‹ Essai sur l'ancien CundinamarcaChapitre 2 sur 37 · L ’ A N CI E N C U 1\ Ü I N A M ARC A · texte numérisé non relu

L ’ A N CI E N C U 1\ Ü I N A M ARC A

côté se diriger, il lança en 1 air une llèche garnie

d un grelot et marcha dans la direction qu’elle avait prise. Elle le conduisit dans la province des Lâches, où sa sœur mit au monde un fils. Ne sachant qu’en faire , il le changea en pierre et le cacha dans une caverne où il est encore aujourd’hui. Les deux époux continuèrent leur vie errante et arrivèrent enfin sur le territoire de Bogota. Mais parvenus auprès du saut du Tequendama, ils se sentirent tellement épuisés de fatigue qu’ils s’arrêtèrent dans cet endroit, où ils furent changés en deux rochers que l’on y voit encore aujourd’hui.

On ignore le nom de ses successeurs jusqu’au zaque Themagata , dont on raconte une foule de fables, entre autres qu’il avait une queue et quatre oreilles, et que chaque nuit il allait et revenait dix fois de T unja à Sogamoso pour faire sa prière dans le temple, quoique la distance soit de huit lieues. On prétend aussi qu’il n’approcha jamais d’aucune femme et qu’il avait le pouvoir de changer les hommes en bêtes. 11 mourut après plus de cent ans de règne, laissant le trône à Tutazna, son neveu, dont les successeurs furent souverains de tous les Muyscas, jusqu’à Michua , dont nous parlerons plus bas; mais aucun auteur ne nous a conservé leurs noms fl).

(i) Piedrnhita , part. I, liy. ii, ch. 6.

\ Les Indiens de Sogamoso racontaient aussi l’his-

I toire d’un homme barbu qui était venu civiliser leur

| pays, mais ils le nommaient Bxogmoa. Ils l’appelaient

F) aussi Sadiquiasonada , ce qui veut dire notre an¬

cêtre et notre père , Sugunsua , homme qui disparaît , et Sogundomoxo , homme qui se rend invisible. 11 paraît vraisemblable que c’est de là que vient le nom de Sogamoso que les Espagnols ont donné à leur province ; car ils la désignaient sous celui d’Iraca .

Sa première apparition eut lieu à Toizi , dans la vallée de Gamza , aujourd’hui Gameza. Il séjourna trois jours dans une caverne , et y fut successivement visité par les caciques de Gamza , Busbanza, Socha , Tasco , Topaga , Mongui , Tutasa , Mongua , Lesca , Yacon , Bombaza , Totaguaquira et Satoba. Cet ordre régla plus tard la préséance entre les chefs de 1 ces diverses villes. Il leur enseigna qu’il y avait dans

le ciel un Dieu qui récompensait les bons et punissait les mécbanl s.

Bxogmoa se rendit ensuite à Otga où Nompanemi, chef d’Iraca ou Sogamoso, vint au-devant de lui à la tête de toute sa nation. Il alla ensuite jusqu’à Yza, toujours en prêchant sa doctrine, et disparut en cet endroit. On ne l’a jamais revu depuis. On rapporte que pendant son séjour à Sogamoso les habitants de Muequeta ou Bogota implorèrent son secours contre la sécheresse qui les menaçait de la lamine , et en obtinrent des pluies abondantes. On

l’ancien cundinamaiica. 15

croyait généralement que ses successeurs avaient hérité de son pouvoir sur les éléments; de sorte que son territoire était regardé comme saint et sacré.

La succession du Sogarnoso ne passait pas à ses héritiers comme celle des autres chefs, ce qui me lait supposer qu’il était plutôt considéré comme un souverain pontile que comme un chef ordinaire ; il était élu par les caciques de Gameza , Busbanza , Pezca et Toca, que celui de Tundama départageait quand cela était nécessaire. Mais il était d’un usage immémorial de choisir alternativement un noble de Tobaza et un noble de Firabitoba.

On raconte que lors d’une élection qui devait appartenir à la première de ces deux villes , un noble de Firabitola , qui se distinguait par une longue barbe rousse , chose très-rare parmi les Indiens, usurpa cette dignité à l’aide de ses six frères qui étaient renommés pour leur vaillance, et qu’il fit mettre à mort l’électeur de Gameza , parce qu’il s’était opposé à son usurpation. Mais tous les autres prirent les armes pourchasser l’usurpateur, qui les défit cependant dans une première bataille; ils se retirèrent alors dans une forteresse et défendirent à tous les Indiens de lui obéir. Les Sogamosos se soulevèrent alors contre lui , et bientôt après il fut défait et tué dans un second combat. Les électeurs firent tous leurs efïorts pour s’emparer de son corps et lui faire subir l’infamie ; mais ses frères combattirent si vaillamment, qu’ils réussirent à l’enlever et l’enterrèrent dans un endroit qui est jusqu’à

ESSAI SUK

présent resté inconnu. Les électeurs placèrent a sa place un noble de Tobaza , nommé Nompanim ( vase du L ion) t qui eut pour successeur Sugamuai (le Mystérieux ), qui régnait encore lors de l'arrivée des conquérants espagnols dans le Gundinamarca (I).

Les traditions des Indiens de Guatavita étaient encore différentes. L’uzaque de cette ville, qui était un des plus puissants chefs des Muyscas, ne fut soumis que dans les derniers temps par les Zippas de Bogota. Ses états s'étendaient du nord au sud depuis Turmeque jusqu'à Sapo , et de l'occident à l’orient depuis les montagnes de Zippaquira jusqu'aux plaines de S. Juan, et comprenaient cent douze villages très-peuplés. Mais il tirait surtout son importance du lac de ce nom , qui était le principal sanctuaire des Muyscas , et dont nous parlerons plus au long quand nous traiterons des idées religieuses de cette nation.

La tradition raconte que la femme d'un des anciens uzaques, ayant manqué à la foi conjugale avec un des principaux nobles de cette nation , son mari

(i) Simon , part. II , notice iv, ch. il et 12. Piedrahita , part. I, liv. 11 , cli. 7, est à peu près d’accord avec lui ; mais il nomme le fondateur de la dynas tie de Sogamoso , Idacanças ou la lumière de la terre, que le P. Simon place au contraire à Tunja. Il est, du reste, bien clair que c’est une même légende racontée de diverses manières par les tribus différentes, qui toutes voulaient se donner de la supériorité aux yeux des Espagnols.

découvrit son crime, et, ayant fait empaler son complice , lui coupa les parties honteuses et les lit servir à sa femme dans un festin , en proclamant sa faute. On composa sur cet événement une chanson qui se répandit dans le pays, et que l’on venait meme chanter devant la porte de la coupable. Ne pouvant supporter tant de honte, elle quitta un matin la maison de son mari et alla se précipiter dans le lac avec sa fille. Le cacique, ayant appris cette nouvelle, courut sur ses traces, mais il arriva trop tard pour la sauver; depuis il parcourait sans cesse les bords du lac en remplissant l’air de ses cris. Les prêtres, pour le consoler, et peut-être aussi pour augmenter la réputation de leur sanctuaire, lui déclarèrent que sa femme vivait encore et que la divinité des eaux l’avait choisie pour épouse. La tradition ajoute même que son épouse lui apparut au milieu des flots , tenant sa fille dans ses bras, et qu’elle lui déclara que c’était elle qui régnait sur les eaux. Cette nouvelle se répandit dans toute la contrée et ne contribua pas peu à augmenter le concours de pèlerins qui visitaient ce sanctuaire, où l’on prétendait que la déesse se montrait quelquefois sous la forme d’un énorme serpent. On voit que cette histoire a beaucoup de ressemblance avec celle de Bachue dont nous avons parlé plus haut (1).

Avant d’arriver aux temps historiques , il nous

(i) Simon , pnrt. IT , notice ni , chap 2 et 3.

ESSAI SUP

reste encore à rapporter une tradition des Indiensde Guacheta. Quand le vieillard barbu dont nous avons déjà si souvent parlé eut disparu à Sogamoso, le bruit se répandit dans le pays que le soleil devait faire concevoir par ses rayons une jeune fille de Guacheta, qui resterait vierge après avoir mis son entant au monde. Le cacique, qui avait deux filles, désirait beaucoup qu elles devinssent l’objet de ce miracle, et tous les jours il les faisait monter sur une colline située à l’orient de sa maison , afin qu’elles fussent frappées des premiers rayons du soleil levant. Ses vœux furent comblés, une de ses filles devint enceinte, et au bout de neuf mois elle mit au monde une huacata ou émeraude. L’ayant enveloppée dans du coton et placée sur sa poitrine , au bout de quelques jours elle se changea en un enfant , qui reçut le nom de Garanchacha , et qui fut universellement reconnu comme fils du soleil. Quand il fut arrivé à l’âge de vingt-quatre ans, il alla avec une suite nombreuse visiter le ramiriqui ou roi de Tunja , qui le reçut avec tous les honneurs dus à la naissance qu’on lui attribuait. Il se rendit ensuite à Sogamoso, dont le chef le reçut de meme; mais au moment où il quittait la cour de celui-ci pour retourner à Guacheta , un vieillard de sa suite vint lui annoncer que le ramiriqui avait tué un de ses pages. Il fut saisi d’une telle fureur , qu’il retourna à Tunja ^ égorgea le roi de ses propres mains et se fit proclamer à sa place.

Ce prince était tellement redouté de ses sujets ,

l’ancien cundinamarca.

qu ’ils n’osaient lui parler que la face contre terre. Il les accablait d’impôts etde mauvais traitements, sans que personne osât se plaindre. Quiconque se permettait de lui désobéir était sur-le-champ pendu ou empalé. Il avait fait construire, au nord de Tunja, un temple magnifique au soleil son père. Quand il sortait de son palais pour s’y rendre , le sol sur lequel il devait marcher était couvert des plus fines étoffes de coton. Quoique la distance qui séparait ces deux édifices ne fût que de trois portées d’arquebuse , il marchait avec tant de pompe et de majesté, qu’il mettait trois jours pour y aller et autant pour en revenir. Il restait le meme espace de temps renfermé dans le sanctuaire.

Garanchaclia avait entrepris de faire construire ce temple en marbre. On en voit, en effet, quelques blocs qui ont été transportés jusque-là, d’autres qui sont restés à Ramiriqui et à Monquira. Mais il n’eut pas le temps de mettre ce projet à exécution. La tradition rapporte qu’ayant rassemblé les principaux de la nation, il leur annonça que le pays allait être conquis et ravagé par une nation féroce , et qu’il les quittait pour ne pas être témoin de tous ces malheurs. Il disparut ensuite sans que personne sût ce qu’il était devenu (1).

La seule chose qu’on puisse démêler au milieu de

(i) Simon, part. II , notice îv, ch. la et ia.

KSSAI SUR

ces traditions contradictoires, c est qu anciennement le Sogamoso était regardé comme le chef spirituel des Muyscas, et le zaque de Tunja comme leur chef temporel. Mais, dans les derniers temps, le zippa de Bogota avait profité des guerres et des usurpations dont nous venons de parler, non-seulement pour se rendre indépendant, mais encore pour leur disputer la suprématie. Sa puissance avait commencé à s’élever depuis son alliance avec l’uzaque de Chia , dont on raconte le commencement de la manière suivante.

Environ trois siècles avant la conquête (1), le frère du cacique de Chia, qui était aussi remarquable par sa beauté que par sa valeur, entretenait une intrigue criminelle avec une des femmes de son frère. Celuici , l’ayant découvert, voulut faire empaler le coupable, qui n’eut que le temps de se réfugier auprès de l’uzaque de Bogota, engagé alors dans une guerre contre ceux cl’Ubague, de Guatavita et de Guasca , et qui, ayant déjà entendu parler de la valeur de son nouvel hôte, s’empressa de lui donner le commandement de son armée, à la tête de laquelle il remporta plusieurs victoires. Mais, au moment où le roi de Bogota allait s’emparer d’Ubague , dont il faisait le siège, il tomba si gravement malade qu’on n’eut que le temps de le transporter dans sa capitale.

(i) Simon , part. II, ch. io, qui rapporte ce fait, dit que de son temps il y avait 400 ans. Comme il vivait vers 1600, cela nous reporterait à l’an 1*200, ce qui me paraît bien ancien. Il ajoute que la famille des uzaques de Chia existait encore sous le nom de Cana, et quelle jouissait de la plus grande considération parmi les Indiens.

l’ancien c u n d i n a marc a.

Se sentant près de sa fin et n'ayant pas d’héritiers légitimes, il convoqua près de lui les chefs et les nobles, et leur présenta comme son successeur le jeune guerrier de Chia qui lui avait rendu tant de services ; tous reconnurent qu'on ne pouvait faire un meilleur choix et s'empressèrent de le proclamer pour leur roi.

Le nouveau souverain continua heureusement la guerre que son prédécesseur avait commencée , et poussa ses conquêtes jusqu'à Choconta. L'uzaque de Chia, voyant que son frère était devenu si puissant et qu'il avait vaincu tous les chefs du voisinage avec lesquels il aurait pu s’allier pour lui résister, craignit qu'il ne songeât à se venger des mauvais traitements qu'il lui avait fait éprouver autrefois. 11 lui envoya donc sa mère et sa sœur pour solliciter son pardon et lui offrir un riche présent en or, en émeraudes et en étoffes de coton. Le zippa consentit volontiers à se réconcilier avec lui , et les deux frères eurent une entrevue dans la forteresse de Caxica. Mais il s’éleva bientôt une autre difficulté : leur sœur était enceinte, et comme, d'après les lois des Muyscas, c étaient les neveux, fils des sœurs, et non les fils qui héritaient du trône, chacun d'eux réclamait l'enfant qu’elle devait mettre au monde comme son futur successeur. On convint enfin qu il hériterait d’abord des états de l’uzaque de Chia , qui était le plus âgé ; qu'à la mort du Bogota, il prendrait sa place, et que l’on appellerait pour le remplacer à Chia le pl us proche héritier, qui plus tard deviendrait à son tour zappa de Bogota ; cet arrangement ayant été adopté

par tous les chefs, il subsista comme une loi fondamentale de l'empire jusqu ’à l’arrivée des Espagnols

Muequeta ( champ dans la plaine), que les Espagnols ont nommé Bogota, existait donc très-anciennement ; mais l’histoire de ses souverains est fort confuse jusqu’au règne de Saguanmachica, qui monta sur le trône vers l’an 1470 de notre ère. Ses prédécesseurs avaient déjà soumis quelques-uns des caciques voisins et lui avaient laissé une armée nombreuse et aguerrie dont il sut profiter pour augmenter son pouvoir. Il marcha d’abord contre les Panches, qui étaient les plus redoutables ennemis des Muyscas, et contre les Fusagasugas, qui étaient moins guerriers, mais qui vivaient dans des lieux écartés et n’avaient aucun rapport avec les Muyscas, quoiqu’ils appartinssent à la même race. Saguanmachica rassembla donc une armée de 30,000 hommes, et résolut de traverser la cordillière quiséparelaprovince de Bogota de celle des Sutagaos ; il se dirigea vers le côté habité par les Chazcas et les Chyayzaques, tribus qui lui étaient soumises, et traversa si heureusement la cordillière qu’en moins de douze heures il arriva de l’autre côté. L’uzaque de Fusagasuga l’attendait , campé avec son armée au sommet d’une colline dont le pied était baigné par la rivière de Pazca. Cette position, peu avantageuse pour l’attaque , l’était beaucoup pour la retraite , car c’est à partir de là

l’ancien cundinamarca.

que commencent les plaines arrosées par le Subya.

Le zippa comprit facileinentqu’il n’avait rien à redouter d'un ennemi cjui n avait pense cju a assurer sa retraite et n'avait pas su profiter, poui arrêter sa marche, des avantages que lui olïraient les défilés que les Bogotas avaient été obligés de traverser. Tl détacha de son armée un corps de deux mille hommes et lui ordonna de tourner la position de l'ennemi. Après une marche longue et pénible, ce corps arriva, au lever du soleil, en vue du camp de l'ennemi, dont les sentinelles jetèrent aussitôt 1 alarme en poussant de grands cris. Les F usagasugas, croyant avoir affaire à toute l'armée ennemie , ne pensent pas à résister , abandonnent leur camp et prennent honteusement la fuite. Les Bogotas les poursuivirent jusque dans leur ville , où ils entrèrent pele-mele avec eux, et firent prisonnier Usathama , leur général et l'un des principaux caciques de la province. L’uzaque de Fusagasuga, par le conseil de Tibacuy (1), son favori, qui avait été blessé, dans le combat, d’un coup de massue , vint plier le genou devant le zippa et se reconnut son vassal par un serment solennel dans lequel il prit le soleil à témoin de ses promesses.

Le zippa, voulant profiter d’une victoire qui ne lui avait pas coûté un seul homme , se rendit à Uzatbama pour reconnaître tout le pays et achever de le

(i) Ce Tibacuy était probablement le chef cl Uzaque. On \ena , dans la suite de eette relation , que les caciques prenaient piesquc toujours le nom de leur capitale.

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soumettre. Voulant ensuite retourner dans sa capitale, il se dirigea vers les montagnes de Subya, qu’on lui assurait être plus praticables que celles qu’il avait traversées en venant. Mais il fut trompé dans son esperance et trouva des chemins si horribles qu il fut obligé d’employer deux jours à faire cinq lieues. Il arriva enfin a Muequeta, où il célébra sa victoire par des fêtes et des festins qui durèrent plusieurs mois (1).

L uzaque de Guatavita, qui avait été jusqu’alors complètement indépendant du zippa , fut effrayé de l’accroissement de sa puissance et lui déclara la guerre ; mais il fut défait dans deux combats successifs. Les Bogotas victorieux ravagèrent son territoire et le forcèrent d’implorer l’assistance de Michua , roi de Tunja. Celui-ci , qui se regardait encore comme le chef suprême des Muyscas , et ne voyait dans Sa^ guanmachica qu’un vassal arrogant, envoya un messager lui porter l’ordre de se rendre à sa cour pour se justifier de l’accusation que l’ uzaque de Guatavita avait portée contre lui. Mais le zippa , loin de lui obéir, chassa hon teusement son messager, après l’avoir accablé de coups , en déclarant qu’il était un prince indépendant et qu’il ne reconnaissait pas de supérieur. Le roi de Tunja rassembla aussitôt une armée de 40,000 hommes et marcha contre lui , croyant que la nouvelle seule de son approche suffirait pour lui faire mettre bas les armes. Mais Sa-

(i) Piedrahita , liv. 11 , cli . I.

L ’ A NC I E N' C ü N D I N A M A KG A .

guanmdchica , qui avait fait alliance avec f uzaque (le Soppo, et qui avait su attirer dans son parti quelques chefs , vassaux du roi de Tunja, s’avança au contraire à sa rencontre. Michua , qui ne s’attendait à rien moins qu’à cette résistance, en fut tellement efïrayé qu’il se retira en toute hâte et rentra honteusement dans ses états.

Le zippa se jeta alors sur les terres de l’uzaque d’Ubague, qui, malgré son ancienne alliance avec lui, l’avait abandonné pour se joindre à ses ennemis, et avait profité de l’occasion pour se saisir des villes de Pazca et d’Uzme; il entra d’abord dans la province de Chipaque , qu’il mit à feu et à sang , et s’empara si promptement de la capitale que l’ubague n’eut que le temps de se réfugier, avec ses trésors , dans une forteresse construite au sommet d’un rocher presque inaccessible.

Le zippa se préparait à tourner ses armes contre le roi de Tunja , quand il fut attaqué à la fois par 1 uzaque de Guatavita, qui fit une incursion dans les provinces de Chia et de Caxita, et par les Panches , qui pénétrèrent dans celles de Zippacon et de Thema; ce qui l’obligea à diviser son armée en deux corps pour leur résister. Les historiens ne nous ont point conservé les détails de cette guerre. Tout ce que nous savons , c est qu’elle fut longue et acharnée, car elle dura plus de seize ans , et que le zippa finit par triompher de tous ses ennemis. Il renouvela alors la ligue qu’il avait formée avec l’uzaque de Soppo et les vassaux mécontents du roi de Tunja, et après

ESSAI S EU

avoir réuni ses forces aux leurs et traversé, sans coup férir, la province de Guatavita , il s’avança contre Michua à la tète de 50,000 hommes. Celui-ci avait à peine achevé de réunir, à Chôconta , son armée, qui comptait 60,000 guerriers, quand le zippa arriva devant cette ville. La bataille qui devait décider auquel de ces deux princes appartiendrait la suprématie sur toutes les tribus muyscas , fut livrée sous les murs de Choconta. On combattit pendant trois heures avec un acharnement incroyable. Les deux rois , portés sur une litière couverte de plaques d’or, marchaient en tète de leurs soldats et les encourageaient par leur présence. Après une lutte acharnée, la victoire se déclara en faveur des Bogotas ; mais leur prince était resté sur le champ de bataille , ainsi que le roi de Tunja. Loin de penser à profiter de leurs avantages , ils se retirèrent en emportant tristement le cadavre du zippa , auquel on fit à Muequeta de somptueuses funérailles. Les Tunjas en firent autant de leur côté, et proclamèrent, à la place de Michua , Quimuinchatecha , qui était alors âgé de dix-huit ans (1).

Nemequene ( os de lion) hérita des états de Saguanmachica, son oncle; ils comprenaient toutlepays qui s’étend depuis les montagnes derrière lesquelles habitent les Panches, jusqu’à celles qui dominent

(i) Piedrahita , part. 1, liv. n, ch. la.

l’ancien cundinamarca. 27

Bogota , et depuis Gaxica et Chinga jusqu’à Uoma et Sibate, sans compter ce que son prédécesseur avait conquis au delà des montagnes, du coté des Sutagaos. Comme les traditions des Muyscas donnent vingt ans de règne à Saguanmachica , Nemequene doit être monté sur le trône vers 1490.

Son premier soin fut de soumettre la province de Fusagasuga , qui avait profité de la mort du dernier zippa pour secouer le joug et recouvrer l’indépendance qu’il lui avait enlevée. 11 chargea de cette expédition Thyzquesuzha , uzaque de Chia , son neveu et son héritier présomptif, auquel il donna une armée de 40,000 hommes. Celui-ci traversa les montagnes de Suhya , battit les Fusagasugas dans plusieurs rencontres, et, pour les maintenir dans l'obéissance, il plaça à Tibacuy une garnison composée de ses meilleures troupes ; il revint ensuite triomphant par la route de Pazca , pendant que Nemequene , de son côté, remportait plusieurs avantages sur les Panches.

L’uzaque de Zippaquira , voyant les Bogotas en guerre avec plusieurs nations voisines , crut 1 occasion favorable pour les attaquer. Cetle ville est située à une dizaine de lieues de Bogota , et près de là on trouve d’immenses mines de sel gemme dont le commerce enrichissait les habitants. Oubliant donc l’alliance qu’il avait conclue peu de temps auparavant avec le zippa, et excité surtout par les caciques de Guatavita et d’Ebate , qui n’attendaient qu’un moment favorable pour se soulever, il entra, à la tête

28 ESSAI S U 11

d une armée nombreuse, dans la province de Caxica. Le zippa rappela en toute hâte une partie des troupes qu’il avait envoyées contre les Panches et s’avança contre lui à la tête de 16,000 hommes. Les deux armées se rencontrèrent entre Caxica et Chia, et la valeur des Bogotas ne tarda pas à faire déclarer la victoire en leur faveur. Le zippa rentra en triomphe dans sa capitale , traînant à sa suite un grand nombre de prisonniers (1).

Le plus grand désir de Nemequene était de détrôner le roi de Tunja pour tirer vengeance de la mort de son prédécesseur; mais, craignant de laisser derrière lui des ennemis qui profiteraient de son absence pour envahir ses états, il résolut de tourner d’abord ses armes contre les uzaques de Guatavita et d’Uba gue, alliés du roi de Tunja, Pour réussir plus facilement dans cette entreprise , il résolut d’employer une ruse qui lui réussit complètement.

Les Indiens de Guatavita passaient, parmi les Muyscas , pour les plus habiles orfèvres. L’uzaque de cette province , voyant qu’ils se dispersaient de tous les côtés pour exercer cette profession et que , de cette manière, non-seulement il perdait un grand nombre de ses sujets, mais encore que ses revenus en étaient considérablement diminués, parce qu ils cessaient de lui payer le tribut accoutumé, leur ordonna, sous les peines les plus sévères , de rentrer sur son territoire. 11 déclara , en outre , que tous

(i) Piedrahita } part. 1 , liv. 11 , ch. 11. — tice iv, ch. i5.

Simon , part, II, no

1/ A NC I E N C U N I) I N A M A K C A .

ceux des chefs voisins (]iu auraient besoin d’un de ces ouvriers enverraient deux deleurs sujets qui résideraient dans sa capitale et lui payeraient Je tribut à sa place jusqu’à ce que cet homme fût de retour. Le zippa profita de cette circonstance pour demander de temps en temps des ouvriers, sous prétexte de faire exécuter de grands ouvrages d’orfèvrerie et pour les remplacer à Guatavita par les plus vaillants de ses guerriers, tandis que l’uzaque de cette ville croyait follement avoir augmenté sa puissance en réunissant autour de lui plus de trois mille guerriers étrangers, qui presque tous étaient vassaux du zippa. Ce dernier, craignant encore la résistance que pouvait faire le Guatavita , surtout à l’aide des secours que le roi de Tunja ne manquerait pas de lui envoyer, résolut de gagner d’abord, par des présents et des promesses, le cacique de Guazca, dont il fallait traverser le territoire pour pénétrer sur celui de son ennemi. Ce cacique le laissa, en effet, s’avancer secrètement pendant la nuit, et, dès que le zippa approcha de Guatavita, dont le chef était dans la sécurité la plus complété, il en avertit, au moyen de feux allumes sur les montagnes , ceux de ses guerriers qu’il avait envoyés d’avance dans la capitale de son ennemi. Ceux-ci massacrèrent les principaux habitants au moment où le zippa commençait l’attaque, et, chargeant ensuite les Guatavitas par derrière, ils les mirent dans la déroute la plus complète ; l uzaque tomba lui-même sous leurs coups , et tous ses états devinrent la proie du vainqueur, qui permit cepen-

ESS AI SU U

dant à son héritier légitime ti en prendre possession, à condition de se reconnaître pour son vassal. 31 plaça néanmoins des garnisons dans les principales iorteresses, et, après avoir cherché à gagner les chefs par des présents et des caresses, il chargea son frère de gouverner le pays pendant son absence et envahit la province d Ubague (1).

Pour arriver dans cette province il faut traverser les montagnes par deux défilés, qu’on appelle de Chiguachi et de Fortochuelo. Les Ubagues, accoutumés à faire la guerre dans leurs montagnes, remportèrent plusieurs avantages sur les Bogotas , qui leur étaient, à la vérité, supérieurs en nombre, mais qui n’avaient jamais combattu que dans les plaines. La guerre dura six ou sept mois ; mais enfin l’uzaque d Ubague , voyant qu’il était hors d’état de résister plus longtemps, se reconnut vassal du zippa, et, pour colorer un peu sa soumission, il lui donna ses deux filles pour épouses. Nemequene retourna ensuite triomphant dans Muequeta, sa capitale, où il célébra sa victoire par des festins et des chants dans lesquels on racontait ses exploits.

Les historiens ne disent pas combien Nemequene employa de temps à faire ces conquêtes ; tout ce que l’on sait, c’est que son règne dura vingt-quatre ans.

(i) Piedrahita, part. I, 1. n, ch. 3. — Simon , part. II , notice iv, chap. 16.

L ANCIEN C UNDINAM ARC A .

Après avoir conquis les provinces de Guatavita et d’Ubague, il dirigea ses armes contre celles d’Ebate et de Simijaca. Sa domination s’étendait déjà jusqu’àleurs frontières, quoiqu’elles soient éloignées de plus de vingt lieues de Bogota.

Pour traverser les montagnes qui séparaient les états du zippa de la province d’Ebate, il fallait franchir le défilé de Tliauza , défendu par les troupes combinées des uzaques d’Ebate , de Simijaca et de Susa, qui le défendirent vaillamment; mais, malgré leur résistance opiniâtre, la fortune du zippa l’emporta^ et il se rendit maître de ces trois provinces. La seule ville qui fit quelque résistance fut celle de Fuquene, construite sur une éminence dans la province de Susa. Le zippa poussa ses conquêtes jusqu’aux confins du pays habité par les Muzos et revint ensuite dans sa capitale pour préparer une expédition contre le roi de Tunja.

Son frère , qu’il avait laissé pour gouverner les provinces nouvellement conquises de Guatavita et d’Ubague, ayant appris que l’uzaque de cette dernière avait envoyé tous ses trésors dans une forteresse située sur un rocher au milieu d’un lac , résolut de s’en emparer. 11 demanda passage au cacique de Ghiguacho, vassal de l’ubague , sous prétexte d’aller visiter les garnisons que son frère avait laissées dans sa dernière province , et l’ayant obtenu , il marcha en toute hâte contre la forteresse^ la surprit pendant la nuit et en massacra la garnison. Mais il ne jouit pas longtemps des trésors qu’il avait acquis

par cette lâche trahison, car lubague fit prendre les armes a tous ses vassaux , et vint l’assiéger dans la forteresse dont il venait de s’emparer. Le général des Bogotas s y défendit pendant cinq jours ; mais voyant qu’il ne pouvait tenir plus longtemps , à cause du manque de vivres , il résolut de se frayer un passage a travers 1 armee ennemie ; après avoir fait jeter tous les trésors dans le lac, pour ne pas embarrasser sa marche , il attaqua vaillamment les assiégeants, mais il ne tarda pas à succomber sous le nombre et fut tué avec tous les siens.

L ubague , frustré dans son espérance de recouvrer ses trésors , avait encore à redouter la vengeance du zippa , irrité de la mort de son frère et de la perte de ses plus braves soldats. Il s’empressa de lui envoyer des ambassadeurs chargés des plus riches présents , pour lui représenter qu’il n’avait fait que se défendre contre ceux qui voulaient lui enlever ce qui lui appartenait , et pour l’assurer de sa soumission. Mais le zippa les renvoya sans vouloir recevoir leurs présents, ni même les admettre en sa présence, et déclara qu’il fallait que lubague vînt en personne à sa cour pour se justifier. Celuici n’eut d’autre ressource que d’obéir : il se mit donc en marche avec ses principaux vassaux, et quantité de présents qu’il comptait offrir au zippa. Ils consistaient en vingt jeunes filles les plus belles de ses états , cent charges d’étoffes de coton, ainsi qu’une grande quantité d’émeraudes et de figures d’idoles et d’animaux en or et en argent. Mais le

l’ancien cundinamarca. 33

ïippa n’accepta , et cela seulement par politesse, qu’un simple manteau de coton, en déclarant qu’il ne recevait pas de présents d’accusés. Après avoir retenu l’ubague six ou sept mois à Muequeta , voyant qu’il avait réellement été l’opprimé, il lui pardonna la mort de son frère , et le renvoya dans ses états. Celui-ci voulut de nouveau lui faire accepter son présent ; mais le zippa refusa encore, en disant qu’il ne voulait pas qu’on le soupçonnât de

s être laissé gagner pour prononcer une sentence favorable (1).

Vers cette époque, le zippa rassembla à Muequeta , -a capitale, tous les uzaques ses vassaux, et après avoir promulgué les lois dont nous parlerons plus as, i eur annonça son intention de soumettre le roi de Tunja. Chacun retourna en toute hâte dans ses domaines , et en ramena tous les guerriers qu’il put rassembler, de sorte qu’en peu de temps le

ZlPPa VIt a la téte d’une armée de 60,000 hommes Avant de se mettre en marche , il lit sacrifier à ses dieux un grand nombre de victimes humaines Quimuinchatecha , roi de Tunja, voyant Forage prêt a tondre sur lui , et sentant bien que s’il était réduit a ses seules forces , toute résistance serait

tice îv , Îah;‘e. ' pa,t‘ 1 ’ llV' 11 ’ ch- V- — Simon > part- H , ne-

imilile, envoya des ambassadeurs aux rois de Gamesa, de Sogamoso, de Duytama etdeSachica 7 pour leur représenter que le danger était commun, et que s’ils l’abandonnaient dans cette occasion , le zippa , après s être emparé de son royaume , ne tarderait pas à tourner ses armes contre eux. Nompaneme , roi de Sogamoso , fut cependant le seul qui se décida à prendre les armes en sa faveur, et qui conduisit une armée de 12,000 hommes à Tunja, où le roi en avait déjà réuni 50,000 (t).

Ayant appris que l’avant-garde de l’armée ennemie , commandée par Zaquezazippa , était entrée dans la province de Turmeque , où elle mettait tout à feu et à sang , ils résolurent de marcher à sa rencontre pour le défaire avant qu’il put être secouru par le reste de l’armée ennemie. Mais Zaquezazippa, qui avait acquis de l’expérience en faisant longtemps la guerre contre les Panches, se replia sur Choconta, où le zippa Nemequene se trouvait en personne avec le reste de l’armée. Le roi de Tunja le poursuivit, et bientôt les deux armées furent en présence , n étant séparées que par un ruisseau qu on appelle aujourd hui vio de las Vueltas.

Le zippa envoya un ambassadeur au roi de Tunja pour lui proposer la paix , à condition de se reconnaître son vassal. Piedrahita rapporte un long discours fort pompeux que, selon lui, cet ambassadeur

(i) Piedrahita , part, I , Hv. n , ch. G. Simon , paît. ïl T liv. iv, ch 17,

IAMJIKN C U NI ) 1 N A M A H C A .

prononça dans cette occasion. Mais comme il écrivait près de deux siècles après l’événement, il est permis de croire qu’il a tiré ce discours de son imacïnation , ainsi que la réponse non moins emphatique du roi de Tunja , qui refusa de se soumettre à celui qui jadis était son vassal. Le sort des armes dut donc décider a qui appartiendrait désormais la suprématie sur toute la nation des Muyscas.

Le combat dura presque toute la journée ; mais , au moment où la victoire allait se déclarer en faveur des Bogotas , leur roi tomba percé d’une flèche. Zaquezazippa fit alors der vains efforts pour retenir ses guerriers; ils placèrent leur zippa sur sa litière, quittèrent en toute hâte le champ de bataille, et se retiierent a Ghoconta sans avoir éprouvé de grandes pei tes, tandis que celles des Tunjas avaient été immenses. On porta le zippa à Muequeta, où les xeques employèrent en vain tout leur art pour lui conseï ver la vie; il mourut le cinquième jour. Ses funérailles furent célébrées avec beaucoup de pompe, et l’on composa , à cette occasion , des chants dans lesquels on célébrait ses victoires et ses exploits.

1 ous ses sujets prirent des vêtements rouges et se barbouillèrent les cheveux avec de l’ocre", ce qui était leur manière de porter le deuil. Les xeques embaumèrent le cadavre et l’enterrèrent, selon

1 usage, dans un endroit inconnu au reste de la nation.

ESSAI sun

rhyzquesuzlia fut ensuite proclamé zippa. Selon Piedrahita, celui-ci était l’héritier légitime, car il étaitneveu du défunt et uzaque cle Chia. LeP. Simon dit, au contraire, que c’était un usurpateur, quoiqu’il fût du sang royal , et qu’il enleva la couronne à l’uzaque cle Chia, à qui elle revenait de droit (1).

Son premier soin , dès qu’il eut pris les rênes du gouvernement, fut d’envoyer Zaquezazippa , à la tête de trente mille hommes , pour ravager la province de Sutatença, qui appartenait au roi de Tunja. Il soumit les Machetaes, les Zunubas,les Tybyritas, et poussa ses conquêtes jusqu’aux rives du Garagoa ; il contraignit ensuite les uzaques de Somondoco et d’Ubague , qui avaient profité de la consternation qu’avait produite chez les Bogotas la mort du dernier zippa pour se révolter, à faire de nouveau leur soumission. Après avoir heureusement terminé cette campagne , il alla se réunir à l’armée de quarante mille hommes que le zippa conduisait en personne contre le roi de Tunja, et dont l’avant-garde était commandée par l’ uzaque de Guazca et l’arrièregarde par Quiximpaba, proche parent du zippa.

Le roi de Tunja, qui était parvenu à réunir une armée considérable, quoique Y uzaque de Sogamoso eût refusé de se joindre à lui dans cette circonstance,

(i) Piedrahita , part, I , liv. n , cli. 9. — Simon , part. II , notice iv, ch. 18»

l’ancien C U N D 1 N A M A RC A.

s’avança jusqu'à Turmeque ; mais le Sogamoso, s’interposant en médiateur, parvint à leur faire conclure une trêve pour l’espace de vingt lunes, et le zappa J icencia toute son armée, à l’exception de deux mille hommes qu il donna à Zaquezazippa pour aller châtier les caciques d’Ebate et de Susa. Cette expédition fut la dernière qu’entreprirent les Bogotas , et à peine était-elle terminée, que les premiers Espagnols parurent dans le pays. Mais , avant de parler de cet événement, il sera hon de jeter un coup dœil sur les mœurs et l’organisation sociale des

uysc;

is.

J ai déjà parlé , au commencement de cet essai , des puncipales divinités des Muyscas , et de leurs idées sur 1 origine du monde et des choses. Les historiens du Cundinamarca énumèrent encore parmi les dieux des indigènes Nemiatacoa , qui était adoré principalement parles orfèvres et les tisserands. C’était aussi Un qui présidait aux orgies, où il apparaissait , diton , sous la forme d’un ours couvert d’un manteau , qui dansait et s’enivrait avec les Indiens. On ne lui offrait jamais de sacrifices , parce qu’il se contentait de la chicha qu il buvait dans cette occasion. On le désignait encore sous le nom de Fo ( renard ) parce qu il prenait quelquefois la forme de cet animal. Les Muyscas adoraient aussi l’arc-en ciel qu’ils nommaient Cuchavira , et qui était particulièrement

Essai sun

invoqué par les femmes enceintes, qui lui offraient des émeraudes (1) ; et Chuquen, qui présidait plus particulièrement aux courses à pied, qui étaient très-usitées chez eux.

Les Muyscas avaient un grand nombre d’idoles grossièrement sculptées. Il y en avait en or, en argent , en bois et même en cire. Elles étaient habillées d étoffés bûtes du poil de différents animaux , qui étaient les plus estimées parmi eux. Ils avaient toujours soin de placer dans leurs temples une idole mâle a côté d une idole femelle. On donnait aux prêtres le nom de Cliques que les Espagnols ont écrit Xeques , ce qui a donné lieu à bien des raisonnements parmi ceux qui ont voulu retrouver dans l’ancien monde l’origine des nations de l’Amérique ; car les Espagnols écrivent de la même manière le nom de scbeick , par lequel les Arabes désignent leurs chefs. 11 n’en a pas fallu davantage à quelques auteurs pour retrouver une tribu arabe dans les nations du Cundinamarca.

La dignité de clique était héréditaire, et passait aux fils des sœurs , comme celle de cacique. Quand ceux-ci étaient arrivés à fâge d’homme , on les envovait dans une maison appelée Cuca , sous la direction d’un vieux prêtre qui était chargé de les in-

(i) Simon, part. II, liv iv, note l\.

l’ancien CUND1N AMARCA. ^

struire. Ils y restaient douze ans, pendant lesquels on ne leur allouait <pte la quantité de nourriture absolument nécessaire pour ne pas mourir de faim. On les instruisait dans toutes les cérémonies religieuses , et au bout de ce temps on leur perçait le nez et les oreilles dans lesquels on plaçait des anneaux d’or. Ils allaient se laver dans une eau courante , et on les conduisait ensuite en grande pompe à la maison du cacique , qui leur donnait l'investiture du sacerdoce , en leur remettant un paquet d ’hayo, plante qui ressemble beaucoup à la coca du Pérou. La cérémonie se terminait par des danses solennelles , des sacrifices et des orgies. Ces prêtres habitaient , auprès du temple , une maison d’où ils ne sortaient que pour les cérémonies religieuses ; car c’était le peuple qui se chargeait de cultiver leurs terres. Il ne leur était pas permis de se marier, et ds étaient si rigoureusement soumis aux lois de la chasteté , qu’au moindre soupçon on les dépouillait de leur dignité. Les Indiens disaient, que ceux que Ton honorait au-dessus de tous les autres hommes, et que l’on consultait dans les affaires les plus importantes , devaient être éloignés de toute idée sensuelle ou profane , et que les mains qui offraient des sacrifices aux dieux devaient être parfaitement pures. Les prêtres vivaient donc dans la plus profonde retraite ; ils mangeaient et parlaient très- peu, et passaient la plus grande partie de la nuit à mâchei de 1 ’hayo , qu’ils regardaient comme une plante sa

crée , et dont ils se servaient aussi pour encenser leurs idoles (1).

Dans les occasions importantes les Muyscas offraient un sacrifice au soleil , qu’ils regardaient comme leur principale divinité , qnoiqu'ils ne lui élevassent pas de temple, parce que, disaient - ils , il était trop puissant pour se renfermer dans une enceinte de murailles. Les cliques se rendaient au sommet d’une haute montagne, et se tournant vers l'Orient ils offraient en sacrifice un enfant pris sur l'ennemi. Ils en avaient toujours quelques-uns en réserve qu ils nourrissaient dans une maison destinée à cet usage. On étendait cet enfant sur une riche étoffe de coton , on l'égorgeait avec une pointe de roseau , et de son sang , que l'on recueillait dans une calebasse, on oignait les premiers rochers qui étaient frappés par les rayons du soleil ; on laissait le cadavre au sommet de la montagne pour que le soleil le dévorât, ou bien on le jetait dans une caverne. Quand nous parlerons de la première apparition des Espagnols à Guachete, nous verrons les Indiens leur lancer de jeunes enfants du haut des rochers pour apaiser leur colère.

Tls avaient élevé des temples somptueux à Bochica et a leurs autres dieux, parmi lesquels on distinguait

(O Simon , part. II , notice iv, ch, 5,

l’ancien C UN LIN AM ARC a.

surtout celui de Sogamoso , qu’on appelait chunsna ou sanctuaire suprême. C’était là que demeurait le grand- prêtre que I on regardait comme l’image de Bochica ; les pèlerins qui y accouraient de tous les côtés pouvaient y venir avec la plus grande sécurité même au milieu des guerres les plus sanglantes. Le P. Simon rapporte que le temple dédié à Bacliue et à son fils , dont les naturels étaient parvenus à cacher l’existence aux Espagnols , fut découvert en 1572 par le P. Francisco de Molina ; mais qu’ayant voulu y pénétrer seul , il fut cruellement battu par les Indiens, qui eurent le temps d’en enlever toutes les richesses avant qu’il fût revenu de son évanouissement (1).

Quand les caciques voulaient offrir un sacrifice particulier, ils attachaient un enfant au sommet d une espèce de mât qui se trouvait au milieu de la façade de leur maison, et l y tuaient ensuite à coups de flèches. Les chques recueillaient dans des calebasses le sang qui coulait le long de ces piliers, qu on avait soin de teindre en rouge pour qu’ils n en tussent pas souillés^ après quoi ils allaient en chantant et en dansant, par un chemin large et uni qui conduisait de la maison du cacique à une enceinte située à une demi-lieue de là , et teignaient de ce sang les pierres qui se trouvaient du côté de l’orient. Il y avait certains jours de fête où tous les Indiens, revetus de leurs plus beaux habits, se ren-

(i) Simon , part II, notice iv, ch

daient en procession dans cette enceinte pour présenter leurs offrandes aux dieux. Beaucoup portaient dans cette occasion des diadèmes en or qui avaient la forme d une demi-lune ; le cacique récompensait par des dons de chicha , et même d'étoffes de coton , ceux qui s’étaient distingués par la beauté de leur costume dans cette cérémonie (1).

Dans les temps de sécheresse, les chques, après avoir subi un long jeûne, montaient sur une montagne, et y brûlaient des morceaux de bois enduits d’une espèce de résine nommée moque , dont ils dispersaient les cendres dans l’air, pensant par ce moyen condenser les nuages et amener de la pluie (2).

Outre la grande fête du soleil, qui tombait au mois de septembre , on en célébrait deux autres en mai et en juin. Lors de cette dernière, qui était la plus solennelle , on brillait toutes les ordures de la maison , dont on répandait les cendres dans les champs; on faisait lever tous les enfants avant l’aurore , et on les envoyait se laver dans l’eau courante , après les avoir sévèrement fustigés. Au bout de queb ques jours, chacun d’eux devait apporter un présent à celui qui l’avait fouetté , et à la fin du mois, ils se réunissaient la tête ornée de plumes, et faisaient une course sur la montagne. Le cacique récompensait le vainqueur par le don d’une ou deux pièces d’étoffe de coton (3).

(1) Medel., liv- ni, chap. 20.

(2) Piedrahita , liv. v, cliap 5.

(3) Simon , part. II, notice iv, ch. 1 j.

l’ancien CUNU1NAMAIICA .

Touë les axis, au mois de décembre, les Indiens de Sogamoso célébraient par une fête à laquelle ils donnaient le nom de lluan , l'anniversaire du jour où Ramiriqui, leur premier roi, était monté au ciel pour devenir le soleil (1); douze hommes vêtus de rouge et coiffés d'une mitre qui se terminait en croix , ainsi que douze autres vêtus de bleu , répétaient en chœur des vers qui disaient que tous les hommes étaient mortels , que leur corps se convertirait en poussière , mais qu’on ne savait pas ce que deviendrait leur âme. Ils chantaient d’un ton si lugubre qu’ils faisaient venir les larmes aux yeux de tous ceux qui les entendaient ; mais la fête se terminait par une orgie qui ne tardait pas à ramener la gaieté (2).

On célébrait aussi de grandes fêtes danslesmoisde janvier et de février, époque de la récolte. Les chefs s’invitaient réciproquement à des festins et s offraient des présents. Les hommes et les femmes dansaient en se tenant par la main et en chantant, au son des flûtes , des chansons tantôt tristes et tantôt joyeuses , dans lesquelles ils racontaient surtout les exploits de leurs ancêtres. Au milieu du cercle qu’ils formaient se tenaient des Indiens qui leur apportaient sans cesse à boire ; cela durait jusqu’à ce que les hommes et les femmes, complètement ivres , s’unissent enfin pêle-mêle ; car cela était per-

(0 Yoy. S VII.

(‘2) Simon, part. IV, notice îv, ch. îo.

mis a celle époque , meme avec les femmes ciques (1).

des ca-

Oulre les divinités dont nous avons parlé, chaque Indien avait un lac, une montagne, une roche ou quelque autre objet qui s était révélé à lui par le tremblement dont il avait été saisi en passant auprès; quand il voulait implorer son assistance, il jeûnait pendant un certain nombre de jours. Les plus stricts s abstenaient de viande et de poisson , et ne mangeaient que des herbes sans aucun assaisonnement. Pendant tout le temps que durait ce jeûne, qu ils nommaient zaga, ils vivaient dans la retraite la plus absolue , ne se lavaient pas , et n’approchaient pas de leur femme. Ils s’adressaient ensuite .1 quelque clique qui avait observe le même jeûne, et lui remettaient leur offrande , qui était ordinairement la ligure de quelque animal en or. Le clique se rendait à l’endroit désigné, et après avoir quitté ses vêtements et enveloppé l’offrande dans du coton d adressait une prière à la divinité, puis jetait l’offrande dans l’eau ou l’enterrait, selon la nature du lieu ; il s en allait ensuite à reculons jusqu’à l’endroit où il avait laissé ses vêtements. Celui qui l’avait envoyé lui donnait pour sa peine deux pièces d é~ toffe de coton et un peu d'or. 11 réunissait ensuite

i) Simon , part. I V , notice n, chap 10.

ses parents et ses amis, avec lesquels il célébrait une orgie (1).

Les offrandes faites aux divinités qui avaient des temples étaient jetées par le prêtre dans de grands vases en terre cuite auxquels on avait donné, tant bien que mal , la figure de la divinité qui y était adorée (2). Quand ce vase était plein, on allait l’ensevelir mystérieusement dans un endroit qui n était connu que des principaux prêtres du temple. Cet endroit était désigné par les Indiens sous le nom de Chuncho , qui veut dire lieu saint, et dont les Espagnols, qui les recherchent avec avidité , et qui ont réussi à en découvrir quelques-uns , ont fait par corruption tunjo . Les figures en or que I on a trouvées dans les tunjos sont fort extraordinaires. Presque toutes sont couronnées de rayons qui paraissent sortir de la tête. Dans chaque main , elles tiennent une espèce de sceptre au bout duquel se trouve la figure d’un oiseau. Quelques-unes, au lieu de rayons , ont sur la tête une espèce de bonnet. Elles ont le nez et les oreilles percés et ornés de pendants , et sont vêtues d’une espèce de manteau comme les Indiens en portent encore aujourd’hui.

Mais ce qu’il y a de plus singulier, c’est que presque toutes ont de la barbe , et que les organes des sexes y sont toujours indiqués. On trouve aussi des figures d’insectes, de lézards, d oiseaux et de

(1) Simon , part. II, notice iv, ch. 5.

(2) Simon, part II , 1 i v . iv, ch. /j. — Piedrahitn , liv. v, ch. 5.

ESSAI sim

serpents. Toutes ces figures sont composées de morceaux si bien réunis ensemble, que pour les rompre il faut s’y prendre partout ailleurs qu’à la soudure. On a trouve aussi dans les sépultures des vases de (ei te ornes de figures d animaux , que 1 on avait coutume de placer remplis d aliments auprès du cadavre afin qu il eut de quoi subsister pendant le long voyage qu’il allait entreprendre. On y rencontre aussi quelquefois des espèces de dieux pénates en or, en argent ou en terre cuite , que les Indiens se suspendaient au cou, surtout quand ils allaient au combat.

On a trouvé dans plusieurs endroits des figurines comme celles que je viens de décrire ; mais c’est surtout du lac de Guatavita , dont j’ai parlé au § IX , qu’on en a tiré un grand nombre. Son nom de Guatavita , que le P. Simon (1) traduit par feu des montagnes , indique son origine volcanique; il est situé au nord de Santa -Fé , au sommet d’une montagne environnée clepaisses forêts. Le chemin pour s’y rendre commence h Chalche , ferme de la vallée de Guatavita. Après avoir gravi pendant une heure par une pente très-rapide, on arrive sur un beau plateau qui domine la cime des montagnes voisines \u centre de ce plateau s’élève un cône dont la base,

(O bunon , part. II , notice iv, chap. i5. Voyez aussi Humboldt . Vue des Cordillières , pl. -6; et Lopez Medel, Tratado dejos très elemenlos , part, u , cli. iv.

SUR l’ancien C UN 1)1 N AM A RC A .

parfaitement circulaire , a environ deux lieues de tour. C'est au sommet de ce cône qu’est situé Je lac, qui est parfaitement circulaire, et dont la largeur est de 1700 pas. Sa profondeur est de seize brasses , et son fond est de sable , semé de rochers provenant des éboulemenls qui ont continuel loin en t lieu des hauteurs voisines. On aperçoit encore les traces d’un escalier par lequel les Indiens allaient jeter leurs offrandes dans ses eaux. La célébrité de ce sanctuaire paraît être fort ancienne, mais elle augmenta beaucoup après que la femme du cacique de Guatavita s’y fut précipitée comme nous l’avons rapporté plus haut, et que le bruit se fut répandu que le dieu des eaux l’avait choisie pour son épouse ; on la regarda comme la divinité protectrice de toute la contrée. On n aurait osé ni semer, ni récolter, ni surtout commencer une guerre sans avoir obtenu sa protection par des sacrifices. Les habitants de chaque village avaient leur chemin particulier pour arriver avec ordre et sans confusion sur les bords du lac. Le concours des étrangers était encore plus grand que celui des naturels de Guatavita, car les habitants de Tunja, de Bogota, et meme des villes plus éloignées encore , y venaient souvent en pèlerinage. C était surtout lors du couronnement du cacique de Guatavita que l’on célébrait la fête la plus brillante. Il se rendait sur les bords du lac avec tous ses sujets; mais avant qu’il quittât son palais pour se mettre à la tête de cette procession, un des principaux nobles lui frottait

îoul le corps avec le suc d’une plante nommée Jrai-

hjon> et y soufflait ensuite de la poudre d’or, qui s’y attachait.

La suite du cacique se divisait en plusieurs bandes , dont chacune prenait un costume différent : les uns étaient couverts d ornements dor et demeraudes; les autres, au contraire, représentaient des lions ^ des ours ou des tigres dont ils savaient trèsbien s ajuster les peaux. Les prêtres avaient sur la tête des couronnes d’or en forme de mitres. Les nobles étaient aussi revêtus des insignes de leur rang.

Le cortège était précédé par une troupe d’hommes nus dont tout le corps était barbouillé d’ocre rouae en signe de deuil , et qui , pour obtenir la protection de la déesse, remplissaient l’air de cris et de gémissements. Cette troupe était suivie dune autre qui célébrait par des rires et des applaudissements la protection qu avait obtenue la première. Puis venaient des Indiens déguisés dont la figure était couverte d un masque d or , et qui traînaient derrière eux de riches étoffes pour balayer la route par laquelle leur chef devait passer. On voyait ensuite quelques chques qui portaient les offrandes que l’on allait jeter dans le lac. L usaque venait le dernier, porté par les principaux nobles de la nation sur une litière richement ornée et environné de ses principaux serviteurs et des officiers de sa cour, couverts de bijoux et de plaques d’or. Pendant toute la marche, ils ne cessaient de faire retentir leurs flûtes, leurs trompettes et leurs coquillages, dont le bruit

l’ancikS cundinamarca. ^9

discordant, mêlé aux cris de cette multitude, était encore redoublé par les échos des montagnes voisines. Arrivés sur les bords du lac, le cacique et les principaux nobles s’embarquaient sur un radeau , et quand ils étaient parvenus au milieu , ils se lavaient avec soin pour déposer dans les flots tout l’or dont ils étaient couverts. La cérémonie se terminait en y jetant tous les bijoux d’or et d’émeraudes que l’on avait apportés à cet effet. Les Indiens , à l'exemple de leur roi, s’empressaient d’oflrir à la déesse tout ce qu’ils avaient de plus précieux. On redescendait ensuite dans le meme ordre, et la fête se terminait par des danses, et par une orgie dans laquelle tout le monde s’enivrait.

Outre les richesses accumulées pendant des siècles par les sacrifices , on rapporte qu’à l’époque de la conquête , les Indiens jetèrent d’immenses trésors dans le lac, quand ils se furent aperçus que ces objets excitaient l’avarice des conquérants. On dit surtout que le cacique de Simijaca y fit jeter une énorme quantité d’or. Aussi les tentatives pour dessécher le lac et pour s’emparer des richesses qu’il contient ont-elles été plusieurs fois renouvelées. On voit, par les registres de la monnaie deSanta-Fé, qu’en 1562 et 1563 , quelques aventuriers entreprirent de creuser un canal dans les flancs de la montagne, et que

leur tentative ne fut pas absolument infructueuse» puisqu’ils payèrent 292 pesos d’or pour le quint de diverses figurines de ce métal qu’on en retira, et parmi lesquelles il y avait un caïman, treize grenouilles et trois singes. Cette somme fut payée par Antonio Sepulveda , qui avait , dit-on, presque desséché le lac dans lequel il ne restait plus que douze pieds d’eau ; mais l’eau en sortit alors avec tant d’impétuosité qu’elle fit écrouler la voûte du souterrain qu’il avait creusé, ce qui la boucha entièrement. En 1750, un nommé Bonito de Castro voulut renouveler cette tentative; mais nous n’avons pu découvrir qu’il ait obtenu quelque résultat. Nous ignorons de meme le succès de celle qui fut entreprise en 1818 par M. Joseph Paris , et dont il a déjà été question dans les Annales des V oyages.

Il nous reste encore à parler de quelques modes de divination usités chez les Muyscas. Quand un enfant venait au monde , pour savoir s’il serait heureux ou malheureux , on prenait un peu de coton que l’on mouillai t avec du lait de la mère , et qu’on enveloppait ensuite avec des joncs, de manière à en faire une houle , que l’on jetait dans le fleuve. Six jeunes gens bons nageurs se précipitaient aussitôt : si le courant entraînait la boule avant qu’ils pussent l’atteindre , on croyait que l’enfant serait malheureux; dans le cas

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