche et en arrière; l'autre (et ce fait est unique, je crois) occupoit l'inté-

rieur même de la veine , naissoit rie sa paroi poslërieiire par une base large , et avolt le volume d'un œuf de pigeon : c émit un encéphaloïde. Le périloine présenloit çà et là des tubercules de même nature. Dans l'épaisseur de répiploon étoient deux ou Irois gros tubercules du volume d'une noix. — Le foie ëloit très-volumineux , moins rouge que dans l'élat naturel; h sa surface ou voyoit des plaques branches , des bosselures auxquelles correspondoient autant de tumeurs carcinoraaleuses de volume variable, depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'un œuf de dinde ; les unes étoient comme nicbées dans le foie , dont on les sëparoit avec beaucoup de facilité ; les autres sembloient formées aux dépens du tissu propre de cet organe. La partie postérieure du lobe droit ëtoit complètement dége'nérée en une substance tuberculeuse, fibreuse, squirrbeuse. MM. Loiweb et Marchand nous dirent qu'ils avoient trouvé dans l'épaisseur de la dure-mère une dcgénération analogue. Tous les autres organes étoient sains.

Espèce xvi. L'bydropisie des trompes en impose quelquefois pour des kystes de l'ovaire. Blancard (i) dit qu'une fille pauvre vécut dix-

(i) Anal, practîca ration. , c. lxi , 98.

28o TXAIN SFOR>ÎATIONS

Luit ans avec uue Inméfaclîori considérable de tout Tabdomen. A l'ouverture , on trouva que Ja trompe droite formoit un kjsle contenant une cjuantilé énorme de sérosité ; derrière ce kyste étolt une uimeur du poids de dix livres, remplie par une matière purulente fétide.

Espèce XVII. Kystes séreux de la matrice. On distingue ordinairement deux espèces d'hjdro» pisies de matrice : l'une formée par des bydalides , Tautre par de la sérosité. J'ai déjà parlé des hydatides de la matrice. La plupart des observateurs n'ont pas remarqué si ces amas d'eau étoienl renfermés dans un kyste ou dans la cavité de cet organe. MM. Rajeret Prosper La^ fosse ont trouvé dernièrement, cbez une femme âgée de vingt-quatre ans , qu'on avoit pu regarder comme enceinte , un kyste séreux développé dans l'épaisseur de l'utérus. On eût dit, au premier coup-d'œilj que l'eau qu'il contenoit étoit renfermée dans la cavité de cet organe; mais un stylet, introduit par l'orifice vaginal, pénétra dans cette cavité, qui occupoit la partie antérieure du kyste. Peut-être toutes les observations que nous possédons sur les hydropisies de matrice ne sont-elles que des exemples de kystes séreux de cet organe? Cette maladie, qu'on n'a jamais observée cbez les vierges, simule la grossesse. On a vu (Xqs femmes , qui

éloienl daus ce cas , se croire enceintes et rendre, au bout d'un certain temps, une grande quantité d'eau. Telle est l'observation de Giiille'^ meau (i). — V^ésale a fait l'ouverture d'une femme dont la matrice contenoit soixante mesures d'eau , chacune de ces mesures pesant trois livres : le col de l'utérus étoit dur; l'ovaire droit, inégal, présenloit plusieurs cellules qui contenoient un fluide semblable à du blanc d'œuf. — Drelincurtius rapporte qu'une femme vint le consulter pour une by dropisie : il la crut enceinte; elle revint quatre mois après et mourut, A l'ouverture , on trouva Tuterus rempli d'eau. — J'ai assisté à une ponction par le museau de tanche faite à la matrice , dans un cas d'hjdropisiede cet organe. La malade mourut: à l'ouverture , on vit que l'instrument n'avoit pas traversé les parois de la matrice et le péritoine, comme quelques personnes avoient pu le croire. Je n'ai pas no(é les détails de ce fait curieux.

Peut-il exister eu même temps hydropisie de matrice et grossesse? En admettant cette co existence, quel est le siège de l'hydropisie? Voilà des questions qn'il nous est impossible de résoudre dans l'état actuel de la science : il est

(i) L'Heureux Accouchement , îiv. i-' , chap. 1.

certain qu'on a vu plusieurs fois des femmes enceiules rendre , à une époque plus ou moins avancée de leur grossesse , une grande quantité de liquide ^ et accoucher et l'époque ordinaire* DIra-t-on que ces eaux éloient contenues dans la cavité de i'amnios? Mais à moins d'admettre la cicatrisation des membranes divisées, on ne peut expliquer pourquoi l'accouchement n'a pas eu lieu de suite après leur rupture ; il faut donc recounoître que ce liquide étoit contenu dans un kyste particulier : jusqu'ici l'anatomie pathologique ne nous a pas éclairés là-dessus. Quelques-uns placent le siège de ce kyste entre l'utérus et les membranes du fœtus. Je ne connois que trois observations à ce sujet.

Fabrice de Hilden{i) raconte que sa femme éprouva , dans les premiers mois de sa grossesse , des coliques , de la foiblesse et un sentiment habituel de froid; son ventre acquit un volume énorme; six semaines avant d'accoucher^ les extrémités inférieures deviennent œdémateuses, les accidens augmentent ; enfin les douleurs expultrices se déclarent : il sort par un seul flot dix livres d'eau limpide. Quelques instans après, les membranes se déchirent ; neuf livres d'eau s'écoulent suivies d'un fœtus vivant : sans doute

(i) Observ. chirurg. , cent, ii , obs. lvi.

que cette eau ëtoit contenue dans deux poches différentes. — M. Devilliers neveu rapporte une observation analogue Ires-circonslanciée (i).

L'observation suivante de Fabrice de Hlïden est plus remarquable. En 1604 •> ^"^ dame honnête, qui se croyoit au ciiiquième mois de sa grossesse, éprouve des douleurs semblables à celles de l'enfantement : elle rend , au milieu des efforts les plus vioîens , dix livres d'eau limpide qui s'échappe eu même temps qu'une poche membraneuse très-consistante cjuilacou^ tenoit (23.

Espèce xviu. Hydropisie enkystée du foie* Les kystes séreux du foie , presque toujours confondus avec les kystes hydatiques de cet organe , sont assez fréquens : le plus souvent ils sont méconnus sur le vivant; et, fussent-ils susceptibles d'un diagnostic certain, les malades n'en seroieut pas plus avancés; ^ar nous ne connoissons aucun moyen de guérison , excepté dans le cas d'adhérence. — Lassiis (3) rappoi'te l'observation d'une jeune filie qui fait, à Tage

(i) Journal de Médecine, t. xlhi , p. 268^ observation d'une grossesse très-compliquée avec hydropisie de matrice proprement dite.

(2) Observ, LUI.

(5) Journal de Médecine , par MM. Corvisarly Bojer et Leroux, vol. 1 , p. i5o.

de Deuf^à dix ans, une chiUe sur le côte' droit i depuis ce moment , elley éprouve une douleur assez vive , qui ne l'empêche pas cependant de boire et de manger. Au bout d'un an, se ma« nifeste une tumeur dure à Tépigastre ; l'enfant maigrit rapidement, et meurt trois ans après l'invasiou de la douleur. A l'ouverture , on trouve deux kystes développés, l'un dans le lobe droit, l'autre dans le lobe gaucbe : chacun contenoit trois à quatre pintes d'eau ; i'un d'eux s^étoit romj)u et avoit fourni l'eau épanchée dans l'abdomen. On les ouvrit largement , et on vit sortir une membrane blancbe , épaisse ; semblable à la couenne du sang des pleurétiques, *— M. Sue , chirurgien en chef de l'bôpital de la Charité , fait une incision à la région épigastrique , en croyant ouvrir un abcès ; il s'écoule aussitôt deux pintes environ de sérosité limpide: le malade éprouve des boquets, des nausées et des vomissemens, et meurt dix jours après. A l'ouverture , on trouve uu grand kyste dans le foie.

J'ai vu plusieurs fois dans le foie des kystes à parois fibreuses , contenant de la sérosité , au milieu de laquelle nageoient des poches à parois transparentes, d'un volume variable. J'ai rapporté, à ï ai l'icle Adhérences , un exemple curieux de tumeur de ce genre ouverte dans la

ET PRODUCTIONS ORGA^^IQUES. ^S'J

cavité pectorale. L'observation suivante m^a été communiquée par mon collègue M. le docteur Bricheteau. Une femme est apportée à la Pitié dans un coma profond. On croit à une affection du cerveau, et on a recours aux vésicatoires,aux sinapismes, à l'application de la glace sur la tête, et même aux bains pris à la température de la pompe. Elle mourut quatre jours après. A l'ouverture , on trouva dans le grand lobe du foie , un kyste énorme , contenant une prodigieuse quantité de poches sphériques , à parois transparentes , dont les plus volumineuses égaloient un œuf de poule , nageant au milieu d'une grande quantité de sérosité qui , soumise à l'analyse chimique, fournit de l'albumine , de la gélatine et de Fosmazone. Les parois du kyste étoient denses , épaisses , fibro-cartilagineuses ; les poches contenoient une sérosité limpide, se déchiroient avec facilité, et parurent inorganiques. Le lobe gauche du foie présenta un autre kyste à parois fibreuses , rempli de sérosité et de matière gélatineuse disposée en membranes , qui éloit peut-être l'élément des poches arrondies de l'autre kyste. Malgré son volume énorme, le foie ne dépassoit pas le rebord des côtes , mais refouloit le diaphragme jusqu'au niveau de la quatrième côte- Le cerveau étoit parfaitement sain ; il n'étoit pas même injecté.

2S6 Transformations

D'où dépendoit le coma ? ëtoi(-ce de Taffection du foie? On peut objecter que raccroissement du kysle n'ayaut eu lieu qu'insensiblement 4 l'économie a dû s'y babituer ; mais ne sait-on pas que les lésions organiques ne produisent guère d'accidens que lorsqu'elles sont parvenues à un certain degré ; comme s'il étoit une époque au-delà de laquelle l'équilibre est rompu et la vie impossible? Cela s'applique surtout aux tumeurs développées dans le cerveau.

L'intluence des maladies du foie sur le cerveau est démontrée par un graiid nombre de faits. M. Bricheteau m'a dit avoir vu deux fois un délire sans fièvre persister pendant toute la durée d'un iclère. Morgagni (i) rapporte plusieurs exemples semblables.

Espèce xix. Kystes séreux du pancréas. Un homme mourut dans la salie du Rosaire, à la suite d'uu ictère survenu depuis plusieurs mois sans cause counue , et qui avoit résisté à l'buile essentielle de lérebentbine, à Télber , aux bains sulfureux, etc. A l'ouverture, nous trouvâmes la vésicule du liel très-distendue, remplie d'une bile visqueuse, d'un vert noirâtre; la partie inférieure du canal cbolédoque, très-dilatée, pouvoit admettre le doigt ; la face antérieure du pan-

(i) Ep. XXXVII, n" 2.

ET PRODUCTIOiNS ORGANIQUES. 287

créas étoit soulevée par une tumeur aqueuse assez considérable : nous ouvrîmes celle lumeui-, qui coulenoit une assez grande quantité de liquide transparent, séreux; sa surface interne présenloit des rides transversales assez nombreuses et de petites ouvertures; celte poche, allongée transversalement, n'éloit pas un kyste séreux, comme je Tavois cru d'abord, mais bien le canal pancréatique prodigieusement distendu , dont l'orifice duodénal étoit fortement comprimé par une dégénération squirrheuse de la tête du pancréas ; celte dégénéraiion comprimoit aussi la partie inférieure du canal cholédoque, d'où la dilatation de ce canal et l'ictère» Le foie, qui étoit d'un vert foncé, u'otfroit d'ailleurs aucune lésion organique. J'ai beaucoup regretté de n'avoir pas recueilli le liquide pancréatique. Quelle belle occasion c'eût été d'analyser ce liquide,objet de tant d'hypothèses, dont j'aurois pu fournir quatre à cinq onces , et d'éclairer les physiologistes sur les usages du pancréas î

Espèce xx. Kystes séreux des reins. Les reins, distendus outre mesure par l'urine , se convertissent quelquefois en de véritables poches membraneuses , qui ne conservent plus du tout les caractères du lissu de ces organes. Il se développe souvent aussi des kystes dans leur épaisseur; presque toujours séreux, a parois

transparentes, ils sont désignes sous le nom impropre d'hydatides ; leur diagnostic est impossible, leur traitement nul. C'est aux. kystes séreux du rein qu'il faut rapporter le grand ahcèà aqueux du rein^ inagnus abscessus aqueus^ du volume d'un œuf de poule , que Bonetdi trouvé enfoncé dans cet organe (i). Quelquefois le liquide de ces kystes est jaunâtre et a l'odeur de Turine; ce qui a fait penser qu'il n'ëtoit autre chose que de l'urine amassée au milieu de la substance des reins ; mais la couleur jaune s'observe fréquemment dans d'autres kystes , et l'odeur urineuse peut bien être le résultat de la transsudation cadavérique.

Espèce xxi. Kystes séreuôc des bourses ^ du testicule et du cordon sperniadque. Des kystes séreux peuvent se développer dans le testicule , auquel ils donnent un volume considérable. Souvent dans ce cas on a cru à rexislence d'un s^rcocèle , et on a fait l'extirpation du testicule. D'autres fois ces kystes se développent au milieu du testicule malade. 11 n'est aucun moyen de les reconnoître :1a fluctuation est presque toujours obscure. Je regarde comme un moyen explorateur dangereux ces ponctions conseillées par les meilleurs auteurs pour reconnoître la na-

) .■■-■- — ■ ,,.■» — ■■! . I I . ... ■ . — . .1 ■ ■ . tmmm^tm^K^m^Kimmmmmf^t^mi^

(i) SepukJiret. , lih* ii , J. i , ohs. xvii.

tT PRODUCTIONS ORGANIQUES. 289

turedetumeursdouteiises: elles ne sout proposables que dans les cas où oq est décidé à faire de suite Textirpation si on rencontre une tumeur squin heuse. — Ici se rapporte ce que Morga- ^r^/appelle hydaticlesda testicule^ presque aussi fréquentes que celles des ovaires. C'est à la rupture de ces kystes séreux qu'il altribue la formation des hydrocèles : il a observé, dans tous les cas d'Lydrocèle , des hjdatides du testicule entières ou décbirées , ou bien des vestiges d'hjdalides anciennes, des tubercules blanchâtres; ii se croit fondé à conclure que la rupture de ces kystes séreux est la cause la plus générale ào.^ bydrocèles, si elle n'est pas l'unique. Je discuterai plus bas cette question.

On trouve quelquefois des kystes dans le tissu cellulaire des bourses; on diroit alors un troisième testicule; mais le plus souvent on les observe le long du cordon spermatlque où ils constituent les bydrocèles enkystées du cordon. Il ne faut pas les confondre avec ce que les auteurs nomment hydrocèle du tissa cellulaire du cor^ don sperniaticjue f qui n'est autre chose qu'une infiltration (i). M. DupuyCren fut consulté, il

(i) Celte infiltration a mérité d'occuper d'une manière spéciale Rickter*, Pou *'*', Bell *^'*^. Elle a beaucoup de

* Tome I, p. 60, -«^* Tome II; p. 47j ^7. — **^ Tonie i, p, 172^

y a plusieurs anoées, par nu jeune homme quî avoil à l'aîne une tumeur pour laquelle il por-* toit uu banclaiie. Celte tumeur obëissoit aux inouveraens de la respiration et pouvoit être facilement réduite. Cependant sa forme , le mode de réduction, qui étoit uu véritable déplacement, quelques observations antérieures firent soupçonnera M. Dupuytren que c'éloit à un kyste qu'il avoit affaire ; et , en effet , il parvint à isoler la tumeur de l'anneau, à la retenir audebors ; et alors les efforts de la respiration n'eurent plus d'intlîience sur elle. Quel traitement employer? J'avoue que ce cas est extrêmement embarrassant ; mais il vaut beaucoup mieux abandonner le malade à lui -même que de l'exposer^ par quelque opération , à une inllamniation intérieure»

Henkel{\) dit qu'en disséquant le corps d'uu homme mort de je ne sais quelle maladie , il trouva trois bydrocèles du même côte : une

rapports avec l'epiplocële. Elle diminue par la position korizontale et par la pression ^ Feau infiltrée fait, à travers les légumens , l'effet de l'épiploon. Tandis que l'épiplocèle s'étend de l'anneau au fond des bourses , l'infiltration du cordon s'étend du fond des bourses à l'anneau : ceJle-ci augmente ou diminue bien moins promptement que l'épiplocèle, qui rentre et ressort de suite, (i) PoTT, t. 1, p. 64 , 71.

ET PRODUCTIO.XS ORGANIQUES, 29 î

première dans la luoique vaginale; une sejconde à la partie postérieure du cordon soerraatique ; la troisième dans le tissu cellalalre du périloine, deux pouces au-dessus de l'anneau ; cette dernière sorloll facilement par Taiineau , et formoit une grosse tumeur qui rentroit par la pression , et reparoissoit quand on cessoit de la comprimer.

11 ne faut pas confondre ces kystes i°. avec les amas d'eau qui ont quelquefois lieu dans des sacs herniaires dont rorilice est oblitéré; 2" avec les hernies de vessie dans lesquelles la partie déplacée s'est tout-à-fait isolée de celle contenue dans le bassin. — Ledran (i) rapporte l'observation d'un amas d'eau dans le sac herniaire , d'un kyste séreux le long du cordon , et d'un kyste sur la tunique albuginée trouvés chez le même individu. Le testicule éloit sain ,. et nédiWïnoms Ledran lia le cordon spermatique et le sac herniaire , et emporta tout ce qui éloit au-dessous. Celte opération ne peut être qu'inîprouvée.

Espèce xxn. Kyste séreux du ligament rond »

Une femme porloit deux hernies inguinales qui

descendoient jusque dans les grandes lèvres^

étoient molles , complètement réductibles ,

■■I II. ■ - ..I. Al. j. ..Il —

(i) Tome n, p. \%^.

2g2 TRANSFORMATIONS

et reparoissoieut lorsqu'on cessoit la compression ; du côte gauche , les par lies éloient plus faciles à contenir que du côté droit, oii eiles ressorloient à la manière d'un (Inide. Ce dernier signe et la iluctnalion lirenl juger à M. le professeur Lallenieni que la dernière tumeur étoit une hydaiide, La malade étant moi te quelque temps après d'une affection scorbutique, M. Laîlement trouva du côté droit un sac contenant une anse de l'intestin iléon; du côté gauche étoit un kjste divisé en deux parties, l'une extérieure, l'autre intérieure, séparées par un rétrécissement sensible; le fond de la portion intérieure dépassoit le détroit supérieur du petit bassin. Les parois du kysle, minces eu dedans, avoient une épaisseur considérable en dehors , d'où l'opacité de la tumeur et l'obscurité du diagnostic.

Espèce xxni. Kystes séreux des grandes lèvres. 11 se développe assez souvent dans l'épaisseur des grandes lèvres des kystes séreux, qui s'ouvrent quelquefois d'eux-mêmes au bout d'un certain temps, fournissent un suintement incommode, habituel, qui porte toujours les malades à s'en faire débarrasser. L'extirpation de ces kystes ouverts ou non ouverts pré- ^nte des ]»articularités dignes d'êire notées. ^I, Dujjuytrçn nous a rapporté dans ses leçons,

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 2g3

qu'il fi]t ajDpelë auprès d'une dame de distinction pour une maladie semblable; ropéralion fut proposée et pratiquée. Aucun vaisseau digne d'être lié ne fut ouvert : il ne s*écoula presque pas de sang; il pansa avec un peu de cbarpie , et ne s'altendoit pas au moindre accident. La nuit, on vient le cbercber pour une bémorrbagie considérable qui s'étoit faite par la plaie : il lève l'appareil , et voit le sang suinter goutte à goutte. Une ligature ne pouvoit être pratiquée; la compression n'auroit pas été efficace ; le cautère actuel seul pouvoit convenir. Pour ménager la délicatesse de la malade , il fit chauffer à son insu un morceau de fer , et l'appliqua au moment où elle s'y attendoit le moins. M. Dii^ puytren regarda Fbemorrhagie comme une circonstance accidentelle, qui peut-être ne se présenleroit jamais. Une nouvelle observation devoit lui démontrer le contraire. Le g septembre 1811 , il pratiqua une opération toute semblable: la nuit, on vint le chercher pour arrêter une hémorrhagie très-grave qui étoit survenue: dix à douze draps, autant de serviettes, tout le lit: de la malade, avoieut été pénétrés de sang; le vagin étoit rempli d'un caillot très-volumineux. Une sage-femme , appelée , eut d'abord l'idée d'une fausse couche; mais désabusée parla mamaladc , elle crut à une perte, et fit prendre le^

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tisanes usitées en pareil cas. M. Dupuyiren arrive : le sang suintoit goutte à goutte par la plaie; le cautère actuel est appliqué ; l'hémorrhagie n'a pas reparu. Il paroît que le tissu spongieux qui concourt a la formation de la grande lèvre , se pénétrant de sang par l'effet de l'irritation qui précède l'inflammation, donne lieu à cette hémorrhagie.

Avant de terminer l'histoire des kystes séreux, je ne dois pas passer sous silence une question dont on s'est beaucoup occupé. Les hydropisies sont' elles produites par la déchirure de kystes séreux ou d'hydatides ( suivant le langage ordinaire ) ? Les anciens regardoient cette déchilure comme la cause la plus fréquente des hydropisies. Hippocrate disoit que l'hydropisie de poitrine avoit lieu, si tuhercula in pulmone fuerint enata , et aquâ repleia et in pectore rupta* Sic fie ri in bove , cane et in sue, Vi-' deritalia multoniagis et in homine fieri quàni in pecoribus , quanta etiam morbosiore dicetd iitirnur ; et ailleurs, en parlant des hydropisies abdominales : Quibus hepar aquâ plénum in omentuni eruperit y iis vetitreni aqudinipleri.

C'est de la même manière que les anciens expliquoient la formation des hydropisies du péricarde qu'ils connoissoient parfaitement, quoi qu'en ait dit Freind ^ qui assure qu'il n'a jamais

ET PRODUCTIONS OuGANIQUES. 2qS

VU cette hjdropisie, et que Galien n'en a pas dit un mot(i). Morgagui y dans sa Lettre xvi, «o 20, cite le passage de Galien (jiii a rapport à ce sujet. Galien a vu une hyclatide dans le péricarde d'un singe, et une grande quantité de liquide dans celui d'autres animaux : il paroît avoir indiqué, pour cause de cette hjdropisie, 3a rupture d'hydatides.

Ces idées sur la production des hydropisies ont long-temps régné dans les écoles. Coïter , Morgagni y V alsalva , tout en admettant d'autres causes d'hydropisies , ont défendu celle-ci avec chaleur, y?fo/'^^^«£ surtout, qui, dans vingt points différens de son immortel ouvrage, revient avec une espèce de complaisance sur cette matière. Il a trouvé qu'ii y avoit un grand rapport ^ «ntre les liydatides , les granulations, les cicatiices du foie , des reins , de la rate , etc. , et les hydropisies des séreuses. Il a souvent observé des hydatides sans hydropisie, des hydropisies avec des h}iialides et des granulations , lesquelles , dit-il y ne sont ni charnues ni glanduleuses, mais tiennent le milieu entre l'an et l'autre. Neque ex glandulosâ , neqiie ex cai'neâ substantlâ facùœ , sed inter utriimque mediœ quadantenus indehantur. De ces obser-

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(i) Histoire de la Médecine,

:piq6 TRANSFORMATIONS

valions, on amoit du conclure que souvent des hydropîsies existent en même temps que des hy«» datides , des granulations et des cicatrices : on a conclu que les granulations et les cicatrices intérieures sont le résultat de la rupture d'hydatides, dont l'eau s'ëpanclie dans les cavités sé-^ reuses ; que la poche tantôt continue à exhaler, tantôt revient sur elle-même, et forme ces granulations, ces cicatrices. D'ailleurs, on a observé au moins aussi souvent des granulations et des cicatrices sans hydropisies qu'avec de$ hydropisies.

GENRE IL i

Kystes synoviaux.

Ce sont des kystes qui contiennent nn liquide filant , limpide comme la synovie. On ne les observe qu'autour des articulations de la main , du pied, quelquefois du genou , et le long de la gaine des tendons. Quelques auteurs ont pensé qu'ils étoient le résultat d'un déplacement de la synoviale qui cède dans un point ; mais l'observation cadavérique a démontré que c'éloient des kystes à parois denses et fibreuses à l'extérieur , séreuses à l'intérieur, développés dans le tissu cellulaire qui environne les synoviales. La déchirure de ces kystes est le moyeu de guérison le plus généralement employé. On a aussi

pratiqué avec succès riocision , Texcision et înême TextirpatioD.

GENRE III

Kystes inélicériques ^ atliéromaieux , stêato^

mateux , etc.

Ces kystes ne diffèrent les uns des autres que par la consistance de la matière qu'ils contiennent : dans le mélicëris , cette matière ressemble à du miel , dans rathërome à de la bouillie, et dans le stéatome à du suif. Cette matière a été analysée par M. Thénard ^ qui a obtenu les résultats suivans.

Cent parties soumises à la dessiccation se sont réduites à quarante, lesquelles, traitées par Talcohol , s'y sont en partie dissoutes, L'alcohol , en se refroidissant , a déposé une matière grasse, se fondant aisément, et semblable en tout à l'adipocire. Le résidu , qui formol t seize parties, étoit de nature albumineuse : par conséquent il y avoit vingt-quatre parties d'adipocire. Cet aJipocire ne cristallise pas comme celui des calculs biliaires de l'homme ; il se dépose en flocons comme celui des matières animales pourries dissoutes dans l'alcohol: cependant il étoit dans la matière du kyste sous la forme de lames très • brillantes et comme micacées.

2r|5 TRANSFORMATIONS

Ces kysles paroissent souvent Irès-épais; mais cette gradde épaisseur est due à ce qu'ils sont presque toujours tapissés par une couenne inorganique, quelquefois susceptible d'être divisée en lames; cette couenne enlevée, il reste une membrane cellulense très-mince.

Espèce i^*^. Kystes du cuir chevelu» Ce sont presque toujours des kystes melicériques et athéromateux qu'on observe au cuir chevelu des vieillards; qnelquefois les os du ci âne sont déprimés par l'accroissement de ces tumeurs. On a pu prendre ces kystes pour des hernies du cerve Hi. Flajani rapporte qu'un grand nombre de médecins commirent cette mépiise sur un enfant : ils jugèîcnt la maladie incurable. Un empirique se chargea de la cure , fit une ponction par laquelle s'écoula une grande quantité de matière pultacee et de sérosité trouble , pulii'orme. Les parois s'affaissèrent; le malade guérjt parfaitement.

Espèce ii. Kyste stéatomateux au front. Un gendarme portoit au front un petit kyste mobile , qui gênoit un peu l'application du chapeau. M. Dupuytren fait à la peau qui le recouvre une incision longitudinale; il est entamé, tant il est superficiel : une douce pression exercée sur les côtés de Touverture fait sortir une matière lout-à-fait analogue , par sa couleur et

par sa consislance , au suif demi concret. Celte matière homogène , bien lie'e , se présente sons la forme d'une boule , en sorte qu'on eût pu croire, an premier coup-d'œii , que le kyste ëtoit sorti tout entier. La poche vidée, deux partis pouvoient être pris : ou bien il falloit en irriter les parois, et alors la gue'rison complète n'auroit eu lieu que lorsque cette poche seroit tombée ou revenue à l'état cellulaire ; ou bien on devoit enlever la poche pour obtenir une guérison beaucoup plus rapide. Le choix n'ëtoit pas douteux : le kyste est emporté en totalité, les parois de la cavité qui résulte de son ablation appliquées Tune contre l'autre ; le malade éloit guéri le lendemain.

En examinant les parois du kyste, M. Dupuytren voit sa surface interne lisse , évidemment séreuse, et sa surface externe hérissée de petites proéminences régulièrement disposées, et ayant en tout l'aspect de follicules cutanées. Eloit-ce des organes sécrétoires? Ou seroit tenté de le croire. L'inspection microscopique anroit été ici d'uo gratid secours : on n'a pu y recourir. Toujours, si les soupçons de M. Dupuytren , et de tous ceux qui ont examiné la chose après lui , sont fondés , l'anatomie pathologique des kystes sera enrichie d'un nouveau fait j savoir, que la matière de ces kysles n'est

3oO T1<^4 NSFORMATIONS

pas toujours fournie par exhalation , mais quelquefois aussi par sécrétion ; tant il est vrai que l'art de faire des découvertes consiste souvent à examiner d'un œil observateur des faits petits aux yeux du vulgaire , qui se sont peut-être cent fois présenie's.

Espèce m. F^yste iiiéUcérique dit cerveau* Un ofdcier supérieur étoit sujet, depuis l'âge de cinq à six ans , à une céphalalgie périodique s qui duroit vingt-quatre heures, et étoit précé*dée et accomp^ignëe de vomissemens. Sur la fin de messidor an i5 , cette céphalalgie et ces vomissemens se renouvelèrent tous les matins depuis sept heures jusqu'à midi. Plusieurs médedecins distingués, M. le professeur PlneL luimême , ont recours , mais en vain , à tous les moyens que la raison indique; les accideus se rapprochent , et les derniers jours de sa vie , le malade éprouve des attaques qui débutent par des mouvemens convulsifs suivis de syncope , et se renouvellent à chaque instant.

A l'ouverture , on trouva les vaisseaux et les sinus gorgés de sang; l'hémisphère gauche étoit plus mou que le droit j dans l'épaisseur du lobe postérieur gauche éloit une tumeur enkystée de dix-neuf centimètres de diamètre , étendue depuis la cavité digitale jusqu'à la portion de dure-mère qui revêt la suture lambdoïde. Cette

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 3oî

liitneur pesoit onze decagramrnes ; ses parois ëtoient formées par denx membranes , dont l'externe éloit très'dense et rinterne molle , mince, alhiimineuse : la matière contenue eloit mélicëricjiie.

Espèce iv. La plupart des tumeurs enkystées des paupières sont du genre de i'athérome et du sléalome. J'ai déjà dit qu'on a conseillé de Jes emporter par la face interne des paupières.

Espèce v. Kyste mélicérique de la voûte pa^ latine» Le 14 mars 1814» je fus consulté par une femme qui avoit , disoit-on , un abcès à la voûte palatine. L'articulation des sons , la mastication , la déglutition étoient très-pénibles. Je trouve de la fluctuation ; et, sans faire de plus amples questions , j'incise ce prétendu abcès d'arrière en avant : au lieu de pus , je vois sortir avec assez de difficulté une matière blanchâtre, mélicérique. La malade, interrogée, médit que cette tumeur étoit survenue lentement et sans douleur; qu'on l'avoit déjà ouverte deux fois, et qu'elle etoit toujours revenue. Alors, sûr que j'avois affaire à une tumeur enkystée, j'agrandis l'ouverture , je remplis avec de la charpie cette poche, qui est peu à peu revenue sur i elle-même : la malade a parfaitement guéri.

Espèce vi. Kyste mélicérique sur le cœur. Sur le cadavre d'un j^iune homme mort de je

002 TKANSFORMA TlOrv'S

ne sais quelle maladie, j'ai trouvé un petit kyste situe à la surface du cœur , près de sa pointCo Ce kyste , de la grosseur d'un pois , avoit des parois fibreuses très-e'paisses , eu égard à son volume : il conlenoit une malière mëlicérique.

Espèce vu. Kyste stéatomateux dans /Vpaisseur du prépuce, Uu homme âgé de cinquante-cinq ans portoit une tumeur du volume d'un petit œuf, développée dans l'épaisseur du prépuce , entre ses tuniques muqueuse et cutanée» Le kyste enlevé, on vit ses surfaces externe et interne recouvertes par une matière de couleur gris-blanchâtre, formée par la réunion de petites granulations placées les unes à côté des autres : celte couche avoit une ligne d'épaisseur. La malière contenue put s'enlever en niasse; elle étoit recouverte d'une couche blanche , grasse , ayant l'odeur de l'humeur séba** cée que fournissent les follicules du gland. Audessous de cette couche , qui avoit une demiligue d'épaisseur , se trouvoit une matière jaune formant la totalité de la tumeur , assez friable pour être rompue au moindre effort ; l'intérieur étoit jaune , et offroil une infinité de points brillans. (C'est sur la malière retirée de ce kyste qu'a été faite l'analyse chimique rapportée cidessus. )

Espèce viii. Presque tous les kystes poilus

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 3o3

dont je parlerni plus has contenoient une matière sléaiomateuse. ( Voy. ProducU pileuses* )

GENRE IV

Kystes contenant une matière huileuse ^ muqueuse , gèlaiiniforme , etc*

I®. Matière huileuse, Gilbert (Joseph), âgé de vingt-cinq ans, avait uo kjsle situe au-dessus de la commissure externe des paupières. M. jD^/puytren fait une incision à la peau qui le recouvre; le kyste est entamé; il s'écoule une matière huileuse qui tache le linge comme l'huile et ne se mêle pas avec le sang. Ou agrandit l'ouverture : la matière huileuse entraîne des ilocons blanchâtres, d'apparence nacrée , trèsanalogues à des paillettes d'adipocire. On excise la plus grande partie du kyste; ieresteadheroità Fos frontal , ce qui empêcha de remporter. — Un eniant âgé de trois ans avoit un kjsie situé à la paupière supérieure , près l'angle externe, La peau est incisée suivant la direction des fibres de i'orbiculaire des paupières : le kyste, attiré avec des pinces pour l'isoler des parties environnantes , se déchire; la matière qu'il contenoil avoit tous les caractères du beurre, l'aepect , la consistance, le goût même ; elle étoit immiscible à l'eau , iachoit le papier comme

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l'auroit fait le beurre. L'exameo altentif des parois du kjsle fit voir des poils blanchâtres , longs de quelques lignes, et en assez grande quantité. J'en parlerai à l'arlîcle des Productions pileuses*

2^. Matière muqueuse. Une jeune fille de douze ans portoit un kyste dans l'épaisseur de la paupière inférieure de l'œil droit. M. Dupuy- ^re^ incise la peau; mais le kysle é'oit tellement superficiel, que Tinslrument pénètre du premier coup dans sa cavité. Il s'écoule beaucoup de matière muqueuse et filante; du fond du kyste naissoient des fongosilés. L'introducliori de quelques brins de charpie et la cautérisation par le nitrate d'argent, sutfirent pour la guérison. — J'ai trouvé dans la salle des morts un kyste surmonté de quelques mamelons, situé sur l'arcade sourcilière : ce kyste couleuoit une matière muqueuse, collante. Les mamelons étoienî formés par un tissu blancbâue , fibreuK ; l'un d'eux coutenoit un petit kyste dans son épaisseur.

5°. Matière gélatinifonne. J'ai trouvé en mars i8i4> sur le corps d'un vieillard, dans la région iliaque droite, une tumeur qu'on auroit pu prendre au premier coup-d'œil pour le coecum. J'incise cette tumeur, qui cédoit aisément à la pression : elle contenoit une matière

ET PRODUCTIONS ORGANIQUES. 3o5

gélaliniforrae, et ëtoit divisée en plusieurs loges par des espèces de cloisons blanchâtres, pulpeuses, inorganiques, adhérentes aux parois du kyste* Je n'ai pu soumettre cette matière à des expériences qui m'auroient démontré si elle étoit ea effet de la gélatine; car on sait que l'albumine se masque quelquefois sous cette forme. Les parois du kyste étoient fibreuses, interrompues d'espace en espace par des plaques osseuses. Cinq ou six kystes analogues étoient placés audessus du premier : l'un d'eux étoit tapissé par une substance d'un blanc nacré, disposé en petites écailles comme celles d'un poisson. La portion de péritoine qui tapisse la moitié droite de la face concave du diaphragme offroit des flocons gélaliniformes adhérens ; on en voyoit aussi autour de la partie inférieure de la tumeur. Plusieurs plaques d'un rouge vif indiquoient une péritonite chronique (i).

(i) Je sens combien la division des kystes, fondée sur îa nature de la matière qu'ils contiennent , est peu philosophique , cette matière présentant mille varie'le's ; je l'ai cependant adopte'e faute de meilleure.

3o6 TRANSFORMATIOJ^S

GENRE Y

Kystes contenant de petits corps blancs^

Les observateurs n'ont pas encore fixé rallention sur ce genre Irès-curieux de kystes : on en trouve cependant un exemple dans les Mémoires de TAcadémie des Sciences^ année 171 7* Les laits suivans sont presque tous tirés de la pratique de M. Dupuytren,

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